A 7' ET TRAV4t DE L'ACADEMIE DE REIMS. Onzicnie Tolame. 6 JUILLET 1849. — 22 MARS 1850. REIMS p. REGNIER, IMPRIMEUR DE LACADEMIE. BRISSART-BINET , LIBRAIRE DE L'aCADEMIE. MDCCCL. V SEANCES ET TRAVAUX DE L'AG/VDEMIE DE REIMS. .. / SEANCES ET TRAVAU DE L'AGADEMIE DE REIMS. Onzi^oie volaiue< 6 JUILLET 1849. — 22 Mars 1850. REIMS p. REGNIER, IMPRIMEUR DE L ' A C A.D EM I E. BRISSART-BINET , LIBRAIRE DE LACADEMIE. MDCCCL. SEANCES ET TRAVAUX DE L'AGADEMIE DE REIMS. AMNEE 1849-1850. ri stance da 6 Juillet 1949. PRESIDEIE DE M. MSQOETTE. Elaienl presents : MM. Saubinet , Bandeville , L. Fanarl , Querry , E. Derod6 , Duqu6nelle , F.-L. Clicquot , F. Pinon , Aubriot , V. Tourneur , Ern. Arnould , F. Henriot-Delamotle , L.-H. Midoc , Dec6s, Genaudet, Lechat, J. Sornin , Deleulre , Pierret, Pierre Leroy , Bri6re-Valigny el E. Maumen6, mem- bres litulaires. Et MM. Duchesne, Rattier, Charlierel de Bonnay, membres correspondants. CORRESPONDANCE MANCSCRITE. M. le Pr6fet de la Marne exprime i rAcad6mie le regret qu'il dprouve de n'avoir pu assister h la s6ance publique annueile. I. 1 > — 2 — M. Lebrun, direcleur cle T^cole des Arls el metiers de Chalons, adresse les memes regrets a la Compagnie. M. le vicomle de Kerckove , president de TAcadfi- mie d'arch6ologie de Belgique , remercie I'Acad^mie en son nom el au nom de MM. de Cuyperl , Bogaerls el Eugene de Kerckove du litre de membre corres- pondant qui lui a 6t6 conf6r6 ainsi qu'a ces savants, ses collegues a I'Acad^mie d'arch6ologie. M. Poquet, direcleur de rElablissemenl des sourds el rauels de Sl-M6dard , pr6s Soissons , Iransmel les mfiraes remerciments. M. Charlier , merabre correspondanl , assure la Compagnie de toule la reconnaissance donl il est p6- n6tr6 pour la nouvelle marque d'encouragement qu'il a regue a la stance solennelle. La Mort de I'archeveque de Paris. — Un Mot aux modernes Carrier. — La Fraternite des arls. Po6mes par M. On6sirae Seure. CORRESPONDANCE IMPRIMEE. Trois num6ros du journal V Intelligence, renfermanl des appr6ciations litt6raires , par M. On6zime Seure. Journal de la Sociele d'agrimUure des Ardennes., n° 6 , vi^ ann6e. Memoire sur I' organisation du travail, par M- de Malglaive, capilaine du g6nie , d6lach6 pour la colo- nisation de I'Aig^rie. Notice sur quelques monuments du departement des Cotes du Nord , par M. Analole Barlh6lemy el M. Ch. Guimarl. SociHe d'agricullure , du commerce , des sciences et des arts de Boulogne-sur-mer , stance semeslrielle de 1849. 3 Misere , imeute et cholera , brochure par M. Bou- cher de Perthes. LECTURES ET COMMDNICATIONS. Sur I'invilation de M. le President , M. D6rod6 donne lecture d'un poferae sur la Mort de I'archevSque de Paris. M. Midoc fail un rapport sur les derniferes publi- cations de I'Acad^mie des Jeux floraux. M. Pinon lit des vers de M. Teste d'Ouel, membra correspondanl. a — Lectore de M. D6rod6. LA MORT DE L'ARCHEVfcQUE DE PARIS. POtME par M. OHSSnu SEUHX. ( Extraits ). Majorem h3c dilectionem nemo habet Ut animam suam pouat quis pro amicis suis. ( Evany. Joann. ) Toi qui n'as point terni la blancheur de tes ailes Dans I'ombre des fureurs el des gloires mortelles , Vers toi la France elfeve un chant de repentir Aussi pur que le sang et Tainour d'un martyr ! Esprit du sacriGce . ame de la priere , Toi qui pretes ta voix aux fils de la lumiere Pour cet hymnc eternel qui les unit a Dieu , Du ciel dis-nous la joie et le deuil du saint lieu ; Viens d'un voile sanglant couvrir nos tristes armes , Et d'un rayon d'espoir illuminer nos larmes ; Dis-nous que le plus jusle est loujours le plus fort ; Montre-nous la vertn triomphant dans la morl; Viens ; nous avons besoin de tes lecons sublimes , Dans ce siecle ou I'orgueil n'assemble que des crimes. Tandis qu'un sphini terrible , a I'ongle ensanglante , Propose aux nations ce mot : fraternite , Sachons comment celui qui pouvait nous absoudre A devine I'enigme et vient de la resoudre. Mais que I'egalite ne nous divise plus , Car le saint beroisme a loujours ses elus , — 5 — El Dieu Jonne pour niaitre aux Tertus qu'il seconde Cclui qui sail inourir pour le salut du monde ! Augmentanl ses douleurs du bien-etre altendu , Ce qu'on lui proineltait , croyant I'aToir perdu , Le peuple... . non , que dis-je? une foule egaree Est par de vils Iribuns au carnage attiree.... cruel souTenir ! Enlendez-vous ces cris?.... Le tambour fait gronder I'alarme dans Paris ; Aux armes ! ce sont eux ! .- qui ?-des Francais!- iios fr6res? Aux armes ' defendez vos fllles et tos meres , Defendez tos foyers ! Par la flamme et le fer lis reulent propager les dogmes de I'enfer ! Au sein de la patrie egorger la famille , Et la propriete qui du travail est fille ! — Aux armes ! ecoutez : c'est le bruit du canon! — Vive la Republique I... — 11 lombe. — Rends-toi! — Non! II meurt; — battez la charge... — Oh ! siecles d'epouyanle , Ou la haine semblait rester seule Tivaate ; Dans les quartiers deserts ou les morls seuls passaicnt Que de larmes de sang les epouses yersaienl ; Que de meres en pleurs , apres ces jours funestes , De leurs tristes enfants n'ont pas revu les restes ! Contraste douloureux ! I'figlise , dans ce jour , Celebrait de son Dieu I'tiniversel amour , El ce dirin banquet ou le SauTeur convie Les petits et les grands pour leur donner sa fie , Lorsque , sous les chaleurs du solstice d'ele , Du maitre des humaius la paisible bonle Cheminait parmi nous , benissant loutes choses , Au milieu des enfants qui lui jettaient des roses. C'etaiten ce temps-la la fete du saint lieu , La fete de la rue et la fete de Dieu , Le triomphc des fleurs , richesses ephemcres , Le bonheur des enfauls et la gloire des meres. Quel changement affreux ! nos pares ruisselants Sont jonches aujourd'hui de cadavres sanglants ; Et les longs cris de mort , sur les places |)ubliques , Remplacent la priere et le chant des caiitiques ! L'ignorance et la hainc , enceiules du tropas , De la guerre infernale ont egare les pas ; El du meurtre insense le culte sacrilege D^roule en rugissant son effrayant cortege 1 — 6 — Taodis que de ses mains Paris se dechirait . Seul , au pied des aulels , I'archeTeque pleurait ; Et, seniblable a Moisc au seuil du sanctuaire. Son ame avec ses pleurs s'epanchait en priere : « Epargnez TOlre peiiple , 6 mon Dieu ! sauvez-nous (1) ; • Ne nous accablez pas d'un elernel courroux ; • Pour eux lous , pour le peuple , helas ! qui tous ignore , • Vous ayez lant souffert , et le sang coule encore ! • Sans connaitre la vie , ils meurenl ! et leurs yeux » Se ferment sans chercher un pardon dans les cieux ; > lis meurent etrangers a la famille bumaine , • Et leur dernier sonpir est un soufle de haine ! » Voila done , 6 mon Dieu , quelle fraternile » Leur preparaient I'orgueil et I'iucredulite I • Vous les avez laisses , pauvres enfants prodigues , > Du pouToir et des lois rompre loutes les digues , • Et le flot revolle qui va les engloutir , » Loin de vous les emporte..,. et loin du repentir! » Levez-vous , mainlenant , paraissez ; voici I'heure : » Et s'il vous faut encore un disciple qui meure , • mon Dieu , prenez-moi !... J'irai, je parlerai , » Au nom de cette croix que je leur montrerai ! » En ce jour de combats , de terreurs et de larmes , » II faut que vos pasteurs prennent aussi les armes » Et moDlrent , pour le peuple , empresses de souffrir , » Qu'on doit, pour triompher , pardonner et mourir; » Car I'heure est arrivee oii vos divins symboles » Ne se prouvcront plus par de vaines paroles : • Bientol pour les humains , lasses de vous braver , » Celui-la sera Dieu qui pourra les sauver, ... » Et Dieu ce sera vous ! vous , mon pere ! et quel autre » M'inspirerait I'amour et la foi de I'apotre ? » Je suis pret : guidez-moi ! vous vivez , vous regnez , » Et je meurs trop heureux si vous les epargnez ! » Ainsi priait le juste , et sur son front modeste Dieu reflelait deja I'aureole celeste. Copendant la hataille, ebranlant la cite , Sillonnait en tous sensTaris epouvante : ' I) Parte , Domine, parce populo tuo, ne in seternum irascaris nobis. ( Paroles de VArchevfque. } Deux teinpetes de feu , de soulre el de luKraille , Se croisaienl , se suivaient de muraille en iiiuraille ; Des quartiers populeus les chemins souleyes Jusqu'au toil des maisous entassaient leurs pav^s; La balle , en s'ecrasanl , grelait les ediflces ; Le glaive consommait d'horribles sacrifices ; Sur des debris croulants , sur des monceaus de morls On montait, on frappait , on lullail corps a corps ; S'arrachant un drapeau donl I'ombre les rassemble , Deux freres ennemis ici mouraient ensemble ; La , deux amis fuyaient en se reconnaissant ; Plus loin , le jeune fils , vainqueur el fremissant , P4!e comme un chasseur qui louche une vipere , Se frappail d'un poignard suspendu sur son pere. ..^ Que de crimes sans nom ! que de hauls-fails perdus Le lourbillon fatal ensemble a confondus ! Heros on revolles , agresseurs ou viclimes , Tour a lour odieux , effrayants el sublimes , Tons rendalent la Ticloire afiTreuse a conqu^rir , Car lous elaienl Francais et tons savaienl mourir ! Ce faubourg Iravaillcur ou le peuple fourmille , Qui commence ou jadis s'abima la baslille , El Gnil au chemin de celtc autre prison De nos Iribuns d'hier desolaul I'horizou ; Le faubourg Sainl-Anloine , illustre en nos annates Par son effervescence aux jours des salurnales , De I'insurreclion dernier relranchement , Dispulait la victoire avec acharnemenl. La , les chefs out jure , plulot que de se rendre. De perir ecrases sous les maisons en cendre ; Et du dernier combat , formidables apprets , Les bombes , les mortiers et les canons sont prels. Tout a coup , dans I'armee el sur les barricades , Un long cri de respect suspend les fusillades ; Enlre les deux partis , sur un sol pleiu de sang , Un homme au front serein marche en les benissanl; Sa robe riolette el sa croix pectorale Disenl sa dignile chrelienne el pastorale : C.'est lui ; c'esl I'archeveque I.... — mon pere , arrfitei Autour de vous la mort vole et vous raflfrontez ! — " Je ne craius pas la mort , repoudil le saint pretro : » Ma vie est a mon peuple , ct le ciel en est maitre. — 8 — > Pour sauver son troupeau , le pasleur doil savoir . Offrir a Dieu son ame , et je fais mon devoir (1). 11 roarche , il lienl en main la grace des rebellcs ; II se presenle aux coups des armes crirainelles ; Et lant de charile dans un ineme respect Reunit lous les coeurs vaincus a son aspect. Son uom court dans les rangs des soldats qui s'appaiseut; Du bronze raeurlrier les tonnerres se laisent. Tel on dit qu'aulrefois sur les flols en courroux Le Fils de Dieu passait , majestueux et doux , Et voyait k ses pieds les vagues mugissanles Retomber et mourir , moHement caressautes : Tel il souriait , calme , a I'ouragan des mers, Et leur neige ecumeuse en tourbillons amers D'une blanche aureole euvironnant sa tele, Refletaient ses splendeurs au sein de la tempele ; Tandis qu'aux elements il parlait comine un roi , Disant aux vents : « Silence ! » a la yague : « Endors-toi ! » Puis , bon comme une mere , et les mains etendues , 11 relevait des siens les ames eperdues , Et toujours plus divin dans son humanite , * Ingrats , leur disail-il , quoi ! vous arez doute ! Precede du rameau symbole d'alliance , Vers ses fils egares le saint prelat s'avance ; 11 ose penetrer jusquc dans les remparts D'ou la soudaine mortjaillit de toutes parts ; Sans crainte il a passe sous ces pans de muraille Qui chancelenl deja mines par la mitraille ; Et sur la barricade , etonnee a sa Toix , Au triste drapeau rouge il oppose une croix. « Freres. pourquoi ces morts? pourquoi cette furie? • Au nom de la nature , au nom de la patrie , » Votre mere expirante , et dont vous dechirez • Le sein qui vous porta , freres denatures ! • Dirai-je au nom du ciel . que tous croyez peut-etre , • Comme il vous faut la terre , un empire saus maitre , » Et qui pourlant s'incline en son orbe infini • Sous les pas eternels d'un Dieu toujours beni ! . De ce Dieu qui vous voit et qui maudit vos armes , (t) Bouus pastor anim am suam dat pro ovibus suis. ( Paroles de Var- chevique. ) — 9 — • Le GIs , voire Sauveur, donna loules ses larines, » Toul son sang pour le peuple , et sa divinile » Se resume en ces mots : Pais et fraternite ! » Car c'est en pardonnant qu'il a vaiucu la tombe. » Vous voulez qu'a jamais le despolisme lorabe ? » Et vous en appelez a la loi du plus fort! • Vous reclamez la vie , et vous donnez la morl ! » Ah ! pauvres insenses ! mais la haine rebelle , B Mais Torgueil insurge , c'est la guerre eternelle ; » Et dans ces jours fatals vos fusils maladroils » Criblenl de votre plomb la charte de vos droits : » L'heritage sacre que la loi doit vous rendre » Ne vous appartient plus des que vous I'osez prendre. » Arretcz ; respectez I'espoir de vos enfants ; » C'est ce que je dirais si , deja triomphants , • Vous marchiez au pouvoir sur la ville abimee.. . . » Mais vous etes cernes par une triple armee ; • La France vous reprouve , et d6ja contre vous » Paris et la province unissent leur courroux. » Que de sang vous pouvez epargner a la lerre » En cessant mainlenant cetle inutile guerre! » II en est temps encore , et voici le traile • Qui vous promet la vie avec la liberie. » J'ai vu le general , je I'ai rendu propice ; » C'est lui qui vous accorde une heure d'armislice. » Freres , qu'un iriste orgueil ne vous arrele pas : » S'il est beau pour I'honneur d'affronter le trepas, » L'honneur meme defend qu'un suicide impie » Eternise une erreur, quand il faut qu'on I'expie. • D'ailleurs, si rien n'emeut vos coeurs desesperes , • Si nuUe affection ne vous retient.... mourez!... » Mais avez-vous le droit de condamner aux flammes » Vos blesses , vos vieillards , vos enfants et vos femmes? » Entendez-vous leurs cris? Ah ! peres inhumains , » lis vous demandent grace en vous tendant les mains. • Arretez-vous ! assez de sang et de viclimes ; • A vos malheurg , du moins , n'ajoutez point de crimes ; » Et si, pour assouvir ceux qui vous out trompes, • II vous faut une tete , 6 mes enfants , frappez : > J'assume sur moi seul tons les torts de vos maitres , » Car les mediateurs du monde sont les pretres ! » Si vous me refusez , je ne vous quilte plus ; > Et voyant lues discours et mes voeux superflus, — \0 — « Aiix boulels qui viendront fluir voire ruine » J'offrirai le premier ma tele et ma poitrine ; u Heureiix de ne point voir Ic forfait s'achever , » Je perirai pour voiis n'ayant pu tous sauver ! » C'est ainsi qu'il parlait , deboul sur son calvaire , Et Dieu , tout a la fois indulgent et severe , Preparait une palme au front de son martyr , A la guerre un opprobre , a tous un repenlir. La foule|Se taisait ; les fronts les plus farouches S'abaissaienl , la menace espirait dans leurs bouches ; Et les pleurs de leurs yeux , qu'ils yoilaient de leur main , Entre leurs doigts noircis se frayaient un chemin , Quand, parti de I'enfer , un cri se fait entendre : — Trahison ! trahison ! Ton cherche a nous surpreudrs I A vos armes ! tirez ! — Sur tous les combaltants Un orage , k ces mots, eclate en meme temps ; La fumee a longs flols dans les airs tourbillonne ; Le plomb passe en sifflant sur les murs qu'il sillonne. — Dieu ! sauvez Tarcheveque ! arretez , arretez , Soldats !.... — II n'est plus temps !.... terreur ! ecoulez Ces sanglols , c'est la voix des insurges qui pleurenl; lis ne se plaignent pas quand ce sont eux qui meurent : Sous un malbeur plus -rand leur orgueil s'esl courbe : A genoux et prions! I'archeveque est lombe ! A cetle heure oil la I'oi des siecles heroiques Renouvelait ainsi ses merveilles antiques , Chanlre du nouveau monde et du vieil Orient , Trisle , mais resigne , mourait Chateaubriand. Dieu semblait prolonger sa muette agonie , Que du chrislianisme apaisait le genie , Et promettre a cetle Ame , aspirant a parlir , Pour guide el pour compagne une ame de martyr. 11 lui tardait de fuir cetle lerre sanglaute De son itlustre exil demeure chancelanle ; Car , au bruit de la lut'e , alors il lui semblait Que sous son dernier pas le monde s'ecroulait : El qu'au siecle sans foi , craignanl de lui survivre , Aux ombres du neanl s'arrachail pour le suivre. Mais sur le noir chaos de cetle ville en feu II allendail pourtanl le (riomphe de Dieu. — 11 — Pile et baigne de pleurs , un ami se pres enle , Et pressant du vieillard la droite agonisanle , — Reposez-vous en pais, dit-il , tout est flni : L'anarchie est vaincue , et Dieu seul est btJni! — Eh quoi ! ces furieux !. . . — Tous ont pose les armes , Et le sang qu'ils versaient est lave par des larmes. — Quel pouvoir a soumis le people revollii? Est-ce le fer ?... le feu ? — Non , c'est la <;harite : Un bon pere se doit a des eiifants qu'il ainie. — Ce pere , quel est-il ? — L'archeTeque iui-menie ! — Ah! j'entends.... sa parole a su les attendrir. — Non ; — que lui reslait-il a faire alors ? — Mourir , N'est-cepas? — 11 est mort? — Dieu lout puissant, Dieu juste, Ne Tengez pas sur eux cette victime augusle ! — Tel fut son dernier cri : « Freres , je suis blessd ; Mais que mou sang , du moins, soit le deirnier verse ! (1) • Et le dernier effort de sa main paternelle Fut pour benir encor la foule criminelle. — En silence , a ces mots , Chateaubriand pleura, Et, comme pour prier, sa levre murmiira. Puis il ne parla plus ; car la noble victime Avait realise sa parole sublime : Ce qu'il avait cbanle , ce juste I'avait fail; Sou oeuvre elait flnie el la foi Iriomphait. Oui , Ponlife martyr , acceptez-en la gloire , A vous seul apparlient cette illuslre victoire ; Car sans vaincre jamais ces freres ennemis , On les eut ecrases... vous les avez soumis! Vous leur avez paru , dans ces jours de tempeles , Plus grand, plus saint, plus vrai que tons leurs faux propheles. En imitanl un Dieu dont ils avaient doute , Vous realisiez seul ce mot : Frateruite ; Dans voire amour pour eux , vous seul eliez sincere. Ils comprenaient comment dans voire cceur de pere lis pouvaient elre egaux sans avoir combatlu , Et comment tons les droits sont flls de la verlu. De I'orgueil insense la revoke falale Ne cedera jamais a la force brutale : Dans le feu , sous le fer, loin de se converlir Le fanalique chante el se croit un martyr. (I) Paroles de raicheveqiie. — 12 — Quand c'est Tesptil siirloui qui s'iosurge , pour vaincre , II ne suffit jamais d'aballre , il faui conraincre. Pour convaincre , il faut croire , aimer , prier , souffrir ; El si ce n'est asuez encore.... il faut mourir ! Pere , vous le saviez , mourir ainsi , c'est vivre ! Nous chantons , eu pleurant , le jour qui tous delirre ; Nous chantons votre gloire et dous pleurons sur nous. Voyez, du haut des cieux , lout un peuple a genoux : Ne TOUS semble-t-il pas que cette multitude A d'une antique foi retrouve I'habitude ? Yotre morl I'a fait croire a Timmortalile , Et; d'une guerre impie encore ensanglante , Paris ayec respect ourre sa basilique , Et garde arec amour Tolre sainle relique ; Des Tieux siecles Chretiens I'ardente charite LeTe sur voire lombe un front ressuscite ; Et cette piete , qoi force les miracles, Vient de tos ossements implorer les oracles. — 13 — Lecture de M. L.-H. MIdoc. RAPPORT SUR LE RECDEIL DE l'aCADEMIE DBS JEUX FLORAUX. (Premiere parlie ). Qu'ils sonl heureusemenl doui^s les homines n6s sous I'ardent soleil des contr6es in^ridionales ! Pen- dant que de loutes parts on crie : ) chemins difficiles de la science , le pofele dans les » sentiers p6rilleux de I'imagination. II guide h la » fois la plume de I'homme de lettres , le ciseau du » sculpteur , le pinceau du peintre. C'est done h B vous , Mesdames , que nous devons le principal » 6clat et Tinfluence magique de nos f6tes. » - 17 — M. Rodiferc ne pense pas que la soci6(6 soil mal6- rialis6e compl^lemenl. II croit encore , au conlraire, h la puissance de I'amour el b la beaul6 des fetnmes. II ne rougit pas de rappek-r leurs graces, leur esprit, leur influence , les chefs-d'oeuvre de toute nature que leur soufle , leur regard , leurs paroles , leurs verlus inspirent. Heureux lenips, en elTet , que celui ou la femme , gardant le c0l6 brillant el mngnttique de la vie , saura , commc dans le pass^, 6lre avanl lou- tes choses , une fille , une Spouse , une in6re , et sera d'aulant plus puissanlc qu'elle vivra loin des bouleversemenls et des livres qui les prfichent. Le premier ouvrage du livre esl une ode pr6senl6e au concours par un homme qui sail manier le sabre et la plume. M. Louis- Alphonse Rollin , officier au 8« r6gimenl de chasseurs, a pris pour sujet : Vercin- gitorix , ou une insurrection des Gaulois. Si ce soldat pofele n'a pas eu le prix , il a du moins eu I'hon- neur d'etre imprim6. II faut surtoul iui savoir gr6 de n'avoir pas crainl de succomber dans une lulle corps a corps avec le g6ant gaulois. N'est-ce pas, en effel, suivanl M. Am6d6e Thierry « ce Vercing6torix si 61oquent , si brave, si magna- » nime dans le malheur, el h qui il n'a manqu6, » pour prendre place parmi les grands hommes , que » d'avoir un autre ennemi , surtoul un autre hislo- B rien que C6sar? m C'6tail aussi ce guerrier donl Florus , un romain , dit que , deux sifecles plus lard , on prononQait le nom avec 6pouvanle. M. Anlonin Roques a eu aussi les seuls honneurs de Timpression; son ode , inlilul6e Saint-Petersbourg, ne manque ni de feu , ni d'animalion. La pens6e I. 2 — 18 — s'arr6le avec d6lices sur des vers siiaves, conime ceux-ci : Au milieu d'une aride greve , Sur un marais d'oii ne s'eleyc Qu'odeur de deserl ou de luort, Faire jaillir , comine d'un reve , A cole d'un fleuve qui dorl , Une nouvelle capitate , Comme une perle orieulale £clatanle au soieil du nord. El sur Tinspiralion falidique que voici : Accomplissant cnfin la ruraeiir prophelique Que clament les cent voix de I'occident jaloux , Tes empereurs un jour , suivant Texemple antique, Te delaisseront-ils pour des climats plus doux P Et retomberas-tu du firmament du monde , Meleore eclatant, a ton heure cueilii , Dans I'abirae comble de ton marais immonde , Comme un decor use d'un opera vieilli ? Qui sait ? Celui-U seul qui sait toute reponse , Celui par qui tout nait et meurt incessarament , Celui qui Toit la (in des le commencement , Qui seul, sur tout destin, en Ini-meme prononce Au gre de son pouroir , immuable , elernel , Et dent les jugements sent toujours sans appel. La Vapeur , ode dans laquelle on rencontre de la purel6 , des descriptions heureuses , mais rien de ce qui conslitue i'61an si n6cessaire i ce genre de com- position. Nous avons dit que I'auleur savail d^crire , el nous tenons a le prouver : La Tapeur!.... au cylindre ou le piston balance, Vers lui , d'un jet rapide , ardente , elle s'elance , Le souleve ou I'abat par un contraire essor ; Et lour a tour, sans fin , delriiile et reformde , Le releve, I'abaisse , et , furie animee , Le releve et I'abaisse encor ! — 19 — Plus loin , se Irouve une ode donl le sujel est Cha- teaubriand : ce grand nom a inspire deux auleurs : Pun , M. Peconlal , n'a eu que Ics honneurs de I'in- serlion; plus heureux, M. Dufour a^oblenu un souti r6serv6. De Chateaubriand, on peul dire ce que nous disions de Vercing6torix : s'en prendre a un homme de cette laille , c'esl faire acle de courage. Trop pr6s de nous encore, ce g6nie , qui vient de s'^leindre, n'est point appr6ci6 comme il le sera un jour. Beaucoup de conlemporains affeclent de ne voir en lui que !e po^te inspire, le Iill6ratenr qui a ouvert des voies nouvelles 5 rinlelligence, et qui , maigr6 les sentences du rigo- riste Boileau , a prouv6 que le christianisme , aussi bien et mieux que la mytliologie , pouvait inspirer les pontes. Car , le chrislianisme (il6ve conslamraent I'esprit, el la fable ramenail toujours I'espril vers la matifere. RJais cet aspect , pour 6tre briilanl , n'est pas le seul sous lequel on doive envisager CbAteaubriund. Ne serait-il pas injusle de lalsser dans I'oubli et la foi et la philosophic donl il a raarqu6 chaque page du Genie du Chrislianisme , de taire ses succes k la tribune de la chatnbre des pairs , d'omeltre sa po- litique loule de bonne foi, loule loyale , le senti- ment chevalercsque el patriolique dont il a fail preuve dans les ambassades , dans son courl iiiinisl6re, dans sesdiscours, et dans les brochures que , plus tard , il publialt du fond de sa retraite ; m6t6ores brilliinls, h I'aide desquels , au milieu de Torage, il essayait d'6clairer sa patrie? lin(in , et alors que Ian! de gens parlent de la foi , le sourirc de rincredule sur les Ifevres, n'esl-ce ri( n (juc celle morl si clnelirnnc ? — 20 — Cerles, pour des po6les , voila I'uii ties plus grands el des plus nobles sujets qui aienl exisl6. Dans I'ode de M. Pccontal , on reconnait encore une riche faclure , un profond senliment du sujet ; rnais ces bonnes qualit6s sont perdues dans des lon- gueurs qui d^truisent Teffet que se propose I'auleur. Nous avons dislingu6 plusieurs strophes : Hebienl sois console! le souverain supreme Un jour te yengera des rois ; Le people Iriomphant , en trioiuphe toi-meme Te porlera sur son pavois. Et pourtant dans ses bras la faveur qui Tenlace Ne pourra point te retenir : Le poele est pen fait pour la gloire qui passe ; Son regne , a lui ^ c'est I'arenir. L'avenir !... Dieu , par fois , convie a cetle fete Des rois d'un jour , fils des hazards ; Mais des siecles sans lin dont lis font la couqu^le , Les Homeres soat les Cesars. Comme eux tu regneras ; et quoique ton genie Se derobe au rythme des cieux , Ta Toix avec tant d'art epanche rharmonie Qu'on croit ouir parler les dieux. Le pofeme de M. Dufour esl presque one notice biographique ; raais la vie de Chcileaubriand est si peu vulgaire , que chacune de ses actions , corame celles des h6ros antiques , peut se chanter. Aussi , I'auleur a-l il trouv6 h chaque pas des appreciations aussi justes qu'heureuses el po6tiques. Chclteaubriand quilte la France, apr6s la morl de Louis XVI : AloTS , n'esperant plus de cette France aimee , Couvert du sang des tiens , I'ime en deuil , abimee , Tu Toulus , desole , vaincu , loin de son ciel , De ton amer calice alter vider le fiel ; — 21 — Trainanl dans la ^li^ere une vie expiraute , Tu defendais encor ia royaule mourante : El quand le front royal eut subi le deslin , L'Anglelerre tc vil paiivre , souffrant la faim , Excitant la pitie sous le nom de Ics peres , Toi , plainlif exile , qu'cn des jours plus prosperes Elle devait revoir , pompeux ambassadeur Et lout eblouissaht de gloire et de splendeur. Puis le sort I'enlraina rers la douce llalie , Beaule melancolique , et de charme remplie ; Tu >is Rome clernelle , antique monument , Ou la voix du passe pleure si Irislement. Chclteaubriand revient en France , public le Genie du Christianisme, el quille de nouveau sa palrie : Lorsqiie epuisee enOn par ses affreux complots , La hideuse anarchie eut retire ses flols , Toute saiguante encor , tu pus revoir la France ; Mais tu portais un baume a sa longue soufTrance ! AbreuTes des longtemps d'amertume et de flel , Les coeurs ne savaient plus prier le Roi du ciel : Toi , tu le fis aimer en le faisant connaitre ! Son culte perissait , et tu le Gs renailre. Une mere, a tes yeux , du fond de son tombeau , Fil briller de la foi le celeste flambeau ! Apparaissant soudain dans une nuit profonde , L'eclair de ton genie illumina le monde. Oui , ce cri genereux, la France I'entendil , Et par un cri d'amour elle te repondit. Gloire a toi , dans ces jours d'esperances nouvelles , Car lu pris , pour chanter, des lyres elernelles ! Toute empreinte du Dieu qui pour nous Tint mourir , Ton oeuvre en lui doit vivre et ne saurait perir ! Et deja tu planais sur une haute cime , Tu regnais ; niais ton front, qui s'elevait sublime, Heurla Napoleon , cet homme aux grands dcslins , Qui des bourreaux , du inoins , arreta les fcsliiic ' — 22 — Oh ! c'esl que vous eliez lous deux de noble race , El c'esl qu'il vous fallait a tous deux trop Je place; 11 TOUS fallait Irop d'air et trop de liberie , Pour respirer ensemble en la meme cile ! D'ailleurs , de lant d'eclat s'il fit briller nos armes , Cette gloire , a tes yeux , nous coutait Irop de larmes ; Et , ne pouvant calmer ta douleur qu'en fuyant , Tu deployas Ion vol vers le bel Orient. Ta voix sut, en passant sur ses plaines fertiles , Reveiller en sursaut I'echo des Thermopyles. II serail injasle de ne poinl parler du Chant des Orgues, ode pr6senl6e au concours par M. Blanche- main. M. Blanchemain , que, lout h Theiire , nous relrouverons vainqueur, est dou6 d'une sensibilil6 exquise; chaque mot r6c61e une pens6e vraie, douce ou Irisle ; c'esl la po6sie da coeur. Ne nous 6tonnons pas que , dans I'elegie , Tauteur ait vaincu ses concur- rents. L'616gie pr6senleun danger immense : a d6faul d'un sentiment profond , elle devient fade et n'inspire que le dugout. Ici , et si les bornes que nous devons nous imposer ne nous rinlerdisaienl , nous vous cile- rions en enlier ce pelil pnfeme , dans iequel les juges onl trouv6 qiielques taches. 11 est inlilul6 : Sous un toil dc chaume. litre simple . sujet simple , po6sie simple, calme, limpide , et refl6tanl la pens6e dominanle. II s'agit de la mort d'une jeune fille que le prin- lemps avait encore vue , el que le chaud soleil d'aoiil n'a pas retrouv6e. Quoi de plus pur que ces vers : Sur le bord de la route il est une chaumine . Qu'enlourc un enclos vert., qu'uii cerisier doinine , C.ouvert de fruits rougis ; Son faile est tapisse de ces fleurs , de ces lierres Oonl le Seigneur sc plait a parer les chauuiieies El les pauvros logis. — 23 — Lors (111 dernier prinleiups, au mois des paquerelles , Quand les mouches , sur I'herbe aux mobiles aigreUes , S'abaltent par milliers , Sous ce toil demeurait une enfant dii village, Plus fraiche que les fleurs , plus vive el plus volage Que I'oiseau des taalliers. Comme elle elait alors seduisanle et jolie! Que de grace , d'amour el de melancolie Dans ses deus grands yeux'bleus ! Moins douce esl la lueur des larapes solilaires Qui repandent , dans I'ombre , au fond des saactuaires, Un reflet nebuleux. Et plus loin , que de v6ril6 , que de sensibility dans ces vers si simples : Mais quand le mcndianl, chancelanl el sans guide, Passail , vers le niidi , sur le cliemia aride , Sous le solcil en feu , Elle accueillait du cceur sa plainte abandonnee, Et rompail avec lui ce pain de la journee Que Ton deniande a Dieu. Le paurre s'arretait avec un long sourire, Delassant ses pieds nus que la ronce dechire , Et ses membres perclus ; Puis, Iorsqu'51 reprenait sa pesante besace , LoDglenips encor des yeux elle suivait sa trace , Trisle el no chanlaot plus. Min6e par la fifevre , mouranic , la jeune fille ne reconnait plus m6rae I'lndigence et la vieillesse ; et I'auleur , avec une melancolie profonde , ra61ang6e du sentiment religieux sans lequel il n'est gu6re d'616gie , ajoute : Voila done ce que sont la jeunesse el la joie ! Qui pourrail aujourd'hui passer par cetle voie Sans flechir les genoux? La morl reprend si lot ce que la vie accorde ! Seigneur, Dieu de clemence el de misericorde , Ayez pilie de nous! - 24 — Nous arrivons maintenanl 'd la pi^ce capilale dii recueil des Jeux floraux. L'an dernier, M. Richard Baudin , professeur de rh^torique au college de D61e (Jura ) , avail oblenu un prix pour sa fable , le Renard d^puti. Celle ann6e , I'auleur n'a point abandonn6 le genre ou ii excelle, mais il a voulu prouver la sou- plesse de son talent. Vainqueur encore une fois dans le concours de I'apologue , il a envoy6 une 6pltre qui a remporl6 le prix. Cette 6pilre a pour litre : la mission acluelle du Poele. Dans ce morceau , on re- trouve la finesse d'apergus qui dislingue le talent de M. Baudin, uno grande facility el par fois une Aner- gic que des satyriques, illuslres h bon droit, ne d6- daigneraient pas. Le sujet 6tait bien choisi : dans un temps comrae le n6lre ou les leltres et les arts , k d6faut d'encouragements publics , h d^faut des res- sources parliculi6res , semblent an6anlis ; oil Ton voit des artistes , r^duits i la misere la plus profonde , recourir au suicide , dans la crainte d'une aum6ne insultanle; oii d'autres , comme le courageux Beauc6, n'h6sitent pas a laisser inutiles le pinceau el le burin pour prendre , en Alg6rie , le r61e peu arlislique de colons; oil rintelligence m6me est m6counue et doit passer sous le niveau 6galitaire , tanl on a horreur d'une domination quelconque , quel doit 6tre le r6le du po6te? A celte question , M. Baudin a r^pondu : El pourquoi , maintenanl que retenlit I'orage , Irais-je comprimer , poete sans courage , Le vol de ma pensee et I'essor de mes yers ? Dieu d'un coup imprevu fait trembler I'univers ; Les rois , que la tempete a touches de son aile , Ne peuvent rafifermir le Irone qui cbancelle : Les uns , que la fortune est prompte a decevoir , Ramassent dans le sang un reste de pouvoir ; Plus rudement battus du vent de la colere , — 25 — O'autres sont empoiles sur la rive 6lrangere ; Pour echapper h I'aiglc , on ^touffe I'aiglon ; L'enfant nieme est proscril , coiipable d'etre iin noin ! La royaule peril : lorsqiie, epuise par I'age , Le chene iie pent plus sous un vaste fcuillage , A I'heure oti le soleil embrase les coteaux , Defendre de ses feux et pasteurs el Iroupcaiix ; Quand ses branches ne sont que d'infonnes mines , Le fer du biicheron attaque ses racines : Les oiseaux qui chantaient dans ses raraeaux touffus , Des nids qu'il a caches ne se souvicnnent plus. Sous la hache du temps ainsi los rois succouibent. Qu'un Til flatteur du peuple insulle a ccux qui tombenl Mais quel que soit le vent qui souffle k Thorizon , De prejug^s haineux j'ai sauve ma raison ; Je n'ai rien dechire de notrc vieille bisloire , Et sous quelque drapeau que s'abrite la gloire . Je I'ainie , j'en suis fier — et fidele a mon coeur , Sans fletrir le vaincu , j'embrasse le vainqueur. Nous avons , nous aussi , nos prophetes nicnteurs , De la foule ignoranle assidus corrupteurs ; Gonfles d'lin fol orgiieil et nourris de blasphemes , Sur nos mauvais penchants ils fondent leurs syslemes ; Olant Dieu de ce mondc , et I'ame de ce corps , Pour hater notre chute ils redoublent d'efforts. De nos antiques mceurs I'aspect les importune; Et rassemblant le peuple au pied de leur tribune , Ils prechent la revolte en monlrant le bonheur , Fruit defendu qui pend a I'arbre tentaleur. Pareils a ce serpent dont la voix caressante Fit dans un piege affreux tomber Eve innocente , Ils ne seront contents que si Thorame , emporte Par I'aveugle desir de la felicite , Pour cueillir ici-bas le doux fruit qu'il envie , Abandonne son droit k reternelle vie , Et croit , de sa raison eleignant le flambeau , Livrer , vil animal , tout son etre au tombeau ! I. — 26 — Qui voudrait echangcr le chaste el noble hyrneu Que le Chrisl a beui , que la yertu feconde , Conlie ces nccuds formes par un instinct iinmonde ? Tanl que I'ame , ici-bas , se souviendra des cieux , C'est au pied des aulels que la vierge aux doux yeux , Fleur longteinps cullivee a I'oflibre de sa mere , Prele a suivre parlout I'epoux qu'elle prefere , Belle de son bonheur, de son charmant enaoi , Par d'elernels sermenls engagera sa foi. Bien fou qui s'est flatte de vaincre la nature ! Tant que I'oiseau , cachant son nid dans la verdure , Y couvera ses oeufs , tendres fruits de I'amour, A I'abri du soleil et du bee de I'autour; Tant qu'aux pelits dormant sous I'aile nialernelle Ses soins apporteront unc graine nouvelle , Ou la raouchc au corset fiappe d'or et d'azur , Trioraphant des complots du commuuisme impur , La famille Tivra .. . Cependant I'avenir , dans ses flancs tenebreux , Euferme la tempele et des perils aflfreux ; Sur ses vieux fondements I'edifice chancelle ; L'Europe s'cpouYanle ; elle crie , elle appelie : I'oeles , c'est I'inslanl d'elever noire voix , Raffermir dans les coeurs I'autorile des lois ; Sauver la liberie que la licence opprime ; Avec un soin pieux proleger la victime ; Sans ciaindre les mechanls et leur noire fureur , Deiuasquer Timposture et confondre I'erreur; Rappeler a la foule , au peuple qui I'oublie , La douce loi du Christ , celle loi qui relie Le riche au Dieu sauveur , le pauvre au Dieu souffranl ; Pour assouvir Tenvie el son feu deroranl, Monlrer la foudre au front des cimes ddsolees , Et le bonheur... cache dans les sombres yallees : A la foi la plus Tive allumei son flambeau ; Ne porter que I'amour aux plis de son drapeau ; El flelrir Toppresscur , quelque nom qu'il revele ; Voila la mission , la gloire du poele ' — 27 — Mainlenaiit, el pour terminer cetle premiere pari ie, il nous reste & proposer h l'Acad6mie , pour ies pro- chaines Elections de Membres correspondanls , M. Richard Baudin , qui a sollicil6 la faveur d'une pr6- senlation aupr6s de Tun des honorables membres de celte Assembl6e, M. I'abbfi Gainet son ami. L' Aca- demic gagnera , ci ce choix , deux choses : un excellent correspondant , et des vers comma M. Baudin sail Ies faire. REIMS. — p. REGNIER, IJIPRIMEUR HE l'acADEMIE. SEANCES ET TRAVAUX DE L'ACADEMIE DE REIMS. ANNEE 1S49-1850. V 2 & 3. «»eance da 19 Juillet fi840. PRESIDEIE DE M. DUBOIS. Etaienl presents : MM. Bandeville , Bouch6 de Sorbon , Nanquetle , Th. Conlant , H. Landouzy , Querry, Max. Sutaine , J.-J. Maquart , Duqu6nelle, F. Pinon , Aubriot , F. Henriot-Delamolle , L.-H. Midoc , Dec6s , Genaudet , Lecbat , J. Sornin , Deleulre , Pierret , Edom , Forneron , P. Leroy , Bri6re-Valigny , et E. Maumen6 , membres titulaires. CORRESPONDANCE MANUSCRITE. M. Tarb6 de St-IIardouin reniercie I'Acad^mie du tilre de membre honoraire qui lui a 616 d6cern6. M. Goguel, membre correspondant , envoie quel- ques parties d'un travail sur T^ducalion des classes I. 4 — 30 — pauvres. Les fragments qui accompagnent sa let Ire se Composent de cinq cahiers , donl voici les litres : 1° Avant-propos; 2° L'^cole primaire ; 3° Les maisons d'orphelins et les refuges , ou maisons de preserva- tion ; 4° Maisons p6nitentiaires ; 5° Les jeunes filles des classes inf^rieures. — M. Edom est charg6 de faire un rapport sur cet ouvrage. La Soci6t6 acad6mique du d^partement de la Loire- inf6rieure envoie un bon pour relirer les six der- niers num6ros de ses annales. CORRESPONDANCE IMPRIMEE. Bulletin de la SociiU des antiquaires de Picardie , 1840, n» 2. Le Cullivateur , journal d'agriculture du d6parte- menl de la Marne , n°M , 2 , 3 et 4. Sifge de Saint-Quentin , en 1557 , par M. Ch. Gomart , membre correspondant. Exirait des Travaux de la Sociele centrale d'agri- culture du dipartement de la Seine-infirieure , 112* cahier. LECTURES ET COMMDNICATIONS. M. Bandeville lit un des cahiers envoy^s par M. Goguel, c'est-&-dire , Vavant-propos de ses Conside- rations sur I'education des classes pauvres. M. Pinon donne lecture d'une fable intitul6e : Le Cordonnier mMecin. M. Midoc lit une autre fable ayant pour litre : La Reine-Marguerite et le Ver-luisant. MM. Landouzy , Pinon, Midoc et Genaudet d6- posent une proposition ainsi confue : — 31 — tt Lorsqu'apr6s deux stances cons(^calives, le nom- bre des acad^miciens aura ^16 insuffisant pour I'^lec- tion des membres du bureau ou de ceux du conseil d'administration , ii sera proc6d6 i cette Election , dans la stance suivante , quel que soil le nombre des acad6miciens presents. » Une commission , compos6e de MM. Landouzy , Sutaine , Edom , Leroy et Maumenfi , est charg6e de discuter cetle proposition et d'en faire un rap- port k I'AcadSmie. — 32 Seance da 3 AoQt 1S49. nmmm m m. boucbe de sorbon. Etaient presents : MM. Bandeville , L. Fanarl , H. Landouzy, Querry, J. -J. Maquart, Duqu^nelle, Louis- Lucas , F. Pinon , Aubriot , F. Henriol-Delamotle, H. Paris, L.-H. Midoc , Dec^s , Genaudet, Lechat , J. Sornin , G^rardin , Deleutre , Pierret , Forneron , Bri6re-Valigny el Maumene , merabres lilulaires. El MM. Dessain , Leroux el de Boiinay, merabres correspondanls. CORRESPONDANCE MANCSCRITE. M. Nanquetle , aujourd'hui cur6 de Sainl-Charles, i Sedan , adresse h I'Acad^mie sa demission de membre lilulaire. M. Guillemin remercie la Compagnie du liire de membre honoraire qu'elle lui a d6cern6. M. le president de la Soci6l6 d'agricullure , sciences et arls de la Sarlhe , reclame, au nom de celte So- ci6t6 , plusieurs num6ros des Stances el Travaux de I'Acad^mie de Reims. M. Hilaire de Neville , membre de la Commission des anliquit^s du d6parleraenl de la Seine-inf6rieure, _ 33 — invite I'Acadd'mie h demander au Conseil municipal de Reims I'^reclion d'un marbre deslin6 k rappeler le lieu ou est n6 le v6n6rable J.-B. de la Salle. Une commision , compos6e de MM. Querry , Maquarl et Louis-Lucas , est charg6e de faire un rapport sur eel objet. CORRESPONDANCE lAIPRIMEE. Journal des Savants, juin 1849. Journal de la Society d^ agriculture du dipartement des Ardennes, juillet 1849. Reflexions sur I'utilite de la recherche et de la con- servation des antiquites nationales , par M. Hilaire de N6ville. tECTURES ET COMMDNICATIONS. M. Dessain , membre correspondant , lit , comme souvenir de voyage, une 6l6gie qu'il a intilul6e : Trois fois mourir. M. Midoc donne lecture de la seconde parlie de son rapport sur le Recueil de I'Academie des Jeux floraux. M. Landouzy fail , pour prendre date , une com- munication sur la symptomalogie de la niphrile al- bumineuse, M Maumen6 ajoute quelques mots pour confirmer les observations de M. Landouzy. Un membre fait remarquer que la presence de la majority des acad6miciens est n^cessaire pour discuter la proposition fuite dans la dernifere stance de mo- difier les statuls en ce qui concerne r^leclion des membres du bureau et celle des niembres du conseil — 3/1 — d'adminislralion ; en consequence , la discussion et le vole concernant celte proposition sont renvoy6s a une prochaine stance. MM. Deleutre , Dec6s , H. Paris et Bri6re-Valigny, en raison de la difficuU6 pour plusieurs membres d'assisler aux stances le premier et le troisidme vendredi de chaque mois , proposent de modifier ainsi I'article premier du r6gleraent d'organisalion int^rieure : « L'Acad6mie se r6unit le second et le quatrifeme vendredi de chaque mois. » Cette proposition , renvoy6e h I'examen de MM. Deleutre , Mldoc et Henriot , sera discul6e dans la s6ance de renlr^e. Plusieurs membres demandent que les jetons de presence ne soient remis qu'& la fin de chaque s6ance. Cette proposition n'est pas adopt6e. M. Pinon pr6sente 5 la Compagnie un 6chanlil!on de poil de lapin blanc ; il annonce qu'il a 6t6 fiI6 de ce poil une chaine forte qui fait partie en ce moment de I'exposition des produits de Tinduslrie , el qui parait devoir donner un tissu lr6s fin. M. Henriot est charg6 de faire un rapport sur ce produit. — 35 — Lecture de N. L.-H. Midoc. RAPPORT SDR LE RECUEIL DE l'aCADEMIE DES JKUX FLORAUX. (Seconde parlie). Nous avons insists , dans la premiere partie de ce travail , sur I'^pitre de M. Richard Baudin ; ce ful pour deux motifs : — M. Gainet et moi nous le pro- posions comme membre correspondant , et il fallait juslifier la souplesse du talent du po6te. — II nous paraissait aussi que I'^pilre est un de ces genres mixtes dans lequel tout le monde croit r6ussir, bien que le succfes soil tr6s rare. L'antiquit6 n'a gu^re transmis que les 6pUres d'Ho- race ; il est vrai que le favori d'Auguste , le prol6g6 de Mec6nes, n'est point encore d6pass6 , ni m6me atteint de nos jours. La Gnesse des aper^us, la grcice du courtisan , le sarcasrae du philosophe, une con- naissance approfondie du coeur de riiomrae , onl fait des 6pitres d'Horace autant de chefs-d'oeuvre. La litt6rature fran^aise comple peu de pofeles qui aient r6ussi dans ce genre. Boileau ne fut gu6re que tra- ducteur ; Voltaire et Casimir Delavigne seuls surent approcher du maitre. Un auteur vivant , sur lequel — 36 — les caricaturistes n'onl point lari, faisant preuve ainsi de parlialil6 et de rancune bien plus que de gout el de convenance , M. Yiennet , a publi6 des 6pilres dans lesquelles il ne manque qu'un peu de causll- cil6 pour qu'on puisse les ranger parmi les satires et parmi les meilleures satires. M. Baudin n'6tait pas seul : trois autres pontes avaient envoyt^ des 6pitres que TAcad^mie des Jeux floraux a publi^es : un qualrifeme concurrent n'a point 6t6 aussi heureux. La premiere 6pitre, due h la plume de M, Paul Juillerat, est adress6e au peuple de Paris et porte pour 6pigraphe les vers si connus de M. de Lamar- lioe : Oui , tout pouvoir a des salaires A Jeter aux flalteurs qui lechent ses gcnoux , Et les courtisans populaires Sonl les plus serviles de tous. Les vers de M. Juillerat sont d'un homme honn6le, consciencieux et 6rudit ; il n'y manque que le feu sacr6 et un peu d'616valion dans le style. Si, pour parler au peuple , il est peu i propos de se jeler dans la pompe du discours , dans I'exag^ration de la forme , reconnaissons aussi que ce n'est point en parlant le langage de la rue que Ton parvient a 6tre 6cout6, ct surtout eslim6 par lui. N'esl-il pas mal- heureux d'6crire au courant de la plume des vers comme ceux-ci : Mais , pour peu qu'il te reste encore de bon sens , Tu pourras eslimer ce qu'il vaut , leur encens. A ce bon sens permels qu'aujourd'hui j'en appelle ; Laisse jusqu'a demain la brouette et la pelle ; Aussi bien il fait nuil ; les moineaux sur les toils — 37 — Sc sonl loiis dit bon soir en leur genlil patois ; Le profil de la lune an couchant se decoupe , Et les feinines, songeant a preparer la soupe , Jusqu'i ce que I'eau chanle el danse au bord des pols , Dans les poiiles de fonte allisent les copeaux. Or done , en atteadanl que le polage trempe , Etc. , etc. Surtout quand on peut 6crire des tirades aussi vivement seniles que celle qui suit : II en est temps , renonce a les egarements : Ah ! lorsque tu fais feu sur ces flevs regiments , Puissants par la bravoure et par la discipline ; Quand lu vas protester en haul de ta colline Pour de legers griefs , pretendus attentats , Quand tu mets les paves de notrc ville en las ; Que sous la pression d'odieuses niaximes , Suremenl , froidement , lachement tu decimes, Disciple abatardi de Brute et de Tarquin , Les generaux qu'ayait respectes I'africain ; Quand tu detruis les rails et les embarcaderes ; Crois-moi , non-seulement lu le deconsideres Aux yeux de nos roisins par toi souvent frondes , Non seulement lu perds comme un joueur aux des , Mais lu le creuses , peuple , un gouffre de misere ; Mais lu ne veax pas voir , obstine Belisaire , Que le ciel le condamne et que crimes jamais Ne le nuisenl aulant que ceux que lu commels. Le Progres, 6piti'e adress^e h MM. de I'Acad^raie des Jeux floraux par un anonyme , est remarquable par une facility et un enjouement qui prouvent que I'auteur , suivant le pr6cepte d'Horace , se sert de la Musa pedestris^ et qu'en route, il salt donner la main h la gait6 frangaise. Par le temps qui court, dans une (ipoque oil Ton rougit de nre, et oil les plus grandes extravagances des sublimes penseurs se d6- bitent s6rieusement , il est si doux de liouver a — 38 — rire , du bon gros rirc de iios aicux , el de dire avec le chanlre populaire , B6ranger : « Cessez a de folles teles » D'inspirer tos desespoirs , » Disait-elle aux grands poeles : » Le genie a ses devoirs. » Qu'il brille au vaisseau qui sombre » Comme un phare bienfaisant, » Je ne suis qu'un ver-luisant, » Mais je rends la nuit moins sombre. » Au logis ramenez-Ia , Vous tous qu'elle consola. Du luxe elle avail la haine Philosophait meme un peu ; En pelit cercle , el sans gene S'ebattait au coin du feu. Que son rire avail de charmes ! J'en pleurais epanoui. Le rire est evanoui , II n'est resle que les larmes. Au logis ramenez-la , Vous tous qu'elle consola. Mais, h61asl il n'est plus le leraps ou I'on pou- vait s'6crier que le peuple fran^ais chanlail a toules les 6poques ; B6ranger, ce type si parfait de la chanson patriolique, el qui , pour cela , n'en excellait pas moins dans les aulres esp6ces du genre , serail difficilemenl 6coul6 aujourd'hui. Qui parle raainlenanl d'Olivier Basselin el de ses chansons conlre les anglais en armes sur le sol fran^ais? A plus forte raison a-t-on oubli6 Panard, Coli6, Piron, Monet, Favart, Dufr6ny, Desaugiers el lant d'aulres. Cependant , qu'il 6tail doux d'enlendre de joyeux chants el de passer tour-a-tour du cri guerrier au verset qui c61febre I'amour , ou au refrain de maltre Adam ! Car la chanson a des rhythmes pour tous les — 39 — sentimenis; pour la passion comme pour la joie elle a des tons et des refrains. L'6pilre anonyme commence ainsi : Messieurs... non, citoyens!..non, Messieurs, car j'enrage Quand on veut m'affubler des habits d'un autre age : Seneque etait de Rome , — et je suis de Paris. Rien n'est beau que le laid , ont dit les beaux esprits ; Rien n'est vrai que le faux , dit la savante ecole Qui cultive en recits le mylhe et le symbole : Bienheureux paradoxe ! on n'avait pas encor A les sublimitcs donne tout leur essor. Voyons : concerlons-nous pour remetlro en lumiere Les champetres verlus de ce bon Robespierre ; Assez et trop longtemps le stupide troupeau Des bouchers incompris a maudit le couleau ; Rendons, rendons enGn justice a leur memoire; ciel ! enlends-je la les arrets de I'histoire ? Si c'esl pour notre bien qu'on nous Gt tant de mal , Preservez-nous , Seigneur , du progres social ! L'auteur termine par la pens6e suivanle, aussi juste qu'616gamment et saliriqueraent exprim6e : Messieurs , j'eus autrefois I'lionneur de vous ecrire. J'ai Tieilli depuis lors ; mais mon cceur, encor vif, Atos traditions garde un culte attentif. Si je ne redoutais un trop facheux symbole , Je me peindrais veillant sur TOtre Capitole ; J'y complc aller mourir aux bras des troubadours , Des tribnts de Nerac nourri sur mes rieux jours. Messieurs, ne laissez pas, ma voix vous en implore, Dn bonnet phrygien coiffer ma douce Isaure ; C'est le songe aujourd'hui dont je suis lourmente ; Et pourlant , croyez-le , j'aime la liberte ! L'ambition pour moi n'a point de jouissance Qui te puisse egaler , o noble independance ! Je fuis du meme vol , au plus epais des bois , Et les flatteurs du peuple el les flatteurs des rois. Sans consulter la loi , fiddle a I'evangile , — ho — A 1111)11 vt>isiii .".oun'rnnl jc biiilo il't'^lie utile j Jc t'(iiiiini!< U's (loiict'iirs ilc la paicrnilo. Mais il n'a point {'luore iioinmi' Icgalitt^ , l)irn-t-o». A co inol, qiiol vain regret I'opprcssc :' Qiii'l (losir (hos si flaltctirs , Vos jardins sent orn6s do IliMirs si siMliiisanles , TanI tie riiuos vers voiis voleiil iinpationles , Qii'a i>riui('r ilc inon mieiix jo ponso eii eel instant , Kl plus dun radical . je gage , on fait autaut. Nous nrrivons nininlonaiil ii Ti'^pilre dc M. Nibellc, anoiiMi avocal {^t'-iu'ral , aiijounl'luu avocal ; cllt^ est adrosst'-o d la fcmmc dcs chths. Tout d'abord, oi» le- coniiatt dans rauleur un anrion mombie du parquet : la morale, le respect des institutions oivilcs et re- ligieuses le pit"'oioupont et passent dans ses vers sous une forme salirique qui rappelle ses fonclions au- .slt>res. Co n'esi pas h litre do rcproche que pareille observation se glisse dans ce travail : Irop longlemps les gens de bien , les savants , Ics phiiosophes, les littt^rateurs , n'ont cu que de la faiblesse el dc la eomplaisance pour dos Iravcrs et dcs vices qu'il eiil fallu rt!!p rimer. M. Nibcllo , litti-raleur estimable , a voulu fltitrir la femme qui , abandonnanl le foyer domeslique , renoncant j\ I'amour conjugal , iX ralTection de ses enfants , se livre au\ agilalions des clubs el aux lourmenles do la rite et dc it^meute. Cost qu'en elTol bien des femmos , de nos jours , sont loin du lenips oil, sous la rt^publiquo romaitio , le plus grand 61oge que Ton piit faire delles se Iraduisail par les qualre mots : (fof)ii vmnsil , lonam fecit. Le Cbrisl a rolovt^ la fonime do It^tal de servage ; luais n"esl-ce point par un affreux abus des doctrines si pures et si — hi - consolantes du Dieu Marlyr , par une profanation des mots les plus doux , des paroles les plus con- cilialrices , qu'on est arriv6 h fairc de I'ange de la vie un monstre qui mord la cartouche , excite i la sedition et h I'abandon de toute pudeur. Heureuse- menl, le monstre est rest6 6 l'6tat d'exceplion , d'om- bre au tableau , destin6 h servir de repoussoir h la d«!!licale charil6 du plus grand nombre des personnes de son sexe. Le sujet de M. Nibelle 6tait beau, et parfois il lui a inspir6 une verve rude et mdle et des vers bien marqu6s au coin de la po6sie ; en voici quel- ques-uns : L'ardenle yesuvienne , emule d'Alexandre , Avec sa legion , mettrait le monde en cendre ; Retenez , croyez-moi , I'empire le plus doux , Et vos maUrcs , charmes , tombent a tos genoux : Pour vostiheveux floltants nous aurons des couronnes. Voulez-rous imiler ces fleres amazoues Qui traquaienl les amaots corame on Iraque les ours ? Ces sauvages beautes ne rclaienl pas loujours; Et plus d'une amazone , illustre dans I'bistoire , Mourut de repenlir et lasse de sa gloire. Le d6sir de citer et de louanger M. Blanchemain dans sa touchante 6l6gie , et de vous montrer M. Baudin dans I'^pitre , nous a fait interverlir I'ordre du livre, et maintenant it nous faut revenir a r616- gie pour parler des essais do M. Ch6ron et de M. Dauriac. Nous n^avons trouv6 dans la Vierge d^En- gaddi et dans V Angc d'Uegesijppe aucune des qua- lil6s qui constituent I'elegie. La premiere , facilement versifi6e , manque complelement d'originalit6 ; la se- conde est priv6e de Tessor po6tique , et semble un appel h la falalil6 pour laquelle bien des pontes , h — 42 — d6faut du sens religieux , ont des chants qu'il leur serait facile de reporter , plus harraonieux el plus justes , vers celui dont precede toute veritable poe- sie. Mais que de versificateurs, v6ritablement poeles, croiraient ne pas I'^tre , si leurs ouvrages n'6taient une perp6tuelle invocation k I'ange du mal 1 Aux 616gies succ^dent les idylles ; le recueil en contient deux : Mon chateau, par M. Berthault , et Une matinee de printemps , par M. Durand. M. Hippolyte de Caslillon a envoy6 une ballade intilul6e : Anna , et orn6e de cette 6pigraphe de Victor Hugo : Ne me demandez pas d'ou me Tient cette hisloire ; Nos peres Tont coatee el moi , je la redis. Le jeune auteur esl po^te par la pens6e plus que par Texpression , et le style laisse h d6sirer. Commc si Ton pensait encore k faire des hymnes. — C'6tait bon du temps de la foi , quand I'Ame brulanle s'61an(?ait sous les larges arceaux gothiques jusqu'aux pieds du Gr6ateur. — M. le rapporteur de I'Acad^mie des Jeux floraux s'6tonne que le se- cretariat n'en ait regu qu'un seul. II est du h la plume d'une femme, Madame de Saint-Georges, et I'on y trouve le sentiment profond de la croyance chr6tienne. La donn6e est originale , le style pur, et Madame de Saint-Georges peut continuer ce genre de composition avec I'espoir du succ6s. Enfln , nous rencontrons un sonnet & la Vierge , intitule : La iristesse de Marie. C'esl encore M. Blan- chemain qui en est I'auteur. Un sonnet sans defant rant seul un long poeme , a dit Boileau; pour nous, nous estimons que — 43 — M. Blanchemain fera bien de rester dans le petit po6me de I'^legie , dans le champ plus large de I'ode , et de ne pas tenter la gloire, quelque peu Equivoque, promise par celui que Ton est convenu d'appeler le r6gulateur du Parnasse. Maintenant que les genres de composition divers ont 6td parcourus, voici venir les apologues. Ce petit pofeme qui a plus d'un rapport avec I'art sc6nique , qui permet d'adresser aux puissants comrae aux faibles des legons salutaires , et parfois des morales un peu brutales de v6rit6 ; ce petit po6me a de nouveau tenl6 M. Richard Baudin auquel, pour la seconde fois, on a d6cern6 la primev6re. Le fabuliste qui , I'an dernier , avail fl^lri les promesses des candidats k la deputation , dans son apologue le Renard depute, a lanc6 son fouet satirique sur la peau des partisans de I'^ga- lil6 absolue, qui , parvenus aux honneurs, chaugent d'opinion et d'habits, et savent fort bien se d6cer- ner des parchemins et des litres de noblesse. M. Baudin les a repr6sent6s par le Chien griffon detenu grand visir ; il est bien entendu que Tesp^ce huraaine ne contient aucun de ces vils ren6gats , et qu'il faul voir dans celte fable une pure fantaisie de Tauteur. Nos moeurs sont , Dieu mergi , bien 6pur6es ; bien fou est done celui qui fait des fables I Autrefois, nous avions des vices , tout au raoins des travers ; mais notre belle esp6ce a tellement progress^, que nous ne comprenons pas comment on peut encore se livrer h la composition d'une fable, el cependant M- Baudin n'a pas seul concouru. — hU — M. Dombre a lroiiv6 encore un sujet de fable : VAne €t le Cheval , et il a os6 la terminer par ccUe affabulation bien vieillie el bien pen vraie dans nos jours de d6sinl6ressemenl : Chez nous souTcnl n'eu est-il pas ainsi ? A defaul de talent on a beaucoup d'audace ; On brigue ayec ardeur les emplois: on oblient. Oh! toujours la place convient; Convienl-on toujours a la place? El M. P6contal qui , dans le Cygne et le Corheau, osn ainsi presenter la morale que voici : En vain , les envieux dont cetle lerre abonde Denigrent la vertu , le talent , le savoir : Le Cygne est toujours blanc, le Corbeau toujours noir. Mainlenant , que nous avons ensemble parcouru la premiere parlie du livre des Jeux floraux , il Dous resle un coup-d'oeil h jeter sur les composi- tions dues h MM. les raainteneurs. Ici , Messieurs , la tdche d'un rapporteur devient difficile : louer trop ou Irop peu , entre ces deux ^cueils il faut naviguer. Les Acad6miciens sont susceptibles , nous en savons tous quelque chose. M. de Raynaud a lu , a la stance publique , un 6]oge de M. de Limairac que I'Acad^mie des Jeui floraux eut le malheur de perdre. Ce fut une no- ble vie que celle de M. de Limairac , officier de la 16gion d'honneur , ancien pr6fet , ancien d6put6 , mortdans les bras de la religion , apr6s avoir tromp6 les ann6es dune longue vieillesse par les joies de la famille et le culle des muses. Dirons-nous que M. de Raynaud a su faire I'doge de son ami ? ~ ll5 - Cette piece est siiivie d'une semonce lue aussi en stance publique par M. dc Mac-Carthy. Avec une verve toujours de bongout, avec une chaleur qui n'arrive jamais k I'emporlement , avec la conviction profonde qui appelle la conviction de I'auditeur, M. de Mac-Cartiiy d6montre que les re- volutions 6touffent les arts; que Tambilion, la politique sont de mauvaises conseilleres ; que l.i veritable gloire des nations repose sur leur litt6ra- ture, et que les Etats-Unis n'ont besoin que d'une litt6rature pour devenir une nation 6gale en lous points h la France, h I'Angleterre; que les belles- lettres I'emportent de beaucoup en utility sur les sciences nalurelles et math6matiques ; qu'elles seuies savent former le cceur et I'esprit, et qu'elles seuies enfin servent de refuge et de consolation dans le malheur de I'ambilion d^gue, des illusions trahies, de la jeunesse envol6e, de la fortune perdue. Nousn'irons pas aussi loin que M. de Mac-Carthy, et loin de nous la pens6e de jeter I'anath^me sur aucune branche des connaissances humaines. M. Florentin Duces a 6galement lu , & la stance publique, un fragment du 22^ chant de I'^pop^e Toulousaine , ou la guerre des Albigeois. La ChariU^ par M. Firmin de la Jugle , date d6ji de qualre ann6es , mais elle n'a 6t6 mise au jour que le 25 f^vrier 1849; nous ne nous 6tendrons pas sur cette ceuvre po6tique, qui est suivie dans le recueil d'un morceau plus imporJant et plus s6rieux. Le Mainteneur des Jeux floraux a voulu , lui aussi, chanter Chateaubriand , et son ceuvre, pour 6tre plus correcte que les vers inspires aux jeunes concurrents I. 5 - 46 - du prix d'Isaure , n'en a pas moins d'616valion et de grdce , et M. de la Jugie n'avait pas besoin de deraander aux cendres du dernier gentilhomme I'ex- cuse de son audace. Sous ce litre : Souvenirs et regrets d'un aveugle de trente ans , M. de Raynaud a d6montr6 one fois de plus que pour appeler la muse et faire de beaux vers , 11 faut d'abord profondement sentir. Nous ne connaissons pas M. de Raynaud , raais en le lisant , nous osions affirraer que le coeur parle haul chez lui et que I'dme y est bien plae6e ; les vers qu'il consacre h sa m6re sont empreints d'une delicate m^lancolie , d'une foi et d'une resignation qui arrachent les larraes. Conserve, Dieu puissant ! une mere aussi tendre, C'est eUe qui m'ouvrit les tresors de ta loi, Qui m'apprit a t'aimer , m'apprit a te comprendre, Elle dont les legons m'eleTerent vers toi ; Mais centre tes desseins, la plainte, le murmure, Ne sauraient s'elever dans ua coeur repentant; Au creuset du malheur rhumanite s'epure ; Souffrir, c'est expier ; frappe , Dieu tout puissant, J'accepte le malheur, j'accepte la soufifrance Pour flechir ta justice et pour la desarmer. Mais, du moins, laisse-moi le coeur, I'intelligence : Que je puisse toujours te servir et t'aimer ! Le dernier feuillet du livre est tourn6 , notre tdche expire; si nous n'avons pas pu raccoroplir aussi bien que nous le d6sirions , du moins, Messieurs, il nous demeure la conviction d'avoir apport6 dans nos appre- ciations la conscience et I'impartialite qui doivent ne jamais quitter un rapporteur. — Ill - REVUE RETROSPECTIVE. Communication dc Al. tiobillard. LE PLAISIR ET LE BONHEUR. FABLE, par M. A.-n. IiOISON , Membre correspondant. En nous voyant toujours si differents d'hnmeur , De langage, d'habit, de trails , de savoir-faire, Moi brillaut , enjoue , — vous limide et reveur ; Moi fete , riche , — et tous souvent dans la misere ; On ne croirait jamais , men frere , Disait un jour le Plaisir au Bonheur , Quo nous sommes tous deux flis de la meme mere , Car je ne tous ressemble guere , Et vous me faites peu d'honneur. Quittez done au plus tot ce triste caractfere , Et surtout changezde tailleur.... Repandez-Tous, voyez meilleure compagnie ; Vous vous cachez toujours , et pour quelle raison ? Ne savez-vous done pas qu'en tout la modestie Pour reussir est un chemin fort long? Aussi qui vous connalt. entre nous, je vous prie? Beaueoup de gens, je le parie , Ignorent jusqu'a votre nom.... Tandis que moi , que! raonde et quelle vie ! Je hante tour a tour la robe et le blason , Partout on me cherche , on m'invite ; — 48 — La noblesse aiijourJ'bui, !a finance demain , M'honore d'nn sourire et me donne la main; Et j'ai su faire accueillir mon raerite Du boulevard de Gand au faubourg Saint-Germain. Mainls deputes , mainls pairs de France , Au plus fort d'un grave debat, Bien souvent , pour me voir , ont quitte la seance; El plus d'un grand homme d'Elat , Plus d'un severe magislrat, En secret me donne audience. Oui , c'est a qui m'aura chez soi ; J'ai le talent de plaire , et mes avis font loi : Sans ma gaite , point d'aimables folies, Point de joyeux banquets , d'agreables parties ; Et quant aux femmes , sur ma foi , Comme toutes par moi se trouvent rajeunies , Je puis bien vous jurer que , laides ou jolies , Tonics feraient cent soltises pour moi.. . Chez un riche herilier , emancipe nagueres , J'habile en ce moment , et je regis ses biens ; II a pris un hotel , des chevaux et des chiens ; Pour I'amuser j'invente cent moyens , Et nous tuons le temps de toutes les manieres ; Nul embarras de rieu , nul souci des affaires , Je le promene au bois , aux clubs , aux Italiens ; A ropera je vais et viens ; Je suis I'ame, en un mot , des plus rianls mysleres, Et I'idole des Parisiens.... Ful-il jamais existence plus belle ? Je ne m'apparliens plus ; c'est pour moi , cbaque jour , Au theatre , a la ville, une fete nouvelle ; Je suis parlout ou la mode m'appelle , Et quelque fois meme a la cour !.... Moi , je n'y vais jamais , mon frere , Repondit le Bonheur , et je ne m'en plains pas ; De ce que vous vantez je fais fort peu de cas; Le jeu , les bals , le vin , la bonne chere , Du monde qui vous plait I'eblouissant fracas , Tout cela ne me tente guere ; Je ftie porte Ires bien sans tons vos beaux repas.... Tandis que vous mcllez un soin extreme — 49 — A Tous fuir , a vous faligner , Moi , je me plais a jouir de moi-meme Sans trop me faire remarquer. On est juge d'apres ce que Ton aime , Et c'est s'estimer pen que de se prodigner.... Vous , vous cberchez la foule , et moi , la solitude ; Le moyen de pouvoir yiyre jamais unis ! Nous ne serious en rien jamais du meme ayis ; Le travail vous fait peur, et je cheris I'etnde; Qnant aux amis , Vous les comptez , je les choisis.... Ce monde n'est pour vous qu'un vaste champ de roses ; Et moi , les fleurs d'un jour sont celles que je fuis ; Quand , papillon leger, vous efileurez les choses , J'en exprime le miel et j'en cueille les fruits.... Pendant que vous vivez , effronte parasite , Aux depens de ce jeune fou Que vous vous faites un merite De conduire.... je ne sais ou , Sous les traits de la Bienfaisance Moi , j'aime a visiter quelqne honnete indigent ; J'aime a porter un pen d'aisance Dans des lieux qui jamais n'ont vu briller I'argent. A la mere desesperee C'est moi qui rends un fils qu'elle croyait perdu ; C'est moi qui rends a I'amante eploree L'inconstant qu'elle avait si longtemps attendu ... Que deux amis, pendant un long voyage Separes sans espoir, soudain soient reunis; Des pleurs de joie inondent leur visage , lis se sont embrasses , tous leurs maux sont finis. ..i « Bonheur I disent-ils , Bonheur , vols ton ouvrage ; » Vols nos larmes cooler lorsque tu nous benis... » Et moi, je pleure aussi ; mais que ces donees larmes Pour moi , comme pour eux , ont de bien autres charmes Que voire gaite folle , et vos jeux et vos ris !... Qu'on juge en deux mots qui nous sommes. Qui, de vous ou de moi , plus vrai , plus genereux , A plus de droit a I'estime des hommes ; Vous les aimez pour vous , je les aime pour eux Quelque soil I'hote qui m'appelle , Riche ou pauvre , j'accours si c'est la voix du coeur ; Vous , courtisan de la favour , — 50 — E( de la fortune infidele , Des qu'elle fuit , tous fuyez arec elle ; Moi je suis un ami, yous n'etes qu'unflatteur.... A ce sermon un peu severe , Le Plaisir, distrait et moqueur , ^ Fit une pirouette , et salua son frere. .. . Mais depuis , profitant d'une commune erreur , II Tient souvent , I'air humble et boa apotre , S'offrir k nous sous les traits du Bonheur, Et je gage que le lecteur Plus d'une fois prit I'un pour I'autre. REIMS. — IMP. DI r. REGNIER. SEANCES ET TRAVAUX DE L'AGADEMIE DE REIMS, ANNTEE 1849-1850. N.'4. finance du % Novemltre 1919. PRESIDENCE DE M. BOCCBE DE SORBOX. filaient presents : MM. Saubinel , Robillard , Bandeville , H. Landouzy , Querry , J.-J. Maquart, Louis-Lucas, F.-L. Clicquot, F. Pinon , Aubriot , L.-H. Midoc , Dec6s , Genaudet , Lechat , J. Sornin, Gainet , G6rardin , Deleulre , Pierret , Forneron el E. Mauinen6 , raembres litulaires. Et MM. Maillet el de Bonnay , membres corres- pondanls. CORRESPONDANCE MANDSCRITE. M. Hennezel , vicaire de Monlmirail , fail con- nailre a TAcad^raie que son oncle , M. le cur6 de I. 6 — 52 — S6zanne , a laiss6 une colleclion considerable de min6raux et de coquillagcs pr6cieux ; il demande qu'une personne soil envoytlje pour examiner celte colleclion, et voir si elle peul convenir k la ville de Reims. M. le Secretaire g6n6ral est charg6 de prendre les renseignemenls n^cessaires, M. Bryais , clerc de nolaire, h Roucy , fail hom- mage h la Compagnie de quelques num6rosdu journal : le Paysan , ou il a fail insurer un article sur I'^du- calion. M. le Secretaire de TAcademie des sciences mo- rales et politiques accuse r^ceplion de plusieurs numeros du bulletin des Seances et Travaux de TAcademie de Reims. M. le Secretaire du bureau central du Cornice agricole invite les membres dePAcademie h la reunion tenue , le 16 septembre , a Epcrnay. M. Guillory remercie la Compagnie du litre de membre correspondant qui lui a eie decerne. M. Arrivabene annonce I'envoi de quatre exem- plaires d'une brochure publiee par lui. M. le President de la Societe des antiquaires de Picardie invite I'Academie de Reims h Tinaugura- lion de la statue de du Cange , k Amiens. M. Naudel , adminislrateur de la bibliolheque nalionale, fait connailre I'etal d6feclueux de Texem- plaire du Marlot remis k cette bibliolheque ; il de- mande que I'Academie veuitle bien completer I'exem- plaire depose. — La Compagnie decide qu'un exem- plaire complet sera offert a la bibliolheque nalio- nale. — 53 — CORRRSPONDANCE IMPRIMEE. Brins de laine microscopiques, lilhographie adressde par M. F. Tavernier. Trois num^ros de la Concorde, journal de Seine- et-Oise , ou se Irouvent plusieurs articles de M. 0. Seure , intitultis ; 1' Revue artistique d'une annie parlementaire ; 2° du Calholicisme dans V art; 3" le Retour du souverain Ponlife , po6me. La Senlinelle des campagnes , n* du 28 oclobre 1849 , oil se trouve un comple-rendu des Iravaux de M. Jobard , de Bruxelles, sur la propri6t6 in- tellectuelle. Mimoires de la Society des sciences , lettres et arts de Nancy, ann^e 1847. Bulletin de la Socieli des anliquaires de Picardie , ann6e^l849 , n° 3. Bulletins de la Society des antiquaires de I' Guest , 2" trimestre de 1849. Mimoires de la Socieli des antiquaires de Norman- die , 2* s6rie , 7^ vol. — Ces (rois derniers ouvrages sont renvoy^s h I'examen de M. Deleutre. Bulletin de la SociHi d' agriculture , sciences et arts de la Sarthe , l" trimestre 1849. Annales de la Societe d'imulation des Yosges , tome VI, 3" cahier, 1848. Recueil des acles de I' Academic des sciences , belles- lettres et arts de Bordeaux, 11« ann6e , 1849, 2« trimestre. Annates agricoles , scientiftques el litt^raires du de- partemcnt de VAisne, 2" s6rie , tome vi. Mimoires de V Jcadimie du Gard , 1847-1848. — 5a — Annales de la SociiU d'agriculture , sciences , arts et belles-lettres du departement d'lndre-et- Loire , tome 29, n" 1. Recueil agronomique , industriel et scientifique , pu- blic par la Sociite d'agriculture de la Haute SaOne , tome V , no 6. Brochures offerles par M. I'abb^ Georges, deTroyes: lo les illusires Champenois , qualre cahiers contenant les biographies de Grosleg , Pierre et Francois Pithou, Jean Passer at; 2° files de la vierge Marie. Journal de la SociHe d'agriculture du departement des Ardennes, juillel , aoul et oclobre 1849. Compte-rendu des travaux de la Society d'agricul- ture de I'arrondissement de Grenoble pendant I'annee 1849, par M. le conseiller Paganon. Catalogue de la librairie de Leleux. inflexions sur I'utilite de la recherche el de la conser- vation de nos antiquitis nationales. Trois exemplaires du Tableau analytique des prix proposes par la Sociiti industrielle de Ululhouse pour 1850. Lettre de la Societe d' encouragement pour Vindus- trie nationale , annon?ant quelques modifications dans les slaluls de la Soci6l6. Programme des prix proposes par la m^me Soci^l6 pour les ann6es 1850, 1851, 1832, 1853, 1855 et 1856. Notice sur Dujresne du Cange , avec le programme des f6les qui ont eu lieu lors de Tinauguration de sa slalue. Eucologe en musique , prospectus envoys par M. F61ix C16menl. — 55 — Nacigalion sous-marine. De^ causes qui ont assure la tranquillile de la liel- gique au milieu des ivenemenls de 1848. Trois exem- plaires. RHuUal du concours ouverl en 1849 , par I'Aca- d6mie du Gard , et Programme des prix proposes par la m6me Academic pour 1850. Rapport sur I'elat de la musique religieuse en France, adress6 h M. de Falloux , rainistre de I'inslruclion publique et desculles, par M. F. Clement. Cours de Irigonomelrie , par M. Lecoinle. — Rap- porteur M. Soriiin. Programme des questions disculties a Bourges dans la session de Tinstilul des provinces en 1849. De la necessite de [aire entrer dans Vinstruclion publique I'enseignement de I'agricuUure , par M. L. Simonnel. Rapport fait a rAcadimie des inscriptions el belles- lettres au nom de la Commission des antiquaires de la France, par M. Lenormant , dans la s6ance pu- blique annuelle du 17 aoiil 18'i9. Congres agricole de la Haute-Saoue , session de 1848. LECTDKES ET COMMUMCATIONS. M. Bandeville fait un rapport sur la n6cessit6 de moditu'r le premier article du reglement d'orga- nisalion int6rieure , relulif aux jours de stance de rAcad^mie. 11 propose , au nom de la Commission, de fixer les jours de stance au T et au 4" veii- dredi de chaqne mois. En consequence , I'arliclf! \" serait ainsi con^u : « L'Acad^mie sc r6unit le 2" el — 56 — le 4* vendredi de chaque mois , sauf le cas de con- vocalion extraordinaire. Eile clot ses seances le 2* vendredi du mois d'aout , et fait sa rentr6e le 2' vendredi de novembre. » — L'Acad6mie adople ces conclusions , qui seront communiqu6es aux jouruaux de la ville. Plusieurs membres demandent que les jetons de presence soient distribu6s h I'avenir h la fin de chaque s6ance. Une commission , compos6e de MM. De- leutre , Midoc , Maquart , Saubinet et Sornin , est charg6e de faire un rapport sur cetle proposition. M. le President d^signe , pour composer avec les membres du bureau la commission 61ectorale , MM. Landouzy , Querry , L. Lucas , Genaudet el Dec6s. — 57 — f»eiiuee flu it '%uv(>inl»rc IHB9. ntmm m m. Dubois. Etaient presents : Mgr'I'Archev^que , MM. Saubinet, Bandcville, Bouch^deSorbon, L.Fanarl, H. Laudouzy, Querry , J.-J.[Maquart , Duqu^nelle , Louis-Lucas, F.-L. Clicquot, F. Pinon, Aubriot, Gossel, F. Henriol- DelamoUe, H. Paris, L.-H. Midoc, Deces , Genaudel , Lechal , J. Sornin , Gainel , G6rardin , Pelitbon , Pierret , Forneron , Bri^re-Valigny et Maumen6. Apr6s avoir eiilendu M. Biindeville , rapporteur de la commission des Elections , TAcad^mie procfede , conformemenl i son reglemcnt , au\ Elections du second senieslre , ct i T^lection d'un membre du conseil d'administration. Election de membres titulaires. Sonl iiomm^s au scrutin secret : M. Alboise de Pujol , inspecleur de TAcad^mie de Reims. M. HoLLKAUj ing6nieur des ponts- el-chauss6es. t,leclion de membres correspondanls. Sonl pro(lam6s membres correspondanis de TAca- d6mie : M. Jules Lundy , pai6ograplie h Paris. — 58 — M. Richard Baudin , professeur de rli6lorique an college de D61e. M. Saunier, professeur d'hisloire au lyc6e de Reims. M. Jamin , professeur de physique au lyc6e Louis- le-Grand , i Paris. Election d'un membre honoraire. M. I'abb6 Nanquette , ancien membre titulaire , est 61u membre honoraire. £lection d'un membre du conseil d' administration. M. TouRNEUR est nomm6 membre du cowseil d'ad- ministration , en remplacement de M. Henriot , membre sortant. — 59 — REVUE RETROSPECTIVE. Lecture de SI. H. Landouzy. DE L'AFFAIBLISSEMENT DE L4 VUE CONSIDfiRfi COMME SYMPTOME INITIAL DE LA NfiPHRITE ALBUMINEUSE. Malgr6 les travaux si complets des cliniciens modernes , el en particulier de Bright , Rayer , Gregory, Martin-Solon, etc. , sur la nephrite albu- mineuse , cette affection redoutable resle encore si souvent ignor6e , surtout k son d6but , qu'on ne saurait accueillir sans int6r6l les symptdmes propres a I'annoncer d6s son origine. Parmi ces signes , il en est un , raffaiblissement de la vue , qui n'a point encore 6t6 inscrit dans la science , et qui suit cependant de la mani6re la plus precise toutes les phases de Talbuminurie. Sans contredit , I'oeil et le rein sont bien 6loi- gn6s , sous le rapport anatomique , et paraissenl physiologiquemenl bien Strangers I'un h I'autre ; — 60 — raais si I'on rapproche celle amaurose (1) que je sigiiale dans ralburainurie , de ramaurose signal6e depuis longlemps dans le diabele , oi si Ton consid^re la relation que les belles experiences de M. C. Bernard viennent d'6lablir enlre la presence du sucre daus Turine el la l6sion du qualrieme ventricule , ne peul-on logiquement penser qu'une relation analo- gue existe enlre la presence de Talbumine dans Purine et la l6sion d'une partie d6termin6e du syst6me nerveux? Ne peul-on esp6rer que des recherches poursuivies dans ce sens jelteronl bienl6t un nouveau jour sur la palhog^nie du diabele el de I'albuminurie, et par consequent sur leur Irailemenl ? Car c'est en vain qu'on tenlerait la gu6rison de ces maladies en agissanl sur les reins ou sur les urines, si I'alteration des reins et de Purine n'est elle-rafinQe qu'un effet d'une alteration de renc6phale. Le premier cas dans lequel j'eus occasion de con- slater celle coincidence, a trait 5 un ancien nolaire , M. X , que raon savanl mailre M. Louis visila avec moi au debut de I'affeclion, el chez lequel I'araaurose suivil exactemenl la man.he de la n6plirile albumineuse. Ce malade , &g^ de 45 ans , d'une constilulion Ires robusle , d'un temperament sanguin , n'avail jamais eprouve la moindre indisposition , lorsqu'^ la On de f6vrier 1846, il vint me consuller pour un trouble de la vision dont il s'etail , pour la (I) J'emploie ici le mot amaurose dans son acceptiou ely- luologique ( c/.'/a ,) c; obscur ), el uniqueiuent coinme synoDynie d'affaiblissement de la sue. line denomiDation exacle ne pourra etre donnee a ce symplome que qiiand on aura deteriuiiie la nature intime du trouble organique auquel il est dii. — 61 — premiere fois , aperfu a la cliassc. Sa sanl6 elait bonne , du resle ; pas d'alt6ralion appreciable du globe de Toeil on de ses annexes ; pas de bouffis- sure du visage. Les moyens simples tels que p6diluves irritants , boissons rafraichissantes , laxalifs salins, etc. , ayant 616 insuffisants , je prescrivis une saign^e du bras , deux purgatifs -k I'aide du calom6las , des sang- sues h I'anus , des v6sicatoires a la nuque, etc. Sous Tinfluence de cetle m6dicalion, la vue parul s'am^liorer ; M. X... reprit ses habitudes ordinaires , et, malgr6 mes recommandations , n6gligea lout traitement. Mais ce mieux ne fut pas de longue dur6e , et , huit jours apr6s , j'6tais consul(6 de nou- veau. Le trouble de la vue s'6tait reproduit plus considerable qu'auparavant ; dans la derni^re chasse, M. X.... avail vu conslamraenl deux li^vres au lieu d'un , el 11 6lail revenu d6sesp6r6 d'avoir manqu6 toutes ses pieces. II 6prouvait une grande difficulte h faire sa barbe ; distinguait avec peine I'heure h une pendule plac^e a , environ , deux metres de son lit , cl h6silait ci sortir seul dans la rue. L'app6lit 6tait presque nul ; les forces avaient beaucoup diminu6 ; la figure 6tail manifeslemenl bouffie ; il y avail un peu de fi^vre , surlout le soir. Cette bouffissure du visage , en I'absence des aflfections ordinaires qui peuvenl la determiner , est si souvent le premier signe de la maladie de Bright, que je soup^onnai ^ Tinstant Texislenco de cette affection. L'examen des urines, i6p6t6 en presence de mes savants confreres Do Savigny cl Hanncquin , appel6s — 62 — en consullalion , confirnia le diagiioslic. Lecoagulum oblenu, soil par la chaleur, soil par 1'i.cide azolique , formail environ le tiers du liquide. L'oedfeme des membres inKrieurs survinl bienldl^ el avec lui lous les signes ordinaires de la nephrite granuleuse h type chronique. Apr6s un Irailement anliphlogislique des plus 6nergiques , les accidents disparurent presque com- pl^tement ; M. X voyait lr6s distinctemenl I'heure h la pendule, el pouvail lire sans faligue una partie du journal. U y avail encore de Talbu- inine en quanlil6 assez considerable dans les urines (environ l/lO), mais Tapp^lil 6lail bon , les forces revenaienl , el le malade, persuad6 que Pair nalal ach^verait sa garrison, parlit , le 7 mai , pour sa campagne, silu6e k 55 lieues de Reims. Le voyage avail 616 bien supports, el M. X..., Ir6s salisfail d'etre k la campagne, avail m6rae repris sa gait6 , lorsque , le soir de la troisi6me journ6e, reparurenl les m6mes sympl6raes qu'ci la premiere rechule : malaise g6n6ral , anorexie , fi6vre 16gere , soif assez vive , amaurose , etc. En quelques jours un oed^rae considerable envahil les exlr6mil6s inf6- rieures el I'abdomen , apres avoir commence par la face; el, lorsque j'arrivai pr^s du malade, le 13 mai, je conslalai une p'.europneumonie double. Le d6p6l albumineux formail environ le liers du lube apr^s un repos de quelques heures. Sous I'influence de deux saign^es g6nerales , de larges v6sicaloires , etc. . ces sympldmes s'amende- renl , el il survinl m6me un mieux lellemenl mani- fesle , qu'un m6decin du voisinage crul pouvoir an- noncer a la famille un commencement de conva- — 6S — lescence. Mais cetle ara61ioralion nc ful pas de longue dur6e. La dyspn6c reparul plus intense qu'au d6bul, el la morl arriva le 24 mai 1846, dansdes circon- slances sur lesquelles je n'ai pu avoir de donn6es bien precises , mais probablemenl par suite de la pleuropneumonie. Bien que, dans ce premier cas, I'amaurose ait depuis le d6but jusqu'^ la fin suivi la marche de la ne- phrite , oependant je ne songeais nuUement, je Tavoue, h la rattacher , comme sympt6me special, h celle afTection, lorsque , peu de temps apr6s, je fus consults h Hermonville, avec mes confreres MM. Petit et Richard, pour un jeune v6t6rinaire Chez qui la maladie avail eu une marche presque identique , quoique beaucoup plus longue. Ce jeune homme alteint , une premiere fois , pendant son s6jour h Fismes , d'une nephrite albu- mineuse qui avail dur6 pr6s de dix mois, el pour laquelle j'avais d6ja 616 consults , paraissait sinon gu6ri, du moins en tr6s bonne voie de convalescence, lorsque, tout-^-coup , la vue vinl 'd diminuer, sans alteration appreciable du globe de I'oeil, ni des aulres fonclions de I'economie. Celte diminution de la vue I'inquieiait, d'aulant plus que sa premiere maladie avail debute de la m6me maniere. ERectivement , la nephrite reparul bient6t , el avec plus d'intensiie que la premiere fois ; la face devint bouffie , les membres inferieurs s'infillrerent, puis survint Ires promptement une ascite considerable, el enfin une pneumonic mortelle. Mais avant Tetal febrile , avanl les sympl6mes aigus , et alors que le malade pouvail encore voyager el vaquer a presque lous les soins de sa profession, — 64 — I'amaurose avail fait de tels progres qu'il ne pou- vait plus praliquer aucune operation chirurgicale , el qu'il 6tail oblige de se faire conduire la main , m6me pour metlre le feu aux jarobes d'un cheval. Singulier hasard ! car la nephrite albumineuse n'est pas une maladie fr6quente , le m6rae jour, el dans le m6me village , un jeune homrae de 26 ans, facleur rural , venail nous consulter pour une anaau- rose survenue depuis quatre mois, sans cause appre- ciable , el d'une manifere insensible. Ne voyanl plus assez dislincteraenl pour lire les adresses, el esp6ranl gu6rir bientOt , car sa vue avail toujours 616 excellenfe jusqu'alors, il s'6lail fail remplacer provisoirement pour la dis- tribulion des lellres, else bornail h signer, chaque jour, les feuilles deslindes a radrainistralion; mais bienl6l on fut oblig6 de lui meltre la main Ik oil il devait signer , el , enfin , la vue s'obscurcit tel- lemenl qu'il lui devint impossible de Iracer conve- nablement son nom , el qu'il dul renoncer k son emploi. C'6lail une n^phrile albumineuse , h type chro- nique , des mieux caract6risees (l). Les paupi^res el la face 6taienl l6g6rementbouffies, (1) Cette constatalion de la co-existence de I'amaurose et de ralbuminurie sera mise a profit par les chirurgiens, et dans tous les cas d'amaurose dont la cause ne serait pas clairement etablie, on devra proceder a I'examen des urines par la chaleur , I'acide azolique et la liqueur de Bareswil. Outre I'avantage d'arriver ainsi a un diagnostic rigoiireux, par une analyse qui ne demande pas cinq minutes, on evitera de laisser , dans certains cas, une affection des plus graves se devclopper d'une maniere latente , pendant que toutes les ressources therapeutiques se portent en vain contre un accident purement symptomatique. —-65 — mais elles ravaient 6le davantage deux mois aupa- ravant; les exfr6mites inf6rieures , I'abdoraen el surlout !e scrotum, 6laienl forlemeni oed6mati6es. Le d6p6t albumineux, oblenu par la chaleur ou par I'acide azolique, 6lait tr6s considerable. La corn6e 6lait lr6s nolle; les pupilles largement dilal6es el peu conlracliles ; les huraeurs de I'oeil paraissaient lernes. Les accidents augmentferent graduellement ; le malade ful obIig6 de garder le lit, la respiration devint difficile , et il succoniba , apr6s sept mois de maladie , dans une espfece d'asphyxie et avec tous les signes d'un oedeme pulmonaire. A quelques mois de 1^ (15 octobre 1847 j j'6(ais appel6 en consultation h B6ru, avec le docteur Louis , de Vitry , pour une meunifere de 58 ans, afiFect6e de nephrite albumineuse aigufi. Le trouble de la vue 6lail tel chez cetle malade, qu'elle distinguail avec peine les objels places sur une chemin^e situ^e c^ droite et h deux pas de son lit. La photophobie obligeait h tenir les rideaux conslamment ferm6s. Quoique la fievre fiit trfes vive , il n'exislait pas de symptdmes c6rebraux. Les yeux ne pr6senlaient rien de particulier. Les paupi6res 6taient , comrne le reste du visage , no- tablement ced6mati6es. D'aprfes les renseignemenls doun6s par les parents , le gonflement des paupi^res et la diminution de la vision avaient prec6d6 le s^jour au lit. Le coagulum de Turine occupait environ moili^ du lube , iui moment de Texp^rience. — 66 — Celte grande quanlil6 d'albumine , si rare dans la nephrite Ix type aigu , jointe a rintensil6 des acci- dents g6n6raux , i la faiblesse de la malade , h la cause probable de la maladie ( fatigue , privations , mauvaise nourriture , humidity , etc. ) , m'avaient fait porter un pronostic grave ; mais Taffection c6da , en un mois, h des anliphlogisliques tr6s 6nergiques, el le trouble de la vue disparut avec elle. Depuis ces quatre exemples que le hasard me fournit presque en m6rae temps, j'en ai observ6 beaucoup d'autres dans lesquels I'amaurose n'etail pas moins raanifeste , et , hier encore, je visitais , a Vailly , une jeune fille de 18 ans que j'avais vue en consultation, h Reims, trois mois auparavanl, avec mes confreres De Savigny el Hannequin , el Chez laquelle nous avions constat^ un trouble notable de la vue coincidant avec une maladie de Bright d forme chronique. Dans ce dernier cas , comme dans les deux premiers que j'ai cil6s , Tamaurose suivit exaclement les phases de laffoction r6nale. Ainsi , avant d'6lre r^ellement malade , avant m6me de s'6lre plainle d'aucun mal- aise, cette jeune fille 6lail for(:6e de s'appuyer conlre les murs pour marcher avec s6curit6, et de se main- lenir conlre les bancs et les tables pour suivre les exercices de sa pension. Comme les yeux paraissaient nets , on attribua ces ph6nomfenes a une congestion sanguine produite par la dysm6norrh6e ; mais insensiblement le visage devinl bouffi , les jambes s'infiltrferenl , Thydropisie gagna Tabdomen , et , quand M"" C... fut amende k Reims , nous observdmes , outre ces sympl6mes , une douleur constante k la region lombaire el un — 67 — 6panchcment dans la plfevre droile. Le trouble de la vue exislait encore, mais , au rapport de la ma- |ade, il 6tait moins intense qu'au d6but. Le coagulum alburaineux 6tait d'environ 1/4 de I'urine. Celle jeune fille fut envoy6e a la campagne et soumise par le docleur Bazot , de Vailly , h un Iraite- ment lr6s 6nergique , ( larges v^sicaloires volants sur le thorax; larges caut^res aux lombes ; purga- tifs drastiques ; digilale ; diur^tiques ; Amission sa'h- guine tons les mois h I'epoque correspondante h la dernifere p^riode menstruelle , etc. ) Quand je revis M"" C... une premiere fois , six semaines apr6s ce traitement , l'6panchement de la pl6vre et de Tabdomen avait presque disparu ; la faiblesse g6n6rale 6tait moindre ; I'app^lil nieilleur; la fifevre presque nulle ; la raalade ne se plaignait que d'une chose , c'6tait d'avoir la vue conslamment troubl6e par des soleils donl clle ne pouvait supporter racial. Les urines, fr6querament examinees par M. Bazot , 6laient toujours reslees albumineuses. Elles me donn^rent, par I'acide azotique , et par la cha- leur, un coagulum d'environ d/8. Le mieux continua sans interruption , et , lors- qu'un mois plus tard , je revis la malade avec MM. les docteurs Bazot et Hannequin , Purine ne conte- nait plus que des traces d'albumine ; les soleils avaient disparu , la vue 6tait nette , les forces crois- santes,la respiration presque normale ; enfin, quoi- quc les menslrues n'eussent pas encore reparu de- puis cinq mois , on pouvait annonccr la convales- cence. Cette amelioration sera-t-elle de longue dur6e ? La marche ordinaire de cette affeclion ne permel gufere de Fesp^rer. 8 — 68 — La pluparl des exemples recueillis, eiitre ce der- nier cas et les premiers que j'ai cil6s, offriraient les m6mes preuves de celle connexion enlre I'amau- rose el ralbuminurie. Si j'en passe les details sous silence, c'esl que, d'une part, ce serait allonger inulilement ce travail , el que , d'une autre part , je les ai observes seul dans ma clientele , ou h rh6lel-Dieu avec les 6I6ves, landis que les aulres onl eu pour l6moins des raMecins 6clair6s. Parmi ces fails (qui sont au nombre de 15), il en est deux, h la v6ril6, dans lesquels il n'exislait pas de trouble appreciable de ia vision. Mais quel est le sympl6me constant en m6decine? et, quand on voit les pustules manquer entiferement dans la variole, ou les laches 6carlates dans la scarlatine , pourrait-on ne pas inscrire corame frequent dans une maladie un ph6nomfene qui se monlre treize fois sur quinze? De ces deux fails dans lesquels je n'ai pas con- stats I'amaurose , I'un appartenait au type chronique, I'aulre au type aigu. Le premier a 6i6 observ6 chez une femme de 64 ans, (salle S'" Marguerite, no 6, ) affecl6e en m6me temps dliyperlrophie du coeur el d'erapliys6me pul- monaire , el que j'ai perdue de vue en quittanl le service dc I'hdlel-Dieu. Le 2* a trail k un jeune homme de 25 ans , {Clouet, salie S^ Thomas, n° 8,) atteint de nephrite granuleuse consecutive a une fifevre inlermillente rebeile. Quelques jours aprfes la cessation des derniers acc6s de ti6vre, el sans cause appreciable, les membres inferieurs et I'abdomen s'infiltrerent. Ne pouvanl , en raison de I'hydropisie, avoir des donnSes bien — 69 — positives sur I'^lat de la rale, nia prenii6ie id6e fut d'altribuer ces accidents h un spl6noc6le ; mais les urines , examinees immSdiatement apr6s la visile, conlenaient une Irop grande quanfite d'albumine fa/S environ de leur volume au moment de la coagulation) pour ne pas d6noter la maladie de Bright. Etfectivement , en trois jours , la face devint le f si6ge d'une bouffissure considerable ; une douleur sourde se manifesta h la region lombaire et enva- hit bienlOt Thypocondre droit ; un (^panchement pleur6tique survinl du c6t6 droit, puis bienl6t du c6t(i gauche. Une ponclion abdominale, pratiqu^e le 25 oclobre , donna issue k six litres de s6rosit6 claire albumi- neuse. Les accidents de suffocation , arr6t6s pendant quelques jours , revinrent avec une nouvelle in- lensil6 , et la mort arriva le 1" noverabre, apr6s six semaines de maladie. A I'aulopsie, on Irouva une grande quantity de serosit6 dans les deux pl6vres , et de nombreux noyaux d'h6palisation rouge dans les deux poumons, surtout dans le droit et parliculiereraenl vers les lobes infSrieurs. Les deux reins, doubles de volume, bossel6s , 6laienl parsem^s de nombreuses laches , les unes blanches, les autres rouges. La substance corticate p^le, hypertrophi6e, ramoliie, remplagait presque enli^rement la substance tubuleuse. Le foie 6tait brundtre, moins gros qu'ii I'Stat normal, et pr6sentait tous les caract^res anatomiques de la cirrhose au deuxi6me degr6. La rate avail son volume naturel , il n'exislail pas de trace d<' p6ritonite- — 70 — Hors ces deux cas , tous les autres offraieni les signes ordinaires de Tamaurose incompl6le et de la maladie de Bright la niieux caracl6ris6e (11. Chez lous les malades le trouble de la vision a 616 idenlique , eu ce sens qu'il est loujours venu d'une manifere insensible , qu'il s'est d6velopp6 gra- duellement , et que , dans aucun cas , il n'y a eu c6cit6 complete , mais il a offerl n6anraoins toules les vari6l6s de Tamaurose ordinaire. Ainsi , Chez les uns , cette amaurose, que j'appei- lerai nephretique , 6lait accorapagn6e de strabisme ou de diplopie; chez d'autres, d'h6ra6ralopie oq de nyc- talopie; les uns avaient comme un voile devant les yeux; d'autres une lumi^re dont I'^clat les 6blouissait. A I'exception d'une dilatation de la pupille d'autant plus grande que la vue 6tait plus obscure , on ne remarquait aucun d6sordrc Evident dans I'appareil visuel ni dans ses annexes. Dans quatre cas, cepen- dant, j'ai nol6 le reflet lerne des humeurs de I'cBil coincidant avec une transparence parfaite de la corn^e. Je ne parle pas du gonflement des paupiferes, puisque plusieurs fois I'amaurose a pr6c6d6 I'oedfeme , et que roed^me ne pourrait suffire , d'ailleurs , h expliquer rintensit6 des troubles de la vision. Chez aucun malade il n'a exists de trouble appreciable de I'ouie , de I'odorat , du goiit , de la parole ou de rinlcUigence. (1) Une epidemie de scarlatine ayanl regne chez les enfants de I'hopilal-general, pendaal le mois de novembre J848, j'ai eu ['occasion d'observer Irois exemples d'albuminurie consecutive a cet exanlheme; mais , en raison du jeune age des malades, il m'a etc impossible de conslater d'une roanicre precise I'etal dc la vision. — 71 — Quant h la titiphrite, le plus souvent , ( 1 1 fois sur 15), elle s'esl monlr^e des le d6bul avec son type chronique, o/esl-^-dire sans fi6vre, sans dou- leur , sans autre symptOme primitif que le d6p6t albumineux de Turine et un cEd6me, quelquefois tr6s faible , quelquefois tr6s considerable de la face ou des exlr6mil6s. Trois fois elle a commence d'une nianifere aigue , par des sympt6mes f6briles g6n6raux; une fois par une douleur profonde & la region r6nale. Tant6t Thydropisie s'est born6e h la face et aux extr6mit6s; tant6t elle a gagn6 promptemcnt I'ab- domen el les pl6vres. Une fois I'^lat aigu a araen6 la mort ; une fois il a disparu pour ne plus revenir ; une fois il a 6t6 remplac6 par T^tal chronique, avec gu6rison apparente et fr6quenles ricidives. Dans onze de nos observations, nous avons assign^ corame causes probables de la nephrite granuleuse : Les exc6s alcooliques (4 cas); Les exc6s v6n6riens i)r6malur6s ( 1 cas ) ; L'habitalion ou le travail dans un lieu humidc et froid (3 cas ) ; La mauvaise nourrilure et les fatigues exag6r6es ( 3 cas). Enfin, sur ces quinze malades, neuf onl succomb6 ; deux ont gu6ri , et leur gu6rison parait se main- lenir ; un a quit(6 I'h^pilal dans un 6lat de conva- lescence mal assur^e ; deux sont en Iraitoment. Les lesions analomiques n'ont di(T6r6 en rien do celles qui sonl signal6os par tous les obscrvateurs ; ainsij dans qualrc autopsies quo j'ai prali(ju6cs a — 72 — I'h6tel-Dicu dans I'espace de trois raois ct demi , deux fois les reins 6taient hyperlrophiSs et bossol^s ; une fois ils 6taient d6form6s el diminu6s de volume ; une fois ils avaient la grosseur et la conformation ext6- rieure normales, quoique offrant un ramoUissement extreme de la substance corlicale , et une absence presque complfele de substance tubuleuse. Dans tous les cas , les granulations et les bosse- lures du lissu r6nal , la rongeur et la rarefaction de la substance tubuleuse et mamelonn^e conlrastant avec la p^lleur el le d^veloppemenl de la substance corlicale, etc. , ne pouvaienl laisser le moindre doute sur la specificity de ces lesions , d'ailleurs si bien connues aujourd'hui. Trois fois le cerveau ofFrait la couleur et la con- sislance normales , et contenait environ 4 & 6 gram- mes de s6rosit6 dans les ventricules lat^raux. Une fois , il etail mou, ir6s pdle, surtoul dans la substance grise qui 6tait comme mac6r6e. Les ventricules c6r6- braux el les fosses occipitales conlenaient cependant tr6s peu de s6rosit6. Ni les yeux ni les nerfs optiques n'ont oflFert d'alt6- ralion appreciable; mais deux fois, nSanmoins, les humeurs de I'oeil qui nous avaient paru lernes pen* dant la vie nous parurent egalement , k I'aulopsie, plus ternes qu'elles ne le sonl ordinairement vingl- quatre heures aprSs la raort. Celle diminution de transparence que j'avais d6ja vue dans deux aulres cas esl-elle rSelle ; ou tient-elle simplement h ces mille varieies de reflet si difficiles a caract6riser dans les milieux de Toeil? C'est ce qu'apprendront des observations plus nombreuses. Une remarque imporlante c'est que , chez deux — 73 — de nos amauroliques, I'albuminuric 6tait compliqu(5e de diabfete ; dans un de ces cas m6ine (C. D0II6 , salle S. Thomas, ri" l4) , le diab^le consliluail I'af- fection principale. Or, I'amaurose n'ayant 616 nol6e dans le diabcile que par un petit nombre d'observateurs , el h une 6poque ou les questions si nombreuses el si com- plexes qui se raltachent h I'albuminurie 6taient i peine connues , je me demande si, dans ces cas, le trouble de la vision ne lenait pas ci la presence de I'albumine plutOl qu'ii la presence du sucre. Corarae, sur soixante dix-neuf observations con- signees dans I'ouvrage si complet dc M. Rayer, on ne Irouve que deux exeraples de troubles visuels , el que I'un de ces exemples ( obs. xxv) apparlienl pr6cis6ment h un cas de nephrite granuleuse com- pliqu6e de diab6te , on pourra retorquer I'argument el penser que c'est , au contraire , la complication de I'albumine par le sucre qui produit I'amaurose. Mais les fails sont trop cal6goriques pour permelire cette hypoth6se. D'une pari, en effel, j'ai essay6 p"r le proc6d6 de Bareswil toutes les urines , excepts ce!le des obser- vations 2 el 3 dans lesquelles il n'erislail, d'ailleurs, aucun signe fonclionnel de diabSle , el, d'une autre part , je possfede trois fails de diab6te sans com- plication d'albuminurie , el sans le moindre affai- blissemenl de la vue. Non que je pr6lende que I'amaurose manque dans les diabetes exempts d'albuminurie. Je pense seule- ment qu'elle est beaucoup moins fr6quente el moins prononc6e que dans la nephrite (i). (1) Quelques jours apres la lecture de luon memoirc a I'Aca- - 74 — La coexistence de I'amaurose et de !a nephrite alburaineuse 6tant bien 6lablie , a quelles circon- tances doit-on la rapporler? N'ayanl pu faire I'autopsie des Irois premiers ma- lades soumis h mon observation et morts loin de Reims, je croyais trouver dans des explorations ana- tomiques uU6rieures I'explication physiologique de ce ph6nom6ne , et je m'attendais , je I'avoue , h renconlrer ou une I6sion circonscrile du cerveau , ou une infiltration , ou un commencement de d6g6- n6rescence des nerfs optiques , ou une dimunilion notable dans la transparence des humeurs de Toeil. On vient de voir plus haut que mes recherches avaient 6t6 vaines sur ce point, el j'aurais pr6vu , d'ailleurs , ce r6sultat si j'avais analyst plus tOt les observations n6croscopiques des auteurs , puisque sur demie , je recerais deux communications qui doivent trourer place ici, car elles emanent d'hommes dont le nom fait , a juste litre , autorite dans la science. D'une part, M. Sichel m'annonce, que dans un cas de diab^te des plus pronouces qu'il a observe la veille, il n'y ayail pas la moindre amaurose, pas le moindre trouble de la Tue. D'une autre part , M, Sestier m'envoie I'observation sommaire d'un diabeliquc age de 40 ans , qui a conserve la vue tres lon- gue, aussi longue qu'avant la maladie, mais qui voit souvenl les objels comme noirs ou comme enveloppes d'un nuage dont I'epaisseur varie non-seulement d'un jour a I'autre, mais quelque- fois d'une heure a I'autre, et cela sans aucune periodicite . L'urine de ce malade, examinee le 19 septembre dernier, donnait 1044° au densimelre, et contenait 43 grammes de sucre par litre. Le 10 octobre, elle donnait 1039° au densimetre, et 20 grammes de Sucre. Traitee par la chaleur, elle ne s'est pas troublee ; traitee par I'acide azotique, elle a donne lieu a un tres leger nuage blanchsltre qui a rapidement disparu par I'agitatioa. — 75 — quaranle autopsies cities par M. Rayer , et oil se Irouve indiqut!; I'ditat du cerveau, cet organe a 616 nol6 plus de trenle fois comme parfaileraenl normal sous lous les rapports et, en parliculier, pour la couleur, la consistance du lissu c6r6bral , la s6rosite des ven- tricules , etc. Mais , de ce que I'examen n6croscopique ne d6c61e de 16sion manifeste ni dans le globe de I'oeil, ni dans les nerfs optiques , ni dans le cerveau , est-ce h dire qu'il n'en existe aucune ? Non, assur6ment. Nous ne sommes pas de ceux qui croient aux troubles vitaux sans trouble organique , c'est-h-dire aux effels sans cause, et, nul doute que nous ne sachions bient6t, soil par un scalpel plus d61icat , soil par I'analyse micros- copique, soil par I'analyse chimique , soil, surtout, par les exp6riences physiologiques, 5 quelles alt6ra- tions du globe de I'oeil ou du systfeme nerveux doit 6tre rapport6e Vamaurose niphrHique. Ce n'est pas , d'ailleurs , que les explications manqueraient si Ton voulait s'abandonner aux hy- poth6ses. Ne pourrait-on , en effet , malgr6 r6norme distance qui s6pare les reins des yeux, d6montrer entre eux une correspondance anatomique, et de li une relation palhologique , puisque Tun des filets du ganglion ophtalmique ( filet sympathique ) communique par rinterm6diaire du plexus caverneux , avec le ganglion cervical sup6rieur, et deli avec le grand sympa- thique? Mais alors, pourquoi pas une diminution de I'odorat , de I'ouie , etc ; car le ganglion olfactif et le ganglion otique communiquent 6galement avec le syst6me nerveux de la vie organique? L'amaurose serait-elle dans la maladie de Bright — vo- ce qu'esl la surdity dans la fifevre typhoide? Mais dans la fi^vre typhoide, la surdity n'arrive qu'apr^s I'invasion de la deuxifeme p6riode el alors que tous les autres sens sont obtus eux-mfimes. Serait-ce que la diminution de I'albumine (1) et des globules du sang (5), amfene une diminution proporlionnelle dans I'^nergie de Tinnervation? Serait-ce que la presence de l'ur6e dans le torrent circulatoire (3) produit une action alt6ranle sur les nerfs sensoriels?Mais, encore ici, pourquoi pas des troubles analogues dans les autres sens el ra6me dans I'intelligence ? Ou bien , les proportions d'ur6e se trouveraienl- elles modifi6es en plus ou en moins dans les humeurs de I'oeil (i )? el cette alteration de composition chan- gerail-elle la refraction des c6nes lumineux ? Ou , enfin , I'araaurose, au lieu de d6pendre d'une alteration de r6fringence , tiendrait-elle simplement, comme I'amaurose hyst6rique (5), h une 16sion ner- (1) D'apres Gregory et Rayer , la deusil^ du sang qui a perdu une parlie de son albumine est reduite de 1028 a 1020 et meme a 113. (2) D'apres Andral et Gavarret, les globules descendeut de 127, qui est le chiifre normal, a 82 et meme a 61. (8) D'apres Christison , Rayer, Guiboart. etc., le sang et la serosite abdominale contiennent de I'uree lorsque les urines contiennent de I'albumine. (4) D'apres les renseigneraents que m'ont fournis M. Rayer, et M. Maumene , professeur de chimie , I'uree a ete trouvee re- cemment en forte proportion (20 a 35 °/o du r^sidu ) daus les humeurs de l'>Eil, par MM. Millon et Woehler. (3) Au point de rue de la pathologic generate , il y a, selon moi, une tres grande analogie entre I'amaurose nephretique et I'amaurose hysteriquc. Seulement , tandis que dans la nephrite albumineuse la correspondance anatomo-pbysiologique parait — 77 — veuse, ind6pendanle de toute modificalion des milieux transparents ? Je pencherais plul6t pour une l6sion des filets ganglionaires issue d'une l6sion du tri-splanchnique , et ayant pour consequence une all6ralion s6cr6loire des fluides r^fringents. On coraprend , en effet , que le sysl^me ganglio- naire pr^sidant h la nulrilion et aux sScrt^lions des organes des sens et des visc^res de la vie organique, la nutrition et les s6cr6tions de Toeil puissent 6tre influenc6es commCj^la nutrition el la s6cr6tion des reins. Pour nous, done, la nephrite alburaineuse ne serail plus une raaladie primitive , comme la nephrite traumalique , comme la pneuraonie tranche, etc.; mais une maladie consecutive h une l6sion du grand sympathique ; comme I'atrophie d'un membre est consecutive k la compression d'une artfere principale, comme I'anasarque est cons6culif i une affection dq cceor ou de la veine porte. L'alieration de secretion ne dependrait pas de la lesion du rein , mais la l6sion du rein de Talieralion secretoire . s'exercer surtout entre le plexus r6nal el le ganglion ophthalmi- que , elle s'exerce , dans I'hysterie , entre le plexus uterin et les ganglions sympalhiques de tons les organes des sens et mcme de I'organe de I'iDtelligence. J'ai I'un des premiers demontre celte action reciproque du gysteme ganglionaire et du systeme cerebro - spinal , en appelant I'attention des praticieus sur les paralysies hys- teriques, et en decrirant , dans mon traile de I'hysterie , la marche anatomiqne de la nevrose depuis sou point de depart dans le systeme ganglionaire oterin , jusqu'a son extension k Tencephale et aux organes des sens , par les ganglions lentlcu- laires, spheno-palatins, etc. — 78 — La nephrite albumineuse ne serail , comme I'a- maurose n6phr6lique, qu'un syrapl6me d'une affection 61oign6e. La nutrition et la s6cr6tion de Tceil sonl modifi6es, dans ce cas , comme le sont la nutrition et la s6cr6tion du rein , la s6cr6tion du rein comme celle de la pl6vre, du p6ritoine, du tissu cellulaire, etc. ; seulement, les reins recevant un nombre tr6s considerable de nerfs ganglionaires , devaient n6cessairement offrir des 16- sions plus manifestos. Que si I'ouie , le gout , I'odorat ; ne se trouvent pas sensiblement affect^s dans I'albumi- nurie , je r^pondrai que les milieux de I'oeil ont plus d'influence sur la vision que les liquides tym- paniques sur I'audition, que la salive sur le gout, que le mucus nasal sur I'olfaction , etc. Sans contredit , la distance est immense eotre le ganglion cervical sup6rieur et le plexus r6nal ; mais les s6cr6ti(ins restent-elles done normales dans I'intervalle de la chaine ? Et , si, dans la nephrite granuleuse, l'all6ration s6cr6toire commence par les paupiferes, si elle continue k la face, souvent dans la pl6vre, tr6s souvent dans le p6ritoine, etc. , serait-ce done une t^raerite physiologique que de faire d6river , dans certains cas , de la m6me source , Talt^ration des fonctions de I'ceil et Talteralion des fonctions des reins? On me pardonnera ces hypotheses que j'6mettais devant les 6l6ves de I'hAtel-Dieu , plutdt pour leur faire comprendre les difficult6s de la palhog6nie , que dans la pens6e de resoudre une question si com- plexe. Elles ne seront pas inuliles , du rcste , si — 79 — elles peuvent engager d'habiles exp6rimenlaleurs (1) h analyser Ics milieux transparents de I'opil dans la n6phri(e , le diabfele , etc., et & essayer I'effet des lesions de Tenc^pliale ou des ganglions sympa- Ihiques sur raU6ralion des s6cr6tions urinaires , et sur les troubles sensoriels qui I'accompagnent. En r6suni6 , 1° I'affaiblissement de la vue est un sympl6me presque constant de la nephrite albumi- neuse ; 2' II annonce la maladie , comme signe initial , avant I'invasion des autres accidents ; 3° II disparait et revient en m6me temps que le d6p6t albumineux des urines ; 4° II doit porter h consid6rer la nephrite albu- mineuse comme le r6sultat d^une alteration du sys- t6me nerveux ganglionaire. (1) Des 1712 , Pourfour du Petit fit des experiences qu'il repeta en 1725 derant Winslow el S6nac, et qui sont propres a demontrer I'iufluence reelle du grand syaipathique sur la nutrition et les secretions du globe oculaire (Longet); inais ces experiences auraient besoin d'etre repetees surtout sur les ganglions. — 80 — Lcctui'c icicn , lanr soil peu exerc6 , ireut pas h6sit6 d'avanlage : les propri^t^s hygrom6triques de la soie ou de la laine sent bien connues : leur ex- treme avidil6 pour Teau ne permet pas d'esp6rer un inslanl d'en Irouver la mesure par le proc6d6 du paragraphc II, el d6ja m6me , en 1805 , la science permellail d'indiquer a priori lous les inconv6nienls — 87 — i que rexp6riencc a d^montrt^s , et dont j\ii resume le tableau datis ce paragraphe. VI. Cependanl la Commission du s6ch>go des laines , mal renseign6e saus doule h cet 6gard , avail cru devoir faire des essais sur la laine par one me- Ihode absolumeiit identique. Je crois inulile d'insister sur les resullals oblenus: ils onl 616 absolumenl les m6mes que pour la soie, el je pourrais vous r6p6ler sur ce sujel moU'imol le paragraphe 11 ; les m6mes inconv6nienls devaient se pr6senler pour la laine , et ils se sont pr6senl6s en effet. Les choses en 6taienl i ce point, quand vous me files I'honneur de me cousuUer. Pcrmeltcz-moi, JVI. le Maire , de vous r6p6ler que j'expritnai de la ma- niere la plus formelle mon opinion favorable a V adop- tion du procede Talahot , d6s le premier jour. La commission , dans I'espoir de diminuer les d6penses considerables du premier 6tablissemenl, m'invila h faire les experiences que je croirais conve- nables pour alteindre le bul avecle plus d'economie possible. — Tel ful le point de depart des recherches dont je vais maintenant vous exposer Ic r6sum6 succinct. VII. La dessication d'une substance quelconquc ne peul eire obtenue que de deux mani6res : 1° Par la chaleur. C'esl ^ dire en 6levant la tem- perature au point de r6duire I'eau en v-ipeur et de la forcer ii se dissiper loute entiere. 2' Par les absorbants. C'est a dire en exposant la substance a raction des corps Ires avides de i'humidite. — 88 — VIII. 1" Aclioii de la chaleur. Les substances humides plac^es dans I'atmosph^re doivent, pour peidre leur eau , vaincre deux genres d'obstacles : la pression que Pair exerce par son poids sur loules leurs surfaces el qui s'oppose 6nergique- mcnl au d6veloppement de la vapeur, — el I' influence de I'humidite d^jii r6pandue dans ralraosphfere. II est facile de concevoir que I'air, ne pouvanl conienir qu'un maximum d'eau en vapeur, prendra d'autant moins ais6ment Thumidil^ de la substance qu'il en conliendra lui-m6me davanlage. IX. Si la pression de Fair et son d^gre d'humidit6 reslaient invariables, on pourrait peut-etre esperer d'ob- tenir h une temperature conslanle un degre de dessi- cation loujours uniforme pour la laine el la soie ; mais la pression varie sans cesse el plusieurs fois en sens inverse dans un seul jour, et il en est de m6me du degr6 d'humidit6. — Si au moins il 6tait possible d'oblenir une mesure pratique et exacte de ces varia- tions, le probleme ne serait peut-etre pas insoluble; mais nous ne pouvons en r6alil6 pas connaitre les changementsde proportion de Vhumidite. Le baromfelre indique avec une grande precision les changements de pression, mais malgr6 tous les efforts des savants , il est aujourd'hui impossible de construire un hygrometre exact. Vous voyez , M. le Maire , s'il y a quelque exag6ration k dire qu'il est impossible d'oblenir une dessication comparative et precise de la laine dans un s6choir ou la temperature reste ordinaire ( 25 degr6s au plus). Les experiences de Lyon f parag. II) et celles de Reims (VI), devaient , par cetle raison , donner de mauvais resuUats. II faut ajouter d'ailleurs que la quality de la laine , el m6me la - F9 - , m^lhoJe de lavage peuvont influer sur les facull6s absorbanles, elilne resle auciin doule sur Vimpossi- biiite absolue de r^soudre la question de s6cliage rtgulier a une basse temperature. X. Si Ton 6i6ve, au conlraire , la chaleur au poiul de communiquer k la soie ou a la laine une tempera- lure de plus de 1 00 degr6s , 1 08 ou 1 1 0, par exemple , I'eau se transforme en vapeiir avec une force suffisante pour Iriompher des obstacles dont je vieiis de parler. A cet 6gard , les experiences de M. lalabot et I'usage d(ij& bien long de sa m6lhode , ne laissent plus I'ombre d'un doule ; el je dois vous faire re- marquer que la soie n'est pas seule a se condition- ner exactemenl : la laine elle-m6me se dessfeche promptement et sans difficult^. — La Coinniission de s6chage, dans Tann^e 1847, demanda au direcleur de la condition de Lyon , M. Gamot , de vouloir bien essayer les effets de I'appareil Talabot sur dix (Schantiilons de laine, el les r6sullats ont 616 les m6mes que pour la soie. Je n'aurais done pas eu h m'occuper de cette ni6tho- de, si nous n'avions trouv6 Toccasion loule natureile de constater avec un appareil destine ad'autres essais (XVIj que la temperature ne doit pas etre elevee a moins de UOo. XL Voici, en quelques mots, les experiences que nous avons exeeuiees pour nous 6difier sur ce point. Dans un appareil tout semblable h relni de M. Talabot, nous avons inlroduil de la vapeur sous la pression uni. quedeTatraospbere, c'estiidire^ la temperature de lOO degres seulement. La temperature dans I'inierieur de la cloche ou la laine se tienl suspendue n'a jamais |>u depasser ainsi le |lerme de 93 ° ; presque loujours — 90 — m6me cetle lemp6ralure se maintenait lr6s pr6s de 90*" seulement. La laine se dess^che avec lenleur, et le tableau suivanl monlre avec Evidence que dans la pratique on ne pourrait aucunement se conlcnter d'employer un degr6 de chaleur qui , maintenu tr6s longtemps, ne conduirail pas encore h laseche absohie. Un 6chanlillon ( 5-13) qui s'^lait r^duit , a Lyon, au poidsde 869 grammes, 78 , mais qui avail repris 126 grammes 02 d'humidit6 depuis celte epoque, et pesait en consequence 995 grammes , 80, ful inlroduit dans Tappareii le 8 octobre 1849, el donna les r6sullats suivants : LE 8 OCTOBHE. LE 9 OCTOBRE. HEURES. lenippialure (le rinti'rieur PERTE. IIEIRES. temperature de I'iiiterieur PERTE. 12 5/4 1 1/4 2 1/4 5 1/2 4 1/4 5 » 6 .. 7 1/4 8 1/2 9 1/4 10 1/4 10 3/4 890 86 89 90 90 91 90 90 90 90 90 31 gram. 46 3 58 » 65 5 67 >. 71 » 75 » 77 5 80 . 85 . 83 . 8 1/2 10 » 11 1/2 1 1/4 2 1/4 3 » 4 1/2 5 » 6 3/4 8 » 8 3/4 9 1/2 10 1/2 88o 90 90 90 91 83 90 86 91 90 90 90 90 72 gram. 85 90 94 95 97 98 100 103 104 105 106 107 Ainsi r^chantillon est resl6 dans I'appareil : le premier jour pendant 10 heures , el le second pen- dant l4 ; en lout, 24 heures. Une chaleur de 90 degr6s , pendant un temps aussi long , n'a pourtant pas , et a beaucoup pr6s , amen6 la perle de I'hu- midil6 lotale : sur 126 gr. 02 r^chanlillon n'a d6- gag6 que 107 grammes , et avec lant de peine dans 's iMYF.s._K.immmNF: — Gi- les derni^res heuros, qu'il aurail exig6 sans doute encore deux jours pour abandonner les l9 gr. 02 qui lui restaienl ; cela ni6me n'eul pas suffi. — La consommalion de vapeur esl lr6s grande : 91 litres d'eau le premier jour , 144 le deuxi^rae , en tout 235 litres ; (A) ce qui revient Ji peu pr6s h 40 kilog. de houille brul6e (1). Deux autres operations nous onl donn6 les m6mes r6sultals, et il demeure Evident qu'il esl necessaire de fournir h Tappareil une temperature de 108 ou 110° int6rieuremenl. XII. L'aclion de la chaleur pourrait 6tre appliqu6e d'une autre manifere , el le proc6d6dont je vais vous enlretenir est a la rigueur susceptible d'etre mis en pratique sans de bien grandes difficult6s A (fig. 2) est un grand cylindre de m6l. 50 cent, de hauteur el met. 25 cent, de largeur, Ji son ouverlure sup6rieure esl un rebord r r incline en de dans el large de met. 05 cent. L'ouverlure se ferme au moyen du couvercle C muni d'une lubulure de met. 15 cent, de hauteur. — Dans le cylindre on met de I'huile, et dans I'huile un kilogramme de la laine h essayer, puis on porle le lout i la temperature de 110°; I'eau chauffee par le contact immediat lie I'huile, sereduit en vapeur el se degage bientdt. L'appareil ne conlienl plus que I'huile el la laine; loule I'humidite s'est dissip6e. Supposons que l'appareil plein d'huile pese 10 kilog. et qu'on y inlroduise 1 kilog. de laine; le poids total avant I'experience sera de H kilog. — Si , apres (1) Pour execuler ces experiences, on avail jjouie une enveloppe e&terieure it l'a|>pareil (XVI) de inaniere a former deux parois enlre lesquelles pouvait circuler la vapeur — 9^2 — I'exp^rienco, nous Irouvons ce poids r(^duil a 10 kilog. 880, nous pourrons en conclure que la difl6rcnce ou kilog. 120 donne le poids de Thumidit^ renferm6e dans noire 6chanlii:on. — L'huile est en effet si peu volatile h la tenip6rature de 110°, que I'eau se d6ga- gerait seule et sans entrainer une portion notable de la mati(^re grasse. Ce proc6d6 pr^sente quelques inconv6nients : l* II exige un poids considerable d'huile , et par conse- quent une balance precise assez coiileuse. 2" La laine , apres Tessai , ne se trouve pas disponible pour le propri6laire ; 11 faut la soumeltre h un les- sivage. Mais, d'un autre c6l6, nous trouverons le grand avantage de n'avoir h faire aucune d6pense premi(?re un peu considerable , — et les difficult6s de la pes6e ou du lessivage n'ont rien d'exorbitant : quant ^ la balance , il en faut toujours une ; el quant au les- sivage , c'esl une operation , comme chacun sail , lr6s facile et peu dispendieuse. Je ne puis , M. le Maire , vous presenter d6s a present un tableau d'exp6riences faites avec cet ap- pareil ; je n'ai pas eu Toccasion de le proposer h la commission. XIH. 2° Action des absorbants. On sail qu'un grand norabre de corps sont telle- menl avides d'humidil6 que , places dans Tair , ils en attirent promptement la vapeur aqueuse et aug- mentent consid6rablement de poids. I'arrai ces corps , il est n6cessaire de choisir ceux donl le prix est faible , et je citerai au premier rang la chaux , Vacide sulfurique el le chlorurc de calcium. Mis en presence d'une substance humide , il est bien Evident que ces trois produits chercheront h lui - 93 — enlever son eau ; et si Ton songe aux moyens de d6lerminer eelte aclion , on volt qu'elle pent 6lre 6lablie de deux maniferes distincles ; au contact ou d distance. XIV. Je ne crois pas qu'il soil possible d'obtenir unproc6d6 vraimeni pratique en faisant agir les absor- bants au contact. — // est essentiel que la laine ne soil point alteree: ce qui aurait cerlainemenl lieu par le contact des trois corps cit6s. — Pour mon compte , je n'en vois aucun autre qui puisse 6lre emploj'6 d'une mani^re avantogeuse ou seulemenl pratique. XY. 11 reste Taction d distance : Les absorbants places dans un vase enti^reraent clos pres cVun corps kumide , mais sans le toucher, peuvenl agir sur ce corps par Tin termed i aire de I'air qui se charge sans cesse des vapeurs d'eau pour les leur Iransmettre. — Je rae suis nalurellement 0x6 sur la chaux ; elle offre une puissance absorbante extreme , un peu moindre que celle de I'acide sulfu- rique ( d'apres M. Regnault ) , mais son emploi ne pr^senle aucun des inconv6nients graves de I'acide , el lui ra6rite de beaucoup la pr6f6rence. Quant & la dur6e de son action n6cessaire pour obtenir une dessicalion complete , la science ne fournil point des renseignements tout-^-fail positifs ; les experiences de Saussure , relalives h la conslruc- lion des hygromfitres , onl montr6 qu'il faul un temps assez long pour amencr un cheveu ci la fixil6 de longueur correspondanle au degr6 de s6cheresse ex- treme (Ij : mais on peut distinguer , ce me semble , (1) Le chcTCu presenle ayec la soie les plus grandes ana- logies. — 94 — entre le moment ile la dessicalion absolue el Ic 7ho- ment oil la dimemion du cheveu reste conslanle. II n'est pas impossible que le premier pr6c^de de beau- coup le second : en d'aulres lermes , que le cheveu soil bien sec longlemps avanl que ses dimen- sions cessent de se modifier. — Je pouvais done esperer d^ohtenir une dessication assez prompte de la laine par I'action de la chaux a la temperature ordi- naire , el j'ai fail construire I'appareil suivant : A (fig. 3) esl un grand flacon renvers6, en cuivre jaune lr6s mince (hauleur 0'" 80, largeur 0"' 27, dimen- sions n6cessaires pour conlenir 1 kilog. de laine ) ; r^chanlillon B est soulenu dans le flaeon par un grillage en fil de lailon supports par des tenons dans le col du flacon C ; le tout repose sur une bolle conique D en cuivre, oil Ton place 20 ou 30 kilog. de chaux vive el de boime quality : enlre les vases A el D , je place une ou deux rondelles de drap RR pour ne laisser aucune issue ci I'air ext6- rieur. ( Le flacon A p6se environ 4 kilog. , ou 5 kilog. avec la laine : pendant I'exp^rience , on le charge d'un poids de 10 kilog., el la fermelure se Irouve ainsi lr6s exacle ). 11 esl facile d'enlever le flacon sans remeltre la laine au contact de I'air, au moyen du couvercle G ; la tige F qui le porle glisse a frot- teraenl dans un lube H ; on pousse la tige par- dessous la table MM jusqu'& ce que le couvercle s'adapte au col C, puis on la d6visse de I'armalure , el le flacon peul 6lre enlev6 ferm6. — Lorsqu'on rapporle I'appareil , une manoeuvre du mfime genre permel d'ouvrir sans le conlacl de I'air exl6rieur , ainsi qu'il esl facile de le voir. — 95 — La laiiie plac6e dans cet appareil peid son eau . donl la chaux s'empare , et vous pouvez juger , M . le Maine , combien la pratique de ce proc6d6 serail simple el 6conomique si la dessicalion raarchait avec rapidit(i ; mais , conlre loute provision , il faut un temps 6norme pour d6pouiller la laine de son hu- midity. Voici les r6suUats fournis par I'exp^rience : MOIS. DATE. 13 POIDS. de I'appiireil. PEKTE DUREE de JI'actioD. OBSERVATIONS. absolue pour Mai <8J9. 4 k 935 gi"- 16 920 15 1 30 1 jour. 17 913 20 2 00 2 . 19 905 50 3 00 4 . 22 893 42 4 20 7 . 23 889 46 i 60 8 » 26 880 33 5 30 11 . 28 874 61 6 10 13 . Juin. 1 860 73 7 50 17 . 14 826 109 10 90 30 . 16 18 824 824 111 111 11 10 11 10 52 » 54 » pluie continuelle. 19 822 115 11 50 55 » 20 821 114 11 40 56 » 22 818 117 11 70 58 . 23 813 120 12 00 41 . 28 811 124 12 40 44 » Juillel. o 808 127 12 70 48 . 7 805 150 15 00 55 » 12 802 133 15 30 58 » 16 799 156 13 60 62 . 20 7',)6 139 13 90 66 . 26 794 141 14 10 72 . 50 795 142 14 20 76 » Aout. 7 788 147 14 20 84 » 22 788 147 14 70 99 » Septembre. 15 785 150 13 00 121 » Octobre. 4 784 131 15 10 142 . 50 785 132 13 20 168 .. A.insi , Id laiiic relient I'eau lujgrometrique avec une puissance extraordinaire; en 168 jours, elle a perdu 15 p. O/o de son poids , ce qui approche beau- — 96 — coup de la s6cheresse extrfime ; mais le peu d'humi- dil6 dont elle reste impr6gn6e s'6chappe avec tant de peine , qu'il faut 26 jours pour I'exhalation d'un gramme. — H est done impossible de songer h celte m6lhode pour I'objel que nous avions en vue. De tout ce qui pr6c6de, il r6sulle que, parmi lous les proc6d6s de dessication , un seul pent satisfaire aux exigences du conditionneraent public : c'est celui de M. Talabol, fond6 sur Temploi de la vapeur k 121°, et mis depuis longtemps en pratique dans la condition publique des soies de la ville de Lyon. XVI. Cependant j'ai cru devoir essayer de r6- soudre le probl^me en suivant une marche inverse de la pr6c6dente; au lieu d'opirer la dessiccation absolue de la laine pour connallre la proportion de rhuraidit6 qui s'y trouve, j'ai song6 & atteindre le but en de- terminant la quantity d'eau n6cessaire pour clever I'humidiU au maximum a une temperature constante. Supposons , en efTet , qu'a la temperature fixe de 25°, par exemple , une laine quelconque plac6e dans un air salur6 d'humidit6 puisse absorber un maximum de 50 p. 0/0 ( relativement h T^tat de s6cheresse absolue ) , il est bien clair que si une laine h essayer, plac6e dans les m6mes circonstances, absorbe seule- ment 25 O/O, c'est qu'ellerenfermed6ja 25 centi6mes de son poids d'eau , ce qui est pr6cis6ment i determiner. Pour soumettre cette id6e au contrdle de I'expS- rience, j'ai fait conslruire un nouvel appareil dont voici la description. Le cylindre de zinc A, (fig. 4. ) de 1 m6l. 20 centde hauteur et m6t. 55 cent, de largeur, recoil 10 h 12 litres d'eau qui s'6l6venl h m6l. 03 cent, au-dessus du cercle OM . Je suspends un kilog. de laine en cordons — 97 — a un chassis m6lallique F, 116 par le fil FF' ^ I'ex- tr6mil6 F du fl6au de la balance, Taulre exlr6mit6 F' porle un bassin el des poids. — Un couvercle CC s'a- juste sur le cylindre et donne une cl6ture suffisante. La lainc est ainsi suspendue dans une almosphfere salur6e de vapeur d'eau , el son 6lal de division est assez grand pour rendre I'absorplion de celle vapeur aussi facile que possible. La balance est commune: mais je rends la sensi- bility tr^s grande au moyen de la longue aiguille BD qui oscille devant la carte D, lravers6e par une ligne de repfere horizonlale. Un grillage PR , plac6 a met. 10 cent, du liquide , emp6che lout contact entre la laine et I'eau. Je ne puis m'empficher de vous faire remarquer , M. le Maire, que ces dispositions r6duiraient le con- dilionnement des laines h une m6lhode de la plus extreme simplicity, tout en n'exigeant, pour ainsi dire, aucune d6pense, excepts celle du premier 6tablisse- ment , encore seraitelle aussi restreinte que possible. Le cylindre et la balance une fois 6tablis serviraient en quelque sorteind6finiment, et il suffirait de mettre un peu d'eau de temps en temps dans le cylindre pour le conserver pr6l aux experiences. Malheureusement , la laine exige encore un temps considerable pour atleindre au degr6 d'humidite ma- ximum : sa constitution organique la rend k la fois peu propre k abandonncr I'eau qu'elle rcnferme , et k se charger de toule celle qu'elle peut contenir. II suffit, pour s'en convaincre, de lire ce qui suit : 98 — DATES. POIDS de la laine. UAIN 1 DUREE de Taction. OBSKRVATIONS. HOIS. JOUR- »bsolu. pour Aout Ig-io. 22 Ok 954 gr- 23 993 59 4 08 1 jour 24 1 020 66 6 91 2 25 1 042 88 9 22 3 26 1 058 104 10 90 i 27 1 065 111 11 65 5 28 4 077 123 12 89 29 1 088 154 14 04 7 30 1 091 157 14 30 8 51 1 099 145 15 19 9 Septembre. 1 1 116 162 16 98 10 3 1 122 168 17 61 12 4 1 132 178 18 65 15 S 1 137 183 19 18 14 6 1 141 187 19 60 15 7 1 144 190 19 91 16 8 1 152 198 20 75 17 10 1 160 206 21 59 19 11 1 162 208 21 80 20 12 1 166 212 22 22 21 13 1 170 216 22 64 22 14 1 173 219 22 95 25 15 1 175 221 25 16 24 10 1 177 225 23 37 25 n 1 179 225 23 58 26 18 1 181 227 23 79 27 19 1 184 230 24 lO 28 21 1 187 233 24 42 50 22 1 188 254 24 52 51 25 1 192 238 24 94 54 26 1 194 240 25 15 55 m 1 198 244 25 57 59 Octobre. 2 1 201 247 25 89 41 L'exp6rience n'a pas 616 pouss6e plus loin ; ses r6sullats monlrent clairement que la methode d'hu- mectation ne fournil pas de proc6d6 pratique ; la laine, en principe , doit atleindre un maximum, et il n'y a pas de doute , apr6s Texp^rience m6rae , qu'elle y parviendrail : mais il taudrail un temps — 99 — 6norme , el nous ne saurions nbr6ger ce temps jus- qu'aux liiniles necessaires pour le conditiotmcment public. XVII. Mais si i'exp6rience (jui pr6c6de ne coii- vienl pas i une m^lliode de condilionnemenl utile, elle nous apprend au moins un fait qui me parail de la plus haute importance , c'est qu'une laine plac6e dans les circonstances favorables , peut absor- ber one quantity d'eau justement 6gale ix lamoitiedk SON PoiDS ( pris dans I'^lat de s6cheresse absoluc ). En effet la laine emp!oy<^e dans cetle experience > ( kilog. 954 ) 6tait une laine marchande en tout sem- blable 'd celle du paragraphe XY: elle aurait done perdu au moins l5,2 p. O/o de son poids d'humi- dil6 ou 145 grammes , et se serait r6duite 5 k. 809 ; et puisque dans I'appareil ( XVI ) elle absorbe 247 grammes d'eau , il se trouve en definitive que 809 grammes de laine seche peuvent se charger de H5+ Ml ou 592 grammes d'eau; ce qui fait exactement 48,4 p. O/o du poids de la laine. -- D'ailleurs , on ii'a ainsi qu'un minimum : car d'un c6t6 la dessi- cation , et de Tautre I'humectation , n'ont pas 616 completes; done il est permis , sans exag6ration , de dire : Une laine seche, placee a la temperature ordinaire dans un air suture d'lmmidite , pent absorber la moitie dj son poids d'eaii. XVIII. II est presque superflu d'insister sur ce r6sultat pour en montrer les consequences ; j'appel- lerai seulement votre attention sur les suivantes : 1° La laine , en absorbant des proportions d'eau de plus en plus grandes , acquiert une moiteur de plus en plus sensible , quoique I'humidite ne soil I. 9 — 100 — jamais dislincle. — Et , puisque les limitcs onl unc si grandc «ilendue , i! est dc la derriifere Evi- dence que la per>;onne la plus habitude au maniement des laines ne peut se flaKer d'appr6cier, avec une cxactiUide suffisantc , Ic vErilable degr6 de sfeche d'uii Echanlillon commercial. — En faul-il davanlage pour expliquer Ics difficuU6s continuelles enire le vendeur et Tachefeur , el les plainles souvent lr6s jusles de ce dernier? Assur6menl , non ; elles se comprennent parfailemen'. ^^ On ne S}>urail tiop fairc remarquer le parii que la fraude peul lirer des faculles hygromttriques de la laine. — Consid^rons un ballot de laine de 1,000 kilog. , par exeraple , dans un ban 6(at marchand , c'est-Si-dire , conlenant dtji 16 p. O/o d'eau environ. Son propri^laire , au lieu de le vendre en eel 61at, le descend i la cave, et pour 2i heures. Le ballot, (//i'is<;' convenablement , se trouve en r6ali(6 dans Ics circonslances du paragraphe XVI , et , en un seul jour, il absorbera 41 kilogrammes d'humidil6. Sup- posons de la laine a 15 fr. , el voila une augmen- tation dc prlx de 615 fr, bien aisEment trouv6e. — Les 1,000 kilog. restent-ils a la cave pendant cinq jours , lis pourront prendre 116 kilog. d'eau, ce qui ^quivaudra actuellement a la sorame de 4,740 fr. Je n'h6site pas h croire que parmi les acheteurs un grand nombrc no distingueront jamais, d coup siir , des modifications si graves , et la port6e d'un lei fait n'a pas besoin de longs commentaires. XIX. Ici se lerminenl les recherches que j'ai ex6- cut6es pour la commis ion du s6chagc des laines. Je crois , M. le Maire , que vous en jugercz exac- (emenl Tensemble dans le re'^ume suivant : — 101 — On peul ailmellte , en principe , deux m6lhodes g6n6rales pour dc^lerminer le degr6 d'humidile de la laine : 1" la m6lhode de dessiccation absolue , 2° el la m^lhode d'humecUition au jnaximum a line tem- perature conslante. 1° M6thode de dessiccalion. Elle pent s'ex6cuter de deux manieres : A , en sc servant de la chaleur seule ; — B, en faisant usage des absorbants. A , action de la chaleur. 1. La dessiccation a la temperature ordinaire ou a une temperature peu elevee , ne peat absolument donner aucun resullat exact : elle est soumise a rinfluence de la pression et de I'^tat hygromStrirjue de I'air dent on ne peut se rendre mailre , et dont on nc poss6de m6me pas une mesure cxacte ( au moins pour rhumidite); elle peut rafime 6lre modifi6e par la nature de la laine ou la m6(hode de lavage , qui sonl encore on ne peut plus variables. 2. La dessiccation a une temperature elevee ne peut pas etre oblenue assez promptcmmt au moijen de la vapeur produite sous la pression de I' atmosphere. Cette vapeur , dont la lemp6rature est de 100", ne peul 6lever la laine qu'a 90" environ , el memo , au bout de Irois jours , la dessiccation ne serail pas nbsolue. 3. La dessiccation absolue peut etre obtenuc en quel- (jues heures par Vemploi de la vapeur a une pression double de celle de I'atmosphere. Cette vapeur, dont la temp6ralure est de 121", peut porter la chaleur de la laine a 108 ou 110", co qui est n6cessaire el suffisanl , ainsi qu'un long usiige d»?s appareils Tala- bol I'a bien d(!!inon(r«i. — 10-2 — 4. La dessiccalion absolue pourrait sans doute (Hrc ohtenue d'une maniere pratique par I'emploi d'un bain d'huile. Ce qui resle h 6ludier. B. Aclion des absorbanls. 5. La dessiccalion peul 6lre ovanc6e h un haul degr6 par rinflucnce de la chaux ; mais il faut un temps 6norme , el il ne resle aucun espoir de pra- liquer ce proc6d6 de manifere h alteindre I'absolu. 2° M61hode dlmmectation. 6. La laine , plac6e dans un air salur6 d'humidil6 6 une lemp6ralure conslanle ( par exemple , k la temperature ordinaire) se charge d'une grande quan- tity d'eau : ■/ kilogramme de laine seche absorbe ainsi la moitie de son poids de vapeur ; mais le lenips n6cessaire k cette absorption est si considdrable , qu'il est encore impossible d'obtenir un proc6d6 de condilionnement en s'appuyant sur une telle base. XX. 11 d6coule de ces r6sultats une consequence 6videnle el n6cessaire : Le procede Talabol est le seid qui puisse convenir a un teritable condilionnement. En effel , el si je ne me Irompe , j'ai pass6 en revue dans ce m^moire , theoriquement et pratique- ment, tons les procedes vraiment possibles dans la pra- tique pour oblenir la dessiccalion absolue des laines, el le proc6d6 Talabol est le seul qui donne des r6- sullats salisfaisanls. La m6thode du bain d'huile pourrait servir , h la rigueur •, mais elle n'aurait certainement pas la grande precision du proc6d6 Talabol , qui me semble , par consequent , le seul k adopter pour la condition publique des laines de Reims. — 103 — Avanl de lerniiner , jc vous demanderai , M. le Maire , la permission de vous faire coimaitre le z^le el les soins tout parliculiers que M. E. Delafraye a bien voulu meltre 6 I'ex^culion des experiences conlenues dans ce m6moire. II m'eut 6t6 impossible de trouvcr un collaboraleur ])lus habile et plus consciencieux ; mes occupations ne me laissaienl pas assez de temps pour ex6cuter moi-mfirae ces essais dans lous leurs details , et je me fais un devoir en m6rae temps qu'un plaisir d'oflfrir k M. Delafraye mes remerctments les plus sinc6res. Veuillez agr6er , M. le Maire , I'assurauce de ma consideration la plus distingu6e. Signe : E. MADMENfi. Reims, 10 iiovenibre 1849. REIMS. — IMP. nE P RECNIER. STANCES ET TRAVAUX DE L'ACADEMIE DE REIMS. ANBJEE 1849-1850. r 5. stance da 93 ."Vovembre 1949. PRESIDEIE DE U. DUBOIS. £laient presents : MM. Robillard , Bandeville , L Fanart, Th. Conlanl , H. Landouzy , Querry , E. D6rod6, Max. Sulaine., J.-J. Maquarl, Duqu6nelle, Louis-Lucas , V. Tourneur, Ern. Arnould, L. Henriol- DelamoUe, H. Paris, Lechat , J. Sornin , Velly , Pierrel , Forneron , Pierre Leroy, Bri6re-Valigny, E. Mi»uinen6 , raembres lilulaires. El MM. Maillel , Duchesne, de Bonnay el Loriquel, membres correspondanls. CORRESPONDANCE MANDSCRITE. M. Valcker, mardchal-ferranl h Reims, adresse k la Gompagnie le plan d'un nouveau sysl^me de I. 10 — 106 — forage pour les pults arl6siens. — Celle communica- tion esl renvoy^e h I'examen d'une commission com pos6e de MM. Go«sel , Holleaux et Goulet-Collel. M. Tiibb^ Polonceau , ancien vicaireg6n6ral de Lisicux , membre correspondanl, adresse des remer- cimcnls a i'Acad^mie. M. Guillory ain6 , president de la Soci6t6 indus- trielle d'Angors , fail hommage h la Compagnie de la collection des travaux de celte Soci6t6 , depuis la VIM'' ju!-qu'a la xix'= annte. M. Pierre Leroy offre a I'Acadiymie un exemplaire de fon rapport au conseil d'arrondissement de Reims. CORRESPONDANCE IMPRIMEE. Travaux de la SocUtd cent rale d' agriculture de la Seine-ivfhieure , 113* cahier. Bulletin de I'Athinie du Beauvaisis. Notice sur le marquis de Turbigny, agronorae angevin du xviii^ si^cle, par M. Guillory afn6. Travaux de la Sociite d'agricuUure et de commerce de Caen. Bapport de M. Pierre Leroy , sous-pr6fel de Reims, au conseil d'arrondissement. Circulaire adress6e par le m6me aux maires de J'arrondissemenl de Reims. Letire d^un voyageiir en Normandie , par M- 0. Seure , membre correspondanl. Journal des Savavis, n°' de juillel , aoiit , sep- lembre et octobre \8'*\) LECTCRES ET COMMDNICATIONS. M. Maumen6 pr6son(e & I'Acad^mie des obser- vations sur Tempoisonnemenl p;tr I'acide ars^nieux — 107 — de plusieurs compagnies de perdreaux lrouv6s morls sur le lerritoire de la commune de Lavannes. A propos du passage qui termine la lecture de M. Maumen6, MM. Ledial et Sornin font observer , en se fondanl sur Topinion 6mise par M. Dumas dans ses cours, que I'acide arsinique parait moins v6n6neux que I'acide arsinieux , quoique plus soluble. Ce fait expliquerail pourquoi I'arsiniate de potasse peul 6tre adminislr6 sans danger , h doses assez fortes , conlre les fi6vres inlermiltanles. M. Mau- m€n6 declare ne pas avoir connaissance de cette opinion de M. Dumas. M. Henriol rend compte de la mission qui lui avail 6(6 donn6e de visiter chez M. Dupont-Bouilly une vari6l6 de lapins dont le poil est d'une blan- cheur ct d'une finesse remarquables. M. Tourneur lit une pr6face arch6ologique desti- n6e k servir d'introduclion k ses r6cents travaux sur les vitraux de r6glise de S'-Remi. M. Louis-Lucas donne lecture de la premi6re parlie d'une 6tude sur les oeuvres de M. Ozaimeaux. M. Velly pr6senle k rAcad6mie des observations sur I'empioi da sulfate d'ammoniaque en agriculture. M. Loriquet lit la premi6re parlie d'une notice arch6ologique sur r6clairage, Une commission, compos6e de MM. Landouzy, Lechat el Maumen6 , est charg6e de rendre comple du proced6 d'6clairage par le gaz hydrog6ne extrait de I'eau , invenl6 par M. Gillard. — 108 Lu'tin'i' de itl Ulaumcne. EMPOISONNKMKNT PAP. L ARSENIC DB COMPAGNIES DE PRRDBFAUX TRODVKS MORTS SDR LE TERRITOIRE Di- LAVA.VNES, PRES REIMS. J'ai eu roccasion , depuis noire dernifere ?6ance, d'observer uii fail vraimenl digne de rallenlion de rAciid^mie. Des perdreaux furcnt Irouv^s morls sur le lerri ■ loire de Lavannes ; une premiere fois viugl-cinq : une seconde fois douze, c'esl-a-dire des compagnies eiili6i"cs. Sur les douze derniers, deux me furent remis pour les examiner: ils 6laicnl empoisonn^s par rarseiiic. — J'ai conslal6 ce r^sullal en faisant usage de la nii^ihode indiqu^e par Tacad^mie des sciences el donl la surel6 csl bien connue. L'erapoisonnemcnl pouvail ^Ire altribu6 & deux causes; la premiere a rintluence des bl6s chaul6s ii TiK ide arst'-iiieux ; la seconde a Taclion des pdles arsenicales donl Tusoge est lr6s repandu en oe mo- menl rour la de!>lriic.ion des souris. — Bien qu'il y eul peu iriiiiporum.e au poini de vue de la s^- curile jjublique a rcchercher laquclle des deux causes — 109 — avail ici produil ses effets , j'ai cm qu'il n'6tait pas sans int^rfil copendanl de diilerminer exaclcmenl la veritable mesure de raclion de chacune d'elles. II me paratl cerlain que le chaulajje lei qu on le pratique , en ce moment, dans une grande pnrlie de la France d6pose sur les grains une assez forte pro- portion de mati^re arsenicale pour expliquer Taccidenl consign^ dans la pr^senle note el je crois utile de presenter sur ce point quelques rd'flpxions dont on pourra juger la valeur dans un instant. Voici d'abord pour completer I'expos^ des fails : les m6lhodes de chaulage varienl pr.sque h rinfini ; ou pour mieux dire chacun a sa miiiiiode; une fois I'drsenic enlre les mains du cullivateur. il n'y a plus de r^gle , en g6n6ral, el lop^ralion du chaulage ou du melange avec le grain se irouve, le plus sou- vent , faile sans mesure precise. — J'ai consult6 un des plus habiles agriculleurs de noire ville : voici les proportions qu'il emploie: 100 h 150 gr. d'arsenic par hecloiilre de bl6. — D'apres ces nombres il est facile de calculercequ'un grain de bl6 chaule renferme d'arsenic. En effel, il faut h peu pres J3 hectolitres de bl6 pour faire un poids de I.OO)kilog.; un hectolitre de bl6 p6se done a Ir6s peu pr6s 77 kilog. ; 150 gr. d'arsenic par hectolitre donneiil ainsi 1 gr. 95 cenli6mes ou environ 2 gr. d'arsenic par kilog. de bl6. — D'un autre c6l^ i kilog. de bl6 repr6senle de 18 h 19,000 grains: car le poids de 2 s6ries de 100 grains a 616 5,4335 61 5,4735 gr.; d'apr6s la premiere pes6e 1 kilog. de bl6 conlien- drait 18.404 grains, el d'apr6s la seconde 18,270. — Dans le premier cas un grain de bl6 chaul6 renferme milligramme 106 e( dans le second 0,107, — 110 — ou en d'aulres lermes, 10 grains de bl6 conlienneni 1 milligramme et un dixifeme d'arsenic. Dans de lelles circonslances , le bl6 chaul6 peul-il occasionner la mort d'un perdreau? — J'ai lrouv6 dans le gesier de I'un des deux oiseaux 40 grains incore distincts, presque enliers, ct dans celui du second 44. — Or 40 grains conlienneni 4 milligrammes 4 dixifemes ou 4 milligrammes 1/2 d'arsenic. — Je crois celle dose plus que suffisanle pour leur donner la mor(. Si le grain avail fail partie d'une pdle destin6e aux souris , il eul renferm^ beaucoup plus encore de substance arsenicale. Le m6me agriculleur que j'ai cil6 se sert d'une pdle compos6e de la maniere sui- vanle : 3 kilog. de farine mei6s ii une bonne cuilleree d'arsenic ( environ 1 00 gr. ) , formenl avec un peu d'eau la pflle n6cessaire pour recouvrir 4 Hires de grain ou h lr6s peu pr6s 3 kilog f3,08). — Il esl facile de calculer d'apr^s celle formule el Ics nombres qui precedent que 40 grains de bl6 pris dans celle pflle conlienneni 36 milligrammes d'arsenic. Or, celle dose esl i lr6s peu pr6s la moili6 de celle qui donne la morl h un homrae. Que les perdreaux de Lavannes soienl morls par I'eCfel du bl6 chaul6 ou des pdles deslin^es aux souris, il en r6sulle loujours celle consequence que les per- dreaux de nos marches peuvenl aujourd'hui faire courir aux consommaleurs uu v6rilable danger. — La venle de Tarsenic n'a du resle aucun molif d'excuse, car le chaulage s'ex6cule loul aussi sim- plemenl el avec autant d'efficacil6 par un melange de sulfate de soude el de chaux fraichemenl 6leinle. ■^ C'esl ce que I'exp^rience a depuis longtemps — Ill — d6montr6, comine aiicun a!^ri(;iitleur lant soil pen inslruit ne I'igiiore. Mainlenant je soumellrai 6 TAcad^mie quolques observations lr6s courtes sur la puissance v6n6neuse des composes arsenicaux. Aucun auleur ne se pro- nonce exaclemenl ^ eel ^gard. J'ai enlendu souvent professer I'opinion que I'acide ars«^nieux h la dose d'un grain ci un grain el demi f de 52 ii 79 milll- grannmes ) , peut donner la morl h un honcme. Mais il faul entendre que le principe n'csl pas absolu. — S'il s'agit d'un homme en bonne sanl6 le principe est certain el il serail superflu de rappeler des exemplcs : malheureusemenl ils sonl en foule. — S'il s'agil au conlraire d'un malade, les elTets chan- genlel d'une fagon bien singuli^re. Ainsi la th^rapeu- lique fait depuis longtemps usage , et avec un succ6s remarquable , de Tars^niale de polasse conlre les fi6vres inlermillentes. Ce sel esl beaucoup plus so- luble que I'acide ars6nieux et regards par celte raison comme beaucoup plus redoutable. Cependanl on I'emploie a dos doses Ir6s fortes. Voici par exemple una ordonnance que je transcris lc\luellement : 500 gr. d'eau. 30 cenlig. ars6niale de potasse. donl on prendra 12 cuiller6es par jour. 12 cuillerSes repr6senlent environ et au moins 240 gr., c'est-^-dire h lr6s pen pres la moititi du liquide ou 15 centigra'nmes d'arsSniile de potasse. — Or , en tenant compte de la composition de ce sel il est facile de reconnaiire qu'il conlicnt 55 pour lOO de son poids d'acide arsenieux el que 1 5 centigrammes d'ars6niate de polasse Equivalent ainsi h un peu plus de 8 cenligrammes d'acide arsSnioiiv , ou juslnncnl — 112 — a la (Jose consid^r^e comme assez puissante pour causer la morl d'un horame sain. Par ce raisonnemenl , je n'enlends pas dire que Tars^niate de potasse doit agir rigoureusemenl en raison de I'acide ars6nieux qui esl cense en faire parlie : seulemenl , puisque c'est bien 6videramenl la mati^re arsenicale qui donne les qualil6s v6n6- neuses, il faul d'abord en prendre une 6gale quan- tity pour comparer enlre eux les composes de Tarsenium (1). Je pourrais citer un lr6s grand nombre d'exemples de formules oii la quantity d'ars6niate 6tailaussi forte ( I'emploi de I'ars^niale dale au moins de 1819). Et je puis assurer TAcad^inie que jamais il n'est r6sull6 de I'emploi du sel aucun accident , que jamais il n'a mfime 6t6 observ6 de sympl6raesd'empoisonnement. Ainsi Paction des mali6res arsenicales pr6sente de grandes differences suivanl I'^lat palhologiquede I'in- dividu qui les absorbe. — Si nous joignons i cela cetle influence du temps consacr6 k I'absorption qui rend Taction du poison d'autant plus faible que ce temps a et6 plus long el qui permet ainsi d'en avaler des quanlil^s de plus en plus considerables, nous en pourrons conclure, ce me semble , que Taction des poisons m^riterait de nouvelles etudes dirig^es surtout dans le sens iniique par les observations qui prece- dent. (]) Les chifflistes appellent arsenic le corps simple qui fait la base des composes arsenicaux : dans le commerce on donne le meme nom d'arsenic a I'acide arseiiieux. Pour faire cesser cetle confusion , je propose d'appeler le corps simple arsenium , ainsi que je le fais dans mes cours depuis plu-* (ieurs annees. — 113 — Lecture de .^1. Henriot atn6. RAPPORT SUR UNE VARIETE DE LAPINS BLANCS. Dans I'une de nos derniferes stances , un de nos collogues soumil i l'Acad6mie un 6chanlillon de poil de lapins d'une blancheur el d'une finesse re- marquables, provenanl de lapins 61ev6s par M. Du- ponl-Bouilly de S'-Brice. Vous nn'avez charge d'aller au nom de l'Acad6mie rendre visile a ces gentils animaux, el de vous en enlrelenir it la reprise de vos Iravaux. La famille de lapins donl ii est question, n'est pas en- core bien nombreuse , elle nese compose (juede neuf i dix individus, bien log^s, bien nourris, bien choy6s, surloul par M"" Duponl qui les 616ve en v6rilables enlanls g4t6s, auxquels elle ne refuse ni friandises, ni sucreries. Le pelage de ces lapins ne ressemble nullement k celui des lapins dils angoras, leur poil est pluldl un veritable duvet auquel se Irouve ni616 un poil — 114 — jarreux qui est ^galeraent lr6s soyeux. C'est d'un peignage piatiqu6 lous les deux ou trois jours sur ces animaux, que provienl l'6chanlillon qui vous a 616 pr6senl6. Celte vari6t6 de lapins parait 6lre un jeu de ia nalure; car la m6re de loule celle famille faisail parlie d'une porl6e de 5 ^ 6 lapins gris, enfants de Inpins ordinaires, chez un habitant de Champigny M"" Dupont, dont I'amour pour les lapins est connu de toule la contr6e, fut bientdl inforni6e de I'exis- tence de celte jolie petite b6te ; et elle s'empressa de I'acquSrir. Le hazard voulut que le ph6nom6ne qui sVlail produit f'l Champigny, se pr6seniat de nou- veau h B6lheny. M""' Dupont , inslruite de celte cirronslance, ne laissa pas 6chapper I'occasion de donner & sa b6le cherie uu compagnon digne d'elle , ou ci peu pr6s , car il 6tait un pen tachel6 de noir. C'esl de ce couple que proviennent tous les la- pins que poss6de mainlenant M. Dupont. La pre- miere porl6e lui donna 3 individus blancs, tachet6s comme le pere el un 4""* d'une parfaite blancheur commc la ni6re. C'esl celui-ci dont M. Dupont s'esl servi pour la reproduction de Tosp^ce et qu'il va continuer & employer avec un fils unique de ce nouveau couple. Quant aux autres individus blancs lachei6s , il ne les conserve que parce que leur poil poss6de les m^mcsqualit^s de linesse et de souplesse que celui des autres et parce qu'il veut experimenter s'il pourra, par suite de soins, parvenir k en obtenir des enfants d'un blanc irr6prochable. Comme je vous I'ai dit , ces lapins sont peign6s Ir^s soigneusemenl (ous les deux ou trois jours. — 115 — Celie operation pareille ft celle qui se pratique sur les ch6vres cachemire, laisse sur le peigne un duvet souple, soyeux, el d'une finesse remarquable, ainsi que vous avez pu en juger par I'^chanlillon qui vous a pass6 sous les yeux. M. Dupont en a ddjh recueilli une assez grande quanlil6 pour le petit nombro de lapins qu'il a 61ev6s. II a envoy^ h Texposition des produits de Tinduslrie une petite caisse de ce poil el quel- ques bobines qu'il a fait filer ft la main , par une bonne fileuse du pays. Cetle exposition a 616 remarqu6e et a procure i M. Duponl la proposition d'c^chal de sa r6colle de poil el m6me celle de racquisilion des ses lapins. II a cru devoir jusqu'^ present refuser les offres s6- duisanles qui lui onl 616 failes. II llenl ci conlinuer ses exp6riences el h avoir une petite colonie de lapins parfaileraent blancs el parfailemenl homogenes pour la qualil6 de leur four- rure. II d6sire aussi connaitre d'une niani6re certaine , quelle esl la quantit6 de duvet que doit produire par an le peignage d'un lapin. Parnrii les essais qu'il projelte, il veul faire tondre au printemps prochain un ou piusieurs in- dividus, pour savoir si le poil se reproduira comme sur les moulons et savoir aussi si la nature du poil restera la ra6me. II esl h observer que ces lapins, dont la peau donnerail une fourrure cbarmante , el loul-ci-fail difl'6renle de celle des lapins blancs ordinaires , n'onl pas comme ces derniers I'oeil rouge des albinos. Id au contraire , Toeil esl d'un iioir vif et rigr6a-' ble k voir. — 116 — Tels sonl les ronseignemenis que je puis donner k TAcad^mie surcelle inl6ressanle famille de lapins. Je me liendrai au courant des experiences de M. Dupont. des r6suUats qu'il obliendra , et je vous en rendrai comple imra6dialement. II est h d6sirer que les efforts de M. Duponl soient couronn^s de succ^s, il doterail I'induslrie agricole d'un produil nouveau qui viendrail pren- dre place dans I'induslrie raanufaclurifere. Un jour viendra peut-6lre ou nos 6l6gantes orneronl leurs jolis bras de soyeuj^es niitaines el leurs blanches 6paules de schalls el d'6charpes fabriqu6s avec ce duvel si remarquable , qui remplaferail loulefois plus facilemenl le cachemire que la laine. Mais quelque soil le d6veloppement que pourrail prendre ce nouveau produil, noscullivateurs peuvent sans crainle conlinuer h bien soigner I'exjtloilalion de leurs bergeries. Les charmanls lapins dont je vous enlreliens , ne feronl pas disparailre de la Champagne les moulons que I'on y 6l6ve en si grand nonibre. — 117 — Lecture de M. V. Toiinieur DE l'aRCHKOLOGIE A r/ACADKMlli t)K UF.IMS, Messieurs, L'indulgence avec laquelle rAcad^mie a bien voulu accueillir, il y a d^'\h un cerlaiii lemps, Quelques eludes sur les vilraux dela CathMrale de Reims , m'a d6(er- min6 h pousser plus loin mes recherclies , et a examiner encore avec lout le soln donl je suls capable, les aulres peinlures sur verre que renferment les 6glises de noire ville. Et, je le "dirai sans plus de pr6ambule , je crois aoir 616 d6(lommag6 de noes peines par les choses vraimenl curieuses , utiles, imporlanles, uniques peul-6(re dans loule la France, que j'ai d6couverles en parliculier dans noire admi- rable basilique de St-Rerai. Toulefois, Messieurs, je ne puis encore en ce niomenl vous faire part de mes d^couvertes : unscru- — 118 — pule m'arrite, el avant lout , j'ai fort h coeur qu'il soil lev6. — Ce que j'ai h vous communiquer, pourrail bien s'appcler de Varcheologie; or j'enlends encore relenlir h mes oreilles au sein des pompes el des solennil6s d'une de vos stances publiques, en pr6sence de no9 magistrals ?ssis au milieu de nous sur des sieges d'lioiineur , h la vue d'un public choisi, norabreux, bienveillanl el allenlif , ces paroles qui ne se sonl poiril envol^es sur les ailes des vents , comme les oracles r6v6r6s de la sybille. Non turbata vclant rapidis ludribria ventis; (1) mais qui vivetil loujours pour le public el pour nous & la page 519 du tome VI de vos Seances et Travaux ; les voici : « La faveur qui, depuis quelques annSes, s'esl aUach6e » k r^lude de I'arch^ologie , el qui peul-6lre a 616 » due en partie h la facilil6 que celle 6lude offrait D h quelques esprils superficiels , ceUe faveur ne » pouvail 6lre exclusive dans une ville aussi positive » que la n6lre: aussi, sans 6lre d6chue du rang » honorable qu'elle a loujours occup6 , ne peul-on » plus dire que rarch6ologie 6clipse nos aulres » travaux. » II est bien lard , sans doule , pour vous pr6senler quelques r6clamalions au sujet de ces paroles pro- nonc6es le 27 mai 1847, il y a d6jk plus de deux ans ; j'aurais voulu m6me pouvoir les oublier lout- i-fail. Cependanl , comme je veux essayer aujour- d'hui pour la premiere fois depuis 1847, de parler d'arch6ologie au sein de rAcad6mie ; comme ces paro- les, quoique formu'6es il y a longlemps, vivenl dans vos annales; comme elles 6manenl surtout d'une bouche (IJ ViRG., Eneidt, Livre fi"" t. 75. — 119 — officielle, celle du secr6taire-g6n6ral (I), pr6sentanl avec le consenlemenl expr^s d'une commission , le comple-rentiii annuel de vos Iravaux , et par con- sequent en quelque sorle I'avis de l'Acad6mie eile- m6me ; vous comprendrez. Messieurs, que je vienne aujourd'liui , quoique bien lard, rticlamer au nom de I'archSologie, contre les inierpr6lalions d^favora- bles el la censure forraelle que Ton pourrail rencon- Irer ici. L'eslimable auteur de celte phrase a cherch6 sans doule , ii d6guiser sa pens6e , h all6nuer aulanl que possible I'amerlume de sa critique ; son inlention est manifesle , et I'embarras de sa redaction le Irahil. Je ne lui en feral point un reproche , au conlraire , je i'en remercie haulement. Mais cependant ies ac- cusations , les ambiguil6s subsistent toujours ; jedois r6pondre aux unes el 6claircir les autres , avant d'oser vous parler encore d'arch^ologie. Car on reproche ici ci celte science : « d'avoir pendant un temps 6clips6 vos autres travaux ; » el on semble I'inculper et la biamer, parce qu'il lui arrive de jouir d'une certaine faveur « qui peut-6tre a 616 due en parlie( je cite lexluellemenl le compte rendu ) h la facility que celte 6tude offre h quelques esprits superficiels. aEneffel, si ces deux griefs 6taient fond6s, il famlrait craindre, en faisant monler rarchiologie k celte tribune , de passer pour presomplueux et indiscret en s'exposant h 6clipser les travaux de TAcad^mie ; ou peul-6lre pour super ficiel , car on pourrail bien 6lre du tiombre de ces quelques esprits qui trouvenl dans celte ilude de la facililL Et je I'avoue sansbeaucoup d'humilil^ (1) M Tarbe de Sl-Hardouin. — 120 — peut-6lre , mais du moins avec beaucoup de sinc6- ril6 , aucune de ces qualifications n'a le don de me sourire, el je ne voudrais pour rien au monde les m6riler. Mais ces inductions et ces reproches sont-ils fond6s ? lo L'arch6ologie a-l-elle pendant un temps iclipsi (es autres iravaux de VAcademie? Et d'abord qu'est- ce ^ dire, eclipse? Est-ce par le norabre des com- munications qu'elle vous a faites? — Je m'en con- solerais facilement. — L'4cad6mie a 6t6 fondle pour r6unir les parcelles ^parses de I'histoire el des tra- ditions locales (1), pour recueillir , classer, expliquer tous les d6bris de notre glorieuse antiquity r6moise ; pour 6tudier, conserver, prot^ger au milieu de nous les reliques des vieux dges, les chefs-d'oeuvre que nous ont laiss6s nos p^res. C'est pour cela qu'elle a com- mence la s6rie de ses publications par les tr6s arch6o- logiques manuscrits de dom Marlot ; c'est pour cela qu'elle a voulu les enrichir de la vue et du plan de nos anciennes 6glises , de notre tombeau de Jovin , de notre vieux Reims; c'est pour cela que nous y voyons avec bonheur I'image fiddle , trac6e par un habile crayon , des antiques sceaux de nos vieilles chartes et les empreinles des monnaies de nos archev^qiies du moyen-&ge ; c'est pour cela enfin , que dans ses concours annuels elle a plus d'une fois (1) Jelis dans les statuts de VAcademie d$ Beitns, I'article 1", ainsi cod«?u : « L'Academie de Reims est consUtuee, conforme- . meal a farrele minisl^riel du 6 d6cembre 1841, dans le but de > traTailler au deloppement des sciences, des arts etbclles-lellres, . et surtout de recueillir et de publier lesmaicriaux qui peuTcnt > sertir a rhisloire du pays. • ( Annales de rAcademie, tome i- page 1 1 ■ — 121 — propos6des recompenses pour la solution de questions arch^ologiques. Oui , Messieurs, encore une fois, Tarch^ologie pren- drait une large place dans vos travaux ; nous enlen- drions souvenl lire ici des monographies comme celle de St-Nicaise (\), des discussions savantes , profon- des , anim6es el courtoises pourlanl , comme celles que provoqua le deplaccment des tapisseries de la Cathedrale de Reims (2), ou une seconde liisloire des Benedictins de la Champagne (3), jc m'en consolerais 1 Je dirois, el vous diriez avec moi, que nous remplis- sons les vues de nos honorables fondaleurs, que I'Aca- d6mie vit, et qu'elle marche d'un pas ferme vers le but assign^ ix ses travaux. Mais est-il vrai que jamais vous ayez eu , je ne dirai pas a vous plaindre , mais i) vous r6jouir de cette surabondance de travaux arcb6ologiques? L'arch6ologie a-t-elle done jamais envabi h tel point nos stances qu'il ne resist jilus de place pour les autres communications? Votre ordre du jour n'a- t-il pas toujours 616 libre et ouvert a lous ks tra- vaux qui ont voulu se produire? N'est-il pas vrai que jamais, ( et je ne crains pas d'6trc contredit) jamais , m6moire scientifique ou autre n'a 6t6 forc6 de reculer devant rarch6ologie? D'ailleurs, inler- rogez vos annales , les comptes-rendus de vos se- cr6taires, et des cbilTres 61oquents viendront vous r6pondre. Voire premier volume renferme 49 tra- vaux differents dus h la plume de divers acad6rai- (IjMoNOGRAPHiE De si-iiic\isE, par M. I'abbe Naiiquette fAcnales del'Academie, lome ii, page 239). (2) Par MM. L. Paris, L. Fanart, et HERBE(ibi(]. lome i, page 269. (3)CoDgres scientifique de France, xiii° session, par M.Bandeville. 11 122 (iens ; i! y a 5 sujels arch6ologiques ; le 2*" en a 22 (Icnl 4 arch^ologiques ; dans les anntes suivantes, jusqu'^ el y compris Tannic 1847, la proportion esl a peu pr6s la m6me. Me serai-je tromp6 sur le sens du mol edipsi^ dans la phrase de voire ancien secretaire? Serail-ce par leur 6clat , leur lustre, leur science, que les Ira- vaux arcli6ologiques auraient 6clips6 les aulres? Ce n'est point h moi d'en juger. Franchement, je pense que cela n'esl pas; mais si cela 6tait , qui aurait ]e droit de s'en plaindre? II est done regrettable qu'un secretaire de I'Academie soil venu dire dans un coraple-rendu officiel que rarcheologie a, jien- dant un temps, 6clips6 vos aulres travaux. 2" Peul-on lui faire un reproche d'etre en faveur aupres de quelques esprils superficiels ? Pas d'avanlage, ce me semble ; car, c'esl un pri- vilege que I'archeologie partage avec loules les aulres sciences sans exception , et qui, par consequent, ne peul auloriser h rien conciurc de defavorable conlre elle. Examinez , Messieurs, ce qni se passe, ( j'em- prunle cetle reflexion 6 un profond philosophe de noire sifecle ) ( 1 ) et vous verrez que deux especes d'honimes tres differentes Tunc de Tautre s'occupent ou semblent s'occuper dans le champ de la science : les savanls seiicux et les amateurs. Les premiers recherchent I'inslrucliondans i'eiude , ils eiudient pour savoir ; les seconds eiudient pour passer le lemps, ( grave affaire , enorme embarras , pour la pluparl d'enlre eux)! Les hommes sludieux creusenl, fouillenlprofondement le sol; heureux quand (i) GiOBEKTi. Introduction d I'etude de la philosophic { tome l" page 4 ). — V23 — ils onl pu d6friiher par un labeur opinifitre quelquc (erre encore inculte. Les amateurs se promtnenl on respirant a Taise dans des allies, bien sablees, bien baltues; et c'est pour eux un grand effort que de se baisser seulemenlpour cueillirquelque fleur. — Lire, pour s'amuserou s'eiidormir; connailre la surface d'un sujel pour en causer bien ou mal ; juger avec Tiraper- turbable aplomb de riiomme qui n'cntrevoie meme pas les difliculles , les questions les plus obscures, los plus hardies ! se Iromper grossi^rement , prendre cent fois le Pyr6e pour un homme, et compter les magniQques arches du Ponl-Euxin , voili le rdle des amateurs. — R6le facile , agreable, sans con- sequence, et dont on pent conc6der facileroenl I'exer- cice k ceux qui ne veulent point en abuser pour imposer aux aulres leurs opinions, et pour s'attribuer une importance imm6rit6e. — L'archtiologie a ses amateurs, nomhreux^ aclifs, opinidlreSj qui en doule? - Gens qui se croient bien savants, parce qu'ils sont parvenus k dislinguer sans Irop de peine, un plein ciiitre d'une ogive; une colonne d'un pilier, le style d lancette du style flamboyant , et qui sous ce beau pr6lexte s'en vont s'extasier naivement a i'aspect des arccaux d'une voiite pr6tendue romaine ou romane (comme ils disent en se rengorgeant), en presence du mafon [qui les bdtis. — Mais la politique, cetle science du gouvernement des peuples , qui faisail le desespoir des Richelieu el des Colbert , n'a-t-elle pas ses amateurs, refaisant avec aplomb la carte de I'Europe sans se douter m6me des complications infi- nies, d'anlagonisme et de sympathie, de rivalit6 et d'int6rets, qui doivent h jamais unir ou s6parer les peuples et les nations ? — 124 — La straligie , cctte science d'Alexaiidre , de C6sar, el de Napoleon, n'a-l-elle pas ses amateurs qui, sur ie sable de nos promenades, font ex6culer chaque jour durant de longues heures, des manoeuvres im- possibles , a une cavalerie el c'l une infanlerie ima- ginaires. La science auguste des Ciijas el des Domat a ses amateurs, Vhistoire, la theologie, \a philosophie, la medecine mt5me a les siens, sans que vous puissiez en rien conclure de d^favorable centre elles. Et pourquoi done reprocher ti rarch^ologie un fail qui ne lient pas h elle, donl elle n'esl pas la cause , ni la seule affligee ? Oui , je le comprends , on pourrail bldmer Tarch^ologie si elle 6lait n6cessairement , in^vilablement frivole el superficielle , si elle iravait x\i hut certain, m methode sure, ni residtats utiles, mais il s'en faut de beaucoup qu'il en soil ainsi I Son but, c'est d'6ludier[el d'expliquer I'anliquit^ par les monuments , de completer rhistoirc en nous montrant sous tons les aspects , les hommes que nous ne voyons sans elle que sur I'agora , le forum, ou le champ de bataille. Elle nous apprend ces mille riens qui onl sur les 6vfenements les plus graves consequences. Elle nous inilie aux secrets des moeurs, des usages , des coutumes de tous les siecles , en rebcltissant pour nous, les temples, les palais , les maisons d^truiles. En nous monlrant le romain , le francais du moyen-^ge avec ses habits , ses meubles, son langage , ses habitudes les plus famili^res , el par \h I'histoire est pour nous moins obscure. Elle nous aide ci lire sur les murs de nos vieux edifices, noire hisloire , nos dogmes, nos myst6res, cl sans elle cesinnombrables sculptures n'auraient pour nous ni sens ni beaul6. Elle explique les inscriptions , — 125 — Iraduil avec Champollion les hieroglyplies , el Ics vieux slides revivenl pour nous. Elle compare Ics oeuvres de I'arl dans loas les temps el chez lous ies peuples ; rarohileclure , la sculpture, la peinliire, la musiqiie ; et nous apprenons ^ comprendre et ci reproduire le beau et I'utile. J'irai plus loin , Messieurs , et je vous dirai ce qui nous attire, nous prfitres , vers rarch6ologie ; c'est que d'avance , toules nos sympathies sont acqui- ses k tout ce qui est bien, a tout ce qui est beau j c'est que charges d'entrelenir , de garder et d'orner nos 6glises, nous voulons pouvoir le faire avec in- telligence et avec goiit : c'est que passant pour ainsi dire noire vie dans ces mfimes 6glises, nous voulons pouvoir lire, comprendre, inlerpreter , sans que la science nous dSsavoue les objels qui s'y rencontrent, tableaux , statues , tapisseries , inscriptions , manu- scrils, bas-reliefs. Enfin, et surtout, c'est parce que snr les front>ns, et dans les voussures de nos basi- liques , elle nous fail lire clairement des dogmes que les siecles pos(6rieurs out ni^s. C'esI qu'elle nous inonire dans Irs catacombes, dans les cryptes du moyen-clge, la preuve et la confirmation de noire foi , I'explication el Torigine d'un grand nombre de nos c6r6monies , de nos usages, des lois de noire lilurgie , d'aulant plus chores et plus v6n6rables pour nous que la source en est plus lointaJne, plus sacr6e, puisque ]e la vols decouler de (die |)ierre veniiriibb' sur laquelle est bdlie T^glise, el que les applies el le Sauveur sunt assis aupr6s d'elle. En d6pil des amateurs, I'arch^ologie est done utile, yraoe, serieuse, el peut 6lre serieusemenl lrail6e. Nommerai-je pour l(» prouver les fondalours el ies — 1^20 — mallres de ia science orch^ologique ? Gnvmus el (ironovius , avcc leurs volumincuses colleclions ; — Mabillon, la gloire dc notre pays de Reims, jeune novice de notre monaslere de Sl-Remi; — Montfaucon, Thierry Ruinarl el (oule celle furle et savaiile 6colc des B^n6diciins donl Ic nom est devenu sy- nonyme d'arch6ologue el de savant, Caijlus , Bar- ihelemy, Tauleur d'Anacliarsis , Maffei , ing6nieur habile quoique arch6ologue ; el ce Champollion jeune, OEdipe merveilleux qui a su decouvrir Tanlique Egyple , en en d6chiffranl les hl6roglyphes , el que I'Europe enliferc nous envie. Ah! je le sais Ires Lien, lous les arch6oiogues ne sonl pas des Mabillon , des Champollion ; pas plus que tous les chimisles ne sonl des Gaij-Lussac , lous les jurisconsultes des Papinien el des Ulpien , lous les mMecins des Hippocrate , lous les archilecles des Vitriwe el des Libergier , tous les ing6nieurs des Archimede, lous les predicaleurs , des Bossuet ou des Bourdahue , ni lous les professeurs des Luce de Lancival ou des Rollin; car 11 y a bien des degr6s a franchir pour arriver h !a perfection , el il n'est pas donn6 h lous les sifecles de conlempler ces g6nies sublimes qui n'apparaissent de loin en loin au-dessus des generations que pour leur servir de guides , comme ces phares prolecteurs qui s'616vent si haul sur les cOles de rOc6an , pour guider plus sure- ment et de plus loin les navigateurs vers le lerme ou ils aspirent I ' Mais cela n'est point nScessaire pour foire bien ! Que rarch6o)ogue soil patient, consciencieux, exact; qu'il sache dans ses appreciations et ses jugemenls ne point s'61ever au-dessus de ses forces , el il pourra rendre encore de grands el d'uliies services. — 127 — D\'tilleurs , comme les sciences non positives , comme la pliysiquo , comme la m6decine , commo I'aslronomie , comme riiisloire , rarch6ologie se base sur les fails ; c'esl de T^lude, des rapprochemenis , de la comparaison des fails qu'elle lire ses conclu- sions, ses inductions, ses rej:les , ses principes, ses axiOmes. C'esl toujours une conqufile pour la science que I'obsorvalion m^dicale , exarie el precise d'un phe- nom6ne nouveau; que T^lude d'un nouvel astre , d'une planle nouvelle. C'esl un jalon laiss6 sur une roule inconnue el qui menera plus lard h d'aulres d6couverles , ou qui fera passer h I'^lal de fait acquis, de certitude, ou de principe ce qui n'6tait auparavanl qu'un doute , une conjecture , ou une simple probability. Que rarch^ologue modesle mais non superficiel recueille el pr6cise ces fails certains ; qu'il 6tudie longlenips, avec fatigue, avec patience; el il entreverra h la longue ce qu'un grand niaitre aurait reconnu d'un seul coup-d'oeil. La peine qu'il aura prise sera r6compens(^e amplemenl par la satisfaction si douce d'avoir fait une dtscou- verte inl6ressanle. Un autre, un Mabillon, un Cham- pollion , un de Caumonl lirera parti de sa d6cou- verle , el ainsi 11 aura 616 utile. Simple manoeuvre dans la conslruction du temple sublime , il n'aura pas donn6 le plan , suvveill6 rcxiiculiou , port6 dans les airs comme Miclicl Ange le Pantheon qu'Agriopa avail pos6 sur la lerre , mais il aura fourni sa pierre, el selon sa capacity, sa force, son talent, il aura sa part obscure, mais r6elle, dans I'oeuvre accomplie. Que conclurai-je Messieurs? Que non seulement — 128 — I'arcli^ologie n'a point 6clips6 vos Iravaux ; mais encore qu'il ne faul ni la bldmer, ni la d6daigner, ni la plainJre, si quelques esprils superficiels lui accordenl leur faveur: el que , ces doutes expliqu6s, ces scrupules lev6s, nous oserons user encore, (abuser peul-fitre) de voire indulgence, pour vous rendre comple de nos recherches sur les vitraux de Reims, el en parliculier sur ceux de Sainl-Remi. — 129 — Lectnre dc M. Velly. OBSERVATIONS SDR l'bMPLOI DO SDLFATK d'aMMOMAQUK EN AGRICULTDRK. Depuis plusieurs ann^es , la science s'esl pr6oc- cup6e de remploi du sulfate d'ammoniaque en agri- culture; bien des essais onl 616 tenths par des savants, par des agricuUeurs , pour s'assurer des services que serait appel6 h reudre ce nouvel agent reproducteur ; plusieurs m6rooires pr6sent6s , il y a d6jci quelques ann6es , a I'Acad^mie des sciences relaliveraent a cet objet, onl annoncds, les uns qu'il 6tait appel6 a rendre les plus grands services h Tagricullure ; les autres, qu'il 6lait un poison pour les planles , et qu'il n'6lait possible de I'employer que dans des propor- tions tenement rainimes , que son action 6tait presque nuUe, ou du moins incontestable : lelles 6laient les conclusions d'un ra6moire pr6sent6, le 6 f6vrier 1843, par M. Bouchardal, pharmacien en chef de Thdlel- Dleu de Paris. Je commence par poser en fait qu'il est impos- sible de s'arr6ler , dune mani^re absolue , k Tas- serlion de M. Bouchardal , donl les experiences , je le reconnais , ont 6t6 faites avec beaucoup de pre- cision , que les sels ammoniacaux en g6n6ral sonl — ISO — nil poison pour les planles ; en effel , si on les prenail it la lelire , il s'ensuivrait la condamnalion absolue de leur emploi en agriculture, el je rae demande , en consid6ranl la valeur de celle decla- ration , si de pareils essais fails sur des planles d'une loule autre na ure que les c6r6ales, sont sans r6plique ; je ne le pense pas. En effel, il ne fciul pas consid6rer les m^mes fails comme devanl se pro- duire , en presence de lous les vt^g6laux que Ton voudrai! soumetire ci rexp6rimenlalion des sels am- nioniacaux. Je suis loin de croire que toules les c6r6alesen g6n6ral soient aussi sensibles h I'influence des sels ammoniacaux , que les diverses raenlhes qui ont servi aux experiences de M. Bouchardat. II est incontestable que chaque esp6ce de v6g6laux peut vivre dans des conditions diff6rentes el avec des 616- raents tons diff6rents , el cela est si vrai , que la culture sail tres bien profiler de ces fails pour va- rier ses assoleraents el ne pas presenter au m6ine terrain deux ou trois fois de suite la m6me p'.anle. J'en concluerais done que M. Bouchardat peut avoir raison quant aux fails qu'il annonce , d'apr^s les essais auxquels il s'est livr6 ; m^is je dis qu'il se trompe , quand il generalise I'influence pernicieuse des sels ammoniacaux en agriculture. Depuis M. Chalenneman , membre du conseil ge- neral du Haut-Rhin el direcleur des mines de Boux- villers, apr^s avoir experimente la puissance ferti- lisanle du sulfate d'ammoniaque , anuonQait en 1845, sur diverses publications , que le nouvel engrais , contradictoirement i I'opinion emise par M. Bou- chardat, etail appeie a rendre les plus grands ser- vices en agriculture, par rapport ii sa prorapte assi- milation avec les vegeiaux. — 131 — L'agricuUure , en presence de ces deux assertions conlradicloires , s'est livr6e & quelques cxp — Lecture de M. Foriicroii. DK NOS JODRS, Qu'eST-CK QU'dn BACHELIHR? Celle question est susceptible de i6ponscs lr6s difKrenles , selon la manifere dont on veut I'envi- sager : ainsi, plusieurs y Irouveraienl volonliers ie lexle d'une physiologic de plus , de spirituelles 6pigrammes et de piquantes anecdotes sur les col- leges, les mailres et los Aleves; landis que d'autres y verraient plul6t mali^re h une v6h(!!menle crilique, k de sinistres predictions sur les destinies futures de la soci6t6. Consid6r6 it travers les larmes d'H6- raclite ou le sourire de Democrite , le bachelier devient un sujet comique ou lugubre , il pr(}le i la charge dans les deux sens. Nous nous posons la question, nous, avec I'in- lention unique de savoir ce qu'elle renferme de vrai , nous plaganl par consequent h 6gale distance des deux points de vue extremes. Pour lui Cler lout caractere amphibologique , nous la irdduisons imaiediatement en celles-ci : rUniversiie, depuis un demi-siecle bientOl, nous prend nos enfants et les garde pendant une dizaine d'annees ; qu'en fail-elle ? Que leur apprend-elle? A quoi les rend-elle propres? Que signifio en un mol la feuille de parchemin qu'ellc lour deiivre en nous les rendanl? — Avec ces formules , nous ne nous trouvons pas encore a I'abri conlre les mauvais plaisanls, conlre les esprits chagrins et dif- ficiles ; inais en pr6cisanl les id6es, nous r6duisons la crilique a de juslcs bornes, nous cngageons unc distussion , d'apres les fails et non un combal sur le lerrain des opinions oppos6es. Quiconque a suivi les Eludes du college , pout avoir oubli6 les bienfails qu'il y a regus ; le col- lege esl souvenl comme la nourrice mercenaire dont on a suce la mamelle el donl plus lard , de- venu grand , on perd de vue Tcxistence el m6me le noni. Ajoulez a cola que Ton cnseigne aujour- d'hui au college beaucoup de choses qui ne figu- raicnl pas sur les programmes, il y a 30, 50 ou m6rae 10 ans ; ajoulez aussi les inlenlions hosliles el les Jin6comples , le besoin Ires nalurel de se donner satisfaciion a soi-m6me, en prfilant h pen- ser que ce qu'on sail , on I'a appris seul el sans aucun secours stranger : — Dt's-lors vous ne man- querez pas de motifs pour expliqucr celte r^ponse qui se fail volonliers de par le mondc , h la de- mande , qu'apprend-on au college? — Un pcu de latin , fori peu de grec el point de frangais; ou celte autre r^ponse plus decisive encore : Rien , rien , rien ! On n'apprend rien au coIl(^ge , n6an- moins tout p6re de famille , que ses moyens le lui permetlent ou le lui permcllenl a peine , en- voie scrupuleusemenl ses enfants dans les classes ; le nombre des 6tabiissemenls secondaires augmenle cliaque jour, loin de dirainuer : \oi\h une grave inconsequence , une contradiction fliigrante entre la conduile et I'opinion , la pralique et la lh6orie. Autrefois on soulenail d6jci qu'oii n'apprenail — 145 — rien au college ; niais k ce jugemenl on joignait une clause qui sauvait du moins I'honneur des maitres et les dispensail du sourire des augures de Rome , en se rencontrant. On y apprend h ap- prendre , disail-on ; mot plein de bon sens ! Car conf^rer I'uplitude , en d'aulres Icrmes , d6velop- per graduellement Tinlelligence et en diriger I'em- ploi , au moyen de proc6d6s ingt;nieux el presque toujours efiicaces ; c'esl bien la le but de Tinslruc- lion au college et la mission qu'on doit s'y pro- poser. Les auteurs les plus accr6dit6s ne se sont pas fait d'aulre idi^e d'une 6cole. Voyez, en e(Te(, comment proc6de la nature dans I'ordre physique , el comment nous proc6dons avec elle. Le corps suit une marche gradu6e et pro- gressive dans ses d6vcloppements ; ses facuil6s se r^gjent avec lenleur, a la longue , suivant une [ 6chelle k peu pr6s commune , dont TexpSrience a d<5lermin6 les degr(!!S. De notre cCl6 , nous n'ense- men^ons pas un terrain avant de I'avoir pr6par6 par la culture ; nous taillons les arbres et la vigne , nous leur dispensons avec art leur s6ve propre , nous mod^rons en eux Tefforl de la v6g4talion , pour oblenir plus siirement des fruits. II en est do m6me dans I'ordre moral. En entrant au college, I'enfant apporte de la m6moire , il faut d'abord la culliver ; il a I'esprit ouverl, il a du bon sens, il faut le dresser i comparer, a rai- sonner, k r6fl6chir; il faut I'accoutumer par de minutieuses operations k se rendre comple de ses acles ; il faut d6m6ler en quelque sorle, sous ses yeux el avec son contrdle , I'^cheveau des fils de sa pens6e. Telles sont les premieres ^pronves que — 146 — fiubit le badielier fulur; elles coraprennenl I'^ludd des grammaires , les themes , les versions etc,. Plus lard I'enfant devienl adulle, il y a lieu de forlifier sa raison de jour en jour, d'6purer son gout, d'6- veiller en lui rimagination et le talent, quand on i'en croit pourvu : alors son travail est plus s6rieux, il a pour objel I'explication raisonn6e des auleurs, les compositions en vers, en prose, selon la classe a laquelle il appartient. Tout cela est long , fort long, et pourrait inconleslablement s'abr6ger; mais tout cela est d61ical , difficile el r6clame di s efforts de la part de I'^l^ve , de ia patience de la part du maitre. Personne ne contesterait qu'il ne soil avantageux dans la vie d'avoir Tesprit juste et le goiil exerc6; de juger avec connaissance de cause el de raisonner perlinemroent en toutemaliere qui relive du simple bon sens; de poss6der les it, abuser des mots que de lui prfiter cette qualil6 , Tenseignemenl pure- ment classique est professionnel au m6me litre. Non, il n'y a d'enseignement professionnel que dans les 6coles d'arls et metiers , de manufacture et de commerce; dans les 6coles de|m6decinc , de I -- 153 — droit; dans celles de Sl-Cyr el de la marine; dans tout 6lablissemenl enfin au sorlir duquel la voiont6 ayant fix6 de longue date sa direction, l'6tudiant n'a plus qu'i suivre la voie qu'il s'est fray6e ou h choisir enire deux ou Irois voies parallfeles qui con- duisent h un but analogue. Nous ne disculons pas sans digression la capacity du bacheiier , c'esl-a-dire , la vaieur des 6tudes qui le pr6parent au dipl6me; voici encore un argument que nous relevons en passant. Au milieu des derniers embarras poliliques et dans la crise que le pays a eue k traverser , croirait-on que I'enseignement des colleges a 6t6 mis en cause et cit6 devanl ropinion comme slt'rile? pourquoi ? pour n'avoir pas su prodiiire, depuis 4o ans, quelques hommesdegSnie destines i pourvoir sur-le-champ au salut public ; pour n'avoir pas mis au jour un Mo'ise au moins qui se mit h la I6le de la nation et traversdt le dissert avec elle ! Mon Dieu , cet argument fi- gurait encore dans les journaux de la locality, il y a quelques jours. Jamais corps enseignant , r6pondrons-nous , ne s'est propos6, que Ton sache, de former des hommes de g^nie; la mission des mailres consisterait bien plul6t , ainsi que nous Tavons d6j& dit , h venir en aide aux intelligences vulgaires , tout en secondant , autant que faire se peut , les intelligences d'61ile dans leurs premiers cssais. Le lr6sor du g6nie est sous la main de Dieu qui I'ouvre au profit de qui bon lui semble. 11 n'y a done pas lieu de prendre ce reproche pour soi , mais bien de faire observer i ceux qui le mettent en avant qu'il s'a- dresse h la Providence. — 154 — R6.suinon5 en deux mols nos id6os sur la capn- ci(6 du baclielier cl sur sa dcslin6e au milieu de ses conciloyens. Noire jeune homme, pourvu de sondipl6ine , renlre dans sa famille ou il porle la joie de son premier succ^s ; il n'est ni un homme de g6nie, ni un savant; mais a 18 ans , il a le goiit de la science ol des choses dlev6es , une instruction d6ja 6lendue , el, pour Taugmenter , rintelligencc des m6thodes, I'ha- bilude de la reflexion, du raisonnemenl , du Iravail, I'aplilude enfin , aussi complete que possible el pr6- par6e de longue main dans une foule d'dspreuves. Alors il peut communiquer Si ses parents ses id6es sur le choix d'un 6tal et les disculer avec eux; il comprend son avenir, les dispositions heureuses cul- liv6es en lui sonl le gage de la confiance h lui accorder. Qu'ii fr^quenle les grandes 6coles, les cours vraiment professionnels d'oii Ton emporle le dipl6me d'emploi : s'il r6sisle k Tallrail du plaisir, au cbarme de roisivel6 , a Tenlrainemenl des passions de son age, le succes lui est assure. Bienl6t signalanl sa capacity dans racconDplissement des devoirs de son 6tat ; signalanl, comme citoyen , sa prudence et r616vation de son caract6re , il saura garder son rang partoul el m6riler parloul I'estime publique. Nous nous sommes attach^ , jusqu'ici , au d^ve- loppemenl intellectuel seulement , il nous resterail a nous occuper du d6veloppemenl moral el a consi- d6rer les Eludes classiques sous un autre rapport non moins imporlanl, el, nous le disons d'avance , non moins favorable : c'esl une t^che que nous pourrons remplir un autre jour, avec Tagr^menl de rAcad6mie. — 15? — Comniiinicaliou (ie M. ViolcUe. CONTK BRETON. Dans un canton de la vieille Arinorique , Enlre Quimper el la Poinle-du-Ralz , II est une bourgade oil, sous ses cheveux plats, l^e Breton porle encor la veste en peau de bique , La braie aus plis flottans , suivaal la coupe antique D'un patron mis sous verre au temps de saint Gildas. La , hors la danse et certain chant bachique , Ob ne salt rien des choses d'ici-bas. Or un dimaache , au sortir de la messe , Pendant qu'en rond chantait et dansait la jeunesse , Le chatelain d'alors, yieux singe a mine d'ours , A ses gars cherelus debila ce discours : • Mes amis , comme vous en des temps d'abondance, ■ J'aime a voir cette foule affluer a It danse ; • Mais , par le temps qui court , il faul changer de ton : • Vous savez qu'en ble noir la disette est certaine . • Que le bourg tout entier, jusqu'a I'autre moissou, • N'en a point recolte pour un jour pai semaine. » Cependant, il faut bien s'occuper d'y pourToir , > Car d'un repas sans crepe on s'approche avec peine, > Chacun , jusqu'aux enfants, y monlre un esprit noir, > Et sans la crepe chaude aux jours des tongues veilles , • Vos (ileuses ne font que bayer aux corneilles. > Pour moi , le ciel m'a mis au rang de ses elus , > J'abonde en lout ; partant , tous serez secourus. • Voici comment je compte operer des merTeilles : • J'ai fait moudre apres loiil trente sacs de ble noir; • Eh bien , de ma farine a?ec une poignee , » Dans un seau d'eau bien delayee , •) Ma menagere a fail cent crepes i'autre soir ! » C'est beaucoiip , j'en conriens , pour si peu de farine; I. 13 — 15G — > Mais raon ineuiiier jamais n'en a fait de plus fine. » Par menage, aujourd'hui , j'en propose un boisseau ; • Qu'apres vepres on yienne apporter au chateau > La sebille ou le sac , j'eraplirai la mesure. Et tous de crier en choeur : Vive noire bon Seigneur ! * Mais attendez, dit-il , la Gn de mon antienne , » Voici ce que j'entends, que chacun le retienne : ■> D'abord il ne viendra que des gens maries. » Encor que ces maris qui , rois dans leur menage, » Par leur ferarae jamais ne sonl contraries. » J'exclus done , en tout point, les aulres du partage. * Oq ecoulait encor ; mais noire harangueur Arait, tout ebahi , laisse chaque audileur. Bicntot , comme la mer qui houle , Un sourd et long murmure eclate dans la foule ; Les maris limores s'eloignent le nez bas ; lis savent que sur eux leurs t'emmes ont le pas. El parmi ces bretous a la franchise extreme Nul ne voudrait se menlir a lui-merae. Apres yepres, enfln , raclanl quelques boisscaux , Chez-lui, le chalelain altendait ses vassaux ; Peut-elre viendraient-ils ; mais il ne vit, en somme , Sa besace a la main arrirer qu'un seul homme. « C'est bien, lyon, dit-il, je suis content de loi: » De nos meres la femme a su garder la foi, » Et toi-memc suivant les maximes celtiques, > Tu commandes au seia de tes dieux domesliqoeg , » De nos aycux, Won, j'aime a me sourenir, » Car il est beau, vois-tu, de se fa ire obeir. » AUons, ouTre ton sac, Toici bonne mesure. » Comme tous deux, en vain, par I'elroiie ourerture, Versaient la fleur si chere a tout gourmet breton , Le maitre impatient fixant le brave Ivon: ■— De la misere en loi ton sac montre on apotre; — C'est vrai, monsieur, j'en voulais prendre un autre , Mais ma femme m'a dit : Non pas, prends celui-la ! — Ah ! le choix entre vous s'est fait comme cela I.... Eh bien, puisque chez loi madame tient la place, Voici par oii Ton sort; rcmporte la besace. Et le ruse vieillard , par ce trait de Scapin , Carda la fine fleur de son Itle sarrazin. — 157 — REVUE RETROSPECTIVE. Icclupc de M. Loiiis-Liicas. ETUDE SUR LES OEUVRES DE M. G. OZANEADX Premiere partie, (EUVRES EN VERS. Old , les lignes par hd sur le papier Iracees N'ont jamais exprime que de nobles pensees, Que de purs sentiments. G. 0. La mission de Jeanne d'Are. Erreurs po6tiques de Georges Ozaneaux. Tel est, Messieurs , le litre de Irois volumes que I'auteur lui-m6me, M. Georges Ozaneaux, conseiller ordi- naire de l'Dniversil6 , inspecteur-g6n6ral des Elu- des , vous offrit dans voire stance du 1" juin dernier. II s'excusait , si vous vous le rappelez , de vous donner des vers, f^elut wgri somnia, semblail-il vou- loir ajouler, pour vous faire agr6er son offre. Que ne devrais-je pas vous dire aujourd'hui , pour m'excuser de vous apporler de la prose 'a propos de ces vers qu'il appelle des erreurs, el combien ne dois- je pas faire h voire indulgence un appel sincere et en dehors de loul lieu commun , naoi qui , froide- ment occup6 loul le jour d'affaires ou d'erreurs fort peu po6liques , m'en viens vous raconler raes im- — 158 — presfiions , vous faire part de mes sensations h la icclure des oeuvres de noire aimable el aim6 collogue ! Les erreurs pot^liqucs de M. Georges Ozaneaux, celles du raoins de ses oeuvres en vers qu'il nous a offerles , car je lui soupQonne un 6crin garni d'au- tres joyaux , auxquels il ne manque que d'6lre en- chsiss^s ; les erreurs po6liques de M. Ozaneaux se divisenl en deux parlies bien dislincles. Le premier volume conlienl toul un poeme 6pique en douze chants, sur Tune, sur la plus pure des gloires de la France ; sur ce que notre belle palrie , h61as 1 loujours tanl agil6e, tant d6chir6e , peul 6 bon droit s'^norgueillir d'avoir produil de plus illustre , de plus chevaleresque , sur ['heroine de Yaucouleurs. Les deux aulres volumes renferment toul le the^lre de noire auteur , les seules de ses pieces qu'il ail fait repr^senter. Elles sonl au nombre de qualre. Pour suivre Tordre chronologique de ces produc- tions , il me faut aujourd'hui , Messieurs , laisser de c6l6 son oeuvre capitale , Tceuvre h laquelle il a travaill6 vingt ans de sa vie , qu'il a caress6e de ses soins , de son amour ; qu'il a faile avec le sen- timent puissant qui I'a toujours domine , I'amour de son pays , I'wuvre dans I'objet de laquelle le genie dia- bolique de Voltaire n'avait trouve que le sujet d'une infdme plaisanterie , et oil, lui, dans sa foi en Dieu et en son pays, il trouvait une grande epopee reli- gieuse et nationale. C'esl lui qui s'exprime ainsi. (1). La Jeanne d'Arc de M. Ozaneaux formera pour moi le sujel d'une seconde 6lude ; et si j'inlerverlis aujourd'hui I'ordre de publicalion qu'il a adopts , c'esl , je le r6pfele, pour le suivre dans ses erreurs , el les 6ludier k mesure qu'il les commel. /I) Preface dp .leanne d'Arc. — 159 — Uiie Iroisi^me fois , Messieurs, j'aborderai cello tribune pour vous parler des Iravaux en prose de M. Ozaneaux , travaux d'un m6rile reconnu , Iravaux que I'Acad^mie frangaise a couronntis , je veux dire qu'elie a bien fail de couronner. Des quatre Episodes qu'a mis en sc6ne nolie coll6gue , Irois sont pureuienl historiques , deux ac- luellemenl hisloriques , un pr6malur6menl philoso- phlque, tous quatre saisissanls , immenses. lis suffisent bien , croyez-le , & remplir le cadre de cetle premiere lecture , ci 6puiser les quelques moments que je reclame de vous , d'atlenlion pour moi, d'hommages pour lui. Disons tout d'abord^ que dans presque tous ses draraes , Tactualit^ du sujet double I'altention du lecteur , la purele du style, Iharmonie de la langue, la faclure du vers le captive, et je ne sais en v6rit6 , ceci va vous paraitre paradoxal, je ne sais, dis-je , si ces drames ne sont pas plus faits pour 6tre lus que |)our 6lre joui^s et enlendus , el s'ils ne peuvenl et ne doivenl se passer du prestige dont !eur auleur les enlourail, du prestige d'une brillante mise en sctine. Ce serait a mon sens leurplus grand m6rite. C'est du moins, Messieurs , I'impression que j'en ai ressentie , et c'est parce que je I'ai resseulie que je vous en parle. Avanl lou( , dans I'^loge oomme dans le hlAme , il faut tMre vrai , il faul Ctre sobre de I'eloge , il faut I'Clre surloul quand on est honor6 de I'amiti^ de I'auteur que Ton 6ludie. C'est la position que m'ontfaile avecM. Ozaneaux, de vieilles, corame il le dil , de vieilles lelalions de famille. S'il est dans la lilt^rature dramalique , un travail ardu , difficile, ingral, ce doit filre cclui dc meltre — 160 -* en sc6ne des personnages que lout le monde a en- tendus, que (out le monde a vus , que tout le monde voil encore a Toeuvre. Quand on s'attaque a Tantiquit^, quand on s'enprend au moyen-ilge, quand on aborde des faits m6me r^cenls, mais de ces faits qui, fort dramatiques en eux , n'ont cependant pas captiv6 , entrain^ les regards du monde, n'ont pas 6veill6 les passions populaires de toule une nation ,1a tdche est d6jk belle et noble, elle peut conduire h de brillanls succ6s. Heureux alors, heureux le po6te qui sait se rendre maitre de son su- jet ! 11 aura les allures libres , rien ne lui raettra d'en- traves, rien , pas ra6me cette hydre aux t6les sans cesse renaissantes qu'on appelle la censure ; cette hydre qui n'a pas trouv6 son Hercule encore , et dont les morsures ont si souvent arr6l6 voire collogue dans sa course , et ont flni par lui faire quitter une lice dans laquelle il avail su , d6s le d6but , ceindre dft beaux lauriers. A quelque degr6 de I'art qu'il soil plac6 , puisque dans la r6publique des letlres, comme dans bien d'autres ^ il y a des dcgris , un magistral I'a dil , (1) heureux , trois fois heureux le poele maitre de son sujet! A la seule condition par lui de ne blesser point la vraisemblance , de rendre h C6sar ce qui apparlient k C6sar, de ne pas commettre de ces lourds anachronismes qui provoquent le rire ; de ne pas metlre par exemple dans la bouche d'Epicure les quelques paroles que la m6moire des si6cles nous a transmises de Socrate mourant ; eh 1 qn'iraporle aprfes lout ce que diront les personnages du drame , pourvu qu'ils le disent bien ; que m'imporle la langue qu'ils (I) Proces de Rouen. Le jiresidenl a M. Dumas. — 161 — aienl parlti , pourvu qu'ils parlenl la mienrio , je veux dire celle de ma nation ; jamais , ci moins d'etre rel6gu6 ^ Tun des degr6s qui ne se coraplent plus, jamais le poele ne courra le risque de bles- ser la v6rit6 historique. II lui faut, pour 6tre vrai , approprier son langage el ses moeurs a la iangue el aux moeurs de la nation devant laquelle il pose; el cette nation, c'est la sienne ; c'esl lui, pour ainsi parler. Pourvu, si je puis ainsi dire, qu'il ail mis dans la bouche de ses personnages , dans leur pose, dans leurs actions, le langage, Tallitude, le mobile, la passion du peuple qui les voil el les 6coute, la v6ril6 est sauve , le reste lui apparlienl. Dois-je m'inqui6ler de ce qu'ont dil Th6s6e , Ph^dre el Hippolyle , pourvu que le lendre Racine ail mis dans leur bou- che ce qu'ils onl dii dire, un langage appropri6 k la passion, h la vengeance, a la vertu ? Qu'im- porle c — 165 — regards d'une grande nation , d'61ever ses pens6es, de giiider ses senlirnenls. Puisanl ses inspirations h la source pure d'une liberie enli^re , mais jamais licencieuse , le po6le qui parcourt celte voie , s'ii ne pent loujours repous- ser comme indignes d'occuper les loisirs d'un homme sage les \ices des grands el les erreurs des mas- ses , doit au moins 6tre sobre des moyens drama- liques que lui offriraient I'^tude de ces vices el leur raise en sc^ne ; el cependant priv6 de ces ressources si puissanles, il ne peut encore arrivcr i\ la gloire par celte troisieme route, qu'& deux conditions. 11 lui faut d'abord^mouvoir profond6raent. II ne faul pas, nous le r6p6lons, qu'il soil par Texprossion du fait, au-dessous de ce fait lui-mfime , encore vivant au coeur de lous. II lui faut encore , nous le r6p6terons aussi, in- spirer le besoin d'etre lu , en gravant dans Tdme de son audlteur le souvenir de la facture du vers el de la puret6 du style. Tel ful , Messieurs , pour citer encore un nom en dehors du sujel qui nous occupe , lei ful le secret de Casimir Delavigne , dans ses Vepres Si- ciliennes, dans son Paria, dans ses Enfants d'Edouanl, dans sa famille de Luther , dans lous ces ouvrages merveilleux de style qui se lisenl autant , el plus peut-6lre , qu'ils ne se jouenl. Tel eut du 6lre surloul son secret , dans ces hymnes immorlels qn'il appela ses Messentennes , s'il les eiil revSlus de la forme dramatique , a laquelle ils appartiennenl si bien par le rhylhme el par Taction, dicl6es qu'elles sonl par I'amour sacr6 de la liberie el de la palrie. Toules ces reflexions, Messieurs, m'onl 616 sug- — 166 — g«^r6es par la lecluro des oeuvres dramaliqucs de M. Ozaneaux. Engag6 de la manifere la plus exclusive par Irois de ses drames du moifis dans la voie la plus ar- due , noire collogue la-lil loujours parrourue avec le double succ^s que nous avonsdil C'lre indispensable ? A-l-il raCmc toujours pujouir des privileges attaches S ractualite? N'en a-l-il eu dU conlraire que les dangers? C'est , Messieurs , ce qu'une analyse rapide el un hislorique succinct de son Ihdiltre , c'esl ce que les quelques cilalionsque cetle premiere 6lude con- liendra vous mellronl h m6me, je I'espSre, de decider. En 1826, professeur de philosophie au college Louis-le-Grand , M. Ozaneaux pr6parail d6ji son pofeme dft Jeanne d'Arc. Inliraement 116 avec M. Casimir Delavigne , qu'il appelle son excellent ami , il re§ut de lui le conseil , j'allais dire I'ordre , s'il voulail assurer des lecleurs h son livre ch6ri , de preparer son public par une CBUvre de Ih^^tre. i(J'eus la faiblesse de le croire, dit-il, etje cherckaiun sujel dramatique qui piit [aire impression sur la fouloi A cette m6me 6poque , apres deux si6ges dont rhistoire est certainement plus belle que cells des Thermopijles (1), apres avoir vu p6rir pour la sauver le plus valeureux de ses enfanls , Marcos Bolzaris: le plus chevaleresque des ponies Lord Byron , Mis- solonghi , envahie par terre el par mer , en proie aux horreurs de la famine , cueillail pour 6cbapper au pouvoir des lures el i la honte de Tesclavage les palmes d'un glorieux martyr. L'hisloire gravail sur le bronze le plus pur, le Irioraphe de la croix sur le croissant , le courageux ^-.i — 167 - d6vouemeul des femmes de Snuli , et l'h6roisme des enfanls de celle antique province de Gr6ce, h laquelle un des fils de Diane el d'Endyraon , Elolus avail donn6 son nom. L'cxplosion qui ensevelissail les Missolonghioles sous les ruines de leurs forlificalions immorlalisait les noms des deux Botzaris , de Capsali el de I'^vfi- que Joseph , ce verlueux pr61at qui , jusqu'au mo- raent supreme , 6lendil ses deux bras sur la ville pour la sauver , et se pencha pour b6nir ses fr6res. L'Europe attentive 6tail terrifiSe (I). Au milieu d'une si vive Amotion , enthousiaste puree quit etait jeune , au milieu d'une societe jeune puree quelle etait enthousiaste , ce fut ce grand drame palpitant a tous les coeurs ardents et g6n6reux , que le hardi professeur de philosophie osa porter au lh6dlre , un an apr^s r6v6nement , pendant I'existence m6rae de ses h6ros. Mais , 6 n6ant des gloires humaines ! recu d'accla- malion par un direcleur 6clair6 , (2). « Pendant dix mois loin de l.i scene » La censure I'exila. » Vous dire combien ce retard 6tait pr6judiciable a Teffetdramatique de Toeuvre , vous dire h combien de mutilations elle fut soumise , m'obligerail , Mes- sieurs , h reproduire lilttiralement le r6cit plein de verve , ploin de gait6 et de spiriluelle ironie par lequel M. Ozaneaux a stigmatise , dans sa preface , des censeurs quit croit devoir epargner en ne les nommant pas. Ce serail , d'ailleurs , sortir inulilement de mon (1) IiuiUlion de Lam^rliue. Hommage a I'Acadetnie de Mar- seille a son depart pour I'Orient. — (2> M. Saiivage. — 168 — sujet. On a lout dit sur la censure , on a lout fail conlrc elle, loul, hors l'an6antir. Elle n'est pas des plus belles choses de ce monde, elle n'est pas de celles qui en onl le pire destin. Soyons francs loutefois , el disons qu'on a peu fait jus- qu'iciel qu'on fail moins encore pour la rendre inutile. Tout dans ce drame dspouvanta les malheureux censeurs. Un 6v6que sur la scfene , un colonel anglais donl le r6le pouvait blesser la susceptibility de la g6n6reuse Albion , un juif faisant commerce d'es- claves , la liberty appel(5e par son nom , dans le d6cors , une cath6drale en mines, dans I'hymne de la d61ivrance , I'invocation d'une sainle ; tout leur parul dangereux ; lout jusqu'au mot Acheron auquel son origine mythologique valut la proscription ; ils ignoraienl , ces pauvres censeurs , que ce nom est encore aujourd'hui celui d'une riviere de I'Epire qui baigne de ses eaux le canton de Souli. Enfin apr6s bien des lutles absurdes , I'auleur c6da , el sa pi^ce fut jou^e le 10 avril 1828; un an trop lard , el mutil6e : et cependanl le succ6s ful immense, le Iriomphe complet ; el 12 jours apr6s , k I'heure ou sonnait le second anniversaire de la mine de Missolonghi , enlrainSes par I'^lan universel, la cour el la ville se donnaient rendez- vous i rOd6on. El cependanl aussi Tauteur n'avait pas compt6 avec les journaux ; il avail laiss6 son libre essor k la critique si facile et quelquefois si 16g6re du feoillelon. Elle ne lui avail pas fail d6faut. Mais enhardi par le succ6s du premier jour , il voulul se venger ; il le fit sans haine el sans pas- sion , 11 le flt avec cetle superiority que donne la — 169 — vicloire , que le succ^s legitime el qu'il commande souvenl. II faut voir avcc quel esprit il rit dc leurs alta- ques et les copie dans iin prologue qu'il joignit h sa pi6ce pour cette representation anniversaire. Les uns ne voyaient dans le dernier jour de Missolonghi, qu'une oeuvre purement dramatique, parlant incomplete , les aulres n'y voyaient qu'un style par Irop po^lique, et puis dans ce drame « Point d'aclion , surtout, point d'intrigue d'amour, » Point de ces coups de scene, ou Ton crie oii Ton pleure, » De ces fails de dis ans rassembles eii un jour » Et representes en une heure. » N'6lait-ce pas d6cefner a I'auleur, sans le savoir et surtout sans le vouloir, la double couronne qu'il avail dii ambilionner; il venait d'obtenir un succ6s de sc^ne, c'eiait un drame : il obtenait de plus un succ6s Iilt6- raire ; le style en 6tait par irop po6tique. Point d'action, point d'intrigue. Le fait avait pour interpr^te la v6rit6. C'esI, vous vous le rappelez , Messieurs, ce que je disais au commencement de cette etude. II faut aux pieces du genre de celles de M. Ozaneaux un double succes , celui du drame et celui de la langue, et cependant point de Gction. Laissez raoi vous ciler les beaux vers qu'il ecrit duns ce prologue au souvenir que ravive en lui I'an- niversaire de Theroisme des Missolonghiotes : « Mais les Grecs combattent encore , s'ecrie-t-il : 1 Leur cause est de tous les instants , » Leur gloire est au-dessus des temps. 170 — Missoloiighi , bah ! c'esl crie-l-on aulour de iui. Attends , reprendil , vieux commo Ht^rode Attends vingl-deux Avril, grand Dieu ! vingt-dcux Avril, Tu viens de prononcer un borriblc blaspheme ; Reponds , reponds quelle heure est-il? Bientot neuf heures. I liens , c'est a ce moment meme , Cast en ce meme jour , deux ans plus tot , deux ans ! Que de Missolonghi , les genereux enfants , Au milieu des debris de leur ville conquise , Pressant ' de leurs genoiix les marbres de leglise , Imploraient Capsali , qui , la flammc a la main , De rimmortalile leur ouvrait.le chemin. Enlends-tu resonner ces sublimes prieres, De ces adienx plainlifs les paroles dernieres ; Vois-lu de ces blesses les yisages sanglants , Accourant aux claries de ces bazars brulanls ; Ces meres , ces enfants , dans de longues etreintes , Confondaut a jamais leur espoir el leurs crainles ; Ces pretres , ces vieillards au front calme el pieux , Couches sur le salpelre , et regardant les cieux. Voila les Turcs ! Voici le fatal cimeterre ! Ecoule : un bruit affreux a fait trembler la terrc , Une flamme sanglante a sillonne les airs , Sa lueur vengeresse a couru sur les mers , Et puis lout est renlre dans un morne silence. Missolonghi n'est plus. — La liberie commence. • Qu'on me cite un r6cil plus simple el plus su- blime , et qu'on me dise si Tauteur qui prelude par d'aussi beaux vers k I'audition de son drame, n'est pas sur de Iui. REIMS. IMP. DE P. REGNIBR. SKANCES ET TP.AVAUX DE L'AGADEMIE DE REIMS. AWSIEE 1849-1850. 9»ennce liu %6 Dccccabre IS49. PRESIDE\CE DE H. DDBOIS. filaienl] presents : 3iM. Bandeville , L. Fanarl , Conlant, H. Laridouzy , Querry , J.-J. Maquart , DuqiK^iiclle, I.ouis -Lucas, Aubriol, Gossol, F. Heiifiot- Di'lamolle, H. Paris, L.-H. JVIidoc, Dec6s, Genaudet, Lechal , J. Suriiin , Velly, Forneron , E. Mauinen6 et Holleaux , raenibres lilulaires. CORKESPONDAJfCE MANOSCRITE. La Socicli d'agriculture , etc., du d6parlement de I'Aube , envoie un bon pour retirer les M6moires de la Soci6l6 pour I'ann^e 18^9. I. ih — 172 — CORRF.SPONDAXCE IMPRIMEE. Pcqiiisitoircs'^pronoiices par HI. Vcfoornl-ghicral de Roijer devanl la haute cour de justice seani a, Veisailles. Journal de la Sociele d'agricuUure du depurtement des Aideuiics , d6cembre 1849. Hisloiie uiiiverse'le , par C(^sai- Canlu ( Prospeclus j. Statu is de rAihhice des arts, sciences, belles-lettres et ituhistrie de Paris. Lcltre d'un Voijageur en IScrmandie , par M. 0. Seure. (Suite). Catulofjue des coUeclions d'aulngraphcs , de manu- scrits ^ de pieces iii.prlmccs siir lliisli ire de Friince, el de lines amipoMml le cabinet de feu M. de ruie- neuve, doiil l;i \en e nuia lieu, rue de Yaugiraid , 98, le raardi 22 Janvier 1850. LECTURES ET COMMDMCATIONS. M. Sornin lil un rapport sur le Cours de trigo- nomelrie de M. Lecoitile. M. Detes donne led lire d'^ la pren.i^re parlie d'une ISotice snr M.^,Duqu6iielle , ancien chirurgien ^ Reims. — 173 — Lecture de M Sorniii. RAPPORT sun UN TUAIT^ DE TRIGONOMETIUE , PliESENTE A l'aCADEMIE. Messieurs , J'ai a vous rendre comple d'un cours de trigo- nomt'lrie doiiT raul'ur , IM. L6un Lecoinle , profes- scur ci TAilitMiec royal d'Arlon , a fail derriiferemenl hommaye a i'Acad^mie. Je ne me disslnmlc pt-s , Messieurs, la difficuKS de la iJlche que j'enirepreiids en veriant vous parler dc m;ilh6injtliL|iies et de matli6ai,alhiques piires, c'est- i-diie, de la science en elle-nifMue , pii\6e de tout TiiiterOl qu'olle offrc par ses applica lions. Sans 6lro agriculleur , on comprend TagrifuHure; sans ^lie arclieoiogiie , on con^'oil I'initiifil qu'offre lYlude des anciens moiiUii.enl> ; sans filre poeie , on aime la litleralure : niais le clianip des nialliema- liqiics n'esl accessible qu'aux inilics. C'esl un raonde loul nouveau dool il faul appreudre la langue av i d'y p6n(!!lrer. — 174 — J'h(5si(ais done, Messieurs, a vous faire un rapport stir ToiM r;ii,'e do M. Lrcoiiile , siir que i\M;ii> d'ia- t(^resser furl j^eii lo gfande niiijoriit do nies nudi- Iciirs , l.>rsqut; j'ai lu h la preniieio page de re iivro que I'iiiilciir T; drcssail ti W/radt'niie des sciences de liems. II cxisic done line Acndemie des S(.i(Mires h Reims, el ce mol me rappellaiil que vous avez, en effel , ouverl un g(^n6reux asilc b lous les Ira- vaux de la pe(is(^e, je me suis de(id6 h vcnir abuser de voire altention, pour mieux enlrer dans les vues des foudaleurs de rAcadernie. La Irigonomtlrie csl une des brandies les pins inriporlanles de raiialyse ge(ini(''liique , car cV-sl le fondenienl de celle science. C'esl par elle que Ton a pu ^tablir des rclalions enlrc des quanli(6s aussi liL'l^ro^^iies que les angles el bs lij^ues d'uiie figure. ]Miiis [tuisqiie cV'St sur la trigonouitlrie que repose loiil lY'dilice, il fiiul dans un ou\rago didacTque retidre celle base bicn sure , el lV'lab!ir sur des principes bien arr^lc''s , bien inconleslablcs. Tel n'a pi'.s C*le loujours, cepeiulanl , Tu^age des g6nsTi^lr(S. Fori pcu souiieux dV'lablir leurs reyles prill ilives avec loule la rigueur d'un raisonnenient inallaquable , les maitres de la science out dil comme d'Aleir.bcrl : Allez en avcnU, el la foi tons vieiidra C'esl qu'en effel , h cb.'.que iiislani , .les fails viennenl corroborer les priM(ipes, el que les con^6qllences que Ton en lire offrcnl 5 Pespiil un alimenl dun inl6r(^t bien plus puis.sanl que la de- monslralion des piincijies eus-m(}mes. Aiis>i les mys- leres donl on a hiiss6 enlourer lo berceau de I'a- iialyse n'ont-iis pas nui a sos progres. C'esl ainsi que le calcul infinil6sima! evait fail — 175 — connailre ses plus belles solutions uvatil quf Ion fijl (ix6 sur le sens d'une quanlite infinimenl petite. C'esl ainsi encore, et pour ne pailer que de ce qui se rapporle plus sp(5cia!cmcril au livre que nous avons a examiner, que pendant longlemps on a re- gard6 corame une induciion non susceptible dVlre dc'jmonlr^c , la regie d'a])res laquelle on donne des signes alg6hriques diffdrcnls a des quanlit^s oppos^es par leur mode d'exislence , sans faire allenlion au vague que Ton iaissaif subsisler dans i'enoncc^ mi^me de la r6gle. Noire siecle , si 6miuemmenl dou6 de Tespril pliilosopliique , a sond6 ces difficuU^s el les a r6- solues. De nos jours , ces quanlit6s nd^galives ct imaginaires , ces qnanlit^s infinimenl peliles que Ton employail auparavont par un e\ces de con- liance dans les mt^lhodes analyliques el sans en avoir bien approfondi la notion , sonl raa:en6es a leur veritable sens. Telles sonl les id6es que j'i'.urais \oulu Irouver dans les premi.-rs thapilres de la lrigoiiom(^lrie de M. Lecointc. J'aurais d(i>iie lui voir cxpliqaer fern ploi des signes alg^briques dans la representation des lignes lrigonom6lriques , aulrcmenl que par sa coiifiauLe dans la regie de Descartes. II faul faire remonler a une autre source les signes que Ton donne aux lignes el aux arcs Iri- gonomelnques ; celle sonrre , c'e>l la ni^cessile de ramener a une seule el m6m3 formule des equa- lions qui seruienl Ires diiferenles sans celle con- veiilion. C'e.>-1 le preceple que donne C.arnul dans ses lieflcxions sur la mclaphysique des malhema- tiques , c'esl Topinion de nos prolesscurs les plus distingu^^. — 176 — Airisi la formule qui donne Cos (a — b) , pour 6(re 6lablie g^n^.'^alemeiil , quelle que soil la grandeur des arcs a el 6, n^cesslle les diff^rcnls signes que Ton donne aux sinus el aux cosinus dans les qualre quadranls ; el c'esl alors que Ton voi( que I'oppo- silion de signe correspond h Topposilion de sens. Or loules !es formulcs lrigonon:6iriques peuvent se d(^duire de celie-ci. Les signes elablis pour la g6- n^ralisation de celle formule sonl done bien ceux qui convieiidronl aux sinus el aux cosinus dans toutes les aulres. Ouanl aux signes des aulres lignes Irigononidlriques , les langenles , st'cantes , colangenles el cos^conlcs , ils resullenl de la g6- neralil6 que Ton vcul donner aux relations qui les lienl aux sinus el cosinus. Qnh CCS oppositions de signe, corresponde une cerlaine opposiiion de sens , nul doule qu'i! n'en soil ainsi , mais c'esl pr6cis6ment en n(^gliger la d^monslralion que vouloir proceder d'une fa^on inverse. Ccci esl lel'.enient vrai , que d'api6s la r^gle de Descai les , on serait bien plus porl6 k atlribuer le signe + el le signe — aux si^cjinles dun cOld; ou de Taulre du diamelre borizonlal , qu'aux deux sens pour lesquels on fail celle dis- iincllon. Pour ce qui regarde les signes donnes aux arcs, il esl encore bien facile d'tlablir que des arcs qui sonl porl6s dans des sens opposes , i parlir de la mfince origine , doivenl avoir des signes conlraires, si I'on remarque que les lignes lrigononi6!riques d'un arc inverse sonl les mOmes que celles d'un arc direcl donl la mesure esl 6gale a une circon- f^rence moins la mesure de Tare inverse. Toules — 177 — los formules d^monlrt^es pour les'^arcs direcls se- roiil done vraies pour ces^ arcs 6valii6s en arcs in- v(;rses. Mais aprcs In combinaisuii des dillL^renls arcs qui cnireni dans la formule, on pcul Oler du r^sullal ou lui ajouler aulanl de circonf6rences que Ton veut ; or, cello siiiipHrKalion auraii pu Olre failo primilivemenl sur cliacun des arcs , co qui revient a inlroduire ies arcs inverses avec ie signe des quanlili's negatives de Talgebre , ol a ies trailer d'apr6s Ies regies proprcs a ces qiianlil^s. Pour terminer rexameri de ce qui, dans ie iivre de M. Lecoitile, m'a para prfiler ti la critique, je lui proposerai une dermilion des iignes Irigono- m^lriques qui rae parait preferable a celie qu'il a adoi)l6e. Pourne parler que du sinus, d'apr6s^M. Lecoinfe, Ie sinus esl la perpendiculaire abaisst'e de l'extr6- mil6 de Tare sur Ie diair.elre qui passe par I'ori- gine. Jl faut entendre, sans aucun douie, qu'il s'agit de la me>ure de celle perpendiculaire, car Tanalyse lie compare que des nombres ; mnis, m^me avec celle acceplion , il s'ensuil que lo siiuis varie avec ie rayon du ccrcle. Aus^i Ies formuies di^pendent- e'.les de ce rayon , bien qu'il soil evident que la mesure des angles en est independanle. On arriverail h simplitier Ies formules el h n^giiger la grandeur du rayon , si on appelait sinus la mesure de la m6me perpendiculaire avec Ie rayon pris pour uuitt;; ou , si Ton veul , Ie rapport de la perpendiculaire au rayon. On n'aurail plus besoin ainsi de faire ie rayon 6gal b. un , quand on veul combiner Ies formules; puis de Ie r6tablir, k I'aide des principes d'homo- — 178 — g6n6il6, quand on veul appliquer ks r^suUals. II suffira de remnrquer quo les (ables ne donnent pns les vrais logariHimes des lignes (rigonom^iriques , mais ces logarilhmes angmenl(^s de 10. C'esl d'.T- pr^s celle reinarque que I'on pr6pnrera d'avance les formules pour I'emploi des loganlhnies des labies. En criliquanl, Messieurs, les premiers chapilres de I'ouvrage de M. Lccolnle, je me suis acquiltS de la parlie la plus diRicile de raon rapport; il ne me resle plus qu'a donncr des t^logcs bien m6- rit6s au soin que I'auleur a pris de placer, & la suite des principes , dc nombrcux exercices a I'usage des eI6ves qui se deslinenl aux ecoles sp^ciales. M. Lecoinle nous annorice d'ailleurs, dans sa pre- face, qu'il a fait eel ouvrage pour les jeunes gens qui se pr^parenl aux concours des 6coles. Sous ce point de vue, nous regardons le livre comme Ires ulile el tr6s propre li rompre au calcul nos jeunes aspirants. L'liabitude du calcul est une cbose si imporlanle, que je comprends Ir6s bien qu'on fasse un livre dans le but scu! de rendre les formules el Icurs combinaisoiis familieres aux 61eves. Mais faisons un peu aussi des livres pour le [irogres de la science, et les 6l6ves comme les professeurs y trouveront leur profit. — 179 — RKVUE RETROSPECTIVE. Lcclurc de M. C!i. Lo:iq5!et, MEMBRE COnnESPONDANT. ESSAI SOR l'eCLAIRAGK CHEZ LKS ROMAl.VS. A L ACADEMIE DE REIMS. Messieurs , En payant pour l,i premiere fois ina dette litli'raire a rAcademie , et au moment oij je vieiis voiis oOVir les premices de mes etudes , jai peut-etre a me defendre d'un reproche grave, celui d(! pedanlerie. Je sens du moins fjuil me serait imini'diateirient appliqu.' , si je parlais devanl une a^semb ee moins seriini.^e , devant une do cos societes savantes que {'erudition fail bailler et qui n'ont d'oreilles que pour la lillerature de feuille- ton. Au milieu de vous , Messieurs, cette crainte est legere. Tous , vous savez comme moi qu'il y a, dans le domaine de la science , et do la science historique priiicipale- ment , des recherches qui ne pcuvent prendre un corps qu'au raoyen de citations , et de citations mullipliees. Comme moi vous savez aussi qu'on ne pent enlever aux travaux de cette espece I'appareil scientiflque , sans leur 6ter en meme temps ce qui les soutient , ce qui leur — 180 — donne !a force et la vie , sans les rediiire a I'etat de depouille iiiforme ou de valne et superficicUe peinture. Amenc par I'etude de Veclalrcge ccdesiostique ;i cclle de Vcclairufje chez les llomains , comiiie pre.iminaire in- dispensable , c'est de ce dernier que je me propose de vous entretenir d'abord. Di verses compilations m'offraient sur ce sujet des ren- seignenients vagiies , des fails douteux , ct do ces citations presque perpetuollement fausses , dans ieiir obji't comme dans JHur indication , que les lexicographes so transmet- tent liberalement de generation en generation. Je ne pouvai.> faire usage de ces rf'ssources fusix'ctes , qua la condition de remontor a leur origine premien' , pour en roclifii'r I'emploi ; je devai.s surtout les corroborer et les completer par des fails nouvt-aiix , puises ai;x sources memes , c'esl-a-dire dans les edits des auteuis latins. Car c'est uniqucmf-nt en les compulsant, c'est en les parcourant altenlivement qu'il est possible de reunir tons les elements Lie la vie romaine. Ce tableau giMieral des mcenr-; et des babitudes d'^s Romains, un savant d' ce temps, M. Ch. Uczob;y, I'a trace dans son ensemble. Mais sa Rowe av fem/is d' \ii- gustf , produit d'une erudition variee et de patientes reelicrclies , est en meme temps loeuvre d'un liomme de goiit. La, comme dans \es Let Ires de >/'e/-ov«r ( iMazois ) svr le Palais do Scuurus , la forme du recit , en parant la science , met a I'aise I'ecrivain et lui epargne les inconvenients du genre didaclique, la secheresse et la monolonie. Moins hardi , nous vous offrons sans art et tels qu'ils se sont presentes , les fails que nous avons recueiUis. Nous nous sommes bornes a les coordonner et a les enchainer : a peu pres comme le collectionneur , qui dispose et numerote ses echantillons, de maniere a former des suites plus ou moins etendues. La mise en oeuvre est nulle dans un pareil travail ; il n'a de valeur que — 181 — par Tiniportance des temoignages qui viennent succes- sivemont s'ajouter a d'autres temoignngps. Voiis le voyez , l^Iessieiirs , « nous nous inv»stissons » dcs facultes d'autriiy , comme disait Montaigne { Rssais . )) 1. HF , 12 ) , et nous laissons cliosmer les nor^tres. » Au rebours du dc-sir qu'il exprimait , nous ne vouions pas seulement « que ces paremcnts empruntez nous » accompagaont , mais qu'ils nous couvrent et quils » nous caclient. » Nous diviserons ce travail en d"u\ parties. I es don- nees de la langue et les monuments ecrits nous pre- senteront d'abord I'eclaii'age a I'lome dans ses elements et leurs transformations , dans ses usages ordiiiaires et dans les meubles divers qui out eu pour objet den rendre I'emploi plus commode et plus gineral- Toujours conduits par nos guides naturcls , les auteurs ancii^ns , nous nous tran-porterons ensuite au milieu dt^s habitudes pnbliques et privees des I'.omains , et nous tacherons d'y saisir toutes les particularites qui pour- raient, a notre point de vue , presenter quelqu-^ inleret. Considerant done I'eclairage dans ses applications diver- ses , nous passerons successivement en revue les repas , les ceremonies religieuses , les fetes privees et publiqiies, les iiluminalions , I'entree des princes et les boniiiurs rendus aux magiitrats , les signaux , et enfin les sepul- tures. — 182 - PREMIERE PARTIE. De Veclairage en gdneral chez Ics Romains , de ses elements et de lews transformations. INTBODUCTION. Le jour cm le hasard fit jaillir le feu des veines d'un calllou , et mit en flammes deux morceaux de bois sec froUes I'un contre I'autre, Teclairage etait ne. Soil qull repandit la lumiere dans les habitalions obscures , suit qu'il suppleat la nuit a la lueur des astres eleints , il prolongeait les heures du jour , re- jouissalt rinterleur des families , et devenail , pour la societe humaine, un element puissant de civilisation. Je prie le lecteur de ne pas s'effrayer d'avance ; car je n'ai en aucune fagon I'envie de suivre les ima- ginations savantes de Poinsinet de Sivry (1), et de fuuiller avec lui la condre des premiers feiix , pour y relrouver avec ses Uriens I'origine des penples et la trace d'une foule d'institulions. Aulant vaiidrait voyager avec Lucien (2) a travers le pays fantaslique des lu- mieres et prendre nos billets de logement pour Lych- nopolis. — J'aime mieux me borner a conslater que, depuis son invention , I'art de I'eclairage a du subir bien des transformations , avant d'arriver a ce qu'il fut chez les Romains de I'empire. Je veux surtont faire remarquer qu' avant la lampe , on a dCi counallre la (1) Orifjine des premieres societes. Paris. 1769, in-S". (2) Vistoire* writahlM , 11. — 183 — torche et Ics differentes sortes de flambeaux. Quand me!!H' nous ne saurloiis pas que , dans les temps he- roi lues , on ne conriaissait pas d'aulre moyeu de s'e- clairtT que de. bruler des branches de bois \ et que loMglemps ce Tut un grand luxe que d'avoir de hauls trepirds de mela! , sur le.-quels biiiUuent des brasiors ; quand meme Martial ne nous a[)prendrail pas que la chandelle est antique , et que « ses peres economes ne I) briUaient pas encore rhuile onclueuse des lampes (1) ; » « Non noiat [larcos uncla hicerna patres ; • il ressort de la nature meme des choses que I'hulle , meme dans les contrees les plus riches en vegetaux oieagineux , n'a pas recu immediatement son applica- tion a leclairage , et qu'on n'est arrive a colte der- niere invention qu'apres des intermediaires et des ta- tonnemenls pUis ou moins heu;eu\. 11 n'est pas imlilTJrent de determiner Tordre chrono- logique dans lequd ces tatonuements ou plulot ces progres se sont suivis. Si nous ouvrons I'Odyssee (2) , nous lisons que les pouisuivants de Penelope « placerent dans une salle » Irois brasiers pour TeclairiT , et les reniplirent de » bois sees, refendus ; qu'ils allumerent des torches » d'cspace en espace , et que des feimiies eclairaient » tour a tour la salle et le palais d'L'lysse » (>es brasiers , sulvant les monuments recueillis par Winc.kel- mann (3) , etaient arranges en cone pour briiler avec flannne. On les plac^ait sur des candelalres eleves. — iVous aurons occasion de revenir sur cet usage des premiers temps. — Quant a ces I'emmes qui promeuent la hunier.: dans tout le palais, ce (lu'elles portent, evidenunent ce sont encore des torches ; et le poete (1) Martial , liv. XIV , etiigr. 43. (2) . 307 , et T. 25. (31 MoMimenti anlichi ineHli. — 184 — lui-meme le dit plus has (1). — Jusqu'ici point d'embarras. 11 n'en est pas ainsi , lorsque nous voyons Minerve elle-menie eclairer Ulysse et son fils , un flambeau d'or a la main (-2). J'ui dit un flambeau, et pourtant le texte semble bicn signifier une lampe. Mais s'il est impossible de preciser I'epoque oil Ton a commence a fnire usage de la lampe (3) , il est certain du moins qu'elle n'a pas precede celle ou se placent les recits d'Homere. 11 serait incroyable d'ailleurs qu'on usat de ce meuble incommode pour eclairer la marche , alors qu'on n'avait pas d'autre luminaire a demeure dans les apparlements que les brasiers. Au surplus , nous trouverons les progres de I'eclai- rage parfailement traces dans les terraes m.emes de>la langue. Car rien n'est plus precis ni mieux deflni. « Tcedis , Incernis , cereis , sebaceis et ceteris noc- tiirni lumiiiis inslrumentis clarescxint tencbrcB , dit Apulee yAj \ et reiuimeration sera complete , si nous ajoutons fax ct funale. Le romancier al'ricairi n'avait pas, a coup siir , la pensee de nous donner lei une expo.-ition teclinique : il Jie nous en voudra pas , si nous prenons la liberie de renverser I'ordre de ses (1) T. 48. (2) T. 34. (3) EOJEEE f'rceparat. Evangel. , (X ) en altribue I'invenlion aiix Egy|iliens, sans preiisrr Te] otpie ; je suppose qu'il la fail remoiilci- a une dale anter'eure a telle du candelabre mo- sai:|ue donl il esl qiiest'on dans I'Exode. Quant a rhiille,son invention date des preuiiers temps , puisijiie Jacob (Genes. XXVIll , IS I en arrosa la pierre sur laqnel'e sa lete avait re- pose pend-.nl le sonj^e de TEihelle mysterietise. Kn presence de ce fail , que devieut la I'able grecque sur I'origiue alhe- nienne de I'Olivier ? (4) Metamorph. IV. — 185 — mots ;■ 't le Icctour'voudra bien de son c6te nous par- domiiT If's details ppu recrealifa dans lesqueU nous en- trainera forcement le sujet. I. — Differentes especes de flambeau. Qu'fst-ce que tmla"? C'estune souche d'arbre ( J'J.J'tov , J'oif f^n grcc ). uii morccau de bois enflamme, un tison ; un rameau , souveiit de charmo , de coudrier ou d'autres essences encore , prealableinent secbe au feu •, plus sou- vent, c'cst une brancbe de pin ou d'autrebois resineux t « Man II » Pineam quale loedam, » dit Catulle (1): et parmi les bois auxquels Pb'ne donne ce noin . nous citirons le terebiiithe, le larix mftie et les racines dn pied femclle, le sappiiim, t'c.; mais en n'oiibliant pas, toutefois, que le veritable loeda est le picea cullive et non sauvage (2j. Telle est la torche a Torigine. L'ospece de 'flambeau appele fax est celle qui se rapprocbe' le plus de la precedente , bien que ce mot ait une] acceplion deja elcignee du point de depart, et que nous ne ^trouvlons plus dans i^a lacine I'element primitif de„tl'eclairage. Le flambeau ainsi nomnie est aussi bien de metal que de bois ou de loute autre matiere. (\) Epithal. Mania' et Julia-. |2) i'icca feriUilis paulum mitit;nl Urit odoratam nocturna in lumina cedrura > Le troisieme terme etait funale , de funis , corde de chanvre ou d'ecorce, ce qui en explique suffisamment la nature. La cire, le suif, la poix , les resines de toutes sortes servaient d'enduit aux flambeaux de ce genre et en rendaient la combustion plus riche en lumiere. Disons tout de suite que la chandelle , candela, n'est autre chose qu'un diminutif de funale. C'est toujours la m6rae espece de flambeau , mais plus petit et avec uo enduit plus epais et plus soigne. Aussi les deux ii) Apul^e, Metamorph. II. (2) Adli-Gellii Noct. attic, lib. 1. ^3; Ad nomer.%, H) jEn. VII, 13. L 15 — 188 — tcrmes sont-ils ^ peu pres pynonnites ; il est evident, par exemple , que dans ce^ mots de Juvenal (1): « Candelam apponcre valvis,* il s'agit d'un [flambeau quelconque, et non pas preci- seraeiit duni chandtlle. 11 est vrai que la racine de candela {candeo) donne a ce mot un sens fort etendu. On la mcme appli- que , dit Sextus , a tout ce qui brille. On a donne le nom de cicindela aux inscctes plinspliorescenls qui eclairent la nuit, nolammmt a une cdtaine mouche ('2). NeanmoinSj comme si ccimdela tt funale se con- fondaient dans une origine commune , on a etendu partillcment I'un el I'aulrc mot a la maliere meme qui d'ordinaire etait employee aux flambeaux. « Kunda D media duo fiinalia imparia habebat , » dit Tite-l.ive, en paiiant des cordes d'une fronde (3J. El I'line a pu dire de la pierre qui renfermait les livre? de Numa(4j: n Lapidem fuisse vinclum candelis quo'iuo versus ; » phrase dans laquelle , sous le mot candelis, il ne pent etre qup>lion quo de cordrs circes , comme explique parfaitemeut la defiiiilion du coinm.enlateur Hermolaus Barbaro : « C.andelae sunt , dil-il , quBPCumque con- stant materia , scirpis , taeda , sevo , cera. » ■ Bon nombre de maliercs combustibles scrvaient de meches a cetle espcce de luminaire, I'line (5) parle de joncs dont la nioelle, apres qu'on en a enlevc i'ecorce, (1) Sat. IX, 98. (2 Plin Hist. flat. lib. 11,28.— « Esfque signnm illius maturilalis el hortim salionis corrimune , liiccnlrs vespere per arva cicindelce : ila appellanl ruslici stellanles volatas . gra'ci vero lampyridas , inciedibili benignilale naturae. • Idem, lib. XVIU , 26. (3) Lib. XLIl , 66. (4) Hist, nat lib. XIII , 27. (5) Ibid, lib. XVI, TO. — 189 — fournit des meches aux chandelles. II cite ailleurs le ricin (1) , avec les grappes duquel on fait, dit-il , des meches qui donnerit bcaucoup do lumiere. Nous avons deja de^igne la corde de chanvre et I'ecorce de pa- pyrus , comma servant au meme objef. Ponr peu maintenant que yous teniez a savoir a laquelle de ces deux, deraieres sortes de meches ap- partient la priorite , les grammairiens Festus et Ser- vius (2) vous diront que les torches de corde , funalia , precedcrent I'usage du papyrus ; ce qui n'empeche pas toulefois qu'on ne se servit encore de cordesjau temps de Martial et meme dans le 4^ slecle (3). Chandelle ou bougie, nous le voyions tout ii I'heure, c'est una meme chose dans la langue laline , sans dis- tinction de matlere. Pourlaut nous trouvous dans Mar- tial la terme particulier de cnreiis , I'oppose de sebacca (4) : V La lumiere de cette bougie t'eclairera , » dit-il , a defaut de la lampe qu'on a prise a ton es- » clave. « Hie tibi noclurnos praestabit cercus ignes , » Subducla est ptiero namque lucerna luo. » A propos des bougies que , suivant St Jerome (5) et Martial (6) , les Romains s'envoyaient a I'occasion des saturnales , et de ce que Varron parle de ces presents comme ayant lieu da clients a palrcns (7) , le com- (1) Ellychaia ex ura fiunl clarilalis preecipua3. > Op.cit.Wh. XXill , 61. (2) Ad Virgin ^neid. V, 731. (3) VilxSS. Bolland. 13 Januar. p. 796. (4) Lib. \\y. Epigr 42. (5) ■ In salurnalibus cerei erogabantur. • S. Hieron. In Vigi- lant. (6) • Qiiod libi Decembri mense , quo Tolant mappaB « Gacilesque ligulae , cereique Martial, Epigr. lib. V, 64. (T) < Saturnalibiiii cerei superioribiis mittunlur. > L. L. V, 64. — 190 — inontateur iNic Perotio conclut que la cire etait I'ob- jet d'line preference marquee sur ie suif , et a ce titre respvvee pour I'uriage des gens riches (I). J'avoue , pour mon compte , en I'absence de tc.vtes formels , que ce sentiment ne me parait pas sufli^amment ap- puye. Je lis bien ■ qu'au temp? de Martial, la chan- delie etait I'eclairage des pauvres gens , et que , mal- gre son ulilite incontestable et sa commodite, on la regardait comme la servante meprisee de la lampe (2) : « Ancillam libi sors dcdit liicernae. » .Mais ceci e^l dit de toute cbandelle en general. S'il avait voulu parler du ?uif seulemtnt . Martial aurait precise davantage , lui dont le quatorzieme livre cA plein de details de ce genre , lui qui repcle par deux fois que la lampe a He longtemps un objet de luxe. Quand d'ailleurs Apub-e, apres nous avoir fait com- prendre , daccord avoc Martial , que les gens da peuple n'avaient pas toujours le moyen d'entretenir una lampe pour eclairer leur chetive habitation (3), nous montre des gens aises se servant de bougie pour s'e- clairer la nuit, au lieu d huile (4) , I'exemple est-il tout a-fait concluant ? Cependant il est un fait digne de rcmarque , c'est que , s'il est question de cbandelle comme luminaire dans une circonstance qui suppose quelque luxe , c'est toujours de la cire qu'on parle , jamais d'autre chose. On me pardonnera d'apporter ici le temoignage d'ua ecrivain Chretien parlant des pompes chretiennes. Saint Paulin ecrivait au commencement du cinquieme siecle; ;i) Ad Martial loco cit. (2) Epi(jr. lib. XIV, 50. ('3) Ego misera laiiilicio nervos nieos conlorqnco , ul inlra celliilatn uoslrnru iiuUeui luceina liiceal.... (Melam. IXJ [i) lulus criei piaihira micnnle-s luce , iioclurnos nobis tene- bias inalbabanl ]\!e.tam. X. — 191 — ee qu'il dit des magnificences ccclesiastiques est souvent applicable a la civilisation payenne. Or , il parle uni- quement de bougies , et dc bougies failes avec un soin tout particulier. D'abord clles etaient peintes: « Ast alii piclis accendunt lumina ceris (I). • De plus, non seulement le papyrus ou une inatiere pa- pyracee en formait la meclie : liiiruina ul inclusis reddanlur odora papjris (2); • inais on leui* appliquait meme comme envcloppe (juel- que mince ecorce , ou bien un rescau de filaments papyraces , detail que nous retrouvons dans une epi- gramme rapportee par SuiJas et atlribuee par lui a Antipater de teidon , Tun des plus anciens auteurs de I'anthologie. « Un flambeau a tunique de cire, y est- )) il dit , une chandelle ou le jonc brille en briilant , » el qu'cnveloppe un leger papyrus. » On trouve peu de cliose dans les anciens sur le suij et sur sa preparation. Ccmdelani sebarc , tremper la chandelle: Voila tout ce qu'en dit (lolumelle (3); et c'est une des occupations qui, selon lui, sont permises aux laboureurs, pendant les jours de fete, comnie aussi de preparer le bois des flambeaux, y«ce,s- incidere. Notons en passant que deja a cette epoque le suif , sebum ou seviiin, se distinguait parfaitement de ti.utes les autres « graisses. « Les animaux a corne , dit I'line (4,\ qui » ont des dents a une seule machoire et des osselets » aux pieds , ont du suif. » Hors de la , c'est de la graisse proprement dite, udeps en latin. (1) ^atal. YI. (2) Natal. XI. (3) Columella, lib. II (4) Hist, not lib. II, 8,i. — 192 — Quant a la cire , Pline (1) expose assez au long les precedes employes Jo son temps pour ?a preparation. 11 dit que la plus blanche et la meilieure pour lors ctait la cire Puuique. Kile servait beaucoup a iencaus- tique , mais rarenient a luclairagi'. Cille de l>ont, qu il place au deuxieme rang, etait plus jaune ct avail uue ' odeur de miel. Fn Iroi.-ieme lieu venait la cire de Crete ; puis celle de Corse, a laquelle on allribuait une vertu medicinale. Rnfin , nous devons citer , comme niatiere eclairante, le soufre lui-memt-. i.'ltalie, qui en est si aboiidaniment pourvue , y Irouvait la rrssource d'une fouie dindus- tries. II etait menie employe a des usage's qui ont dis- paru , celui notamment de soufrer les nieches, non pas vraiment pour les blanchir, comn^e on le faisait pour les tissus, car a qooi cda eiit-il servi? mais a en f aire comme I'enuuit ct a leur donncr plus de luci iile. Cest ce que nous trouvons dans I'line (2\ ?ans triq) pouvolr « Texpliquer : « Quarto ( generi est usus ) ad ellychnia ft conficifnda » Encore pourrait-on croire (ju'll s agit ici de soufre coule dans une enveloppe de papyrus ou de jonc , a pen pres comme la cire des chiindcUes , dans I'epigramme d'Antipater que nous avons citee. II. — De la Lampe. Nous avons vu , en parlant des torches , qu'on en etait venu a porter des flambeaux crcux dans lesquels briilaient des maticris grasses , et nous avons fait remarquer les (J) Hist. nat. lib. XXI, 49. (3) Ibid, lib XXXV, 50. — 193 - rapports de cette esp6ce de lumlnaire avec la lampe , doiit elle fut peut-elre contempor;'.ine. S'il nous ost perm's d'omettre nos propres conjectures , nous croyons qu'une fois lluiile trouvee , on n'aura p;is elii long- temps a remarquer la propriete eclairante (ju'elle possede a un ^1 lianc degre. Apres en avoir arrose les brasiers qui scrvaient a I'eclairagf , on en aura empli les vases dans lesquels on fai.-ait briiler ces bois. Dj la a la lampe il n'y avail qu un pas. Quant au pays dans lequel ce progres prit naissance , tout ce que nous pouvons dire, c'cst que le mot Ka.fj.7rc.: e?t d'origine hebraique : la lampe serait done un pro- duit de rOrient 5 et ceci confirme lopinion do Cle- ment d'Alexandrie qui en altribue I'invenlion aux Egyp- tiens {\). Toutes les huiles a. pen pres servaicnt a I'eclairage. Outre les huiles d'olives , qui, des I'an 505 de Rome, vaiaient un as les douze livres (2) , ct dont la meil- leure , ccUe du Venafre , appelee Licinii'nne , se ma- riait le mieux par son odenr a celle des parfums , on utilisait de la meme nianiere plusic.urs builes que I'line nomme artificielles , et qui elaient encore incon- nues au temps 'Je (iaton. Nous citcrons notammi-nt riiuile (le Sesame (3 , dans laquelle on bruiait des mccbes de papyrus , ijuand on voulait oblenir d'excel- lent noir de fumee ; 1 buile de laurier sauvage a bales noires ; I'huile de myrte noir; celle de cypres; et meme celle de ricin qui , trop epaisse en lispagne et en Italic , biiilait mal et ne donnait qn'une lumiere sombre (f), tandis que celle qu'on tirait de I'Egypte etait excelleute pour Tcclairage (5). (1^ Exhorlal. aux Gcntih. (1) I'lin. Hist. nal. XV, I, ;{. 7 (3) Ibid, lib XXVlll , 47. (4) Pi.iN. Hist, natur. lit). XXIII , 40. (5) Opere citato, lib XV, 7. Oulre les huiles Liciiiieniies ci celles de iiiyilo , nous vojous tiam r.olumelle {lib. V, rap. S), d«'s huiles apielces pausiw ^ — 194 — C'elaient lii les huiles les plus recherchees. CellC que produisait I'Afrique ct qu'importalent !es yaisseaux Libyens , elait de moindre valeur et laissee probable- meut par les riches aux mensges moins aises. A part I'exageration peni.ise a la plume de Juvenal, son odeur etait asscz forte pour foirc deserter les bains publics , lorsque cerlaines gens s'cn frottaient le corps (1). Du vivant d Horace, il y en avait d'assez peu de- licats pour employer Ihuile de leur lampe a ces fric- tions ; et le dignc ('picurien croit devoir nous assu- rer que jamais pareitle huile , bonne pour le vilain Natfa , n'a souille sa peau (2). Le Trimalchion de Pe- trone , au temps oii il etait esclave, se frottait les levres et le menton avec riiuilc d'une lampe , pour faire pousser plus promptement sa barbe (3) ; mais quand il fut devenu sevir et riche proprietaire , les parfunis ruisselaient sur son front (4). — Kst-ce a dire que, dans la coD>ommation oleagineuee des Remains , les huiles et les essences de prix etaient entietement reservees aux fric- tions et a la parfumeri-;? INon certainement. Sidoine- Apollinaire, que nous aurons a citer plus bas, demontre scrgiw . orchitcs . regiw , radii, ahjiancc , nmvice , culminice, circites. Ces denominations s'appliquent a la provenance , a la qualiie des huiles , ou bien au procede employe pour les oblenir. (1) • Pallidus alTerlur misero libi caulis , olebit Lalernam ; illud eniin veslris dalur alveolis , quod Canna Micipsarum prora subrexil acula , Propter quod Roma9 cum boccbare nemo lavalur. • Sat. V, 87. (2J « HBgor olivo Non quo fraudalis immundus Natta lucernis. » Sat. I . VI, 125. (3) Sattjricon LXXV (4) Op. cit. XLVII. — 195 — pleinement le contraire (1): et si nous voulons une autorite dune cpoque plus reculee, Petronenous apprend qu'aprt"'s avoir arrose de parfums les pieds diss convives, les esclaves en versaient le surplus dans les lampes (2), Nous ne devons pas oublier dailleurs que , des les premiers temps, des brasiers destines a repandre la lumiere dans les appartemonts , y repandaient aussi des odeurs •, et que , parmi les candelabres recueillis par les modernes, un grand nombre , surtout de la moindre taille , paraissent particulierement destines a briiler des parfums. Dans.le nombre infini de ceux dont parte Pline (3), et dont on faisait des usages divers, I'liuile de balan, le baumc , le styrax , le nard et I'essence de rose pa- raissent avoir ete le plus souvent melanges avac I'buile pour en rebausser le prix : <> Nominatur in olei laude, » dit Pline, apres Homere, en parlant de la derniere espece, la plus commune de toutes (4). Martial (5), en fait de parfums employes pour I'eclairage , vante les produits dun marchand quil nomme Niceros : Et lucerna vidit • Nimbis ebria Niceroliaais! > Laberius fait de ce Niceros ou Nicerotes un syrien (6) : c'est assez indiquer la provenance de ces parfums. (1) Epist. 13, lib. IX, — Voir notre II parlie, II, des Repas. (2) « Pedes que reciimbenliuin unxerunl. Hinc ex eodem » unguento in viaarium alque lucernain liqualuni est infusiiin. » Satyricon, LXX. (3) Hist. nat. lib. XIII, passim. (i) Punk, hist. nat. lib. XIII, 1. Homer. Iliad. 4, 186. (6) Epigr. lib. X, 38. (6) « Et quicumqiie Syrns Nicerotes solel » Fragment. — 196 — On croira sans peine que la speculation s'etait bient6t emparee de la preparation dc cos matieres , et qu'il en re?ullait d'indignes fal-ifications. l.es epiciers du temps (rompaient bicn sur I'liuile, coninie le dit JNIco^trate (1); a plus forte raison le fai.-ait-on sur les parfums , d'autant qu'il y avail plus a gagner. La lampe proprement dite est simple ou composee. Simple , c'est une bolte de forme variable , avec un bee perce dun trou , pour doniier passage a uue meche qui, par son autre exlremile, ploiige dans I'huile. l.e bee garni de sa meche , c'est en latin comme en grcc lyrhnas, et la meche elle-meme s'appelle plUdinnmu liarement se sert-on du pr micr mot pour designer I'appareil enlier, quoique Virgile ait dit (2): o Dependent i//c/tni laquaribus aureis ; » c'est plutot lychnuchiis. JMais le plus souvent , pour dire une lampe en general , les bons auteurs emploient Ivcerna , non pas de luceo , comme on pourrait le croire et comme le veut Fcstus , mais de huyjoi lui- mcme , car la premiere syliabe est breve. Par suite de la meme erreur, rclativement a I'etymo- logie de liicenm , nous sommes generalement portes a traduire ce mot par le fran^ais luinitre ; t.itulis que celui de lampas, d'oii uou^ avons lire loinpe , n"a pas ce dernier sens , et signifie au contraire une lumiere en general. A defaut de la connaissance ap- profondie de la langue , I'emploi de ce mot dans Pline, pour designer certains phenomcnes atmospheriques , est (1) /n conterraneis. (2) jEneid. I , 730 — Virgile donne aiix Troyens el aux Carthagiiiois de Didon les usages de Rome. It ne laiil done pas s'eioiiiier s'il fail parailic la lampe avani I'epoque ui'i presumab eincnt elie ful inventee. — 197 — pt^rciiiptoire (1) ^ « lampades vocant plane faces; » et dans Virgile , nous le trouvons avec le sens de torche (2) ; « Princeps ardealein conjecit lampada Turnus. » De lychaus on a fait lychnob'us , repithcte de bien des gens. (I'est d'abord celle des avar^s , parce qu'ils semblent vivre de rhuile de leur lampe , taot ils sont L'conoines (3) ; et celle des buveurs qui passent les nuits a boire ('«■). C'est aussi celle des hommes labo- rirux , parce que , comine dit qui'lque part Demos- theae , ils usent plus d'hiiile que de vin : d'ou vient que la lampe, com ne les hommes de lettres, 6tait sous la protection de Pallas : « Minerva lucernarum moderatrix , dit Arnobe (5). » Si qiielqu'un se livrait a des reeherches savanles, on disait de lui qu'il se servait de la lampe d'Aiistophai'e et de ("Jeanthe : « \on solum ad Aristophanis lucer- nam , sed etiam ad Cleanthis luc.ibrari , dit Varron (6) ; » et TAristophane en question est un grammairien. Cette facon de parler rappelle I'expression que nous citions tout a Iheure. Juvenal a dit semblablement du genie satyrique d'Horace : « Hsec ego noa credam Yeausina digna lucerna (7). » Les lampes etrusques jouissaient dans fl'ltalie et meme dans la Grece d'une certaine reputation. On (1) Hist. nat. lib II, 2G. (2) jEneid. IX , 535. (3) Senec. Epist. CXXII. (4) Propert. IV, sat. VII. (5j Disputation, adv. gentes , lib. II. (6) De origin. — Erasmi adagior. I , ceutur. VII , 72. (7) Sa$. I, 51. — 198 — n'en pent douter, quand on voit Ph^recrale don- ner le nom de Tyrrbeuien a cette sorte d'ou- vrage (I). U y a done lieu de s'etonncr de ce que , parmi les lampes que les reclierches successives out fait de- couvrir , on n'en connaisse absolument aucune d'ori- gine elrusquc , si ce n'est comme monument funeraire. Quant a celles d'une fabrique plus recenle , dont le christianisme a fourni les motifs d'ornementation , nouci n'avons pas a nous en occuper ici. Mais en nous renfermant entre ces deux limites ex- tremes , nous pouvons dire que les objets dVtude sout encore assez multiplies. Ricn nest plus curieux , sous le rapport de I'arl , que la variete de forme donn;je k la lampe par les Romains. Nous n'en flnirions pas , si nous voulions rapporter toules les combinaisons que son usage leur fit imaginer : depuis le triangle jusqu'au spheroide , depuis la conqiie d'une nacfUe jusqu'a la coquille dun limaQon , depuis la tete d'un taureau jusqu'au masque du tragadien ; le tout subordoune , bien entendu , au nombre des bees. Les lampes a plusieurs bees sont communes. Elles portent lateralement deux , trois ou un plus grand nombre d'appendices destines a autant de meches. De la , les denominations plus grecques que latines de dimyxe ou bilijchnis , tiimyxe, etc. Montfaucon (2) donne une lampe a sepl bees places circulairement autour d'un raeme reservoir. Une simple beliere est au centre pour la suspendre. Get objel est en terre cuite , matiere la plus ordinaire des lampes, quand elles sont un peu voluraineuses. Neanmoins, la richesse de la matiere vinl parfois rehausser le prix des lampes les plus considerables , comme le prouve 1 offrande dont parle une epigramme (1) In ctapalallis. Athenee , Deipnosophistet . XY. (2) Antiquiti' expUquee. — 199 — grec(|ue; il y est question dune lampe fort riche qui n'avait pas nioins de vingt bees (1). Sans que les lampes fussent a plusieurs bees , il y en avail de foutes les tallies, en raison de I'usage qu'on « voulait en faire. » II me faut une grande lampe. » dit dans Apulee (2) un homme qui doit veiiler un mort , « et sufTlsamment d'buile pour I'eutretenir jusqu'au » jour. » « Lucirna praegrandis , et oleum ad lucem » iuci suITiciens. » Les details sur la valeur babituelle des lampes sont rares. On congoit que la richesse de la matiere et celle de la forme devaient la rendre tres variable. I'armi celle du plus haut prix , en raison de la provenance du metal, et de la valeur que les amateurs y atiacbaient, il est juste de placer celles d'airain de Corinlhe. Mine, qui accorde cette denomination a un tres petit nombre d'objets , reconnait qu'il y a des lampes de ce metal et qu'elles sont d'un prix inestimable (3): nous pouvons le croire sur parole. De plus , I antiquile avail, comme notve epoque , des sots cupabies de donner a certains objets une valeur imaginaire fort eloignee de leur prix reel. C'est ainsi qu'un bomme , dit Lucicn (4), acbeta trois cents deniers la lampe de terre qui avail servi a Epiclete , dans I'esperance qu'a la lueur de cette lampe il aurait bientot toute la sagesse du philosophe. (U » E(a\ Kec/OTM Vifntru -a-otits- UKoat /jLo^m Kumioy " 'iS»Ki 6t&> ThOVClOV, » (2) Melamorph. II. (3) Hist. nat. lib. XXXIV, 3. (4) Hist, verilables, II. ( La suite a un prochuin numiro }. lilHAi. ■ — IKi*. Ut f. iitMKK. SEANCES ET TRAVAUX DE L'AGADEMIE DE REIMS. ANNEE 1849-1850. r 8 k 9. I^ance du 11 Janvier 1950. PRESIDE^Ce M HI. DUBOIS. fitaienl presents : Mgrl'archeveque, MM. Bandeviile, L. Fanarl , Th. Conlanl , H. Landouzy , Querry , J. -J. Maquart , Duqu6nelle , Louis-Lucas , F. Pinon, Aubriol , V. Tourneur , Ern. Arnould , F. Henriot- DelamoUe, H. Paris, L.-H. Midoc, Dec^s, Genaudet, Lechat, A. Henrot, J. Sornin, Pierrel, Brifere-Valigny, E. Mauinen6 et Holleaux , raembres lilulaires. Et MM. Duch6ne, Goulel-Collel , Charlier , Sevestre el de Bonnay, membres correspondanls. M. le sous-pr6fet de rarrondissemeni de Reims assisle & la stance. I. 16 _ 20^ — CORRESPONDANCE MANUSCIUTE. M. le miliisire de I'inslruclion publique fait con- nailre a rAcad6mie qu'il a adress6 les bulletins des seances el travaux de la Compagnie aux Soci6l6s savantes. CORRESPONDANCE IMPRIMEE. Journal des Savants ^ novembre 1849. Mimoires de I'Acad^mie des sciences , arts et belles- lettres de Caen, ann6e 1849. Annates dc la Societc d' agriculture , sciences, arts ef commerce du Puy , t. xiii, 1847-1848. Memoires de I'Acadimie nationale de Metz , xxx* ann6e , 1848-1849. Travaux de I'Institut polyter.hnique , analyse par M- 0. Seure ; i" semeslre , 1849-1850. LECTDRES ET COMMUNICATIONS. M. Midoc lil une appreciation des oeuvres po6li- ques de M. Alfred de Taiiouarn. M. Landouzy fait part h rAcad^mie d'un fail qu'il croil avoir sinon, observ6 , au moins 6ludi6 le pre- mier, au point de vue palhologique ; c'esl a dire , [•exaltation de Touie dans la paralysie de la face , produile par la paralysie de la septi6me paire de nerfs. — '20i — »<^nncc (In %s Janvier l»5ft. mmm m m. Dubois. Elaienl presents : MM. Saubinel , Bandeville , L. Fanart, Querry, H. Landouzy , E. Derod6, Max. Sulaine, Duqu6nelle, Louis-Lucas, F. Pinon, Aubriot, V. Tourneur, Ern. Arnould , H, Paris, L.-H. Midoc , Genaudet , J. Sornin , Deleuire , Forneron , Bri^re- Valigny, E. Maumen6,Alboise du-Pujol el E. Holleaux, membres litulaires. Et MM. Edm. Arnould, Leuschenririg el Loriquet, membres correspondants. CORKESPONDANCE IMPRIMKK. Notice sur les fossiles tertiaires dii Limbourg , par M. Ed. Hubert. Notice sur les depots situes dans le bassin de Paris , entre la craie blanche et le calcaire grossier , par le mfime. Eloge funebre de M. le docteur J. Petit , de Sainte- Minehould, par M. Guillaume de Sauville. Almanack agricole , public par la Soci^l6 d'agri- cullure de I'arrondissemenl de Grenoble pour 1850, 6" ann6e , bullelin n" 15. Lettre des secr6laires-g6n6raux du Congr6s central d'agricullure , indiquanl au 18 mars prochain la fixa- lion do Touverlure de !a vi'' session du Congr^s. L'Acad6mie enlend un rapporl relalif h une ques- tion d'adrainislralion inl6rieure , el d6lib6re sur les conclusions de ce rapporl. — "lOli RliVUE RETROSPECTIVE. Leclurc de S!. (^Ii. Loriquet, MEMBRE CORRESPONDANT. ESSAI sun l'^CLAIRAGE CHEZ LES ROMAINS. (Suite. ) III. — Du Candelabre , et des divers accessoires de I'Eclairage. La plupart des lampes pouvaient ctre tenues a la main , au moyen d'une anse ou poignee situee a la partie pos- terieure du vase (1). Celles dont les bees etaient nom- breux el qui avaient la forme circulaire , portaient au centre une ou plusieurs anses superposees (2). Voulait-on elevcr tant soit peu la lampe, sur une table , par exemple , on la pla^-ait sur de petits trepieds de metal ou dc bois (3) ; ct s'il s'agissait de donner a sa lumiere une plus grande portee , afln d'eclairer les regions elevees des appartements , parfois on la suspen- dait au moyen d'une ou de plusieurs chaines fixees par (i) Le Antich. di Ercolano , V. I , p. 97 ; V. VIII , p. 283 : laropes a 5 bees el a 9. (2) Op. cit. V. VIII , p. 93 ; V. I , p. 83 : lampes a 12 bees. (3) Op. cit. V, I , p. 275, 279 ; V. VIII , p 285. — "205 — des bcliercs , souvent aussi on la plaijait siir un caiidc- labre. Ces candelabres , a la tige d'ordinaire si mince et si elancee, que Vitruve lui compare les colonnes d'une niinceur et d'une longueur hors de proportions, faisaient par la grace de leur taille et I'agrement de leurs orne- ments lun des objets les plus remarquables de I'ameu- blement des ancieus. Leur forme rappelle generalement leur origine. Les roseaux et les batons fixes sur un pied fourchu qui , dans la simplicite des moeurs primitives , avaient servi et servaient encore cliez ies pauvres gens ^ clever la lumiere , se retrouvent dans les candelabres anciens. dont quelques-uns representent un baton noueux, une tige grossierement degarnie de ses epines ou de ses rameaux , et fixee sur trois pieds. Le haul s'epanouit en une large corolle , dont le plateau parait uniquement destine h. soutenir des lampes , a porter des foyers , et peut-etre des bobcches p^rtatives ou pefits chandeliers avec leur chandelle. Telle est du moins I'opinion qu'on doit s'en faire , semble-t-il , quand on voit que , de tous ceux qu'on a trouves h Herculanuni et ailleurs, aucun ne presente de trou pour recevoir des flambeaux , ou de pointe pour les fixer. II est permis de croire nean- moins qu'il en fut aulrement dans I'origine , et que le candelabre repondit mieux a sa destination primitive comme a son nom , suivant ce qu'en dit Martial (1) : « Nomina candelae nobis antiqua dederiiiit. » Le graramairien Servius (2) , au cinijuieme siecle, pense qu'en effet les candelabres avaient etc disposes autrefois pour recevoir des chandelles : et la definition de Varron (1) Epigr. lib. XIV, 4;i. (2) « Caiiilelabra dicla (radunt , quae in c.ipilibiis tincinos ha- berent, quibus airigi solebanl , vci caiidclabei' , tcI frincs [lico dclibuli , elc. » Ad Virgil. yEueid. 1 , T.'il : I'unalia. — 206 — semble confirmer ce sentiment : a Candelahnim appel- latvr locus in quo figebant candelam. » Le bronze etait le metal le plus employe pour ces series d'ouvrages. Neanmoins, il y en avait aussi de fer; et , comme nous I'avons dit , les pauvres gens se conten- taient d'en avoir de bois : € Memini ibi candelabrum ligneum ardenlem , > lit-on dans les fragments de Cecilius (1)-, et du temps de Martial , on en voyait encore de merae matiere (2) : « Esse Tides lignum : serves nisi lumina , flet o De candelabro magna lucerna libi. » n Tu >t)is qu'il est de bois : si tu ne fais attention a la )) flamme , ton chandelier ne sera plus qu'une vaste chan- » delle. » N'avons-nous pas encore ici deux preuves de I'emploi de la chandelle sur le chandelier meme et sans inter- mediaire ? Ciceron (3) nous apprend qu'on fabriquait beaucoup de candelabres a Syracuse ; et le luxe qui regnait dans la Sicile explique parfaitement le debit considerable de ces ouvrages. Mais rien n'etait plus en vogue , au temps de Pline, que les candelabres dits de Corinthe , bien qu'on n'en eut jamais fait dans cette ville, comme il I'assure f4), Les candelabres ainsi nommes sortaient des ateliers d'Egine et de Tarente. « A Egine , dit notre auteur, on travaillait specialement la partie superieure des candelabres , proprement dite le plateau ou la coupe (Ij In Meretrice. Remarquez le genre masculin , plus habituel cependant pour designer une chandelle, comme dans la note precedenle. (2; Epigr. lib. XIV, 44. f.3) In Verrem IV. (4) Hist, natur. lib. XXXIV , e. — 207 — tenninale ; les tiges otaient confectiotinties a Tarento . L'ensemble si vante etait le prodiiit de deux fabriques differnntes (1). » Kn presence d'un tex.le aussi formel , il semble quil n'y a pas lieu de contester. Mais les archeologues ne sont pas toujours d'accord avec les historiens memes des temps sur lesquels s'exerce leur sagacite. Au lieu d'etre prises a la lettre, les paroles de Pline signifieraient, suivant les uns , que les candelabres les plus estimes pour leur forme venaient de Tarente , et que d'Egine sortaient les plus estimcs pour leurs ornements (2). — D'autres out ete plus loin. — II y a des candelabres, ont-ils dit, dont le fiit pose immediatement sur les trois pieds qui leur servent d'appui ; il en est aussi dans lesquels ces pieds sont reconverts par un disque. Ces derniers sont en general plus ornes et en meme temps d'uu gout plus pur ; ils semblent se rapprocher davan- tage de I'art grec. Ne pourrait-on pas les regarder comme etant plus particulieremeut 1 ceuvre des Eginetes , tandis que les autres. seraient sortis de mains italicnnes et viendraient des fabriques de Tarente (3) ? — Ces ex- plications peuvenl etre ingenieuses. Mais , pour admettre I'une ou I'autre , il faudrait donncr au texte qui les a fait naitre une elasticite qu'il n'a pas , a notre sens. Si d'ailleurs il y a quelque verite dans cette distinction de candelabres grecs et de candelabres italioles , parmi ceux que les mines d'Herculanum out engloutis, comment Pline ne I'a-t-il pas connue et n'en dit-il rien , lui contemporain des derniers jours de cette opulente cite et qui trouva la mort dans son dcsastre meme 1' (I) € Priratiiii .Egina candelabrorum siiperflciein dumtaxat elaboravit, sicut Tarenliim scapos. In his ergo juncla commeii- datio offlcinarnm est. » Loco cit. (i) Magas. piltovesq. T. V. p. 1.S7. (3) Herculanuni et Fompvi ; Paris, I'iriniii Uidot , 1840. .■}« seiic , !•• n. — 208 — Apres nous avoir appris ou se fabriquaienl ces meu- bles si recherches , sous le nom de candelabres de Corinthe , Pline nous en fait connaitre la valeur. On ue payait pas plus cher les services annuals d'un tribun militaire (1); encore etait-ce le prix commun : on en vendit un jusqu'a 50,000 sesterces , et I'acquereur n'obtenait , par dessus le marcbe , qu'un esclave dont la bosse et la tournure grotesque devaient etre I'amu- semeat de sa maison (2). Parmi les candelabres connus , plusieurs meriteraient d'etre cites, non seulement pour I'elegance de leur forme, mais aussi pour les perfectionnements que le besoin d'une plus grande commodite avait inventes. C'est ainsi qu'il y on avait a coulisse , disposition qui per- mettait d'elever et d'abaisser Ja lumiere a volonte. On nous pardonnera facilement de ne pas nous arreter a decrire toutes les \arietes du genre. Cela a ete fait tant de fois , que nous n'aurions rien de neuf a dire sur ce point. Le caudelabre ne pouvait dispenser d'employer d'au- tres chandeliers. Car il fallait quelque chose que Ton put transporter sans embarras, avanlage qui raanquait a la lampe. Rien de plus simple que le chandelier sur lequel on pla^ait des chandelles. Tantot c'est une bobeche a pied , comme celui qu'on voit sur I'un des vases d'Hamilton (3). D'autres fois, c'est plus simplement encore , un double cone renverse , la partie rentrante qui se trouve au mi- lieu permet k la main de saisir I'appareil avec assu- (1) Loco citato, — Environ 1,4G0 deniers , suivant Hardouin , c'est-a-dire 584 li?res de notre ancienne raonnaie. (2j Pus. Loco citato. — Environ 5,000 livres. f3j Grav. au trait d'apres les ornem. de vases etrusques , grecs et romains recueillis par F. Sir Hamilton. Londres , 1806. in-4». — V. aussi Mazois , Ruines de Pompci , I'« parlie , 26 ; W , 2&. I — 209 — ranee et en facilile le transport. Tol est celui que nous aurons occasion de remarquer sur un coflret o'argent decouvert en 1793 sur le niont Esquilin. La chandelle parait etre fixee dans le ciiandelier moine ; nous observeronsqu'elle estconique, comrne le sont les torches de grande taille (I ). Nous voyons encore dans Arlstote (2) et dans Tlieo- pompe le comique ( 3 ) I'obeliscolychnus , lanipe ou flambeau quelconque place au sommet dune pyramide, pour eclairer au loin. Le terme est grec ; neanmoins I'objet qu'il designe a pu passer dans I'usage des ro- mains : mais nous n'avons rien rencontre qui le con- stat at. II n'en est pas de meme du xijlolychnuchus , chandelier de bois que nous retrouvons dans le lychnuchus Ugneolus donl Ciceron aimait a se servir pour travailler (4j. Les grammairiens sont d'accord pour faire deriver I'un etl'autre de robeliscolychmis f5): singulier rapprochement que celui d'un flambeau designe par un diminutif, avec cet autre que pare la denomination la plus pyra- midale ! Mais I'obelisque peut descendre a la taille dune aiguille ou d'une simple pointe; et Ton congoit que, reduit a de raodestes proportions , le chandelier de Ciceron ait pu lui paraitre commode. Aulrement, il ne rera(!r- cierait pas aussi vivement son frere de le lui avoir envoye tout expr6s de Samos. Parfois nous trouvons dans le flambejiu lui-meme (1) Ser. d'Agincourt, Hist, de I'art par les monum. T. IV, pi. 9. (2) Departib. anim. lib IV, 6. — Id. Politic, lib. IV , 1&. (3) Ap. AfHENiE. Deipnosoph. lib. XV, p. 700, E. D. {^) << Hanc scrips! ante lucein, ad lychnuchiitu ligneolum, qui mihi eral perjucunilus, quod eum le aiebani, quuiu esses Saini, curasse faciendum. > Epist. CLV, sen ad Quint lib. Ill, 7. (6) BiiDiE. el fiASAiiii Ad. Athen. loc cilal — 210 — une disposition qui dispense ceiui qui le porte d'avofr un chandelier. C'est ainsi que, dans une peinture d'Herculanum (1), un genie tient un pelit flambeau qui est coupe par un disque vers la moilie de sa longueur. Ainsi encore bon nombre de flambeaux de haute taille (2) se terminent par plusieurs calices superposes : ceux de dessous font rofiice de bobeche. Arrivons niaintenant aux accessoires dont s'enrichit I'art de i'eclairage. II en est qui sont encore en usage chez nous et que les Remains connaissaient. Puisque les Juifs avaient les mouchettes et qu'il en est question dans les livres de Moyse , on ne sera pas sur- pris d'en trouver I'equivalent chez les Uomains. Mvfa, le nom grec de la meche , est proprement la mucosile dont on se debarrasse en se mouchant. Aussi le meme mot latin emungere signifle-t-il aussi bien moucher le nez et moucher la chandelle. II signifle encore duper. Piaute est bien capable d'avoir joue sur les deux pre- miers sens, quand il dit (3): « Lychnum emunge parumper , » lit videat anus ubi pedes ponat. » Des esclaves etaient ordinairement proposes a I'entretien des lampes et des chandelles. lis avaient pour cela de petits crochets et des pincettes propres h tirer les meches , ales etendre eta les moucher (4). Ces pincettes, /orc/pes, etaient plates : celles dont se servent nos epinceteuses , pour nettoyer les etofTes ecrues , peuvent en donner (1) Le antich. di Ercolano,V. 11, p. 127. (») Herculanum et Pompei,!. V, pi. 37. — II museo Borbon. V. IX, p. 35, 38. C3) Ex Viridul. ap. Priscian. — H. Stephan. Thes. gr. ling. (4) PiGNORics , de servis it eorum ap. Vetoes nfficiis , LV. — 211 — .une idee (1). Quant aux crocliels , emtinclona , iis out deux pointes , Tune droite et I'autre recourbee (2). De ce qu'on rencontre souvent ce petit instrument fixe par une chaine a la lampe , Montfaucon (3) s'est rae- pris sur son objet et a cru qu'il servait a la suspendre. Mais, pour qu'il en fut ainsi , il faudrait que le point d'attache des crochets correspondit au centre de gravite des lampes , ce qui n'existe pas toujours. 11 n'est pas rare de les trouver fixes a I'obturateur ou couverclc mo- bile qui ferme louverture par laquelle on verse Ihuile dans la lampe (4). Puisque nous en sommes sur ce couvercle , nous dirons que , la ou il n'existe pas , principalement dans les lampes en terre cuite , I'ouverture , ou injundibulum , est entouree dune cavite , afln de prevenir le deversement de I'huile. Enfln, nous parlerions des vases propres a verser de I'huile dans les lampes , si ceux de la collection d'Her- culanum qu'on a cru devoir rapporter a cet usage (5), presentaient des caracteres capables de lever tons les doutes relativement a leur destination. Les Romains connaissaient encore Yallumette , ra- mentum , suljurahim. « Tu ressembles a ces malheureux » qui parcourent les quartiers transteverins , echan- » geant des allumettes contra des verres casses , dit » Martial (6) : » » Hoc quod Iraiisliberinus ambulator » Qui paltealia sulfurata fraclis » Permutat vitrcis. » (1) Le Antieh. di Ercol. V. Ill, p. 243. (2) Op. cit. V. Ill , p. 238 ,311.— LiCETi, VI , 72. — Bellori , tav. 150 , p. 207. (3) Antiq. expliq . T. V., part. II , p. 208. (4j Hervulan. et Pompei, T. VII , serie HI , pi. 44. (5; Le Antieh. di Ercol. V. 1 , p. 83 , 247 , 2.51. — Herculan. et Pompei , T. V. , serie III , pi. 30 el 70;'append. pa. 220, (6) Epigr. lib. I , 42. — 212 — Vous voyez que rien n'est change dans les liabitudes et le genre de commerce du menu peuple. Toute la difference, c'est qu'a I'epoque dont nous parlous, on n'avait pas encore invente les allumettes phosphoriques, chimiques , etc. On s'en tenait ;i de petites baguettes de bois dont le-^ deux bouts etaient trempes dans le soufre. Martial nous apprend , dans un autre endroit (1), que lien n'etait plus bruyant dans les rues que le chassieux debitant d'allumettes ; et ailleurs (2), avec Juvenal (3), il nous presente I'allumelte comme etant, dans le langage du peuple , le terme comparatif des objets de la plus mince valeur. Vous vous attendez maintenant k ce que je vous parle du briquet: car vous avez encore presents les recits de Virgile , et vous savez comment le fidele Achate (4) , au moyen de feuilles , puis de branches dessechees , sut d'une etincelle faire un foyer petillant. Pline, du reste, est la pour completer nos idees a cet egard. II nous ap- prend que de son temps la pierre meuliere a regu le nom de p7jrite (5) , parce qu'elle produit du feu 5 et au (1) « Nee (cessal) sulfuralae lippus institor raercis » Epigr. lib. XII , 57 . (i) « Qu;e sulfurato nolil em[ita raraeiito Valiniorum proxeneta fragmentorum. » Epigr. lib. X, 3. (3j « Siccabis calicein Quassalum , et riipto posccnlein siilphura vitro. • Sat. V, 47 (4) < Ac priiuum silici scintillam cxcudit Achates, Susce|)itque ignem foliis , atque arida circiim Nulrimeuta dedit , rapuitqiie in fomite flaramam. •< jEneid. I , 178. (5) « Pyritarum non genus ununi faciunt , pUiriflium habcns ignis , quos vivos appellamus.. . hi exploratoribus castrorum maxime necessarii , qui clavo , vel altero lapide percussi , scin- tillas edunt : quae exceptae sulfure aut fungis aridis , vel fo- liis , diclo celerius ignem tradunt. » Hist. nat. , lib. XXXVI, 30. Y. aussi Origem: , lib. IV ; Scaliglu , Extrcil XVI , 77. - 213 — sujot (June autre sorte de pyrite , qu'il appelle pyrite vive , il est plus explicite encore : « Elle est tres ricLe en feu , dit-il , et principalement utile aux patrouilles militaires. Frappee avec un clou ou une autre plerre , elle donne une etincelle qui , re^ue sur du soufre , de I'amadou ou des feuilles seches , fournit du feu en un instant. » Knfin , les eclaireurs militaires, dil I'line (1) , n'ont pas toujours a leur disposition des pierres pour en faire jaillir du feu. lis frottent alors bois contre bois, et le frotte- ment y developpe laflarnme. » 11 cite ensuite le laurier, le iierre , la vigne sauvage et grimpante , comme s'enflam- mant sans peine par le frottement. Nous ne discuterons pas avec IMine I'origine de ces difftirents procedes ; car nous devons mettre des bornes a ce chapitre deja fort long , et nous avons encore a parler dc la lanterne. IV. — De la Lanterne. Tous ceux qui lisent I'Amphitryon de Moliere, ne sont pas obliges de savoir qu'ils out devant les yeux une comedie grecque ou latine. II en est qui , pen familiers av^c les usages de Rome antique , comme avec les oeu- vres de Plaute , se demandant si la lanterne de Sosie n'est pas un grossier anaclironisme. Mais Mercure, dans (1) « Exploratorum hoc usus in castris pastorumqne reperil, quoniam ad cxcudendum igoein non semper lapidis occasio est. Teriliir ergo lignum ligno , ignemque concipil adtritu , exci- pieole materia , etc .. » Jlist. natur. , lib XVI, 77. — 2U — la lanf^ue ile IMaute , leur monlre le mfime Sosie qui s'avance une lanterne a la main (1) : A portu hue nunc cum laterna advenit. ■> 11 faul done qu'ils se decident a croire que la lanterne n'est pas d'hier , comme le gaz dont ils ont vu poser les tuyaux conducteurs. Et puis , bien que Diogene-Laerce ne dise rien de la lanterne avec laquelle le cynique son ho- monyme allait a la recherche des hommes , on en parle tant , qu'il faut bien croire que , de son temps , il y avail des lantcrnes. Hippocrate (2) et Aristophane (3) , au be- soin , le prouveraient ; et le fallot ( <^uvoc ) dont il est question dans rAgameranon d'Eschyle (4) , serait chose bien plus vieille encore , si ce meme Agamemnon et ceux qui I'entourent n'etaient tout aussi bien des atheniens du temps de Pericles que des contemporains de la malheu- reuse \ille de Troie. — Mais nous oublions que c'est de Rome qu'il s'agit. — Or , nulle part la lanterne n'etait plus utile , car rien n'etait moins sur que ses rues pen- dant la nuit. L'Umbritius de Juvenal (5) en sait quelque chose, quand il nous dit de considerer a combien de dangers on y est expose , et quelle est I'imprevoyance de celui qui va souper dehors sans avoir fait son testament. Les voleurs, les ivrognes, les tuiles tombant du toil et les vases jetes des fenetres, en voila plus qu'il n'en faut pour ne pas rentrcr chez soi absolument comme on en est sorti. Et pourtant ce n'est pas tout. En vertu d'une loi qui fut (1) Prolog. 149. Laterna de lateo. — On trouve aussi lanterna , tenant direc- teinent de XayBatyw : Gruter. et Faern. ad Cic. in Pison. , 9 ; pro Mil. IV , 18. (2) De intern, affect. (3) Fragm. ap. Polluc. Onomatt. , IX , 26 , Seg. 116. (h) V. 284. (b) Sat. Ill , 250. — !215 — • stricleinent observee dans les (Jeriiier? tempo de la re- publique , la circulation tUait iiiterditc pendant le jour , sauf un petit nonibre d'exceptions , a toute espece de chariots et de voitures pesamment chargees. La nuit done , les pietons altardes risquaient leur vie precise- ment en raison des precautions prescritcs pendant le jour en leur faveur (1). Si d'ailleurs , comme Encolpe et ses compagnons (2) , on etait pen farailier avec les cherains, on pouvait se meurtrir longtemps les pieds a travers les gravois et les caillous des rues mal pavees , avant d'arri- ver au but. La lune ne luisait pas toujours , et tout le monde n'etait pas avise comme le petit Giton de Pe- trone (3) , qui , chemin faisant , marquait pendant le jour les piliers et les colonnes avec de la craie , afla de reconnaitre sa route au milieu des tenebres. Le mieux done etait de se munir dune lumiere , quand on voulait sortir la nuit. Les uns se servaient dune lanterne , d'autres prenaient un flambeau, Rarement on allait souper en ville , sans s'y faire accompagner par un esclave porteur d'une torche pour le retour (4). Les verts-galanls de Rome n'oubliaient pas non plus cette precaution dans leurs expeditions nocturnes : temoin i'esclave de M. Antoine , qui fut mis a la question pour avoir porte la lanterne dans une entreprise incestueuse de son maitre (5). Souvent meme I'amoureux qui avail veille jusqu'au jour devant la porte de sa maitresse , laissait , en se retirant , les derniers rested de son flam- beau , dans I'espoir de laltendrir. C'est ce que nous (1/ Mazzochi . tab. heracl. lat. 66 , 61 , 62 , 65. (2) Petron. Satyric. LXXIX. (3) Loco citato. (4) Plutarq. Symposiaques . VII, 7. (5) Valbr. Maxim. , lib. VI , R. — 216 — apprennnnt , dans I'roperce (1), les plaintes dune mal- heureuse porte qui deplore le scandale dont elle est de- venue I'objet. « Chaque jour , dit-elle , me retrouve charges de couronnes qui me deshonorent, entouree de flambeaux qu'abandonne I'amant econduit d'une femme trop celebre. » A I'epoque ou vlvait Ciceron , I'usage avait limite le nombre des flambeaux dont on pouvait se servir pour s'eclalrer dans les rues. « Dans mon enfance , dit-il (2) , j'ai vu souvent C. Duillius revenir de souper , precede de musiciens et de flambeaux en grand nombre. C'elait une delicatesse ?ans exemple dans un particulier ; la gloire et le grand age de Duillius pouvaient seuls ex- cuser une pareille licence. » Mais , nous pouvons le dire tout de suite , la modestie des particuliers sur ce point ne fut pas toujour^ la merae. Juvenal , a une epoque ou le luxe n'avait aucun freln , nous montre le riche accompagnc le soir de lampes de bronze el de viugt flambeaux ; quand le pauvre , en I'absence de la lune, eclaire sa marche a la lueur dou- teuse d'une maigre cliandelle (3}. « Cavel huiic. quein coccina Isena » Vitari jubel , el coinilum longissiinus ordo , > Multum praelcrea flainmarum et aenea lampas ; 1 Me, quern luna solel dediicere, vel breve lumen » Candelae^ cujus dispense et tempero filuni , • Contemnit. » (i) « Et mihi non desiint turpes pendere corollae Semper , et exclusi signa jacere faces. » Prop. Jib. I. Eleg. XVI , 7. An rem patriam rumore sinistro Limen ad obscoenum frangam , dnm Chrysidis udas Ebrius ante fores exstincta cum face canto, i Pers. , Sat. V, 164. (2) « Delectabatur crebro funali et tibicino , quae sibi nullo exempio privatus sumpserat. • De senect. XIII. (.3; Sat. Ill, 283. — 217 — Celte chetivc lumiere que le pauvre economise , que probablement il gare du vent , de peur qu'elle ne s'use Irop vite , ou qu'elle ne vienne a s'eteindre , et qu'avec elle ne disparaisse son unique ressource au milieu des tenebres, c'est celle qui brille en siirete dans lenceinte diaphane de la lanterne , comme elie le dit elle-m6me dans Martial (1) : • Dux lalerna viae clausis feror aurea flaiumis , » Et tuta est greraio parva lucerna meo. • L'usage du verre comme matiere translucide et pou- vant s'employer en lames minces , etait inconnu ; du moins , tandis qu'on s'en scrvait pour faire des vases a boire et d'autres meubles , on rerapKssait encore les jours des fenetres avee de la pierre speculaire. Ce qu'on avail done de mieux k employer pour abriter la lumiere , c'etait la corne , comme dans ces paroles que Mercure •adresse au pauvre Sosie (2) : « Quo ambulas tu , qui Volcanum in cornu conclusum geris ? » « Oa vas-tu , toi qui portes Vulcain dans cette prison de corne ? <> l-a corne d'Urus ou boeuf sauvage etait principale- ment employee pour cet objet. Mais cette matiere elle- meme assez chere , n'etait pas a la portee de toutes les bourses (3). Le pauvre, au lieu de corne, se servalt de bois minces , de membranes transparentes , de peau de vessie principalemeni ; « or , pour n'elre pas de corne, dit elle-meme la lanterne du pauvre, dans Mar- tial (4), en suis-je plus obscure? et les passants soup- gonnent-ils que je ne suis qu'une vessie? » « Cornea si non sum, numquid sum fuscior ? aiit me • Vesicam, contra qui venil, esse putat? • (1) Epiyr. lib. XIV, 61. (2) Amphitryon, 1, sc. 1. 186. (3j Pun. hist. nat. lib. XI, 37. (4) Epig. lib. XIV, 62 I. 17 — 218 — Souvent m6ine on se conlentait de linge huile, conime le prouve le mot de Lydus dans les Bacchis de Plaule (I) : • It magisler quasi lucerDa undo exprelus linleo. » C'est peut-etre en ce sens que Ciceron a dit « linm laterna ; » ii moins qu'il n'ait voulu designer par la la nature de la meche (2). Dans le dernier cas, cette expression ne nous apprendrait rien au sujet du genre de luminaire qu'on placait preferablement dans les lan- ternes. Juvenal nous a fait voir quon y employait la chandelle (3); et, dans la grande lanterne de bronze recueillie a Herculanum en 1760 , nous trouvons une lampe cylindrique a bee central (4). La forme de I'appareil variait beauconp. Ainsi, nous avons un petit modele de lanterne carree, a toit pyra- midal , sur une pierre gravee de la galerie de Florence ; c'est un amour qui la porte. Nous voyons au contraire, parmi les sculptures de la colonne Trajane^ une lan- terne assez grande, cylindrique et a couvercle plat. Celle-ci est suspendue aux ornements dun navire , et ses appendices superieurs paraissent particulierement disposes pour cette destination. Celle d'Herculanum , dont nous parlions tout a I'heure, presente les memes caracteres , sauf le couvercle qui est hemispherique. — Tandis que la petite lanterne de Floreuce porte un anneau au sommet de son petit toit, une autre est munie d'une anse trapezoidale. Enfln , nous ne devons pas oublier qu'a la guerre (1) I Le precepteur s'en ya , la tete enveloppee d'un linge huile, comme une lanlerr.e. ■ Bacchid., act. Ill, sc. Ill, 42. (2) Epist. LXXXIX , ad Atlicum. f3) Loc. cit. (4) II Mas. Borb. V. 11, p 18f) — Le AM. di Ercol. V. 1 , I>. lf.7. — '2\\) — on se servait de lanternes sourdes fiiiles an nioyoii (1(; peaux dont uii cOtti (itait blaiic (Ij. La fabrication des lanternes etait , parait-il , assez considerable pour occuper exclusiveraent certains ou- vriers. Nous lisons en effet la denomination de lanter- nurius dans les inscriptions de deux pierres sepnlcrales, et sur iune d'elles, publiec par Maft'ei ( 2 ), figure une lauterne qui prouve que I'epitaphe n'est pas menteuse. Mais ceiies qui se confectionnaient a Carthage, on (jui (lu raoins portaient le nom de lanternes ajrlcaines ou puniques , etaient en possession de la vogue. Surement celte preference des Romains etait due a la lucidile des matieres dont ces lanternes etaient faites. I)u moins , est-ce la seule chose qui ressorte du texte de Plaute , quand , au sujet dun agueau d'une excessive maigreur, le poete fait dire a I'avare Euclion (3) que son corps est transparent comme une lanterne de Carthage , et qu'on pent examiner ses entrailles au soleil , sans legorger : «... Exia iaspicere in sole eliam vivo licet , >' Ita is perlucct , quasi lucerna punica. » Asserius , historien des anglo-saxons , au ix^ siecle , attribue I'invention des lanternes de corne au roi Alfred , a la cour duquel il vivait (4). On voit qu'Alfred a pu (1) « Eslo lalerna quadrilaleia , pellibus ab onini parte op- pansis iiiunita. Latenim Iriuiii peiies suato itigrae : imiiis albie , per quam pone sequentibiis iuceraa lucebit. » Jol. African, ap. Cest. Mathematici vcteres : Cap. LX\ , -rifii vi'X.7 07roKi(y.ov. — Philo , de telorum construct. V. (2) Raccolta di statue antiche e mod., coll. sposizione, elc Roma , 1704 , in-f". — « M. HORDIOMVS. Philargvkvs , Labeo. Lanternarivs | Pratili , Via tp/na . Flaviai. Ci,. Philv.minai. v\ori ■ ., 3.^1, et svis 1 (3) Aulular. HI , Sc. V, yi. (•i) Ite til ml), (jpst . |> 20. — 220 — tout au plus introduire ccs lanternes en Angleterrc , et faire cet utile emprunt aux peuples d'unc civilisation plus avancee et qui avaient plus de rapports avec les Romains. Nous ne finirons pas cet article, sans rapporter un,i remarque de Plutarque au sujet des lanternes. II parait qu'a Rome les augures devaient toujours avoir leurs lanternes ouvertes et sans couvercle. Plutarqueen cher- che les raisons , el n'en trouve que de bien peu con- cluantes , a notre sens (1). — En effet , si la lumiere que renferme la lanterne etait , aux yeux des Romains comme a ceux de Plutarque , un symbole de I'ame, et en meme temps du corps que I'arae habite , pourquo livrer la lumiere au trouble et a I'agitation des vents ;' Pourquoi I'exposer a s'eteindrc? Et si, comme Plutarque le veut encore , la lanterne devait etre consideree par ces pretres comme un avertissement de choisir un temps serein pour les observations augurales , ne valait-il pas mieux leur interdire toute sortie nocturne , quand I'atmosphere etait troublee , que de rendre ce meuble inutile dans leurs mains? Au surplus , ce n'est pas la derniere fois que nous aurons a discuter I'opinion de Plutarque sur des questions de ce genre , et nous verrons que la logique ne le pre- munissait pas toujours contre les explications vulgaires. (1) Quest. Rom. LXXll REmS. — mi'. DE v. REGNIBR. SKANCES ET TRAVAUX DE L'AGADEMIE DE REIMS. ANNEE 1849-1850. \' 10. «^ancc (lu S F^vrler 1850. PRESIDE^CE DE M. DCBOIS. filaienl presents : MgTi'archeveque, MM. Saubinel , Bandeville, L.Fanarl, H.Landouzy,Querry, E. D6rod6, Max. Sulaine , J.-J. Maquarl , Duqu6nelle , F.-L. Clicquot, Aubriot, V. Tourneur , Ern. Arnould , F. Henriot-Delamotle, L.-H. Midoc, Dec6s, A. Henrot, J. Sornin, Gainet, Velly, Deleuire, Pierret , Forneron, el Bri^re-Valigny, membres lilulaires. El MM. Maillel el Loriquel , raenibres correspon- danls. CORKESPONDANCE IMPRIMEE. Bulletin des Iravaux du Cornice agricole du d^par- tement de la Marne , ann6e 1 849 , n" 6. I. 48 — 522 — SocieleiV agriculture , sciences el belles lellresde Roche- fort, n'' 7 el 8, ann6e 1848-49; n" 1, ann6e 1849-50. £loge hisiorique de R. P. Hersoii , premier pharma- cicn en chef de la marine au porl de Rochefort , par M. A. Lefevre , deuxifeme m^decin en chef de la marine. Journal de la Societe d' agriculture du diparlement des Ardennes , n" 1 , Janvier 1850. Prospectus de la Societe centrale d'horliculture de France. Bulletin de la Societe des antiquaires de I'Ouest , 3' Irimeslre de l849. Notice biographique sur F.-A. Philippar , sccr61aire- g6n6ral de la Soci6t6 d'horliculture de Seine-el-Oise, par M. C. Bailly-de-Merlieux , secr6laire-g6n6ral de la Soci6t6 cenlrale d'horlicullure de France. LECTURES ET COMMDNICATIONS. M. Loriquet donne lecture de la seconde parlie de son Essai sur I'^clairage chez les Romoins. M. Forncron lit un travail sur Tabus des figures et des mots nouveaux dans la lilt^ralure actuelle. M. Sutaine , continuant ses 6tudes biographiques sur les artistes r6raois , fait connaitre la vie et les ouvrages de Cellier , dessinateur au xvi* si6cle. in — 223 — Lectupc dc M. Ch. Loriquet, MEMBRE CORRESPONDANT. ESSAl SUR L'fiCLAlRAGE CHEZ LES ROMAINS. SECONDE PARTIE. DE LECLAIRAGE CONSIDERE DANS SES EMPLOlS DIVERS. J. — Lampe cubiculaire , veilleuse \ lampe des lupanars^ des dcolcs , etc. Nous avons rapporte plusieurs denominations que les remains donnerent a la lampe; toutes avaient rapport au nombre des bees [dont elle etail garnie. Elle en regut d'autres encore , suivant la destination parliculiere a laquelle elle etait consaeree. Souvent I'appareil eclairant porte en lui-meme des signes indubitables de cette destination. Nous nous sommes abstenus jusqu'ici de les indiquer , afin de ne pas an- ticiper sur I'histoire des usages que nous devons passer en revue dans cette seconde partie. Nous avons no- tamment presente le candelabre dans sa plus grande simplicite , independamment des modiflcations qui y furent apportees. De meme encore , nous avons neglige — 224 — les details relalifs aux Inmpes suspendues; nous n'avons pas determine non plus les caracteres parlicuUers qu'of- frent les lampes de differents genres •, caracteres tires de leur forme , des figures , des inscriptions qu'elles portent, et d'apres lesquels les antiquaires ont cru pouvoir classer les objets de lours etudes. Cps distinctions viendront successivement se dessiner d'elles-memes. Ce serait etre infidele au plan que nous nous sommes trace , que d'etablir a I'avance une classi- fication. Sans parler des diverscs inventions qui n'ont eu de valeur que sous le rapport scientifique et qui n'eutrerent jamais dans le domaine d'un usage commun , ni de la lampe sepulcrale , qui trou\era naturellement sa place a I'article des funerailles , penetrons dans I'interieur des maisons et portons nos investigations jusque dans la piece la plus reculee des apparteraeuts, la chambie a coucher. Nous y trouverons la lampe cvbiculaire , « Diilcis conscia lecluli lucerna", • comme dit si gracieusement I'hoonete Martial (1) , qui se felicite d'avoir aupres de son chevet un confident aussi discret de ses plaisirs nocturnes. Ce moyen de donner aux yeux leur part de jouissance , rette complicite de la lumiere , « connivente lumine , » suivant I'expression de I'auteur inconnu do y M^oiAtvos [2) , Martial sans doute n'en etait pas I'inventeur , bien qu'il fut digne de I'etre. S'il en faut croire Apulee , ce fut un araant qui le pre- mier imagina la lampe de nuit , « afin que plus long- temps , et la nuit meme , ses yeux pussent voir ce que son cceur adorait (3). » — Quoiqu'il en soit , tirons (1) • Qiiidquid vis facias licet, lacebo.» Epigr. lib. XIV, 39. — « quae prailia , qiias utrinqiie pugnas » Felix leclulus el lucerna vidiU » Epigr.\\h.\,a , G. (2) Peul-eire Apulei;. V. 18 , endroit conlesle. (3) • Quum Ic scilicet anialor aliquis , ut diulius cupitis ctiain node poliretur , primus inTcnerif. » Metamorph. lib. V. I I — 225 — discretement Ic rideaii , et laissons l.uciiH , avant sa cruelle metamorphose , « s'embarquer i\ne fois encore sur la mer de Paphos , avcc ses provisions ordinaires , de I'huile dans la lampe et du vin dans les coupes (1). » La lumiere nocturne , dont nous venons dc voir I'em- ploi , se posait ordinairement pres du lit sur uu gueri- don (2) ; un petit trepied de metal lui servait Oe support immediat et I'exhaussait. Souvent aussi on la pla^ait sur un candelabre (3j. Festus (4) parle dune lampe suspendue qui so con- servait egalemeut allumee pendant la nuit. II I'appelle cicindela , comme les insectes plios[iliorescents , proba- blement a cause de sa petitesse. Enfin Papias, contemporain de Feslus , nomme Incu- brum (5) une sorte de lampion , compose d'etouppes el de cire. C'est proprement dit la veilleuse; et de ce mot lucubrum on a fait lucubrare , veiller , et iucubratio , qui signifle toute veille laborieuse, toule recherclie exigeant continuite (6) : « A ccena lucubraloriam se in lecticam recipiebat , » dit Suelone(7j , en pariant d'Augnste et de son habitude de travailler la nuil aux. affaires sur un (1) « Hac enim silarchia navigium Veneris iiuiigel sola , ut In node pervigili , et oleo lucerna , el vino calix abiindet. ■> Apul. Metamorph. lib. II. (2) Apul. loco cit. (3) Uerculanum et Pompei , T. VIII , M. S. pi. 18 , \'j. (4) De verbor. signific. (6j Vocabular. lat. (C) < Quum omnis lucerna conibusta est in lucubranJo , olWi- lasque consumpla. » Varro , de liny. lat. • Inter lucubrantes ancillas in medio a;ilium .sedenleiii iiive- niunl. » T. Liv. Hisloriar. lib. 1. « Accipie.s igitnr hoc parvum opusculum hicubraluiii his jam contractioribns noclibus. » Gickr. in I'aradox. (7) Oclav. Anyusl. LWVIII. — 226 — lit de repos. Columelle (1) , dans renumeration qu'il fait des travaux nocturnes de la campagne , se sert de termes semblables ; il distingue en meme temps la veillee du soir, hicubratio vesperlina , et celle qui devance et precede immediatement le jour , lucubratio antelucana. Fn fait &Qveilleuses , les Antiquites d' Herculanum (2) nous presentent un exemple digne de remarque. C'est un petit vase de bronze qui renferme une lampe cylindrique a foyer central , du genre de celles dont nous avons parle a Tarticle de la lanterne. Sur le \ase s'adapte un couvercle bombe et perce de trous , de maniere a caclier cntierement la lumi^re , sans I'etouffer. Le vase lui-meme est place au milieu d'un large plateau. Nous devons citer encore un appareil singulier dont nous trouvons deux varietes dans la meme collection , cette mine si riche a laquelle nous ferons de nombreux emprunts. C'est une triple lampe , ou plutot trois lampes distlnctes en une seule piece ; deux sont plus petites et placees de chaque cote d'une autre qui leur sert de base (3). Celte disposition avait-elle pour but de donner trois lumieres successives ; ou bien de procurer une lu- miere triple pendant la premiere veille de la nuit , puis un eclat plus modere dans la seconde , en raison de la difference des capacites et par suite de I'extinction des deux petites lampes ? Nous ne saurions le dire. Et pour- tant il faut convenir qu'un semblable appareil etait ires propre a mesurer le temps de la nuit et a en indiquer les periodes ecoulees. — « Cleophantide tarde encore, lisons- nous dans une epigramme grecque (4) ; et deja la troi- (1) " Ad lucubrationem Tespertinam palos decern , vel ridicas quinque couGcere , totidemque per aiitelucanam lucubratio- nem. > Lib. II , cap. 2. (2) Lc Antich. di Ercol. V. VIII , p, 2&3. (3) Le Antich. di Ercol. V. I , p. 153 ;V. VIII, 162. Les petites lampes du dernier exemple sont bilychnes. :.4) PaIX. SlLENTIAR. — 2->7 — si^me lumi^re s'affaiblijsant peu a peu , menace de s'ti- teindte. » C'est le meilleurtexte que nous puissions inettre a cote de notre description. Nous trouvons du reste la lampe dans les mines , et la , sa lumi^re sert de mesure a des Iravaux que ne pent diviser la succession du jour et de la nuit : « Cavantur monies ad lucernarum lumina, dit Pline ; eadem mensura vigiliarum est: multisque mensibus uon cernitur dies(l).>) On trouve sur beaucoup de lampes anciennes des figures d'animaux. Ce sont tanti^t des signes du zodiaque ou des attributs d'un art ; d'autres fois , on y reconnait ce que volontiers j'appellerais les amies parlantes d'une famille , comme la grenouille pour les Butrarhiis , le lizard pour les Scaunts , Velephant pour Cesar , etc. On croit y voir d'autres emblemes encore , \oie et la grue , par exemple , qui symbolisent la vigilance (2). Mais I'ornement le mieux choisi peut-etre pour un in- strument destine a eclairer les veilles , c'est la chauve- souris, cet oiseau du soir dont le nom vesper til >o desi- gne si bien les habitudes. Aussi la voyons-nous s'etaler d'une fagon grotesque sur lapoignee d'une lampe d'imy- xe (3). On regardait I'image de cet animal comme un talisman puissant contre le fnscinvs et les apparitions (4) : ainsi notre lampe put rendre un double service u quelque poltron. On croyait encore se garantir de I'influence mauvaise par un autre genre d'amulette que je ne nommerai pas et dont je me dispenserais volontiers de parler , si I'his- toire pouvait etendre completement le voile sur des tur- pitudes aussi generalement repandues. 11 importe peu de savoir si les lauipes qui portent les insignes du dieu de (1) Hist, natur. lib. XXXlll , 21. « Aquitani stantes diebus nocUbusque egeruut aquas lucer- narum mensura. » Lib. cit. 31. (2) Aristot. Hist. anim. IX , 0. (3) Le Antick. di Ercol. V. 1, p. l.W. (i) Plin. Hist nalur. lib. X\l\ , i. — 228 — Lampsaque (1) ont eclaire linterieur famcux dcs lupa- nars (2) ou les orgies de quelque debauche (3). Mais quand Properce donne a I'asile des prostituees , ci la snbura , le nom de vigilante (4) ; « Vigilacis furia suburrae , » nous devons resonnaitre qu'elle avail plus dun litre a cette denomination. Sans parler des veillees de Priape et de Venus , que celebraienl plus volontiers peut-elre les habilanles de ce lortueux quartier (5) , on peut dire qu'une veille perpetuelle regnail dans les repaires dont n etail rempli. Tous les noms qu'on leur donnait , late- broe ou tenehrce (6) , fornices (7) , sonl les preuves d'une obscurite profonde et justifient Temploi continuel des lu- micres(8) ; impures apparitions de la null , les meretrices ne devaient se produire que le soir , a la ix« heure , d'ou leur vint le nom de nonarice (9) ; et, pendant le jour, suivant Terlullien(lO) , une lampe accrochee a leurporte servail d'enseigne a de nouvelles prostitutions. Revenons un instant a la chambre k coucher , et jetons un coup d'oeil sur la toilette. Tout le monde connait le cofTre d'argent du mont (i; Le Antich. di Ercol. V. II , p. 395. (2) Licet delucern. [> 680. (3) Petron. Satyric. LXXIIl. f4) Proper, lib. IV, Eleg. VII , 15. (5) Petron. op. cit. XXI. (6) Plaut. Bacch. Ill , 3 , 2&. (7) JuYEN. Sat. Ill , 156. — SuETON. Cces. XLIX. — Petron. op. cit. VII. , VIII. — Senec. Controv. I , 2, (8) a Redoles adhuc fulginem fornicis. » Seneg. loco cit. • Obscurisque genis turpis , fumoque lucernae • Foeda. » Juven. Sat. VI , 131. Sub clara iiuda lucerna.* Horat. Satyr. lib. li , VII , 48. Endroit contesle , il est Trar, et oi'i d'autres lisent Sacerna. (9) Pers. Sat. I , 133 , el Vet. Schol. (10) « Procedat de jauiia lanreata et lucernata , ut de noTo > consistorio libidinuni publicanim. * Ad uxor. II. « Quis enim • philosojihuin . .. lucernas meridic vanas prostituere com- » pellit ? Apologtl. XLVI — '110 — Esqiiilin , dont Visconti a donne la description (1) et d'Agincourt le dessin (2). Le corps entier de la boite est revetu de bas-reliefs representant la toilette d'une grande dame. Autour d'elle s'empressent plusieurs femmes qui portent differents objets , et parmi ces femmes on en distingue une , dont lunique office consiste a tenir un flambeau allume. Siirement ce n'est pas sans dcssein que I'artiste lui a donne place sur ce coffret ; il faut bien croire qu'elle etait indispensable pour eclairer To- peration. — Nous avons deja remarque la forme du flambeau. — Suivant d'Agincourt, le precieux raeuble dont nous parlous appartiendrait au iv" siecle ou au v*. Suivons maintenant Juvenal dans I'ecole , pour de- plorer avec lui le sort des pauvres maitres et les tribu- lations dont ils sont I'objet. (I Vous cxigez , dit-il aux parents (3), que le raaitre sacbe tout, meme des inutiiites ; qu'il fagonne le coeur flexible des enfants comme un sculpteur habile salt fa(;onner la cire ; quit veille sur eux en pere , de peur qu'un soufle deietere ne vienne a fletrir ces jeunes plantes 5 et pour tout cela , vous lui donnez le vil sa- laire que recoit un athlete ! Trop heureux , quand il n'est pas indignement rauQOime et soumis aux rabais qu'on exige des marchands d'habits grossiers , quand il n'a pas vainement precede le lever du forgeron et du cardeur de laine, quand il n'a pas en vain respire I'odeur d'autant de lampes qu'il comptait d'eleves dans sa classe (4) Id Le metier, que je sache, n'a pas change. Les maitres d'aujour- d'hui valent peut-etre beaucoup mieux que ceux d'alors ; (1) Lettera di Enn. Quir. Visconti sti di una antica argen- teria , etc. Rom. 1793, in-4°. (2) Hist, de I'art par les monum. T. IV, pi. 9. (3) Sat. VII. (4) € Dummodo non pereat lolideiu olfecisse luccrnas , quot » s^labant pueri. » Loco cit. V. 225. — 230 — mais , sauf les privilegies , ils n'en sont pas moins pauvres diables. La comparaison meme sur ce point pourrait etre en faveur des anciens. Nous savons du moins qu'ils n'avaient pas a leur charge I'eclairage de la classe : chaque eleve apportait sa larape ; Todorat du raaitre pouvait en patir, mais non sa bourse. Passons au triclinium. II. — Des Repas. Le souper , ccena , se prenait lorsque le soleil 6tait a son declin , .sM2)re?rto sole, comme le dit Horace (1) 5 et par la , Ton entendait la x" heure (2) ou la ix^ (3). Ceux qui devangaient ce moment passaient pour des gens de moeurs peu regulieres (4). Mais , bien que le souper commengat reellement de jour , il se prolongeait habituellemenl pendant la nuit 5 et le moment 011 Ton apportait les lampes , etait celui d'une causerie plus leg^re et plus active, qu'animait souvent encore le vin ; « lllatis luminibus , epularis sermo percrebuit , dit Apulee (5). d Virgile , en sa qualite de poete qui a besoin de decrire , est plus ex- (1) « Supremo te sole domi, Torquale, manebo. » Epist. lib. 1. V,3. (2) CiCER. Ad Herenn. IV, 51. (3) « Post nonam veuies.... » Horat. Epist. lib. I, VII , 71. « Imperal excelsos frangere noiia toros. » Mart. Epigr. IV, 8. (4) « Exul ab octava Marius bibit » Joyen, Saf. I, 49. (6j Metamorph. II. — « Cum inferentes vesperlina lumina pueros exclamassc audisset ex usu... » Ammian. XVI, 8. 231 plicite encore (1). C'est au moment ou les mcts sent enleves , et ou de larges coupes leur succedent sur la table , au milieu des explosions bruyantes de la gaiete des convives , qu'il promene dans la salle du festin des flambeaux allumes et qu'il suspend des lustres a I'or des plafonds. Car , n'en deplaise a la plupart des tra- ducteurs , il y a dans ces vers deux choses que Ton ne doit pas confondre , pour peu qu'on ait de notions exactes sur I'eclairage des domains ; Dependent hjchni laquearibus aureis » Inceasi , et ooclem flammis /una/ta vincunt. » i.a presence des flambeaux dans les salles a manger etait une tradition trop respectable , pour qu elle fut completement abandonnee au temps ou ecrivait notre poete. Dans I'origine , les festins n'avaient pas d'aulre luminaire ; et , il est bon de le remarquer , ce sont ces flambeaux , c'est le mode employe pour les soutenir , qui ont donne lieu a I'invention des candelabres. Reportons-nous , en effet , a ce passage de I'Odyssee (2) que nous avons precedemment cite , a ces femmes qui , des torches a la main , eclairent I'interieur du palais d'Ulysse ; puis a cet autre endroit (3) , ou le poete decrit le palais d'Alcinotis et nous fait assister au repas des Pheaciens. Sur d'^legants autels s'elevent des statues d'or : ce sont de jeunes hommes , qui tiennent dans leurs mains des flambeaux et repandent la lumiere autour des convives. Lucrece semble refleter dans ses vers les magnificences homeriques, quand il nous montre les metaux transfor- fl) « Poslquam prima quies epulis , mensaeque remotae , » Crateras maguos statuunt et vina coronant. » Fit strepitus teclis , Tocemque per ampla volntant • Airia : dependent, etc » /Eneid. 1, 722. (2) T, 24 , 48. (3) H , 100. 232 mes par I'art eu statues, pour soutenir les flambeaux des festins nocturnes (1) ; « Si non aurea sunt jurenum simulacra per aedes • Lampadas igniferas roanibus relincntia dexlris , B Lumina Doclurnis epulis ut suppeditentur » Telles sont les figures lampadophores qui se trouvent en grand nombre dans la collection d'Herculanum (2). Telle est encore , dans Montfaucon , cette statue assise de satyre , dont la main droite soutient un vase elegant destine h servir de lampe (3). 1 Enfln nous retrouvons dans Athenee les memes statues destinees a eclairer les appartements. 11 donne egalement le nom de trapezophores aux cariatides qui supportent les tables eta celles qui font I'offlce d'eclaireuses (4). Ainsi , des esclaves d'abord , puis des statues remplis- sant le meme objet , et , eomme eux , porlant des flam- beavx : \oila ce que nous trouvons au debut. — Les candelabres , soit a pied , soit en forme de bras , prirent ensuite la place de ces meubles dispendieux ; et enfin , pour plus de commodite , on y ajouta les lampes sus- pendues aux voutes , et meme les lustres, comme nous les a montres Virgile (5j , et comme nous les verrions encore dans Lucrece (6) , dans Stace (7) et ailleurs : sans oublier , sur les tables elles-memes , des lampes de plus petites dimensions. (i; De natur. Rer. lib. II , 24. (2) Here, ct Pomp. T. VII el YIII. (3) Antiq. Expl. T. V, part. II , pi. iTi, d'apres Bonanni. (i) Deipnosoph. lib. III. (5) Loco cit. jEn. I , 722. (6) a .... Nocturna libi , terreslria quse sunt » Lumina , pendentes lychni , claraeque coruscis > Fulguribus , pingues muKa caligine tsedae » De Nat. Rer. Y, 29a. (7) « Ast alii leoebras et opacam yincere noclem • Aggressi, tendunt auralis Tincula lychnis. » Theb. I, 520. fl 233 J'ai parle de candelabres u pied, et j'ai nomme aussi des candelabres en forme de bras. L'une et I'autre de ces disposilions me paraissent egalement resulter, corame eimpliflcation , des statues precedemraent employees , soit qu'on voulut fixer a la muraille I'iastrument prop're a soutenir la lumiere , soit qu'on preferat le changer de place A volonte. — Le candelabre a pied a ete decrit dans la premiere partie , mais je n'ai pas encore parle de la seconde espece •, j'en donnerai ici un exemple que j'emprunterai a I'ouvrage de d'Agincourt. — Conjointe- raent avec le coffret dont j'ai dit un mot, il cite et place sous la meme date (1) deux bras de ferame en argent, qui paraissent avoir ete destines b. etre Axes a un mur' et dont la main fermee tient un chandelier (2). Ce type a ete souvent reproduit depuis ; I'art essentiellement pla- giaire de I'epoque que nous appelons encore la Renais- sance , en a fait son profit , et nous le retrouvons jus- que dans les appartements de nos rois Louis XIII et Louis XIV. Apres des modifications plutOt capricieuses que suc- cessives, il en est venu a se transflgurer dans ces can- delabres plus ou moins heureusement orncs que nous nommons des appliques. Le lustre , dans sa plus eimple expression , c'est la lampe dimyxe que Petrone suspend au-dessus de la porte de la salle a manger , chez Trimalchion , pour en eclairer I'entree : » Sub eodem titulo , etiarn lucerna bilychnis de camera pendebat (3) ; » ce sont ceiles a trois , a deux et meme a un seul bee , dont le musee de Naples et la collection d'Herculanum presentent de nombreux exem- ples. Dans ces lampes , chaque bee serable former un corps distinct , bien que tous dependent dun meme reservoir dont V infimdibulum est au centre (4). (1) IVe ou Ve siecle. (2) Ser. D'Agincourt, Op. cit. T. IV, pi. 9. (3) Satyr ic. XXX. (4) // Mus°. horb'^. V VllI , p. .31.— Le Antich. di Ercol V MI p. 243. — 23ft — La pohjmyxe, dans les modeles de terre cuite que nous connaissons , n'a pas cette disposition. Elle est circulaire, et ses bees sont ranges a I'entour , sans faire de saillie considerable (1). « C'est bien une seule lampe , malgre le nombre de ses bees , comme le lui fait dire Martial C2) , ct quoique ses feux eclairent egalement toufes les tables du festin. « « Illustrem quum tola meis conTiria flammis , » Totque geram royxos , una lucerna vocor. • Mais les lampes de ce genre n'etaient probablement pas toutes aussi simples. A defaut d'exeraples parmi les objets que les fouilles ont remis en lumiere , nous avons des lextes assez formels pour le croire. Quant Petrone (3) emmene les convives de Trimalchion dans une autre salle , pour y prendre la collation ou le repas de la nuit , plusieurs lustres de bronze sont sus- pendus au plafond, lis se font remarquer autant par leur forme que par leur eclat : des figures erotiques en font I'ornement, si elles n'en constituent pas les bras eux- mfimes . Pour avoir une idee du luxe de ces objets chez les romains , il faut lire le passage ou Plutarque decrit le premier souper que Cleopatre offrit k Antoine , en arri- vant en Cilicie (4). « 11 trouva , dit-il , I'appareil du festin si grand et si exquis qu'il n'est possible de le bien ex- primer : mais entre autres choses , ce de quoy plus il s'esmerveilla , fut la multitude de lumieres et de flam- beaux suspendus en I'air et esclairans de tous costez , si ingenieusement ordonnez et disposez a devises , les uns (1) Le Antich. di Ercol.\. I, p. 97; lampe a 9 bees , ayant 3 b^lieres. [2)Epig. lib. XIV, 41. (3) Ita at supra lucernas eneolosque Priapisticos nota- Terim. » Satyric. LXXIII. (4) Antoine , XXXII. Trad. d'Amyot. — 235 — eu rond , les autres en quarre , que c'estoit I'une des plus belles et plus singulieres choses k veoir que I'oeil n'eut sgu choisir, dont il soit fait mention par les livres. » Enfin , void comment, au v= siecle, Sidoine-Apollinaire (I) decrit a son tour le luminaire dun feslin. Nous y retrouverons la magnificence de Cleopatre et de Didon : « Veniente node, nee non • Laqucaribus coruscis » Numero sus erigalur » Camerae in superna lychnus ; » Adipesque glutinosos » Opobalsamumque lucern Sospilis centum , cl Tigiles lucernas » Prefer in liicem » Horat. O. lib. Ill , 8 , 13. — « ViTseque proilucenl lucernae .. Dum rediens fugat astra Pbcebus. > 0. lib. Ill, '21, 23. (3) Saltat Milonius . ut semel iclo « Aecessit fervor capili numerus lucernis. » Lib. II , Sat. I, 25. (4j « ..... Quum jam ?ertigine ledum > Ambulat , et geminis essurgit mensa lucernis. » Sat. VI , 304. (5) Et sane jam lucerns mihi plures videbantur ardere , totum que triclinium esse mutatum. » Satyric. LXIV. (6) « Scd candelabrum etiam supra mensam eversum , et vasa omnia crystallina comminuit , et oleo fervcnti conyivas resper- sit. » Petron. loco cit. — 237 — Lecture de M. Forncron. DE L'ABUS DES FIGUKES ET DES mots N0UVE4UX. Le style est redevable aux figures de pr6cieuses qualil6s: il leur emprunte le mouvejuent, I'int^rfit, la vari6t6 , la grandeur ; il leur doit de saisir rimagitialion, del'^lever au-dessus du lieu comraun et de I'ennui , de repr^senler en relief les objets qu'il embrasse , de se couvrir d'ornemenls corame le mStal sous le burin du ciseleur. Parmi les figures de mots, une surtout , la ra6taphore, enrichil et ennoblit le langage ; elle est I'inter- pr6te de nos sentiments les plus d^liculs et de nos id6es les plus 6lev6es, elle est le prisrae aux vives couieurs, le pinceau dans la main du peintre habile. Ou a dit qu'il se faisait plus de tropes ou de figures sur la place publique, un jour de raarchS, qu'6 I'AcadSmie en plusieurs stances; aussi les bons 6crivains usent-ils des figures avec beaucoup d'art et de management ; ce sont les auleurs m6- diocres qui les emploieni sans reserve et sans raesure. I. 19 — 238 — 11 n'esl gufere permis d'employer des expressions Irop hardies, quand on atlaque ce Iravers dans les aulres ; disons loulefois que lorsqu'on vendange h loisir dans celte vigne loujours ouverte des figures el des images, lorsqu'on boit b. longs trails i cetle coupe toujours pleine , Tivresse qui n'est ui Tinspiralion , ni Tenlhousiasme, passe dans les Perils: alors viennen! les id6es oulr6es, lcsp6riodes retenlissanles ou les vers & fracas; alors le mauvais goiit d6borde. II y a loujours eu des esprils enclins h se faire entendre du haul des nuages pour produire plus d'effel, installanl rimaginalion au ciel pour parler h la terre. D^ji le Psalmisle disait d'eux : Ponunt OS in cwlum , quorum lingua ambulat in terra. Chez les grecs, les 6pilh6les que la critique infligeail h quiconque abusail des tropes (^sTJwpoAsj-o/ /y.j>aAoj;fH//cj'ef ) monlftnl le peu de cas qu'elle en faisait. On soil aussi le m^pris d'Horace pour le style boursoufl6, boufFi, pour le clinquant el les mots d'unpied el demi. (Ampullw , nugce canorce , sesqidpedolia verba. ) De noire c6t6 , en France, nous avonsd6daign6 longtemps sous le nom de Pathos el de Phoebus, ies compositions entoch6es du m6me vice. Le grand ^iecle n'a pas 616 ci I'abri du bltime sous ce rapport; lout le monde connait le renom de I'hOlel de Rambouillel el la pi6ce que I'esprit d'affeclalion el de recherche a inspir6e h noire grand poele comique. Plus lard I'emphase pliilo- sophique parut donner des droits au litre de Penseur ; beaucoup d'ouvrages furent infect6s de ce d6foul. Mais avec l'6tude des sciences — 239 — positives el avec Texemple de quelques grands 6crivains, les saines Iradilions, ie bon goiit , le lialurol et le vrai pr6valurent. Deux liommes , au commencemenl de ce si6cle. Napoleon et Cdhteaubriand, onl surlout conlribu6 aux modifications que notre langue a subles. Le premier, par le prestige ordinaire de sa parole, par le ton inspire de ses harangues, de ses bul- letins militaires, et par TefTet de ses vicloires sur I'imagination; le second, en p(^n6trant pro- fond^ment son style de son caractere aventureux, chevaleresque, m^Iancolique el r6veur; en asso- cianl les id6es selon son gr6 ; en supprimanl de son auloril6 priv6e les limiles de la prose el de la po6sie ; en portant dans I'emploi des images une hardiesse que le succ^s pouvail seul justifier. Bient6t se forma I'Ecole Romanlique , dans laquelle la langue et le g6ut furent en proie. Plm're 6tait devenu la loi souveraine, devant laquelle devait lomber toule r6gle el (oule tra- dition. Le mal 6tait d6ja grand, sans doute ; il a du augmenter encore lorsque deux revolutions sont venues coup-sur-coup , d'une part aCfranchir les esprils de loule discipline, et d'aulre part, Jeter dans la circulation des id6es de toule sorte, consignees jusque Ici dans des livres peu accr6- dit6s, peu connus. On dit que le style et le gout doivenl se res- senlir des changemenlij que subissenl les insti- tutions el les moeurs; que des besoins nouveaux r^clament de nouvelles formes de langage.... Et nous ne contestons pas ce point : mais d'ordi- naire I'esprit public a gard6 une inesure el a — 2A0 — reconnu des bornes; en reconnait-il, oujourd'hui? n'esl-il pos certain , au contraire, qu'il s'est at- tribu6 line liberie^ illimit6e dans lous les genres et sur lous les sujels? Pour juger des alteintes portfies de nos jours a la langue, nous nous sommes avis6 de repro- duire , de bonne foi, sans pr6(ention ni appr^t, quelques-unes des loculions et des images qui font fortune et courent le monde de jilus en plus. Ce sont des pieces de conviction qu'il (^lait facile de muiliplier; mais nous nous sommes renfcrmt!! dans les limites de trois oil qualre pages, car ii n'y a pas lieu de se dissimuler Tenijui qui r6sullerait pour tout le monde d'un semblable travail, s'il 6tait soutenu. Nous ne soulignons pas tous ces 6chanlillons du n6ologisme contem- porain , nous nous contentons de noter nos era- prunls par des guillemets. Dans I'ordre des id^es relatives ti la morale g6n6rale, & Teconomie politique et au gouverne- ment des peuples, les citations n'auraient pas de fin; c'est par \h toutefois que nous commengons. a II y a des gens qui pr6tant bien I'oreille, » entendent craquer le vieux monde; d'autres le » voienl se dresser et faire des pr6paratifs pour » livrer sa derniere balaille. Au jugement des » unset des autres, les circonstances sont graves; » la situation est exceplionnelle; cetle situation est » m6me si fortement tendue, qu'elle peut se briser » au moindre choc. Voila que dans toute I'Europe » I'absolutisme parait h bout demitraille, que le » constitutionalisrae rcgarde la foule p6n6trant » dans ses coulisses et crachant sur ses ficelles. I ^ — 241 — » Le present est done gros de fails excessivement » remarquables. La society, trop longlemps dans » I'admiration d'elle-m^me , cesse de se mirer » dans un marais bourbeux ct malsain; elle se » r6signe h voir troubler la qui6lude de son op- » limisme : mais en d^sinl6ressant Thomme , en » comballant sos Inslincts , passionn6s pour le » bien-elre physique et les satisfaclions malerielles, » on le fafonne ti la tyrannic du besoin qui le x» livre bienl6t h la lyrannie du pouvoir, et on » d6capile en lui la pens6e , on raulile le senli- ^ ment de son ind^pendance. Aussi, quand sera- » t-il donn6 de contempler la sainte corarnunion D des peuples? U faut pour cela que les Iravaiileurs » de la pensee adoucissent les points abruptes » desdeslin6es humaniiaires. En attendant , com- » bien de transformations successives dans le » sysl^me des gouvernants, combien de phases » dans r616ment politique 1 Peut-6tre faudra-t-il » niettre I'Europe en feu et la civilisation en » cendres: on est saisi d'horripilation en y pensant. » Cependant quel spectacle plus saisissant et plus » palpilnnt d'inlerfit que celui d'une nation s'ar- » rachanl h la pression de ses antecedents pour » porter les aspirations et les 6lans de son cime » vers une 6re dont les premieres lueurs brillent » au ciel de son existence 1 Quoiqu'il advienne » des machinations des pouvoirs d6chus, si elle » n'obtient pas de modifications radicales dans » son sort, si elle n'assiste pas i la realisation » immediate de ses esp6rances , elle a du moins » enrichi ses annales d'une glorieuse page ; elle » s'est un moment lransDgur6e h la face des » autres nations. Pour determiner les nouvelles — 2^2 — » fins cle I'homme, choisissez descoeurs fieufs e( des y> imaginations vierges. Ne vous confiez pas Irop au y> jeune &ge pourcelteoeuvre d'avenir, car il escom- » pie ses ann6es au seindes plaisirselne s'aperQoit 1) pasqu'il rfegle ainsi un paieraenl h courle6ch6ance » aveclaraorl. Ecarlezsurtout les hommes pratiques » quivivenl au jour lejour, chemiiiant cahin-caha B sur tous les IroUoirs de !a politique , en s'ap- » puyant aux murs , demandant leur route a » chaque dolour de principes el h tous les carre- » fours d'6v<5nemenls. Combien de questions ardues » onl 616 souIev6es dans ces derniers temps ! » Combien de probl^raes soclaux donl la solution » s'6Iabore sourdement au plus profond des esprils, » combien de v6ril6s puissantes et fecondes A ac- » clamer au grand jour de Tfimancipationabsolue !» Pense-t-on que lorsqu'il s'agit non plus « de l'humanit6 tout en'lifere adulle et progressive , » mais d'un peuple, dc noire pays, par exemple, le style pr6sente moins d'6tranget6 ou moins d'em- phase? il n'en est rien , les phrases que voici le prouvent. « Enchaiuer la tribune et biiillonner la » presse , deserter les principes scell6s du sang » de nos p6res: il y a 15 une forte responsabilil6 » h assumer sur sa t6te. Au contraire, bien pru- » dent sera celui qui voudra sauvegarder les B inl6r6ls populaires, venir en aide au proletariat x> qui souEfre, rendre redoutable, m6mc dans le » fouireau, T^p^e de la France el faire porler haul » et ferme le drapeau du pays, au milieu des com- » plications europ^ennes et i Tencontre de loute » 6venlualit6l Les partis se concordent assez dans s I'examen, mais ils ne s'entendent pas dans Tac- B lion, lis auronl beau masser leurs forces pour — 243 — » jouer leur va-loul dans une solennelle renconlre, » par un supreme et immense eOForl : le peuple se 3> lasse de descendre dans la rue et de traduire » i coups de fusils les doctrines formul6es par » des impatients. Favorisez pour plus de surel6 » rimmixlion du peuple dans ses affaires , faites » fonctionner les institutions en simplifianl leurs » rouages, n'annihilez pas le droit par la multiplica- » lion des forraalil6s : ne vous ing^niez pas el ne » vous alambiquez pas Tesprit, dans des provisions » sinistres , h Irouver des moyens de coercilion » et de compression pour refr6ner le genie d'un » peuple en travail du fait si important de la » pali[ig6n6sie sociale. No Iroublez pas la France » en marclie vers ses glorieuses destinies, failes- » en un ardent foyer oii vienne flamber I'intel- » ligence humainc ; n'6teignez pas rette lumiere » qui fait du peuple frangais le peuple lumineux » par excellence , cette lumifere qui se reflate sur » la figure des autrcs peuples. S'agit-il des sciences et des lettres? on n'en parle pas en termes moins ambitieux et moins bizarres. » Honneur a la science dont les applications » presligieuses et les miracles changent de jour » en jour la face du monde ! De la science d6- » pendent les destinies mat6rielles de rhomme » et les conditions du bien-6tre physique. A la » science Tavenir, & la science le pouvoir absolu » sur toute la nature ! » Quand on a ]k ( au front) quelque chose, le » feu sacr6 , et quand on se sent appel6 it (iludier » la science , on neglige les errements pratiques - 2/ia - » jusque li; on aborde la mali^re sons aucune » id6e sysi6ma(ique pr^congue; on 6tudie les » ph6nom6nes, au moyen de proc6d6s logiques, » ralionnels, et ci I'aide d'une analyse viclorieuse; » on scrute, on explore, on fouille, on poursuit )> ses invesligaiions jusqu'ii I'^lSment mol6cuIaire » le plus Idinu; on recueille ses donni^es, on les » concentre; on etiquette les fails, on les groupe, « el par un travail incessant on arrive a ces » 6nonc6s g6n6raux, a ces profonds Ihdiorfcmes » qui font loi, h ces hautes dficouvertes qui bienl6t » en rayonnant delerminent dans les diverses bran- » dies de nos connaissanccs des effels analogues » aux comraotions politiques , lesquelles 6branlent » les esprils et font jaillir une lurai^re nouvelle » du fond de la pens6e humaine. « Mais le temps n'est pas k la lilt^ralure : » elle est comme revenue h son 6tat rudimentaire, » depuis que les tendances de I'Spoque , les exi- » gences du moment, les excenlricitSs et les ano- » malies de certaines productions ont fourvoy6 » le gout public ; depuis que des 6v6nemenls » 6mouvants et grandioses liennent les peuples » dans une agitation febrile ; depuis qu'aiix im- » pressions morales a 616 substitute, comme but, » I'exploitation des sens. On travaille encore pour » le th6citre , mais la plupart des pieces ont pour » objet de prendre sur les nerfs, plut6t que d'6lever i> le niveau des sentiments, Rien que d'illogique » dans la composition, d'irralionnel dans les ca- » racl6res, de heurt6 el d'6chevel6 dans le jeu » des passions , d'anormal el d'excessif dans la a fin qu'on se propose. La po6sie est d6couron- •I f — L>/i5 — » n6e de son aureole, elle a c6d6 la parole h » la politique el a rindus(rialismc , elle a vu con- » verlir en lingots sa harpe d'or. Sous I'erapire » des n6cessil6s pr6senles , sous le coup des r6- ^ volutions et dans la preoccupation acluelle des » esprits qui visenl de plus en plus au positif » des choses , au profit realisable en esp^ces , elle » se tail , elle est muelle. La fusillade a trouble » pour longleraps la pais des cites; la fumee des » hauts fourneaus, en se projetant dans I'espace, » souille les fleurs des champs : arriere done les » pontes ! plus de poeies! La chaire chreiienne est yeueralement exempte de ces abus du langage : lii, les idees sont arretees, les priucipes fixes et les doctrines invariables; le sujet preserve la diction des vicissitudes du gout. On a cependant enlendu un predicaleur ceiebre se plaindre «.de secouer en vain ses sueurs el * sa parole sur son audiloire, de ne faire ger- » mer aucune moisson dans les coeurs. >> Selon lui , » le peche venanl^'a deieindre sur la conscience, » elle ne pent recouvrersa primitive biancheur. » II souhailail qu'un jour « Tequaleur fut Irans- » forme en table do communion et que des deux » p61es opposes les peuples vinssenl en mfime » temps, dans la plus solennelle des fetes , pren- » dre place au banquet sacre. » Mais ces traits, auxquels il serait facile d'en joindre beaucoup d'autres du mfime oraleur, le caracterisenl enlre tous et lui sont propres ; c'est le produit d'une improvisation chaleureuse qui a d'ailleurs ses beaux c6ies , dans I'occasion. Nous ne reproduisons pas certaines figures plac6es — 266 - sous la lutelle de grands noms , comme « les » quaranle si^cles conteniplant une arm6e en ba- » laille, lesqualre planches avec une piece d'6loffe » pour faire un IrOne , le linge sale lav6 en fa- » mille , le cunap6 des doctrinaires, la d6mocra- » lie coulanl h pleins bords , le chemin des abimes, » la lettre de faire part pour enlerrer un projet » de loi ; en dernier lieu, la conspiralion dii pa- » ratonnerre avec les nuages » el l.mt d'aulres qu'on pent atlribuer^ un lour d'esprit individuel, el regarder comme des licences permises dans les positions 61ev6es et dans les grands moments. Nos exiraits suffisenl pour prouver que I'emphase el le besoind'innover gagnent de jour en jour; que le penchant h dire plus qu'on ne sent etplus qu'on ne pense , el & le dire autrement qu'on ne I'a fail jusque Ih , s'6lend el s'impose de proche en pro- che. Oui , lei serait le style de loutes les pro- ductions qui s'exp6dienl h la hdle pour satisfaire le besoin si g6n6ral d'6motions et de nouvelles ; comme ces productions exercenl une influence de- cisive sur I'usage de la parole dans les relations quotidiennes de la vie, il ne faut pas s'6tonner que les conversations soienl pleines de locutions h grands mots semblables i celles que nous avons cil6es. Les ouvrages composes avec reflexion el en vue de I'avenir , ne sonl pas d6Ggures encore par le n6ologisme, sans en 6tre exempts. Si la contagion passail de la lill6rature courante el facile aux com- positions plus graves, el ce malheur ne laisse pas que d'etre a redouter, il faudrail d6sesp6rer de noire langue qui ful grave el digne, pure el lumi- neuse au xvn" si6cle , anim^e, savanle et riche —247 — au xviij'^; de noire langue dont l'universali(6 sem- blait le partage , donl les conqu^les 6taienl d6ja si brillantes. Qu'on r6tablisse par la pens6e les anlichambres de Versailles , ou pourlant on se piquait de bel esprit ; qu'on r(!;forme ces soirees fameuses dans lesquelles on savail d^jk si mauvais gr6 h Buffon de dire » qu'il 6lait facile de jeler des id6es sur le papier, B mais que quand il s'aglssait de clarifier le slyle, » c'elail une autre paire de manches » ; qu'on y fasse lomber un de nos journaux pris au liasard et qu'on imagine les clameurs auxqucUes ce document d'un autre &ge donnerait lieu , si toutefois il 6lail compris et n'avait pas besoin d'inlerprele 1 Peut-elre serail-on d6ja en droit aujourd'hui d'assurer que de notre style habituel et de notre langage improvise en general aux grandes compositions de noire lil- t6ralure, il y a plus loin que du slyle et du langage de nos chroniqueurs el de nos anciens pontes. Si la litt^ralure est I'expression de I'^tat social, comme on I'a dit, la langue doit donner h elle seule une id6e assez exacle de eel 6tat. Les eraprunts fails sans discernemenl el sans mesure aux branches les plus diverses de nos connaissances , en verlu des rapports les plus fugilifs saisis par noire imagina- tion et des aperfus les plus capricieux de noire esprit ; la confusion pcrp6tuelle entre le propre el le figure, enlre le monde sensible el le monde des id6es ; le pele-m6le de lous les tons et de lous les genres, depuis le sublime jusqu'au burlesque; le privilege donl le g6nie usait avec reserve , devenu le droit commun, el la facul(6 accord6e& chacun de se faire une langue, ou , selon I'expression con- — 248 — sacrde , un dictiontuiire & sa guise; tanl d'audace , d'appareil, d'^clat , et si peu d'effel cependant , ne prouvent-ils rien conlre les dispositions de Tesprit public ? La malveillance nous reproche de manquer de principes ou de les confondre (ous en loute mali^re; de vouloir el de ne pouvoir , ou de ne savoir jamais aboulir; de disserler ind^finiment sur loute ques- tion et de n'en decider aucune-, de nous prendre a tout et de ne nous allacher a rien ; d'aspirer dans une suffisance extrfime a une ind6pendance ab- solue et de metlre en oubli loutes les lois , de nous jouer de loutes les regies La langue que nous fonnons pr6terail bien , il faut en convenir , quelque fonderaent a ces imputations, du reste fori exag6r6es. Les remfedes h opposer au raal ne dependent gu6re des pr6ceples des rh6leurs , soil anciens , soil modernes. Qui arrfiterait rentrainemenl des esprits? qui les rappelerait h la voie tracee par la raison de tous les temps, une fois qu'ils I'ont fatalemenl abandonn^e? Cependant renseignement h lous les degr6s, I'enseignemenl classique en par- liculier, offre de grandes ressources. Par lui la jeunesse doit conserver les saines traditions, I'in- lelligence des modules, Tamour du beau et le culle du vrai. A I'^tude de la forme il ne fau- draitpas Irop se presser, h61as, de substituer l'6tude du fond , pour le jeune &ge , selon la thfese que nous avions Thonneur de soutenir devanl vous , il n'y a pas longlemps 1 D'ua autre c6t6, les grands talents de r6poque pourraienl ralenlir les progres de la d6cadence, — 249 — en defendant les principes du gout que professaient leurs devanciers et en les mellant en pratique. C'est la mission que leur assignait nagu6re , h cetle tribune, une voix qui vous est ch6re et qui m6rile si bien d'etre 6cout6e. MalheureusemenI, le besoin de popularil6 6gare les grands talents sur les pas de la foule. Enfin , Messieurs, les Academies comme la vOtrc, 6tablies dans les grands centres de population, ont aussi leur tdche k remplir; elles doivent conlribuer, autant qu'il est en elles, a d^fendre les principes d'une sage Iill6rature et par cons6- quent ti raaintenir les grandes regies qui concer- nent la langue. Si le mouvenient d'id^es qui bouleverse loutes les theories en maliere de goiit devait r6agir par voie d'indiff^rence et d'oubli conlre les monuments liU6raires de la France, les Academies auraienl a y ramcner sans cesse les esprils et a les mettre de plus en plus en lu- rai^re, car le g6nle pour les produire a mis a proDt le travail des slides, car le monde civilis6 Ics admire, et c'est la portion la plus pure de noire gloire nalionale. — 250 Lecture de M. Slax. Sulaine. JACQUES CELLIER , DESSJNATEDR , XVI* SIECLE. Dans la seconde moiti6 da xvi* si^cle florissait un ar(isle r6mois dont le nom , presque ignor6 malntenant dans sa propre pafrie, devait jouir alors d'une certaine c6l6bril6, ci en juger d'aprfes les l6moignages qui sont parvenus jusqu'i nous. Si la Iradilion orale el les souvenirs de quelques collcclionneurs ne nous apprenaient que Jacques Ccllier a fait, il y a quelques Irois cents ans, un plan de Reims , bien peu sauraient aujourd'hui qu'il a exists ; car les archives de la ville , elles- rafimes , n'onl gard6 de lui aucune trace. Notre belle bibliolh6que municipale , si riche en monu- ments litt6raires de tous les dges , Test beaucoup moins maiheureusement en ce qui concerne les oeu- vres artistiques rSraoises , et parmi les lacunes qui s'y font remarquer , I'absent e du plan de J. Cellier est certfiinement I'une des plus regrettables. Tout le monde comprendra , en effet , de quelle impor- tance doit Hre pour I'hisloire de notre ville cetle piece qui dale des rfegnes de Charles IX ou de Henri III , el qui , si on en croit les documents qui s'y ratlrchenl , serail le premier el le plus \ — 251 — ancien poi trait, corame on disait alors , de notre antique cit6. Enfin , grace aux collections de Paris , nous avons pu voir celte piece devenue , comme on le sail, exir^mement rare. Eile est grande et de m^me dimension que le plan do Colin , dal6 de 1665. Quelques personnes pensent m6me que celui- ci n'a fail que se servir des planches de Cellier , sur lesquelles il se serait coulenl6 d'indiquer les changemcnts survenus dans I'aspect de la cit6 pen- dant le sifecle qui venait de s'6couler. Voici done, comme on ie voit , I'oeuvre de Jacques Cellier parvcnue dt^ji presque ci I'^tat de !6gende. S'il en 6tait ainsi au surplus, et pour notre compte nous parlageons celte opinion , les planches du plan de Colin , d6pos6es au cartulaire de la ville , ne seraieot aulres que celles qui ont servi a repro- duire le dessin de Cellier , el acquerraient ainsi on nouveau prix (l). Quoiqu'il en soil , le plan de Cellier est fort beau , d'une execution consciencieuse et parfai- tement soignee dans tous ses details. II est intitule ; Portraict de la ville , cite et universite de Reims , et porte en haul, h gauche, les armes de France, et a droile , celles de la ville avec la devise : Dieu en soil garde. Une roue et un gibet dress6s (1) Au reste, les epreuves primiliTcs du plan de Colin gout elles-memes deveuues fort rares, ei ce portrait de notre ville de 1GG5 aurait bien pu (inir, comme le plan de Cellier, par disparaitre eutiercment , si un iibraire intelligent de notre vilie , M. Quenlin-Dailly , u'avait eu I'heureuse pensee de le reproduire a I'aide des planches du cartulaire. Voir I'article Jean f-olin. — 252 — Tune sur le march6 aux chevaux , Taulre sur le march6 au bl6 , t6moignenl de la promplilude et de la s6v6ril6 de la justice d'alors. Des canons garnissenl les remparts , d6fendent les portes et mettenl a I'abri d'un coup de main la vieille cil6 donl ies habilanls onl prouv6 plus d'une fois, pendant les guerres d^sastreuses qui ont d6- sol6 le nord de la France , qu'on pouvait compter sur leur 6nergie. En dessinaleur consciencieux , et pour corapl6ter son oeuvre , notre artiste a repr6- sent6 dans la partie inf6rieure , a droite , quatre personnages , hommes el feramcs , en costume de r^poque. La planche est sign6e : Jacques Cellier invent, Hugue Picart sculp*. , Nicolas Constant imprim. Nous disions tout h I'heure que ce plan est le plus ancien que I'on connaisse de notre ville ; c'est qu'en eCFet nous lisons i dfoile de la planche Tavis suivant aux lecleurs , qui ne laisse aucun doute h cet 6gard, « Vous voyez icy le plant de la ville que Jules » C6sar appelle fJurocolorum Remorum et qu'il B diet avoir eu de son temps la principaut6 de » la Gaule , a qui Strabon donne la quality de » m6tropolitaine, de tres digne et de tr6speupl6e, » et sainct Hi6rome de tres puissante ; qui des » premieres a regu la foy et icelle donn6e k » la nation frauQoise : qui garde depuis 1,000 » ans la saincte ampoulle envoy^e du ciel pour » le baptesme de Clovis et pour le sacre des rois » suivants. C'est un premier coup d'essay pour » conlenter plusieurs, tant frangois qu'estrangers, i> de longtemps d6sireux de voir et d'avoir la » figure de la dicle ville. Vous jouirez done — 253 — J- de ce premier plant en attendant que Ton » vous en dt'-signera un plus exact et mieux » 61abour6- » On voit done que nous n'avons pas exag6r6 I'importance de ce travail , le seul qui puisse nous fixer sur certiiins details topographiques de notre ville au xvi° si6clc et sur remplacement de divers monuments , que Ic temps , oa la main des hommes , plus impitoyable encore que le temps , ont fait disparailre depuis. I! serait vivement a d^sirer que nos archives pussent s'enrichir de celle pi6ce qui leur manque et dent, nous le r6p6tons , I'absence est tr6s regret- table. Mais, outre cette oeuvre d'une valeur incon- testable, Jacques Cellier a laiss6 encore d'autres Iravaux dont Timportance recommande son nom ci la post6ril6. Ces Iravaux , d'un liaut int6r6t cependanl , comme on le verra tout ix I'heure , sonl presque compl6tement ignores et connus seu- lement de quelques explorateurs de bibliolh^que- lis exigent une mention parlicuH^re , el nous de- manderons la permission d'enlrer ix leur sujet dans certains details. En m6me temps que Cellier , vivait un homme qui, au milieu des sanglantes disputes civiles et religieuses qui ensanglanlaienl la France h cette 6poque , avail conserve le calme et la (ranquil- lil6 d'espril du philosoplie. L'agitation de la rue, le fracas des armes n'avaient pu 6leindre en lui I'amour de T^tude et le culte de la science. Get homme , cependant , qui Irouvalt ainsi loin des passions de la foule un refuge au milieu de 1. 20 — 254 — ses livres el de ses manuscrils, avail approch6 les grands el presque v6cu dans leur inlirail6. II s'appclail Francois Merlin , el avail 616 conlr6leur g6n6ral de la maison de madame Marie-Elisabelh, fille unique de Charles IX; pauvre enfant , au- quel Dieu fil la grdce de ne pas 6lre l6moin des discordes el des raalheurs de son pays (1). FranQois Merlin eul un jour la pens6e de r6u- nir les mal6riaux pr6cieux qu'il ayait araass6savec Tamour el la patience du collectionneur 6rudit. Aux documents norabreux qu'il poss6dait lui- m6me , il voulut encore , faisant appel au talent el k rimaginalion de I'arliste , joindre ceux qui pouvaient donner un plus grand lustre, une plus grande valeur i son recueil. Puis celte mosaique , qui devait former ainsi un monument scientiQque et litl6raire d'uu puissant int6r6l pour ses con- temporains el pour la posterity , il songea h la d6dier au roi Henri III. II s'agissait d6s-lors de trouver un artiste donl le talent fut oi la hauteur de I'oeuvre qu'il m^ditait. Quoiqu'il n'habit^l pas la capilale , la repu- tation de Cellier . corame calligraphe el dessina- leur , s'6tait d^ja r6pandue au loin : ce fut lui que FranQois Merlin chargea de I'ex^cution de cet important travail , qui ne contient pas moins de 220 dessins ^ la plume , et que le savant conser- vateur des manuscrils de la bib!iolh6que nationale, M. Paulin Paris , considfere avec raison comma un pr^cieux joyau parmi les tr6sors conti6s a sa garde. (I) On sail que madame Marie-Elisabeth mournt a I'age de cinq ans. — 255 — Le litre nous apprend d'abord que noire com- palriotc a traild son oeuvrc en homnie conscien- cieux , el qu'il a consacr6 plus dc qualre ann6es a son accomplissemenl. Voici ce litre ; « Reclier- w ches de plusieurs singularil6s par Frangois Merlin, » controlleur g6ii6ral de la maison de feue nia- » dame Marie-Elisabeth , Qlle unique du feu roy i> Charles dernier , que Dieu absolve , porlraicles » et escrites par Jacques Cellier , demourant a » Rheims. Commence le 3""" jour de mars 1583 t et achev6 le 10"" de septerabre niille v"= qualre- » vinlz et sepl. » Voici maintenantla d^dicace de Francois Merlin. « Au Roy. » Sire^ comme ainsy soil que la naissance m'ait fait » natun^l subject et relleclion volontaire serviteurde » vre mast6, Yoiant qu'en vousreluisail non seuUe- » met I'ymage de la g6n6rosit6 de vos illustres » progeniteurs , ainsy que de couslume les lyos » g6n6reux n'engendrenl rien moindre qu'eulx mes- » me , mais une gentillesse d'esprit qui est en » voz : je me suis essci6 k rechercher et faire faire » ce petit oeuvre pour aucunemenl d6lecler vostre » esprit , oil vous pourrez voir , Sire , come dans » la glace du miroir que la gloire de Dieu se fait » voir aspar6te (apparenle) parlout I'univers et » ce par beaux caract6res pour appredre ceste tanl » C(!!l6br6e oraison dominicale en loules sorles de » langues avec plusieurs craions tanl de ce leple » (temple) superbe ou ful heureusemenl oincte vre roialle mag'* que de plusieurs troph6es des » math^matiques , inslruraets musicaux que aulres » Irais deplume curieusemet fais qu'il vous plaira — -2b0 — » accepter , el je prieray Dieu , Sire , vous dormer » en loute prosp^ril6 , heureuse el longue vie. » Voslre Ir6s huble , lr6s ob^issanl sujet et » servileur , Francois Merlin. » La premiere partie du recueil est en effet consa- cr6e k la reproduction de I'oraison dominicale en vingl-neuf langues diff^renles (1). Chacune de ces traductions est richemenl en- cadr6e dans des vignettes et des arabesques tous de formes et de style diff^rents etpresque toujours d'une execution irr6prochable. On est frapp^ tout d'abord de Tair de connaissance que pr<5sentent ces enroulements et ces culs-de-lampe , oil le genre renaissance domine. C'est que de nos jours nos artistes n'ont rien trouv6 de mieux que de remonler aux modules du 16" siecle, et d'emprunter aux dessinateurs de cetle 6poque leurs plus 6l(^gantcs inspirations. 11 est probable que Iceuvre de Cellier a 616 plus d'une fois compuls6e et copi6e , et que certains compositeurs d'ornements, parmi les plus habiles, lui doivent leurs meilleurs succ6s. Toutes ces traduclions de I'oraison dominicale sont 6crites en caract6res frangais, mais le savant (I) Yoici ces 29 langues : francais, italien, latio, aliemand, faohemien , polouais, espagnol, breton, hebreux , chaldeeii, arabe, elhiopien, anglais ; aulre en langiie caldaique, anne- nie.T grec, langue sardique, suedois, anglais antique, langue hlandique, golhique ; autre en langue suedique (suedois ) , esclavon, hongrois, en langue ihelique (a), finlandique, larla- resque et leflandique. (a) La Rhelie , contree dans les Alpes italiennes , compre- nait a pcu pres le Tyrol actnel. — 257 — Fran<;ois Merlin pensa que , pour completer i'iii- I6r6l que devail offrir ia comparaison de ces diverses langues , il 6lail necessaire d'enricliirson recueil de specimens calligrapliiques de chacune d'eili'S ; nous Irouvons en effel , ti la suite des 29 feuillets consacri^s k cette prit^rc , une s6rie de 25 alphabets aussi richeraent illustres. Une 6rudilion profonde pr^sida certainement h la recherche et h la collection de ces divers carac- leres. Ainsi nous signalerons entre autres : I'al- phabelli iliyricn occidental invent6 par saint Jerome, et celui de rillyrien occidental dont saint Cyrille fut Tauleur; puis un commencement de I'Svangile de saint Mathieu en arai^iiien ; les alphabeths grec , babylonien , sarrazin el abyssin , dont il serait peut-6tre assez difficilo de rclrouver d'au- tres specimens aujourd'hui (I). Viennent ensuile 13 dessins reprSsentant di- verses parlies de la calhedrale de Reims et dont plusieurs n'ont , nous le croyons du moins , jamais 616 reproduits. Cette partie du recueil , si int6- ressante pour nous , forme presque la monogra- (I) CeUe partie du recueil est iatitulec comme suit : « Plus en suiveat les caracteres selon la diversite des » langues cy devant cscriles, semblablement non moins • utiles que plaisantes a regarder, de la main de Jacques » Cellier, deiuourant a Reims, n Void la lisle des 29 alphabets : egyptien, syriaque, sar- razin, romain, hebrai'que, arabe, chaldeeu antique, abyssin, Jacobite , indien, iilyrien occidental , illyrien oriental, grec, autre grec, autre arabe , hebreu devant Hesdras , tuscan, autre idem , chaldaique. Commencement on partie de I'e- ▼angilc de saint Mathieu en armeuien , gothique , grec , babylonien , georgien , hellenic grec. — 258 — phie complete de noire admirable basilique. Nous aliens donner, en leur conservant les litres expli- califs de Cellier , la lisle de ces dessins. 1" Le plant ou parterre de IVglise m6tropoli- laine de Reims. 2" Le grand portal de I'^glise de Notre-Dame de Reims. 3" Le derri6re du grand portal par dedans la dicte 6glise. 4' C6t6 lateral interieur du grand portal aux orgues. 5" Les deux pelils porlaux qui sont aux deux cost6s du grand portal par dedans sonl fails en ceste sorte diff^ranl du grand de moiti6. 6° Portal du cloitre sur lequel sonl les orgues. 7° Les orgues grosses el pelites; aux grosses y a 1832 luyaux, le grand luiau des quelles orgues a 27 pieds de roy et , rolondile , une aulne de Paris. Les petites onl 568 tuiaux. 8° Portal du cosl6 des fons. 1 9° Dedalus (ou labyrinthe ). ■ 10" Le pelpitre (jub6) de la dicte 6glise , la porle duquel esl ferm6e d'une porta de fer. 12" Portrait de I'hostel de S'" Croix, au derri^re du quel el soubz le t^^tre esl inhum6 deffuncl le cardinal de Lorraine. 13° Porlraict du dehors h main dextre de la dite 6glise fcdt^ de rarchev6ch6). Menlionnons encore, comrae souvenirs de Reims, qualre feuiiles r6pr6sentanl « Le lieu ou est la s" ampoule el la chdsse de Si Remy. — 259 — La nomenclalure qui pr6c6tie suffil pour consla- ter toul rinl6r6l que pr6sente pour I'histoire de noire villa TceuvTe de Cellier. Sans lui , bien cerlainemenl, plusieurs parlies principales ou ac- cessoires de la catli6drale qu'il a d6criteselqui onl disparu depuis , seraient conaplfetement inconnues aujourd'hui. N'oublions pas que c'est la plus an- cienne monographie qui exisle de I'^glise de Nolre- Dame de Reims , el que c'esl noire compalriole qui, le premier, a song6 h associer Tart ii ses souvenirs el a laisscr h la posl6ril6 ce t6moignage de son admiration. Rappelons-nous encore que lous ces dessins , qui exigenl de si minulieux d6lails el donl plusieurs sont charmanls , ont 616 lous ex6cut6s a la plume , et on comprendra toul ce que I'ac- complissement de cetle pieuse Idchc dut coiiler a noire artiste de patience el de temps. De beaux dessins repr6sentanl le portail de Notre-Dame de Paris , la S'« Chapelle du palais de justice et les orgues, font suite k la monogra- phie de la ca[h6drale de Reims. Plusieurs feuilles sont consacr6es a des souvenirs de Vincennes , de I'hdtel de villc, du vieux Louvre , ^ de charmanls dessins de fleurs , et h des modules de pendans a aureille , curieux 6chantillons de la bijouterie au xyv si6cle. Puis, nous arrivons a la partie du livre oii Cellier nous a conserve des modules curieux d'inslrumenls de matli6matiques de I'^poque. L'ensemble et les details de l'holom6tre (i; , de (I) L'holomelie servaii a [)reiidie loules sorlcs de hauteurs (.ml sur la lerre qn'au ciel ; il eiail compose de trois regies — 260 — Tastralabe (1) , du cosmolabe (2), en usage alors, sonl traces avec la plus soigneuse precision. Puis I'arlisle nous entraine dans le champ myst6rieux de Vaslronomie , de Vasirologie , do la geomancie (3) et aulres singularilis , comme les appelle notre compatriote dans le litre de son recueil. Enlre autres r6v61alions curieuses auxquelles nous inilie I'auteur , nous citerons Tindication de la place assignee sur le corps liumain aux douze signes du zodiaque. Voici , d'apres les n6cromanciens et les savants de ce sifecle , ou I'astrologie jouait un si grand r6le , comment s'orientaient res signes : le Mlier sur la t6te , le laureau sur le cou , les jumeaux sur les deux bras , le cancer sur la gorge , le lion sur la poitrine , la vierge sur I'abdomen , le scor- pion un peu au-dessous , la balance sur les reins , le sagitlaire aux deux jambcs , le capricorne aux ge- noux , le verseau plus bas enlre les jambes , et les poissons sous la plante des pieds. A la suite des figures cabalistiques donl nous venous de parler, nous Irouvons , ainsi que I'an- non^ait Francois Merlin dans sa d6dicace au roi inobiIes"dont les ourertures et les positions donnaient les trois angles a la fois. (1) (2) L'aslralabe ( ou astrolabe) et le cosmolabe. Ces inslruraenls servaienl surlout en mer pour prendre la hauteur du soleil , du pole, d'une etoile , etc. , etc. (3) Geomancie. Espece de divination par la tcrre. Elle consistait tanlot a tracer par tcrre des lignes ou des cercles par la rencontre desquels on s'iniaginait deyiner ce qu'on desirait d'apprendre ; tantot en faisant au hasard par terro plusieurs poiuts sans garder aucun ordre. ( Encyclopedic de 1778). -H 261 — Henri III , une collection compl^le d'inslruments musicaux avec leur tabula ture et reigles au dessoubz. Celle parlie du recueil forme un lrail6 plcin d'in- I6r6t ou les artistes et les hommes sp6ciaux pour- raient puiser de curieux renseignemcnts. Eneffet, Cellier ne s'est pas born6 h Iransmettre la descrip- tion , la figure exacte des divers instruments en usage de son temps , il a pris soin encore , comme il le dil lui-m6me , de donner la clef, et de noler I'accord et les reigles de chacun d'eux. II est certain que ce travail renferme de nombreux mat6riaux pr6cieux pour TarcWologie musicale et pour I'his- loire de la science de I'harmonie. Au surplus , la liste seule de ces dessins suffira pour en faire comprendre toute I'importance ; clle se compose de : la mandore , le lutli , la viole , la harpe et la flute avec leur accord , diEf6rents modules de tabourins et de trompettes , le hautbois , le psal- t6rion , la vielle , la flute d'allemand , le violon , la cornemuse , le cornet h bouquin , le carillon de cloches par quatre qui , pour 6tre bon , doit dire fa^ la ^ sol , fa; le lambora , espece de cistre , les sonnetles , propres seulement avec le tabourin, I'accord^on , les regales ( esp6ce d'orgues ), la cyna- bale , qui ressemble au triangle actuel , le cistre , la lyre , le clavier pour carillonner les cloches , la guiterne et la flute de Pan. A cetle collection , et pour la rendre plus com- plete encore , notre artiste y a joint : une fantaisie sur orgucs on epinette faicte par M. Cotelay, de la chapelle du roy , et un canon h six parties , intitule : Roue de fortune , dont voici les paroles. Nous soiumes trois chantans Sur la roue de forlune , 21 — 262 - Trois au(res dechantans Sans fascherie aucune, Tenans fort de la luue, Bien dispos de nos corps, Mai garnis de pecune Neanraoins ttius d'accord. Suivent la parlie des trois chantans et celle des trois dechantans. Le livre se terraine par quelques uns de ces tours de force de calligraphie qui etaienl assez i la mode a cette (ipoque; oeuvres minulieuses qui n'ont d'au- tre m6rile que celui de la patience , et ne nous offrent plus qu'un inl6r6t tr6s secondaire. Ces fan- laisies se composent de divers paysages , sujels et ornements traces au raoyen de lignes d'6criture qui remplacent le trail ; singularit6s bizarres qui pou- yaient 6lre fort appr6ci6es au 16^si6cle, mais qui de nos jours seraient bien loin sans doute d'obtenir le m6me succfes. Telle est Tanalyse du livre de Cellier, dent la description d6taill6e fournirail lamaliferedeplusieurs volumes. Toule sui'cinle el loul abr6g6e quelle est , elle suffit cependanl pour faire comprendre I'impor- tance de ce recueil dont chaque page offre au savant et a I'artisle, a I'astrologue , iiramateur de singulariUs un atlrait puissant et soutenu. En le parcourant, on n'esl plus surpris que ce manuscrit de I'un de nos plus anciens artistes r^mois soil class6 parmi les plus pr6cieux de la biblioth6que nationale. REIMS. — IMP. PE P. REGNJBR. SEANCES ET TRAVAUX DE L'AGADEMIE DE REIMS. ANNEE 1849-1850. i^^ance da 91t F^vrler I650. PRESIDEIE DE M. DDBOIS. filaient pr6sen(s : Mgrrarchev6que, MM. Saubinel , Bandeville, Bouch6 de Sorbon, L. Fanart,H. Landouzy, Querry , E. D6rod6 , J. -J, Maquarl , Duqu6nelle , F. Pinon , Aubriot, Ern. Arnould, F. Henriot-Delamotle, Dubois, H. Paris, L.-H. Midoc, Dec6s, Genaudel , Lechat , J. Sornin , Gainet , Pierrel , Forneron , E. Maunien6 el Holleaux , raembres lilulaires ; EtMM. Duchfine, Jourdain Sainte-Foy , de Bonnay el Loriquel , merabres correspondanls. CORRESPONDANCE IMPRIMEE. Recherches sur la dislillation siche du camphora'.e de ehaux , par MM. Gerhardl el Lies-Bodarl. I. 22 — 26/i — Journal des Savants, n° de d6cembre 1849. LECTURES ET COMMDNICATIONS. M- Gainel donne lecture d'une ^tude critique sur les ouvrages de M. Guizot , intitules : Histoire de la civilisation en Europe , Histoire de la civilisation en France. M. Jourdain Sainte-Foy lit des observations philoso- phiques sur le langage. M. Henriot-Pelamolte, h propos d'un article de M. Collignon , ing6nieur , ins6r6 dans la Revue des Deux-Mondes , et relntif aux travaux publics ex6- cut6s en France depuis la revolution de f6vrier , fait connaltre la r6ponse qu'il a adress6e k I'auteur de cet article. M. Mauraen6 execute devanl rAcad6raie des ex- periences relatives h la th^orie des couleurs compie- mentaires. "2(35 Leclui'c dc }\. Jourdaiii SaiiihsFo}. De loutes les branches de la philosophie, uiie des plus int6ressanles dans son objet, une des plus im- porlanles dans ses r^sultals, est celle qui s'applique k r^lude du langage. En effet, le langage est comme le grand reservoir de la sagesse des nalions, je dirais presque de leur philosophie , si par ce mo( Ton n'enlendait ordinairement la combinaison r6fl6chie el logique de plusieurs id6cs qui s'enchainenl el formenl par leur liaison un syst6me lout enlier, Ce n'esl point ainsi, vous le savez , Messieurs , que le peuple pre- cede dons ses operations. Sa sagesse , quand ii est sage, est une sagesse inslinclive , prinie-sautiere comme disail Montaigne; qui a le sentiment et le goiil des choses, plul6t qu'une connaissance profonde el r6fl6chie, qui les perQoil par une intuition imme- diate, el donl bien souvenlelle n'a pas la conscience, C'est bien \h , d'ailleurs, ce qu'exprime le mot sa- gesse Iui-m6me, consid6r6 dans son eiymologie ; sapere ^ avoir gout , d'ou est venu noirp mol savoir. Mais celte vue immediate des choses qui est le ca- racl^re propre de Tintuition , pour n'eire pas r^fle- chie , n'est ni moins claire ni moins cerlaine. El la sagesse conlenue dans les mots du langage humain est quelquefois si haute et si large, elie exct^de lel- lement les limitcs de la sphere inlellectuclle des peoples qui i'onl parie ; elle est tellemenl en dehors — 266 — du ccrcle de leurs id6es ct de leurs senlimenls ha- bituels , qu'elle fournit un argument presque invin- cible h ceux qni croienl que le langage a 6l6 r6v616 primilivemenl h I'homme. I! serait difficile, en effel, d'expliquer sans cela le sens proph6lique el divin d'un grand nombre de raols , comme il s'en trouve dans loules les langues , m6me en celles qui sont le moins culliv6es. D'aulanl plus que si le d6veloppe- ment cl la perfoclion d'une langue suivenl dans leur marche le cours de la civilisation du peuple qui i'a parl6e , la formation des mots donl elle se compose a une dale beaucoup plus ancienne, el coifncide quel- quefois avee les commencemenls de I'hisloire de ce I peuple. On peul done consid6rer certiiins mols du langage humain comme des prismes ou la luraifere ' du ciel se joue . se d6compose el se rend accessible h nos faibles regards. Croyez-vous , par exeraple , Messieurs , que les Romains avaient bien la conscience de ce qu'ils faisaient , quand ils allaienl chercher dans le verbe venire, venir, la racine du raol qui devail expriraer I'id^e de grSce el de pardon , Venia ; ce mot n'est- il pas comme une traduction du mot Messiah, Messie, sous lequel les juifs d6signaient celui qui devail venir apporler aux hommes la grSce el le pardon de Dieu ? Qu'esl-ce que le Messie chez les Hebreux? Celui qui doit venir. Qu'est-ce que le pardon chez les Romains ? Ce qui vienl , ce qui doil arriver dans le lemps voulu. Les H6breux el les Romains se sonl-ils enlendus a une si grande distance de lemps el d'espace pour exprimer par la rafime image une id6e idenlique? Pourquoi I'id^e de grdce el de pardon r6veillail-elle chez les derniers la pens6e — 267 — d'une chose qu'oii attend, el fixail-ellc leuri* regards vers I'avenir? Pourquoi exprimaient-ils par le m^me mol rid6e du mal , el celle du fruit h I'occasion duquel le mal est enlr6 dans le monde ? Malum ne d6signe-l-ll pas h la fois el la pomme el le mal physique ou moral? Esl-ce au hasard qu'il faut allribuer ces coincidences ? Ce serail done aussi par hasard que les Indiens auraienl d6slgn6 du m6me nom Ic serpent el le p6ch6 ? Ces m6mes Indiens avaienl-ils r6fl6chi bien long- temps avanl de composer leur mot poullra qui r6pond & celui de fils, filius dans noire langue , el donl r^lymologie indienne signifie : qui d61ivre de I'enfer ? Pourquoi le fils d61ivre-l-il de I'enfer , plutdt que le pere , plul6l que le fr^re, plut6l que i'ami? Celle 6tymologie est d'aulanl plus frappanle que nous la relrouvons, a peu de chose prfes, dans la langue allemanJe. En effol , les Germains, pour exprimer I'idt'e de reconciliation, seservenldu mot versuhnen qui, Iraduit littSralemenl dans noire langue, signifierail parfilier. En d'aulres leimes, I'idee de reconciliation ou de pardon rappelail h I'espril des Germains Tid^e d'une action qui passe par le flis , el qui nous est communiqu6e par lui. Y a-l-il eu accord entre les Indiens el les Germains? La langue de ces derniers porle , je le sais , des caracl^res nombreux de ressemblance avec celle des pre- miers : el les savants ont cru devoir en conclure une identity d'origine. Mais cetle identil6 suffirait- elle pour expliquer des analogies aussi frappanles que celle donl je viens de vous enlrelenir? Si . de I'ordre puremenl religieux el lh6ologique , nous passons dans Tordre m6laphysique el moral , — 268 — nous Irouvons dans le langage des rapporls qui ne sont ni moins curieux , ni raoins inslruclifs. Vous savez , Messieurs , que le verbe chez les h6breux n'avail point de present. Lorsqu'ils voulaient ex- primer celui-ci , ils 6laienl obliges de se servlr , ou du pass6 , ou du futur , en ajoulant a celle forme un signe qui lui donnait en quelque sorte celle du present. Vous reconnaissez bien li ce peuple privil6gi6 ,- d6posilaire des plus antiques souvenirs et des plus lointaines csp6rances de Thuraanil^ : ce peuple, rappelt^ sans cesse au pass6 par les livres de Moise son l^gislaleur, el pouss6 en m6me temps avec une force 6gale vers Tavenir par les oracles de ses proph6les. Mais celle absence du temps present dans le verbe h^breu prouve du moins que la langue d'un peuple pent, & la rigueur, se passer des signes qui rexprimenl. Or ceci suppose que celle id6e n'est pas essentielle k I'esprit humain. Car toute id6e n6cessaire doit avoir un signe pro- pre qui la repr6sente. Ne Irouvez-vous pas, Messieurs, dans cette particularity de la langue hSbraique une philosophie bien profonde et bien vraie ? En est-il un seul parmi vous qui cnil pouvoir donner une d6finition du present ? Pendant que vous seriez occup6s ci le d6finir, 11 vous 6chapperait et fuirait devant vous. Le present ! C'est k peine si vous pouvez le nomraer : et nos langues reproduisent sous une autre forme et dans un autre genre , ce ca- racl^re de la langue h^braique que je viens de vous signaler. Savez-vous comment les 411emands d6signent l'id6e du present? Leur mot gegenwart se compose de deux mots donl I'un, wart, signiiie attendre , tandis que I'autre , gegen, signifie k Vencontre , — 269 — vis-d-vi^. Ainsi , le mol qui d6signe le present chez les Allemands, offre h leur esprit Timage d'un homme qui se pose en quelque sorle vis-&-vis de quelqu'un ou de quelque chose, el qui I'altend. Atlendre , c'est la , Messieurs , le present de riiomme. Et nous relrouvons dans nos langues , dans la nOtre en parliculier, le m6me fail, la m6me analogic, la m6rae impuissance h nommer le prt^sent. Comment nommer . en effel , un objel qu'on ne peul saisir? Que signifie noire mol present? Eludions-le dans son 6{ymologie , et la , d^composons les 6l6menls qui le constituent. Nous y Irouvons deux id6es unies ensemble ; I'id^e de T^tre, esse, el I'id^e d'une chose qui nous pr6c6de , qui est devanl nous, prce. Ainsi , chez les peuples d'origine latine , comma chez ceux d'origine germaine , le present ne se nomme pas, el le mot qui I'exprime repr6senle I'image d'une chose qui est ou plul6l qui court de- vant nous. Ne Irouvezvous pas, dans eel accord de langues si oppos6es el de peuples si divers , I'indice d'une v6ril6 philosophique bien frappante ? Le caracl^re d'un peupie se manifesle principale- menl dans la maniere donl il con^oil les id6es m6- laphysiques el morales , el dans les mots par lesqueLs il les exprime. Ainsi , il est bien remarquable que les peuples d'origine p6lasgique exprimenl I'id^e de la divinit6 par un mol qui d^signe en merae temps rid6e de vision ou d'inluition : Theos , d'ou le mol latin Deus , qui a donii6 Uiiissance it noire mol Dieu, el qui apparlicnl h la faraille du mol iheaomai , theoro , voir. Que ce soil rid6e de Dieu qui ail pr6c6d6 dansTesprilde ces peuples I'idfie de vision, d'inluition ; ou que ce soil celle-ci qui ait pr^c6d6 I'aulre , ceci 270 est loul-i-ffiil indifferent pour le fond de la ques- tion. Le point capilal git dans le fait de Tanalogie entre res dcnx id^es. Pour exprimcr Tidte de Dieu , lesGermains, au conlraire , emploient un mot qui rappelle I'id^e de bont(_\ Go« , Dieu. Gut, bon. La difference qui existe dans le caracl6re de ces deux branches de peuples ne se reproduit-clle pas d'une manifere bien exacle dans la difference des mots donl rls se servenl pour designer I'idee de la divinit6? Ne Irouvez-vous pas I& , en parlie , IVxplicalion de celte vue clairc , nellc, de celle mani^re precise d'exprimer !es choses qui caraclerisent les peuples d'origine pdlasgique ; comme aussi de celle simpli- city , de cette bonl6 , je dirais presque de celte bon- homie qui dislinguenl les peuples Germains? i Passons mainlenant de Tordre m6taphysique el moral a I'ordre psycbologique et ralionnel. La pen- s^e de riiomme se produil sous Irois formes prin- cMpales : la synlh^se , Tanalyse et la deliberation. L'homme , quand il pense , araasse et unit par la synthese les elements qu'il veut combiner ensemble. Ou bien il deiache, coupe , relranche par Tanalyse les elements qu'il veut decomposer afin de les etudier h pari. Ou bien encore, il compare entre eux les divers elements qu'il a recueillis , afln de choisir ceux qui doivenl determiner en lui une conviction ou une resolution. Eh bien ! Messieurs , ces Irois formes de la pens6e sonl merveilleusemenl expri- mees par trois mots propres h la langue laline , et dont Tun est pass6 dans noire langue. Cogilare designe la pensee synlheiique qui amasse , unit el combine. Putare indique I'analyse qui separe , coupe el relranche ; el enfln le mol pensare , qui est passe 271 dans noire langue , exprime la pens^e qui d^lib6re el refl6(hil avanl de choisir. Je remarqne dans le souvenir trois nuances dis- tincles , dent chacune est reproduile par un mot special. Tanl6t le souvenir est facile , et le fait ou I'id^e qui en est I'objet est lellement familier qu'il sufBt , en quelque sorle , pour qu'il se repr^sente h I'csprit , de lui faire un l^ger signe el de I'appeler, pour ain«i dire , h voix basse. Le mot se rappeler , c'esl-a-dire appeler k soi de nouveau un objel , in- dique parfailemenl celle nuance. Tanl6l , au con- Iraire , le souvenir est plus difficile , el sa raarche est plus lenle. La pens6e ou le fail qu'on veul se rappeler arrive , pour ainsi dire , h I'esprit par des voies soulerraines , longues el d^tourn^es. C'esl le souvenir propremenl dil : venire sub , venir par en- dessous. D'autres fois , enfin , le souvenir se rallache a une affeclion. Ce que Ton veut se rappeler, c'esl un objel aim6. Pour exprimer celle forme, nos p^res avaienl pris de la langue laline un mot , que nous avons eu la raaladresse de laisser p6rir dans noire langue. Se recorder, en lalin recordari , donner de nouveau k son cceur par le souvenir une Amotion qu'on avail 6prouv6e, n'esl-ce pas 1& , Messieurs, un mot pr6cieux el donl nous devons senlir bien des fois I'absence? Je voudrais encore , si je ne crai- gnais d'abuser de voire allenlion , vous faire remar- quer les nuances si gracieuses el si vraies qui dislinguent Vesprit des Fran^ais du witz des Allemands el de Vhwnour des Anglais. Pour avoir ce que nous appelons de I'esprit, il faut que I'Allemand Taiguise, pour ainsi dire, C'esl un esprit lravaill6 , aiguis6 , pr6par6 , el qui, par consequent, manque un peu — 272 — de naturel. Witz , esprit, en alletnand ; toe/ten, ai- guiser. L'esprit anglais a quelqae chose de la mollesse et de la fluidity de I'eau , qui est comrae I'^l^ment de cette nation : il est floltant, capricieux , vague, el souvent insaisissable comme les brouiilards hunaides qui enveloppent le sol C'esl Vhumour. Chez nous l'esprit est quelque chose de l^ger, de p6lillanl , de mousseux , pour ainsi dire , corame l'esprit qui s'6chappe de plusieurs de nos vins ; et je ferais volontiers hommage de I'invenlion de ce mot k votre pays , qui produit nos vins mousseux, et ou a pris naissance un des hommes qui ont le mieux reproduit dans leurs ceuvres l'esprit fran^ais. Ici vous reconnaissez La Fontaine. II n'y a pasjusqu'a ces bons Chinois qui ont voulu aussi faire de la philosopliie dans leur langue. Mais de la philosophie chinoise , vous en avez probable- ment , Messieurs^ une bien pauvre id6e. Maiheu- reusement pour elle , loin de la r^habiliter dans votre esprit , je vais affaiblir encore la mince id6e que vous en aviez d^\h. Vous savez , Messieurs , que la langue chinoise se distingue des aiitres , en ce que celles-ci sont phoniques ou compos6es de sons que les leltres reproduisent par leurs diverses cora- binaisons; tandis que la langue chinoise est gra- phique , c'esl-^-dire que chaque id6e y est representee par un signe particulier, de telle sorle que celui qui salt lire, et celui-la seulenient , connait toutes les id6es qui forment coinme I'intelligence de ce peuple. Eh bien , Messieurs , croiriez-vous que ces Chinois , pour expriraer lidfee de dispute , ou de querelle, repr^senlent deux femmes allach6es en- — 273 — semble dos ados. Vous reconnaissez bien ift, Mes- sieurs, une chinoiserie du genre de cellos que vous avez vues si souvent dans les porcelaines qui nous viennenl de ce pays. Si celle mauvaise plaisanlerie ne nous venail des Chinois , je croirais devoir pro- tester ici conlre elle au nom de tous les maris. Je ne voudrais pas, Messieurs, vous laisser sous I'im- pression que ce fail a pu produire dans voire esprit. II serait conlre le principe d'ou je suis parti en commenfanl , un argument trop puissant, el prou- verail que la langue , bien loin d'6lre I'expression phiiosophique des id^es , les prend quelquefois k rebours , au contraire. Je vous dirai done , en ter- minanl , que les Chinois , pour designer un ami , Iracenl la figure de la pierre la plus pr^cieuse el la plus rare qui se Irouve chez eux. 274 Lecture de M. UlaomeD^. Messieurs , J'ai I'honneur de vous communiquer une exp6rience que je crois nouvelle et de quelque iiil6r6l pour les demonstrations de la IhSorie des couleurs compl6men- laires. On sait que deux couleurs compl^mentaires r^unies produisent du blanc , el on le montre ordinairement dans les cours en faisant usage de deux verres, Tun de couleur rouge, I'aulre de couleur verle , dont les teinles , quoique assez prononc6es , disparaissenl enlieremenl pendant I'inlerposilion simultan6e des deux lames entre roeil et la source Uimineuse. J'ai eu , depuis plusieurs ann^es , Toccasion d'ar- river au m6me r^sullat en me servant de liqueurs colorees , el surlout en faisant le melange d'une dissolution de cobalt el d'une dissolution de nickel , bien pures toules deux el 6lendues d'eau jusqu'a leur donner une intensity de couleur h pen pr6s 6gale. Le rouge-rose du cobalt est compl6tement 6leinl par le vert du nickel, mfime dans des dissolutions concentr^es , et la liqueur mixle reste incolore. On r^ussit d'aulant mieux , bien entendu , que les dissolutions onl 6t6 plus exaclemenl purifi6es : par- fois il reste une lr6s I6g6re leinte jaune brundtre ; mais elle ne laisse aucun doute sur la recomposition de la luml^re blanche. — 275 — Les deux m6laux sont souvent ra6l6s dans les produits de laboratoire, el on s'6lonne alors d'oblenir d'abondanls pr6cjpil6s dans dcs liqueurs presquc in- Golores ; mais on Irouve ais6noenl , par ce qui pr6- cMe, I'explication de celle singulariL. Tous les chimistes qui ont raani6 le nickel el le cobalt relrouveront probablemenl le souvenir de ces fails, d'ailleurs, si faciles h v6riQer. — 276 Lecture de M. Gainot. ETUDE CRITIQUE 6UR l'uISTOIRK DE LA CIVILISATION EN ELROPE, ET SUR L'hISTOIRE de la civilisation en FRANCE , V\f\ U. GUIZOT. J'ai un motif pour r6unir ces deux ouvrages dans une m6me 6tude. Le premier est la preface du se- cond : il en est en m6me temps le compl6ment. L'histoire de la civilisation en Europe , quoique restreinte en un seul volume , est plus complete en ce qu'elle alleint son but, et se poursuil jusqu'au 18* 6i6cle. L'histoire de la civilisation en France, malgr6 ses qualre volumes , n'arrive que jusqu'au 15' si^cle. Ce dernier travail manque de conclusion: on ne fail qu'enlrevoir la pens6e finale de I'auleur. Mais son premier travail la restilue ; on I'y relrouve lout enlifere. J'ai done dii ne pas s6parer ce qui se coraplfete mutuellement. Les appreciations de I'auteur sur les diverses me- tamorphoses , sur les progr^s de la civilisation en Europe , sont nettement accus6es dans le premier ouvrage; mais , dans le second, la pens^e de I'au- (eur se diploic plus a son aise ; il s'attache surlout — 277 — bi fournir ses preuves d'6rudilion el h produire les monuments qu'il a consull6s ; el , pour le faire avec plus d'6lendue , il reslreinl son 6lude b une seule nation , h celle qui , parmi les nations de I'Occident , resume plus fid61ement la civilisation de I'Europe ; celle qui, au jugement de I'auteur, est h la lele du mouvement europ6en , c'est-& dire , la nation frangaise. Je me propose , dans une suite d'essais , de suivre M. Guizot dans Its diverses parties de son long travail. Mais , dans cette 6lude pr6liminaire , je m'en liens h des reflexions g6n6rales qui me semblenl devoir jeler du jour sur les details qui suivront. Et d'abord, jetons un coup d'oeil sur les travaux analogues a celui de Tilluslre professeur. L'id6e de civilisation en reveille mille aulres. II y a tr6s peu d'id6es plus complexes. Une des plus grandes entreprises de I'esprit humain est done de presenter le tableau historique de la civilisation. Cette l^che a 616 entreprise par les homraes les plus 6rainenls des temps modernes. Je ne dirai rien de Vico , le premier en date. Son esprit , 6trangement sysl6matique , a port6 malheur k des apergus tres lumineux. Herder et H6gel ont fait sensation en Allemagne , raais leurs po6mes 6piques ne sont pas de I'histoire. Leur philosophic panlh6isle , et pour cela inintelligible, ne peut avoir Thonneur d'etre comparie h des ouvrages vraiment s6rieux. M. Sch6gel a fait h Vienne sur la philosophie de I'histoire un cours h peu pr6s dans le ro^me temps ou M. Guizot faisait le sien k Paris. L'un — 278 — et I'autre furenl vivement applaudis. Leurs conclu- sions sonl diff6renles. Le professeur de la Sorbonne admet en Europe un progrfes conlinu dans la civi- lisation depuis le x' si^cle. Le professeur de Vienna , au conlraire , voil la civilisation dans les deux derniers si6cles se ralentir , du moins dans ses parlies les plus essenlielles , h mesure qu'un prin- cipe stranger h celle civilisation parait s'y m6ler el la corrompre. Ce principe est ce qu'il appelle un retour vers Tanliquilfi parenne,vers son mat^rialis- rae au prejudice du spiritualisrae chr6lien. M. Guizot voil dans les caractferes du lemps present, presque de roplimisrae , el , pour I'avenir , les plus heureux presages. Noire palrie a 616 assez f6conde en hommes sup6- rieurs qui onl appliqu6 leur g6nie h nous tracer le tableau de la civilisation. J'en trouve qualre avanl M. Guizot: Bossuet , Montesquieu, Voltaire el Chateaubriand. Bossuet a pris !e genre humain k son origine el le suit jusqu'a la chute de Tempire romain. Voltaire a voulu le suppl6er , el saisir les 6v6nemenls tou- ch6s par Bossuel pour les plier a ses interpr6tations sceptiques. Chateaubriand et Guizot onl voulu conlinuer r6v6que de Meaux et le rectifier chacun h leur mani6re. Us Tonl avou6 Tun el I'autre. Le seul reproche qu'on adresse k I'auteur des discours sur Vhistoire universelle , c'esl d'avoir mis les peuples trop direclement sous I'aclion de la Providence , de les avoir enferm6s dans le cercle infranchissable de la volonl6 divine , au pr6judice de la sponlan6it6 du mouvement humain. La pens6e de Bossuel a 616, eu eflfet, de respecter — 279 — dans la Providence le poiivoir de faire aboulir cer- (ains grands 6v(inements ii un lerme qu'elle o pr6vu, el qui s'accorde avec ses desseins , et cela sans vouloir porter allcinte k la liberie individuelle. II n'a pas cru qu'il y eiU la contradiction. Je crois qu'en principe il n'est pas d'une haute philosopliie d'affirmer que riiclion de la Providence sur les grands 6v6nements de riiisloire soil nulle. En fait, il faut an^anlir les proph6lies d'lsaie et de Daniel pour convaincre Bossuet d'erreur. Les diff^rents 6crivains de nos jours qui ont insisle sur celle objeclion , ont en vain essay^ de lui donner des proportions que la raison et les fails lui refusent. Du resle , pour les 6poques (rallies par Bossuel , il est peu a esp6rer qu'il sera remplac6 par quel- que chose de mieux. Son ni6rile d'historien du premier ordre est inccntestS. On peul ralifier ce jugemenl d'un critique stranger : « Bossuet est le plus grand nom des leltres en Europe. » Or , son histoire est le plus beau litre de celle immense reputation. Voltaire 6tait assez puissant pour ne trouver au- cune tache au-dessus de ses forces. Ce ne sont done pas les forces qui lui ont manqufi. C'est la gravitt^ de I'historien. I/histoire du genre humain g6nail le systeme qu'il a cherch6 jusque dans ses derniers jours a faire pr^valoir. Lorsqu'il n'a pu r^ussir k rendre ridicules les traditions g6n6rales, il a essay6 d'en 6branler I'sutoril^. Son;rssai sur les mceurs" qui aurail dii ^tre son principal ouvrage , est k I'histoire ce que la caricalure est h la peinlure. II n'a mis en relief que le c6t6 ridicule des choses et des homraes. Ses r6licenccs sont pires que ses I. 23 — 280 — niensonges. El cependanl , il y a des pages adrai- rables dnns I'essai ; il y a des trails sur l'appr6- cialion de I'hisloire modorne qu'on ne Irouve que ]h. On sent ce que Tauteur du siecle de Louis XIV , de rhisloire de Charles XII et de Zaire , aurail pu faire. II a bless^ sa gloire lorsqu'ii ne croyait al- teindre que la foi des peuples. Le plan de Monlesquieu , dans I'espril des lois, ne paratt point erabrasser toute I'histoire de la ci- vilisation-, mais la mati^re reslreinle s'est (rouv6e si f6conde sous sa main qu'il nous a parl6 dc tout sans faire violence k son sujet; el il a parl6 loujours avec originality etsouvenlavecprofondeur. On a peur d'6tre injuste envers ce grand honime Irop Cfitiqu6, en lui reprochani des divisions et des categories plus ing6nieuses que vraies , quelques principes qu'une saine morale doit modifier ; mais on a oubli6 ces laches lorsqu'on voit comment il sail d6fendre les 6lernels principes de la justice et le respect pour TautorilS , avec cette Eloquence qui fl6lrit les insti- tutions et les lois conlraires h la dignity humaine et k la liberie politique. II a accords k la religion el a la morale, qui en estlecoroUaire, k peu pr6s la place qui leur appartient naturellemcnt parmi les causes qui assurenl le triom- de la vraie civilisation : il I'a fait dans un siecle ou il fallait du courage pour ne pas paraitre ma- I6rialisle. Si Chateaubriand n'avait que ses 6tudes histcriques pour occuper une place k c6l6 de ces horames d'61ite, ce serait lui rendre un mauvais service que de le souraettre a cetlc comparaison Mais ses etudes historiques se compietenl par son g6nie du chrislia- nisme ; avec ce secours il soulienl la concurrence. - 281 — Ce n'est ni Id prtcision (I'line ileinorislralion ri- goureuse , ni des conclusions appuy6es sur urie Erudition ni6thodiquequ'il faut chercher dans Chateau- briand. II connait I'anliquil^ , il connait son histoire nationale ; raais il se serldeces connaissances comine ie vi'ul hi nature de song6nie; il leur donne I'em- preinte de sa vive imagination. Il ne peul pas raconler , il faut qu'il chanlc. Mais il faut avouer que sa muse est all6 s'inspirer h des sources bicn pures, elle est j^all6 ci la source m6me du beau et du vrai , puisque la civilisation chrelienne lui a fourni des accents si sublimes et si path^liques. Du reste , au point de vue ra6me d'une philosophic positive, il a des considerations de la plus haute port6e. 11 s'est done plac6 a cot6 des homraes illustres qui ont rendu leur m6rnoire v6n6rable en combattant pour la verity. J'ai cru d^couvrir dans la pens6e de M. Guizot qu'il aveit voulu prendre une position moyenne entre ces extremes , se placer entre Voltaire et Bossuet, cr6er , en un mot, en conciliant les conlraires, un juste milieu appliqu6 h rhistoire. II 6tait digne de Tun des t^mules de I'tcole 6cleclique, de tenter en invoquant une raison sup6rieure , ou ce que Ton prenait pour elle, de tenter, dis-je , une grande transaction, un trail6 de paix au nom de tons les parti'^, au nom de lous les principes; de faire, enliu pour rhistoire cequeMM. Cousin et Jouffroy faisaienl pour la philosophic. Cette pretention h la neutrality souieve ici une question assez iraportanle : celle de savoir si on peut uppliquer a Phistoire de la civilisation , la m6lhode purement descriptive qu'ou a employee avec succ6s — 282 — dans les hisloires particuli^res. D'apr6s ce syslfeme, on laisse au lecteur seul le soin de Urer la nioralil6 des 6v6nemenls. L'hisforien se pose comme l6moin impartial , jamais comme juge. Je ne contesle pas que celte manifere ail pu avoir ses succfes { MM, S6gur el de Barante en t6moignent : ) raais est-elle dans la nature? Convient-elle h Timmense majority des lecleurs? Ne rabaisse-l-elle pas d'ailleurs la dignil6 de I'hislorien qui , par ses lumiferes et ses graves Eludes, semble avoir acquis le droit, en s'appuyant sur le pass6 , d'averlir I'avenir, droit que le public lui demande d'exercer, pourvu qu'il le fasse sobrement, sans declamation , et avec un profond respect envers la justice t'ternelle. Au surplus, celte promesse de raconler avec indifference est un mensonge contra notre nature ; I'hislorien salt rendre significalif son silence m6me , el de l6raoin devienl loujours avocat. Mais si la m6lhode puremenl descriptive trouve h peine sa justification dans I'histoire parliculifere, que penser de I'hisloire g6n6ralc de la civilisation, qui n'est plus Thistoire proprement dite , mais I'esprit de I'histoire ? C'esl une v6rit6 Iriviale que dans I'hisloire de rhumanil6 les fails ne sont que des enveloppes, c'est m6me \h ce qui I'^lfeve infiniment au-dessus des aulres hisloires. Ce sont done les id6esqui fonletd^font les soci6t6s , par leur pr6sence ou leur absence, par leur v6rit6 ou leur fausset6. Ce sont les id6es qui arr6tent ou pr^cipilent les revolutions. Dans un tel sujet les fails ne doivent parattre que comme supports indispensables des id6es, comme signes ext^rieurs et visibles des revolutions invisibles qui se sont accomplies dans les esprits. - 283 ~ Les formes de gouveniemenl , les inslilulions poliliques , les finances, le commerce el les arts, liennenl une grande place dans I'liistoire de la civilisation. Leurs vicissitudes ct leurs p6rip6(ies y sont la portion saillante , parce qu'elles sonl h la surface; mais derri6re ces fails sont les causes, les puissances qui produisent les faits ; il y a les croyances, les opinions , la religion , la pliilosophie , les su- perstitions, c'est-a-dire cet ensemble d'id6es et de convictions vraies ou fausses , utiles ou nuisibles qui engendrent les moeurs et un 6tal social qui leur corresponde. Or, pour juger toules ces choses , il faut les observer et les interroger au nom d'une autorii6 sup6rieure h la sienne , au nom de ces principes proclam6s par I'immense majority du genre humain; principes qui sont la justice, la foi et la morale g6n6rale. Or, ces principes existent : ils ne meurent jamais dans la conscience des peuples. Et le premier devoir de I'historien , sa principale mission est de ne pas les m6connailre au milieu des passions du moment. L'histoire se refuse h fitre plus sceptique que le genre humain. Or, c'esl dans ce qu'il y a d'6ternel et d'immuable dans la pens6e humaine , dans la tradition , que se trouve la cl6 pour expliquer Thistoire g6n6rale et les lois du d6velop- pement de la civilisation. M. Guizot a la pens6e trop haute pour ne pas rendre hommage & cetle v6rit6 ; et d6s le d6but de son cours il affiche une grande pretention a faire une large part au d6veloppement moral de I'huma- nit6. Cette belle promesse reste sans fruit , il s'en tienl h des apparences. Selon lui , les divers 616menls — 28/1 — de la civilisation europ6enue te reduisenl aux sui- vants. D'abord r616menl romain , r(!!l6ment barbare et r^glise ; plus tard la f6odalil6 , la royaul6 el les communes. Puis enfin, arrivant aux lemps modernes, ces divers 616meiils , apr6s avoir vainement cherch6 chacun pour son compte ^ oblenir la vicloire, s'6qui- librent el s'effacent dans la nation, ou il ne resle plus que deux choses .* ie gouverncmenl et le pays. Ces diverses pieces , il les d<5crit g6par6mcnt avec beaufoup d'int6r6t el benucoup d'art. Nous voyons leur role dans le m^canisme de la politique, leurs combats , leurs victoires el leurs d6failes ; mais il me semble que je n'ai pas vu chez M. Guizot les caracleres essentiels de la civilisalion europ6enne assez nettemenl accuses. Tout ce qu'il nous dit ne nous donne pas la raison d'6lre de celte soci6!6 si profond6raenl di(f6renle de tout ce qui a pr6c6d6 : celte diffi^rence mdme il I'a peu sentie. II lui man- que done quelque chose , il n'esl pas remonl6 assez haul pour le trouver. J'espere en d^couvrir ailleurs le motif. Ainsi il d6cril toujours magnidquemenl le ph6nomene ext6rieur, mais Tid^e lui apparail sou- vent incomplete. J'ose h peine dire d'un 6crivain, au ton si absolu, b la raison si fiere , d'un 6crivain d'une vue si lon- gue el si ferme , qu'il s'est fait un syslferae de ne prendre parti dans aucune des grandes questions qui ont agit^ les esprils dans les ^ges qu'il passe en revue. II n'ose qualifier ni le vrai ni le faux. II a I'air indifferent enlre T^glise et la philosophie , entre le spirilualisme et le sensualisme. On pourrail done croire qu'il manque de crit6rium , qu'il ne sail au nom de quoi juger ; ou plulOt il refuse de pro- — 285 — noncer dans les circoiislances les plus imporlanles. II suit de Ici que sa louange comme son bliime sont souvent sans poft6e. Sa critique est juste le plus souvent dans la rnesure ou il I'exerce , mais elie est tiraide el incomplete. Cette position miloyenne que prend M. Guizot , lui donne les allures dune haulc impartiality : ii semble fuir avec soin Tentrainement d'un z6!e pas- sionn6. Mais on a bientOt reconnu que iui aussi il a abord6 Thistoire avec un parti pris, avec une id6e pr^congue , et que quclquefois , quoique rarement, il fait violence aux foils pour caresser sa pens6e. Sa partie la plus faible , comme 6lude des faits , ce sont les origines du chrislianisme. Partout ailleurs, alors m6me qu'il est faux dans ses appreciations, on le Irouve 6rudit , exact: mais il a un art de grouper les fails , de les presenter sous un jour qui convient a son but et qui produit (out son eCFet. Ses conclusions sont d'ailleurs encadr^es dans des considerations generates et philosophiques qui sont ia partie la plus brillanle de sou talent. Lorsqu'il arrive qu'il d6vie du vrai , et que ces reflexions tombenl de tout leur poids sur un lecteur inattentif, I'erreur est consommee. Si on veut maintenanl se rendre conipte de la physionomie generale de cet ouvrage, la premiere chose qui frappe , c'est le ton grave et s6rieux de I'auteur. Sa manifere de traiter I'histoire est bien digne du sujet qu'il a choisi. Ce qui frappe encore c'est une m6lhode aussi savante que nalurelle, pour disposer ses raalieres, les coordonner sans confusion , le lecteur le suit conslamment sans fatigue et meme avec le plus vif — 286 — int6r6t , et ce qu'il lit prend ais^ment place dans la m6moire. Comme 6crivain, M. Guizol , on le sail, , a loujours une grande 616valion de slyle el de pens6e. II a une rnani^re de peindre h grands trails qui rappelle celle de Bossuel. II a celte plenitude de phrase qui ne nuit pas & T^nergie. Avec moins de pretention que Montesquieu , il a de lui cette perspicacity fine qui dSmt'le dans les fails compares, non seulement le trail le plus caracl6rislique , mais encore ces con- jectures probables el ing6nieuses qui jellenl du jour sur un 6vtHiement ou sur un sifeclc. Malgr6 ses d6fauls, rhisloue de la civilisation de M. Guizot sera longlemps lue avec inl6rel par les horames s6rieux. Le succfes suivra loujours les Iravaux d'un grand 6crivain , d'un 6rudit judicieux , qui met de I'ordre el de la clarl6 dans une foule de pr6cieuses citations. Aux oeuvres qui onl ce caracl^re, une place d'61ile est r6serv(!!e parmi les monuments litl6raires de notre 6poque. C'est pour celte raison m6me que les er- reurs qu'elles renfermenl deviennent plus dangereu- ses el doivenl 6tre signal6es avec le m6me soin que les enseignemcnts utiles qu'elles contiennenl. Voyons maintenant comment M. Guizot aborde son sujet. C'est par une definition de la civilisation ; elle m6rite d'etre remarqu^e. Elle donnera un commen- cement de justification h Tune des assertions qui precedent : « Deux fails, dit-il, sont comprisdans le grand fait » de la civilisation , il subsiste cJ deux conditions, » et se reveie ti deux sympl(>mes : le developpe- » ment de Tactiviie sociale, el celui de I'aclivite — 287 — » individuelle ; le progr^s tie la soci6l6 ci le progrfis de rininianil6. Parlout ou la condition exl6iieiirc » de riiomme s'6lend , se vivifie, s'ara6liore ; par- » lout oil la nature inl6rieure de I'homme sc mori- » Ire avec 6clat , avec grandeur , h ces deux signes, » el souvcnl m6me malgr6 la profonde imperfection » de r^lat social , le genre humain applaudil et » proclame la civilisation. » II ajoule de plus que ces deux 6l6ments s'en- gendrent rtciproqucment, que si I'un des deux pr6- domine, I'tquilibre tend promptement a Ics r6lablir, A part nos rtiserves pour cette dernifere observation, on pent accepter cette definition dans sa gen6ralil6. Or du fond meme de cette definition , M. Guizot fait jaillir un corollaire qu'un esprit s6rieux comme le sicn ne pouvait pas n6gliger el qui aurait du conserver un peu plus d'influence sur toule la suite de son ouvrage. Je laisse I'auleur 'parler lui-m6me , afin qu'on juge en mfime temps ce qu'il y a de beau et de limide dans cette exposition. « Je ne puis pas , dit-il , ne pas poser une ques- » lion que je rencontre ici ; une de ces questions » qui ne sont plus des questions hisloriques propre- » ment dites , qui sonl des questions , je ne veux » pas dire hypoth6tiques , mais conjecturales, des » questions dont I'homme ne tient qu'un bout , dont »^ il ne peul jamais alteindre I'autre bout , dont il » ne pent faire le tour , qu'il ne voil que par un » c6l6 ; qui cependant n'en sont pas moins r6elles , » auxquclles il faul bien qu'il pense , car clles se » presenlent devanl lui, malgr6 lui, h tout moment. — 288 — » De ces deux d6velopperaenls donl nous venous w de parler, et qui consliluent le fait de la civili- » sation , du d6veloppement de la soci6t6 d'une part » et de rhumani(6 de Tautre , lequel est le but? » lequel est le moyen? Est-ce pour le perfection- » nement de sa condition sociale , pour ramSlioration » deson existence sur la terre que riiomme se d^velop- » pe lout enlier, ses facult6s, ses sentiments, ses » id6es, lout son 6lre ? Ou bien ram6lioralion de la » condition sociale, lesprogrfesde la soci6t6, lasoci6t6 » elle-mfime n'est-elle que le thMtre , I'occasion , le » mobile des d6veloppements de I'individu? En un » mot , la soci6l6 est-elle faite pour servir Tindi- » vidu , ou i'individu pour servir la soci6t6? De » la reponse h cette question depend in6viloble- r> ment celle de savoir si la deslin6e de I'homme est >j purement sociale , si la soci^l6 6puise et absorbe » I'homme tout enlier , ou bien s'il porte en lui quel- » que chose d'6tranger , de sup6rieur k son existence » sur la lerre. L'auleur continue : « Messieurs, dit-il, un homme » dont je m'honore d'6lre I'ami , un homme qui a » travers6 des reunions comme les nAtres , pour » monler a la premifere place dans des reunions moins h paisibles et plus puissantes; un homme dont toules M les paroles se gravenl el reslent parlout oii elles tom- » bent, M. Royer-Collard, a r6solu cette question, se- » Ion sa conviction du moins , dans sou discours sur le » projet de loi relatif au sacrilege. Je trouve dans » ce discours ces deux phrases : Les soci6l6s hu- » maines naissent , vivent et meurent sur la terre ; » \bi , s'accoraplissent leurs deslincies , mais elles ne » conliennent pas I'liomme tout enlier. Apr6s qu'il — 289 — » s'esl cngag6 h la soci6l6 , il lui resle la plus rioble » parlie d'^ lui-m^me , ces haules faciill6s par les- » quelles il s'el6ve h Dieu , b une vie future, k des » biens inconnus dans un raonde invisible... Nous, » personnes individuelles el idenliques , verilables » 6tres dou6s d'immorlalit6 , nous avotis une autre » destin6e que les 6lals. » Je n'ajouterai rien , dil M. Guizot , je n'enlre- » prendrai pas de trailer la question m6me, je me » conlente de la poser. Elle se rencontre a lo fin de riiisloire de la civilisation : quand I'histoire de » la civilisation est 6puis6e , quand il n'y a plus » rien h dire de la vie actuelle, riionime se demande » invinciblemenl si lout est 6puis6 , sMl est h ia Gn » de tout? Ceci est done le dernier probl^me el le » plus 6leY6 de lous ceux auxquels I'hisloire de la » civilisation peut conduire. 11 ra« suffit d'avoir in- » diqu6 sa place el sa grandeur. » On voit que M. Guizot ne voudroil pas amoindrir cette question. Il la considfere comme le faite dans r^difice de la civilisation , puisque la des!in6e de I'homme n'est pas purement terrestre , el que des destinies immortelles se superposenl aux destinies p6rissables des 6ta(s. Mais comment se fail-il que dans une question de cette importance, oil le genre humain est si sur de sa croyance , ou le sens commun est si ferme el si unanime, il serable h6siter el ne paraisse opiner en faveur de rimmorlalit6 de Tame et de la destin^e ultrii-sociale de I'homme , que sur la foi d'un homme infiniraent respectable , sans doule , mais sur la foi d'un seul homme? II esl vrai que la question que pose ici M. Guizot n'est pas toul-ii- — 290 — fait idenlique avec celle de savoir si I'^me est immortelle , mais elle I'implique si directement , si puissammenl , m6me selon lui , que Timportance de celle ci jaillit lout enli^re sur la premifere. Qu'il proclame done, sans h6siter , le dogme de rimmorlal;l6 de I'dme comme le pain quolidien de rhumanil6 , et non comme uiie v6ril6 douleuse qui n'ose se montrer, el donl il ne lienl qu'un bout. Qu'il monlre Ics destinies de chaque homme comme de- vant eire respect^es et ro6me favoris6es par toute soci6t6 sagement conduite. Ce n'est pas la une pens6e a 6mettre d'abord , comme un hors-d'oeuvre, sauf & la relrouver, plus tard , comme si elle 6tait 6lrang^re k la conception de I'ordre social , et au d6veloppement de la civilisation. Car, n'est-il pas loujours de la vraie sagesse d'ordonner les choses secondaires en vue des choses superieures jl'accessoire dans son rapport avec le principal ? Or , ce retour vers cette grande pens6e , il le proroet et ne I'exScule pas. Celle v6rit6, on vient de le voir, il I'^conduit poliment. II n'esl arriv6 k I'illustre professeur qu'une seule fois dans son cours de p6n6trer directement dans I'appreciation de I'une de ces grandes questions qui agilenl les esprits dans le cours des ^ges , c'est lorsqu'il s'agil de maintenir les conditions de la liberie de I'homme centre les P6lasgiens et les s6mi- P6Iasgiens : la mani6re lucide et profonde dont il prend part a ce d6bat fait regretter qu'il n'ait pas port6 le m6me esprit et la m^me hardiesse dans une foule d'autres. Parlout ailleurs il se contente de d6crire la destinee ext^rieure des croyances , leurs lutles , jamais leur valeur comme v6rit6 ou comme — 291 — erreur, II reste indifferent en apparence k ce que conliennent ces opinions. Sous la plume de ce philo- sophe si grave et si profond , les couleurs manquenl pour peindre le vice ou la verlu : on ne saurait dislinguer le vrai du faux , le bien du mal. J'aurai plus d'une fois occasion de le prouver. D'ou il faut conclure que M. Guizot a n6gligti , par insuffisance ou par pr6jug6 , le cOt6 le plus sublime de son sujet. Le c6l6bre liislorien a fait une couvre utile h bien des 6gards , raais elle est trop concentr6e dans les int6r6ts raat6riels pour 6tre digne de la majest6 de son tilre. 29ii — Lecluie de M. Ilenriol aiue. Messieurs , M. Collignon , iiig6nieur en chef a Nevers , a public dans la Revue des Deux Mondes un article sur les Iravaux publics. — La lecture de ce travail ra'a engage a lui adresser une lellre dans laquelle je Tentreliens de choses qui int6ressent la ville de Reims, je demande h la Compagnie la permission de lui en donner lecture, j'espfere qu'elle voudra bien accueillir celle communication avec indulgence et bienveillonce. Reims, le 21 f6vrier 1850. AM. Ch. Collignon. Monsieur , 11 y a seulement peu de jours que j'ai lu I'article que vous avez pubii6 dans la Revue des Deux Mondes, du 1" d^cembrc dernier , sur les travaux publics en France depuis la rivolution de fevrier et sur les mesures a prendre pour I'achevement des chemins de fer et des canaux. Membre de la charabre de commerce de celte ville aux diverses 6poques oil elle a 616 appel6e h s'oc- cuper des chemins de fer et des canaux qui int6ressent la ville el le d6parlement, je me suis livr6 avec ardeur et avec goiit i I'^tude des questions qui s'y — 293 — rallachenl , lanl au point de vue des inl6r6ls g6n6- raux qu'ci celui des inl6rels parliculiers. C'est assez vous dire, Monsieur^ lout le plaisir que j'ai pris ^ lire Fexcellent travail que vous avez 'ivrii h la publicil6. I! est difficile de mieux pr6ciser que vous nel'avez fait , ia gravity de la situation faile par la revolution de f6vrier , aux grands travaux publics enlrepris ainsi qu'aux finances de I'Etat. D6lruire et d6sorganiser, c'est chose bien facile. Peu de temps suffit, comme nous I'avons vu, pour amener de grands desastres et produire de nombreuses ruines. Mais r6parer les ra- vages fails par les principes dissoWants pratiques alors , raniraer le travail, r6tablir et consolider les finances de TElat, c'est une ceuvre difficile el laborieuse. Tous les hommes d'ordre sonl d'accord sur la n6cessite de concourir h ce but. Mais dans des circonslances si graves , prendre les meilleurs mo- yens d'obtenir un r^sullat prompt et satisfaisant , ce n'est pas toujours chose facile : les meilleurs esprits se laissent souvent entrainer par des raisonnements plus sp6cieux que solides , et vous avez vu I'Assembl^e Constituanle, dans cette question des travaux publics, sacriQer les vrais principes de I'^conomie politique aux preoccupations d'une 6conomie vulgaire et mal comprise. Honneur h vous, Monsieur , d'avoir voulu 6clairer I'opinion publique , par i'expos6 de vos id6es sur celte question pour laqucUe vos connaissances sp6- ciales vous rendenl essenticllement competent. Comme membre de la chambre des D6put6s , sous le dernier gouvernement , vous avez pris part aux discussions qui ont accompagn6 I'adoplion des — 294 — projels (le loi relalifs aux grandes lignes de chemin de fer, et de ceux qui ont trait aux credits allou6s h ces m6mes lignes , au canal lateral h la Garonne et h celi.i de la Marne au Rhin. Vous avez el6 bien b m^ine de juger les graves inconv6nienls qui r6- sultent de I'^parpillemenl des fonds du tr^sor sur dcs travaux trop nombreux entrepiis en m6me temps. Cetle distribution vicieuse doit n6cessaire- menl rcndre ces travaux plus couteux ; elle en retarde la jouissance , en compromet rachfevement, puisqu'elle mulliplie outre mesure les ateliers de travail sans leur donner une activity suffisante , el cause sur tous les 6l6raenls de I'^lablissement de ces lignes de communication une hausse pr6judiciable en definitive aux contribuables, par le retard qui en r6sul(e dans la mise en valeur des fonds ainsi distribu6s et successivement absorb6s. Le grand vice que vous signalez dans la distri- bution des subsides publics , que la derniere mo- narchic n'avait pas su ou n'avait pas pu 6viter, me parait inherent au sysl6me repr6senlatif. Le gou- verneraent actuel pourra-t-il lutter heureusement contre ce fdcheux inconvenient? J'ai bien peur qu'il ne le puisse pas. Nous le verrons encore ^prouver la pression de ces m6mes hommes que leur ambition ou leur int6ret personnel poussait a ^garer I'opinion du pays sur les questions de travaux publics , comme sur les aulres, et que le gouvernement d'alors eut la faiblesse d'essayer de satisfaire par des concessions failes a ieurs exigences pour des int6r6ts locaux. De 1& , cet 6parpillement des fonds du tr^sor que peut-6tre on pourrait qualifier de gaspillage ; de li, ces mau- vaises directions donn6es i certaines lignes de chemin — 21)5 — de fer, en vue (l4tik^r(Ms parlicQliers , «ii d(!'liimeiil do rin((^r(?t g6n(^ral el des finanres de i'Elal. Tous CCS inconv6nicn(s eussent 6(6 6vil6s lr6s probablcmcnt, si le gouverneraer;t avnit eu la force de risisler a la prcssion des compagiiies financi^res qui se fonneienl sous les auspices de ces exigences, et s'il avail su conserver pour !ui !a construction el ['exploitation de ces grandes lignes. Quoiqu'il en soil , le gouverneraenl provisoire au milieu des grands cmbarras qui Tentouraient, seniit que la question des travaux publics 6lail celle dont il devait se prioccuper , et il essaya divers nnoyens de faire renaitre raclivit6 dans les ateliers aban- donn^s ; mais il ne fut pas heureux dans le choii de ces moyens. Vous avez fail toucher au doigt toutes les er- reurs dans lesquelles i! tomba , par la creation de ses ateliers nalionaux , par renvoi dans la Sologne, d'ouvriers charges d'enlreprendre des travaux d'as- sainissentient qui n'6taienl pas encore studies. Vous avez bien fail ressorlir la contradiclion dans laquelle il lombait , en r6duisant les allocations destinies aux grands travaux en cours d'ex6cution , tandis qu'il gaspillait les fonds de TElal en travaux im- productifs , el qu'il d6cr6tait la construction d'un chemin de fer de Sceaux & Orsay , dont rutilit6 6tail fort contestable , el eelle d'un canal de la Haute-Seine dont les etudes n'6laienl pas encore faites et dont rien ne reclame I'urgence. Si I'Assembl^e Constituante a ramen6 un peu d'ordre dans la gestion des affaires , elle s'esl Iaiss6e 6bIouir par les grands mots d'6conomJe , de rddu*- tion dans les ddpenses. I. 24 — 296 — Elle n'a pas vu que si les principes d'une sage 6conomie pouvaienl recevoir leur application dans certaines branches de Tadminislralion , il fallait surlout s'abstenir d'appliquer les regies ^troiles de cetle 6conoraie ou budget des travaux publics. Elle aurail dii voir, au conlraire, que les fends obon- dammenl fournis Ix ce budget et leur inlelligenle distribution , formaient le l6vier dont elle devait se servir pour ranimer le travail dans toules les bran- ches de ce service, et pour ramener la tranquillity dans le pays avec Tactivil^ dans Tinduslrie. Mais frapper d'une diminution de plus de 7 millions le chapitre des canaux, des voies navigables , c'»!!tail vraiment plus qu'une erreur , c'etait une faute. Reslreindre les travaux publics, c'6tait vouloirfaire disparaitre le travail , c'6tait meltre la S(^curit6 pu- blique en p6ril. Vous avez fait ressortir d'une mani6re 6viden(e rint6r6l qu'il y avail surlout i ne pas rulenlir les travaux cntrepris sur les diverses voies navigabies. Vous avez 6num(ir6 avec v^rit6 tous les services que doivent rendre h Tinduslrie des transports cl aux diverses industries manufaclurieres , rach^vemenl du canal lateral k la Garonne, et celui du canal de la Marne au Rhin , etc., les ameliorations de la Sarlhe, de la Mayenne el de I'Yonne. Je ne pour- rais que r6p6ter en les affaiblissanl toutes les raisons que vous donnez , pour prouver qu'il y a lieu, au conlraire, d'augmenler de 12 millions au moins, I'allocation projel6e pour ces divers travaux. Vous faites remarquer avec beaucoup d'a-propos, que toutes ces enlreprises sonl ariiv6es ci un point d'avance- menl lei, que peu de temps sunirnit pour les lerminer — 297 — si on y cotisacre quelques millions n6cessaires k leur ach^vement. Esl-il raisonnable de laisser improduciif, d'abord le canal de la Maine au Rhin qui a deja cout6 03 millions , quand on pent le finir avec 14 mil- lions , ensuite Ic canal lateral de la Garonne, qu'on peul terminer avec 10 millions, aprts une d6pense se monlant d6ja a 55 millions et ainside suite des aulres lignes navigables en voie de construction ou d'am6lioralion? Evidemment non. Mais j'ai remarqu6 que dans la repartition que vous indiquez pour Tempioi de celte augmentation d'allocations (1), vous avez omis de faire Bgurer le canal de I'Aisne h la Marne. Vous le supposez enlierement lermine , cependanl il n'en n'est rien. Effeclivement, les 13 millions affect6s par un pro- jet de loi special h I'ex^culion de ce canal , onl 6(6 d6pens6s, mais i!s n'ont pas suffi ; la plus-value que la prosp6rit6 publique avait donn6e aux terrains h acqu6rir, la hausse que la grande extension donn6e partout aux travaux publics, avait amende, taut sur la main-oeuvre que sur les mat6riaux de cons- truction, ont rendu les previsions des devis insuffi- santes. Trois millions sent encore n6cessaires pour terminer enlierement ce canal. (1) Yonne Seine Mayenne et Sarlhe. Canal de la Marne au Rhin. . Idem lateral a la Garonne. 2,800,000. i,20o,ooa. 1,776,000, 4,000,000. 8,45,0000. Sadne, Rhone, Adour. . 275,000. Total. . . . » 2, 600,000. -^ 298 — Qu'oii remarqiie bien quelle place ce canal doil tenir dans noire >.ysl6me de voies I'.avigables. — C'esl lui qui est le Irait d'union enlre la navigation de tous les d6parlemenls da Nord cl la vall(^e de la Marne el le canal de la Marne au Rliin. — Sans lui, unc grande parlie des avanlagcs que doit procu- rer la construction de ce dernier canal disparais- sent. — Ajourner la d^pense de 10 millions sur le canal de la Marne au Rliin , el ce'.le de 3 millions sur le canal de I'Aisne a la Marne, c'esl frapper de sl6rilil6 ces deux enlreprises qui oiil d6ja coiil^ 76,000,000, non compris 14 millions depens6s pour ram6lioralion de la Marne. Vous 6les a m6me plus que qui que ce soil d'ap- pr6cier la valeur de ces considi^rolions d'inl6r6l g6- n6ral; raais veuillez me permcllre d'appeler un mo- ment voire atlenlion sur les inl6r6ls sp6ciaux au canal de I'Aisne h la Marne , el sur I'influence qu'il doil exercer sur les principales industries du Nord el de I'Esl de la France. Ce canal doit avoir 58 kilometres de d^veloppe- raent. 2i kilora^lres seuls sonl cnliferemenl terminus et livr6s a la navigation depuis le 25 mars 1848, et font corarauniquer la ville de Reims avec les canaux du Nord. C'esl la branche sud du canal de- vant aller joindre la Marne qni resle h terminer. II faut encore 3 millions , ind6pendammenl de 7 millions d6ji d6pens6ssur cette parlie dans laquelle se trouve le soulerrain non achev6 du raont de Billy. Les relev6s des transports probables sur le canal, 6lablis sur les renseignemenls les plus minulieux re- cueillis par I'adminislralion , portent que les arri- vages pour la ville de Reims , par la voie du canal , se diviseronl ainsi : — '299 — Pour la pailiedu riord, 80,838 (onnes, qui pour la distance parcourue produi- senl I,9i0,ll2 unil6s repr^senlantpour la longueur lolale du canal un chilTre de 33,450 Ion. Pour la parlie du sud, 25,5-27 tonnes, qui produisent 803,918 unites represen ■ lant pour la longueur du canal , l4,895 ton. De plus , les transports parcouranl le canal enlier comme transit entre le canal dc la Marne au Rhin et les canaux du nord devraienl s'elever i 75,560 ton. Ensemble. . . 123,905 ton. Tout porte ci croire que ces provisions seronl d6pass6es, car le canal , mis seulement en eau en mars 1848, a, d('jh en 1849, alteint le chifTre du tonnage prOvu pour la parlie nord et transports du 1" Janvier au 31 d6ccmbre 1849 entre Reims et Berry-au-Bac plus de 80,000 tonnes. Mais lanl que le canal ne sera pas termini, 11 faudra se conlenler de !a navigation de celle branche nord du canal, et on ne devrait compter pour le produil dos 13 millions d6pens6s sur I'ensemble du canal que sur le tonnage de 33,450; landis qu'avec une dSpense nouvclle de 3 millions on obtiendra de plus un tonnage de 90,455 tonnes; c'est-a-dire , que moyennant moins d'un quart de la d6pense lotale, on obtiendra une navigation quatre fois plus importante. Si Ton passe de ces considerations toutes locales k d'autres qui tiennent h des int6r6ts g6n6raux , nous trouvons en premiere ligne celles qui se rat- tachenl a la question des fers. Le sepli^me groupe — 300 — ra6tallurgique de France esl le plus riche el le plus abondant de lous. — Eh bien ! dans le d6parlement de ia Haule-Marne qui en fail parlie , I'induslrie du fer ianguit et succombe , ainsi que vous le failes remarquer ; le haul prix de la houille qui, en 1847, 6lait de 55 h 60 fr. la lonne , n'y permeltail plus la lulte. 31ais I'ouverture de la branche nord du canal do I'Aisne a la Marne a d6j& rnodifi^ ces conditions d'une mani^re assez notable. En effel , avant rouverlurc de celle parlie du canal, la houille de Charleroy dile toiil vcnant valuit h Reims en 1847, 3i fr. la lonne, ce qui avec 17 fr. de prix de transport par terre jusqu'ii St- Dizier , qui esl le point le plus rapproch6 de ce groupe m^loUurgique , la porlait 6 51 fr. la lonne. Maintenant ce charbon vaut 'd Reims 23 fr. ; le transport par terre en porle le prix revenanl in St- Dizier h 40 fr. non compris les frais de d^chargement et !e d6chel qu'il faul calculer a raison de 1 fr. la lonne. Si le canal 6tnil compl6tement terming , et si les bateaux pouvaient arriver aux lieux de destination , la mfime houille ne vaudrait plus, y compris le dSchargemont, que 27 fr. rendue a St-Dizier , et 27 50 rondue h Bar-le-Duc. Les renseignements que fournissent les homracs les plus competenls permetlenl d'assurer qu'une baisse de prix comme celle indiqu6e plus haul doit deter- miner les mailres de forge de la haute Marne , h employer , par nioiti6 , le coke et le charbon de bois pour la fusion de leur mineral. Alors, h partir de ce moment, la fabrication sorlira de son 6lat de g6ne et de souffrance el se ravivra ; une nouvelle 6r« I — 301 — d'aclivil6 et do prosp6rit(^ s'ouvrira pour rinJustrie des fers dans la Haule-Marne, Celle induslrie con- somme en ce moment environ 30,000 tonnes de houille. Nul doute que peu d'ann^es apr^s rouvcrlure de la navigation , la consommation acluelle ne vienne a doubler el qu'clle sYlevera en i)roportion croissanle , en raison du debouch^ considt^rable que procurera aux produits des usines m^tallurgiqucs, une fabrication a prix rd'duils , donnanl en mC-me temps des r6sullals avanlageux aux producleurs. Ajoulez encore a ces considerations, celles qui sont relatives aux transports des fontfs et des fers produits par ces mfinies usines; cellcs qui concernent I'exportalion des C'ir(ia!es des bords si ferliles de la Marne et de fOrnnin, pour les pays du Nord , le transport des bois des Vosges et des produits des salines de I'Est dans ces ni6mes dt^pnrlements, lorsque ces transports pourronl se I'aire avec la m6me 6conomie et sans transbordement. Quelques personncs se sont persuade que la cons- truction de i'embranchement du cbemifi de fer de Paris a Strasbourg dirig6 d'Epcrnay sur Reims, devait devenir un obstacle a racbfevcmcnt de cello branche du canal. Ces personnes se font une bien fausse id6e sur le r6ie que joue chacun de ces deux gen- res de voie de circulation dans I'industrie des trans- ports. — La propri6t6 des voies navigables, c'est r^conomie , a elles les marcbandises lourdes et encombrantes. Celle des voies ferries, c'est la promp- titude et la facility de locomotion , h elles les voyageurs et les marcbandises de valeur. Les voies navigables cr(^ent la richesse dans toulcs les contr6es qu'elles sillonnent , les raills-ways sont cr66s pour — S02 — enlrelenir celle richesse el pour rexploiter. Le rap- prochemenl de ces deux agents de transports donne au travail une excitation puissnnte qui est le r6sultat d'une concurrence profitable au bien g6n6ral du pays ; cette concurrence ne d6g6n6rera jamais en un anlagonisme aveugle qui ne pourrait (Jlre que nuisible i ceux qui cMeraient ix de mauvaiscs passions. Ce n'esl pas vous. Monsieur, ce n'est pas non plus la compagnie de Strasbourg qui adopterait de pareilles id^es. Aussi cette derni^re sait bien que si le canal de I'Aisne a la Marne eiit 6te acliev6 avanl la pose de la voic sur son chemin , elle aurait pu, par suite de rSconomie sur Ic transport , oblenir sur le prix des rails h 6tablir sur les 150 kilomfelres qui s6pa- rent Chateau-Thierry et Bar-le-Duc une dilKrence de 8^ par tonne ; c'titail une notable Economic. La comj agnie sait bien aussi que lorsque ce canal sera lini , la tonne de houille ou de coke lui revicndra, rendue a Epernay par le canal, h 7' meilleur march6 qn'h Paris, aussi a-t-elle donn6 une grande importance h la gare d'Epernay , qui sera le centre de ses magasins d'approvisionnement, pour tout ce qui est n6cessairc a I'exploitation de la ligne enlre Dormans et Bar-le-Duc. En r6sum6, il est de la derni^re Evidence que le canal de TAisne a la Marne est , parrai les Ira- vaux publics en cours d'ex6culion , un de ceux donl Tachfevement est des plus urgent. Je termine cette longue letlre en vous priant de m'excuser, si je vous ai entretenu si longtemps de ce canal , mais il se ratlache si intimement au sys- I6me des voies navigables du Nord el de I'Est de I SL\NCES ET TRAVAUX DE L'AGADEMIE DE REIMS. AN»r££ 1843-1850. iV 12. Seanco dss 6 llarn 1950. PRESiDE\CE DE M. DDBOIS. filaient presents : MM. Bouch6 de Sorbon, L. Fanarl, H. Landouzy, Querry , Max. Sutaine, J. -J. Maquart , Duqu6nelle, F.-L. Clicquol,F. Pinon, Aubriol, Gosset, F. Henriot-Delamolle, L.-H.Midoc, Dec6s,Genaudet, Lechat , J. Sornin , Gainet , Velly , Pierret , Forneron , et E. Maumen6 , raembres tilulaires; Et MM. Charlier et Jourdain Sainte-Foy, membres correspondants. LECTURES ET COMMUNICATIONS. M. Charlier fail connailre quelques r6siiUals d6ji oblenus par la castration des vaches , et enlrelient ensuile I'Academie de I'fipidemie de p6ripneumonie conlagieuse qui affecte res animaux en ce momcnf. I. 25 — 306 — M. Pinon lit un Iravail sur Sepl-Saulx. M. Jourdain Sainle-Foy continue la lecture de ses observations philosophiques sur le langage. M. Maumen6 communique des observations sur une action du chlorure d'6tain sur le sucre ; il d6duitde cette action un moyen pratique de reconnallre la presence du sucre dans les urines , dans la maladie appel6e diabele sucree. — 3G7 - Lpcliire de M. Jourdain Sainte-Foy UKMIIRG COHRESP0NI>ANT. OBSERVATIONS PUILOSOPllIQUHS SUU LK LANGAGE. C'esl surtoul dans le langage que s'empreini le g^nie particulier des peuples. De tous les monumonis qu'ils nous laisseni, il n'en est point qui rendiMit aussi fid61emenl, el qui conservent plus exaclennenl ies vesti- ges qu'ils y ont imprimis. El ce mot monument va me servir iui-ra6me d'inlroduclion au sujel que j'ai h trailer, ou plutdt a continuer ici. Un monument, c'est, comme Tindique T^lymologie de ce mot, un averlissemenl: monumentwn , racine moneo, j'averlis. Cede 6tymo!ogie nous en apprend plus sur la nature el sur le but des monuraenls que les plus longs discours. Nous pouvons conclure de 15 qu'un mo- nument, pour remplir sa vt^rilable destination, doil 6tre un averlissemenl pour ceux qui le voient, et leur rappeler unegrande id6e ou un fait romarquable. LMmagination gracieuse des Grecs se reflate d'une manifere admirable dans leur langue. J'oserais pres- que dire qu'ils ont des mots aussi beaux que leurs plus belles slalues; et que, pour un espril altenlif, leur diclionnaire est comme urjo sorle de mus6e, aussi riche par le nombre que par le prix des tableaux qu'il ronfernie. Pour vous en donner un « — 308 — excmple, jc me conlenterai de vous citer ici leur mot «iO(a/9.-«A>K qui fleuril des deux c6l6s. C'esl par cc mot que les Grecs d6signaient un jeune homme qui a encore son p6re el sa m6re. Connoissez- vous, MM., un tableau qui soil h la fois plus gracieux el plus vrai que celui-ci ? La plupart de ceux qui sonl ici n'ont-ilspasdouloureusemenl 6prouv6 la v6ril6 de celle « expression ?N'avons-nous pas lous senli plus ou moins ^ que noire aime et noire vie poussaient en quelque sorle des fleurs de lous les cOl6s , pendant que nous avions encore avec nous nos parents? Et quand Dieu nous les a enlev6s , n'avons-nous pas senli en nous corame des fleurs qui se fanaient et qui lombaient d6color6es el fl6lries? Les Romains cux-mfimes, quoique plus sages et plus sobres d'inuiges que les Grecs , parce que leur Ame regardail surtoul le c0l6 pratique des choses, les Romains eux-m6mes n'ont pas loujours d6daign6]a grAce dans les mols do leur langue. Leur mot adolescens d'ou est venu le n6tre adolescent, est une preuve de ce fait. Adoleo signifie primitivemenl briiler des parfums en I'honneur de la divinity, et il a lui-m6me pour racine le verbe oleo: exhaler un parfum. Ainsi, pour les Romains , Tadolescence 6tait comme une Amission conlinuelle de parfums, qui r6jouissait la divinil6 elle-m6me. Le mol parlequel ils d6signaient la jeunesse leur rappelait Tid^e d'un aide , d'un se- cours, d'un appui, juvenlus , racine jnvare, aider. Le jeune homme n'est-il pas en effet un aide pour la famille qui I'a 6lev6 el h qui il doit rendre ce qu'il en a regu. Yous connaissez, MM., le culte proverbial de I'Al- lemand pour la femme; Tacite lui-m6mo, ce grand — 809 — observaleur el cet admirable liislorien , a constats celte nuance du caracl^re germanique , en nous disanl que les Germains croyaienl apercevoir dans la femme: je ne sais quoi de divin. Je ne veux point examiner ici,MM., si les Allemands se sonl loujours lenus slriclement vis-&-vis de la femme dans les iimiles d'un cuile puremeni religieux ; et si la r6pulalion de candeur et de simplicity qu'on lenr a faite sous ce rapport n'est pas un peu usurp6e. Je ne parle ici que des Germains dont les descendants pourraienl bicn avoir d6g6n6r6. Tuutes les langues ont altribu6 au soleil le genre masculin et le genre ftiminin h la lune : car partoul on a consid6re le premier genre comme plus noble que le vSecond. Dans la langue allemande , au conlraire, c'esl la lune qui a le genre masculin, et le soleil a re^u le genre f6minin comrae le premier en dignil6; el cette remarque est d'autanl plus frappante que la langue allemande s'esl form6e ci une 6poque oii les Germains, comme tous les autres peuples payens, adoraienl les astres. II y a des mots donl Tabsence dans le langage est une mauvaise note pour le peuple qui I'a parl6. Car si ce mot exprime une id6e morale d'uno grande importance, comme toule id6e n'est pergue par I'inlelligence qu'ci Taide de la parole, d^s qu'on trouve un mot absent dans une langue , on peut en conclure que le peuple (jui la parle ne poss6de pas I'id^e que ce mot exprime. Quelle opinion auriez-vous, MM., d'une nation chez qui n'existerait pas le mot qui correspond c» celui d'/tonneMr ? Consenliriez-vous volontiers i eire con- quis par un tel peuple? Et bien, MM., le mot honneur n'existe pas dans la langue russe. — 310 — Les Allemands onl eu beau faire , malgr6 loiile {a riches.'e el loule la flexibililS de Icur langue , Us n'onl jamais pu y Irouver ou y fabriquer uti mot qui corrcsponde aux nftlres dclicat , delicalesse r el de guerre lasse, ils ont fini par adopter ceux-ci. La pluparl des 6lymologisles , je le sais , font vcnir ces mots de ddicium , d6lice ; el ils ap- pellcnt d61ical celui qui vit dans les d61ices et se laisse amollir par elles. Pour moi , jc ue puis m'erapCcher de voir la racine primitive de celle expression dans le verbe deliqueo ou deliquesco^ pr6- l(5rit dclicuiy se fondre, se dissoudre. La d^licatesse suppose done une cerlaine sensibility, jedirais pres- que une sorte de faiblesse malaJive. ( Vous voyez , MM., que je suis parfaitement d6sint6ress6 dans la question.) 11 y a, en effet, dans la d^licatesse un degr6 et une nuance qui pourraienl sembler incom- palibles avec une ccrtaine exub6rance des forces physiques; ainsi la ferame est plus delicate que riiomme dans I'ordre moral et dans I'ordre physique h la fi'is. Mais, sous ce rapport, la nation frangaise est encore inf^rieure au peuple italien : et noire mot d61icatesse ne rend pas d'une mani6re adequate rid6e que ce peuple exprime par le mot worft/defsza. Ce mot signifie un degr6 plus exquis de d6iicatesse, mais il designe en mfirae temps une sorte de faiblesse qui va presque jusqu'6 la maladie, comrae Tindique son 6lyraologie morbus. Nous avons fait pour ce mot ce que les Allemands ont fait pour le n6tre, et nous parlons aujourd'hui de inorbidesse comme de vrais Italiens. Mais en faisant venir un mot Stranger dans une langue , y amfene-t-on toujours avec lui I'idSe exacle qu'il exprime? c'est une ques- tion dont je vous laisse juges. — 311 — Si de l'6tyraologie des mols d'une languf nous passons h sa structure, c'es(-6-dire h sa grammaire el h sa synlaxe , nous y Irouvons des rapporls non moins inl6ressanls. II y a \h un vaste champ pour un observateur allenlif. Les latins, pour exprimer les diverses relations d'un 6lre h regard des autres , se servaienl du mot diclinaison. Pour eux les substanlifs se d6ciinaienl ; el cliacun des rapporls exprimSs par celle d^clinaison s'appelait cas, c'esl-^-dire chute. Ne voyez-vous pas la, MM., une indication frappanle de la faiblesse , de I'impuissance ou , pour rae servir d'un mot purcment philosophique , de la conlingence des creatures, puisque les sub- lanlifs qui les nommenl ne peuvcnt s'agencer avec d'aulres , sans d^cliner el sans faire comme une chute. II n'y a que Dieu , c'est-i-dire I'eire pur, simple el absolu, qui puisse s'exprimer lout enlier sans d6cIinaison; car il n'a pour se nommer, el pour nommer lout le resle avec lui qu'un verbe qui n'esi pas distinct de son essence. Si des substanlifs nous passons aux verbes , nous Irouvons \h encore une ample mali^re ci nos ob- servations. La ditr^rence qui exisle enlre le substanlif et le verbe consiste, vous le savez, en ce que le premier d6signe simplement I'existence ou I'^lat d'un 6tre ; landis que le second indique une action exerc6e par lui sur les autres, ou sur lui- m6me, ou re^ue des autres par lui. De \h les diverses denominations de verbe aclif, verbe passif, verbe r6fl6chi. Constatons d'abord en passant que les latins se servaient du mot conjuguer pour exprimer les divers modes de cette action. Ainsi, pour que deux 6tres se mettenl en rapport , et s'associenl - 312 — dans line action commune, il faul pour ainsi dne qu'ils s'altachent ensemble au meme joug : de sorle que la conjugaison , aussi bien que la d6clinaison , indique la faiblesse et I'impuissance de la creature. Parmi les verbes, il y en a , vous le savez , qui sont reguliers , landis que d'aulres sont irr^guliers. En quoi consiste la r6gularit6 d'un verbe? comment et pourquoi un verbe esl-il r6gulier ou irr6gulier? La r^gularit6 des verbes tient h la clarl6 de I'id^e qu'ils exprimeut. Si cette id6e se pr6senle a I'esprit d'un peuple avec une grande lucidil6 ; s'il pent en suivre la marche el le d6veloppcraeut jusque dans sesderni^res Evolutions, le verbe qui la d^signe sera r6gulicr dans tous ses temps et dans tous ses modes. II y a done des verbes qui sont essentiellement irr^guliers, parce qu'il y en a qui cxpriment une id^e, une action, un 6tat qui ne pent jamais 6lre perfu clairement par rinlelligcnce de Thomme. Quand nous voulons suivre cette action ou cette id6e dans ses Evolutions, notre esprit trEbuche en quelque sorle: elle nous Echappe ; et ne pouvant plus en suivre la trace, nous eraployons pour la designer des formes qui s'Ecartent de la forme primitive. Aurions-nous, par exemple, la pretention de croire que nous pouvons conjuguer r6guli6rement le verbe qui exprime les divers 6tats de I'fitre? II faudrait pour cela que I'idEe de I'fitre pur fiit pour nous quelque chose de bien clair et de bien precis. Mais r^tre , c'est Dieu , il se d^finit lui-m6me : je suis celui qui suis. L'Etre simple n'a point de modes, il n'a point de temps ; il est 6ternel et immobile dans son infinie majesty. Aussi n'existe-t-il pas une seuie langue ou ie verbe 6tre ne soil non-seulement irr6gulier, mais le — 313 — plus irr6gulier de lous les verbes, el le plus difficile h apprendre. Rappelez-vous , MM., lous les pensums que vous ont valus les verbes etre , esse, einai. Mais ce n'est pas loul ; el duss6-je 6lre ennuyeux h force d'6lre s6rieux , je liens h vous faire ici un peu de philosophic. L'eire se pose en quelque sorle soi-mfime, en Irois lermes bien dislincls. Ces Irois (ermes sonl le pouvoir, le savoir el le vouloir; c'esl ItJ ce qui conslilue I'^tre inlelligenl ou les diverses relalions dans lesquelles celui-ci peul enlrer avec soi-m6me. Puisque nous ne pouvons concevoir par- failemenl Tidfie de I'^lre , il doil done nous 6lre (!igalemcnl impossible de concevoir les acles qui con- sliluenl pour ainsi dire sa personnalil6. Ainsi, MM., ces Irois verbes pouvoir , savoir ct vouloir sonl, corame le verbe itre, irr^guliers dans loules les lan- gues. Nous ne pouvons les conjuguer r6guli6remenl, parce que noire pouvoir , noire savoir el noire vouloir ne sonl qu'un pclle el loinlain reflel de ces m6mes choses lelles qu'elles exislent en Dieu. II en est de m6me du verbe faire. A la rigueur, il n'y a que Dieu qui puisse r^ellemenl faire une chose , puisqu'il n'y a que Dieu qui puisse lui donner I'filre; noire fonction h nous se borne h former ce que Dieu a fait , en le faisunt passer d'une forme h une autre. II y a des verbes donl rirr6gularil6 se produit d'une autre maniere, ct qu'on appelle, les uns d6fec- tueux , les aulres impersonnels , parce qu'ils raanquenl de quelque temps, de quelque mode ou de quelque personne. Nous disons bien il faut , comme les latins disaienl opportet ; mais aucun homme ne saurait dire je faux, opporleo , ce mot est r6serv6 h Dieu. Le verbe aimer est parfaitement r6gulier dans loules les langues ; el j'aurais peu — Mil — d'eslimc, je vous I'avoue, pour un peuple qui ne saurail pas le conjuguer r6gu!i6rennenl. Pourquoi ceKe r6giilaril6, sinon parce que I'idSe que ce verba exprime Bit clairement perdue par tous les hommes, et que lous, ^-peu-pr6s , savenl aimer; c'est ici le lieu d'appliquer ce vers de Boileau : Ce que Ton conQoit bien s'enonce clairement. Aimer est un besoin leileraenl inherent h la nature humaine, que chez plusieurs pcuples leverbe qui ex- prime I'amour a la m6me racine que le mol qui exprime le principe vital; ainsi , chcz les Latins, amareel anima , comme chez nous, aimer et animer, sonl deux mols li6s par une parents ires intime. La mfime analogie se retrouve dans les langues d'o- rigine germaine ; ainsi, chez les illemands, Icben, vivre el lieben, aimer, cl chez les Anglais, live el love. Je constate pour I'honneur de la nature humaine que le verbe hair est irr«igulier dans la plupart des langues. II est m6me d6fectueux chez les Latins; ils ne pouvaicnt pas dire: je hats ou je hdirai , mais seulement: j'ai hdi. Or je trouve que c'est la une admirable precau- tion. Car la haine est un sentiment qu'on ne doit ni Sprouver , ni vouloir 6prouver dans I'avenir; c'est d6j& bien assez d'avoir 6t6 condamn6 k I'Sprouver autrefois. On pourrait done, en consultant le dictionnaire, el en parcourant la nomenclature des verbes irr6gu- liers , savoir d'une manifere assez exacte quels ont 6t6, chez un peuple, les id6es ou les sentiments qui lui ont 6t(^ le moins farailiers. Et quand ou trouve un verbe irr6gulier chez lous les peuples , on doit attribuer cetle irr6gularit6 h un d6faut de proportion entre I'espril humain et I'idSe que ce verba exprime. — 315 — Vous savez, MM., qu'on distingue les vi'rhes en aclifs, passifs el neulres, ou, comme s'expriment d'au- (res grammairiens, en Iransitifs el intransilifs. II y a encore !& mali6rc pour de curieuses observalions. Le verbe exprime une action: loule action suppose deux lermes, Tun d'ou elle part, c'est Tagenl ; {'autre qui la recoil, c'est le patient. Noire Inngue exprime merveilleusemenl le rapport qui exisle enire ces deux termes, en disant que le premier gowerne le second. Le mot transilif n"exprime pas moins dnergiqucment ce qui se passe lorsque Taction dd^'i- gn6e par le verbe est refue directemcnt et comp!6- tement. 11 r6sulte en effet que, dans ce cas, Tagent passe tout entier dans le terme qui regoil son action , et qu'il le gouverne directement , ^ Toppos^ des verbes intransilifs ou neutres qui ne gouvernent leur regime que d'une mani(!;re indirecte, parcc que Tac- tion qu'ils signifient n'esl regue , pour ainsi dire, que de c6l6. Ainsi, lout verbe qui , dans les id^es d'un peuple, 6lablit un rapport direct cl inlime enlre deux 6lres oudeux objets, est aciif ou transilif. 11 n'esl pas une langue ou le verbe aimer, par exem- ple, soil inlransilif ou neulre, parce qu'il n'esl pas, grdce k Dieu, un seul peuple qui ne congoive comme direct le rapport existant enlre celui qui aime el celui qui est aim6. Vous savez ce qu'6tail la servitude ou I'esclavage chez les anciens , el vous concevez que le verbe qui d6signait le service rendu par lesclave h son mailre ne pouvait pas fitre un verbe actif ; on ne pouvait pas servir quelquhm , on servait a qiid- qu'un , servire alicui , famulari alicui. Mais apr^s que le christianisme eut aboli Tesclavage , el relev6 Ic service par la charil6 , it donna au verbe servir la forme active ou transitive. — 316 — Au resle, on peul dire que le chrisliamsme a op6r6 une veritable r6volulion dans le langage humain , mais surloul dans le verbe qui en est la plus haule expression. Avant lui , rhomme n'6tanl pas encore parfailemenl pos6, son action n'avait pas non plus celle fixil6 qu'elle a dii acqu6rir depuis. Elle 6lait, si j'ose m'cxpriraerainsi, d'une contexture plus molle, plus flexible , et se laissait p6n6trer plus facilement , soit par le temps, soit par les aulres influences ext6- rieures. Le verbe, expression de celte action, 6lait& cause de cela plus simple et plus docile. Aussi la plu- part des verbes avaienlau moinsdeux formes, la forme active et la forme passive comme chez les Latins: quelquefois ils en avaient trois comme chez lesGrecs: lis en avaient jusqu'a cinq ou six chez les Indiens. Ainsi, pour ne parler que des Latins, lorsqu'ils vou- laient exprimer une action regue, une simple ter- minaison dans le verbe indiqualt cette id6e : amo , amor. Mais dans les langues formSes par le chris- lianisme , le verbe est plus rev6che, parce que Taction humaine offre plus de r6sistance , et la puissance de I'homme se revele et s'affirme en quelque sorte Ici m6me oil il semble filre soumis au pouvoir et k Taction d'un autre. Analysez , MM., celte phrase: je suis aime ou je suis vaincu. Vousy trouverez trois mots: par le premier Thorame se pose comme per- sonne, je ; par le second il se pose comme existant, suis; et ce n'est qu'aprfes avoir affirm6 son existence et sa personnalit6, qu'il confesse avoir regu Tac- tion d'un autre ou son influence. Dans le verbe aclif, pour exprimer les modifications du temps , les langues chr^tiennes ont recours au verbe avoir. Les Latins disaient: amavi, nous disons:;'aj ae'ffi^^ nousattribuant — 317 — A la fois la personnalil6 , la possession et I'aclion , c'esl-a dire les Irois principaux 6l6menls de la puis- sance. Jusque dans le verbe passif , la longue fran- faise unit ensemble , par une esp6ce de barbarisme ou de sol6cisme, I'id^e de I'filre el de la possession; j'ai eti ', les aulres peuples disent : je suis el6 , k I'exceplion des Anglais qui parlent comme nous sur ce point , parce qu'ils sont avec nous le peuple le plus aclif des temps modernes. Les anciens peuples D'avaientpas besoin des verbes auxiliares ; ils faisaienl fl6chir le verbe a volonl6 , mais il n'en est plus ainsi ; el nous ne pouvons parler sans avoir recours aux verbes qui nous rappellent notre dignit6 el nos plus beaux litres de gloire. — 318 — Lecliipc dc M. Pinon. ARCHEOLOGIE. SEPT-SAULX. Les voyagcurs qui Iraversenl aujourd'hui la vall6e qui s'^lend depuis Sillery jusqu'ci Billy , en allanl de Reims a Chalons , sonl loin de se douler en voyant se dSrouler devanl eux de vastes plaines couverles de champs bien culliv6s, k leur droile des c6(eaux pitloresques oil croissent la vigne et de vigoureux arbusles , que celte campagne , enrichie des lr6sors de la v6g6lation , 6laJt autrefois deserle el sl6rile ; qu'il y a bien des si6cles, de vastes forfits couvraienl celte immense surface , forfits habil6es qh et 1^ par quelques mis6rables bucherons ou de pauvres char- bonniers , ainsi que nous le rappellenl les noras des villages des Peliles el Grandes-Loges ; que , post6- rieurement , ces plaines devinrent nues el incultes ; que le farouche Attila y campa avec ses barbares et qu'cUes virenl longtemps les hordes 6trang6res s'y 6ballre , ravager les ch6tifs produits du pauvre villa- geois, et ne laisser sur le sol que ruinc et mis6re. Telle a et6jadis la situation d'un pays qui pr6senle aujourd'hui an aspect aussi rianl qu'anira6. — 319 — Apr^s avoir lravers6 Beaumonl-sui-Vesle et avanl d'arriver au village des Peliles-Loges . on distingue au loin, sur la gauche, au milieu des poupliers el des saules qui lui setvcnl de coinlure et lui donnenl on air pilloresque , un village b^li sur les bords de la Vesle. En avant des maisons de ce village , on aper^oit les restes d'une lour ronde , d6manlel6e , qu'un arch^ologue ne peul voir sans 6prouver le besoin de la visiter; car,aux yeux de I'anliquaire, les restes , quels qu'ils soienl, d'un monument d'une 6poque re- cul6e , prennenl un caractfere grandiose qui efface et rejette dans Tombre tous ces pauvres Edifices moder- nes qu'on dirail fails pour des voyageurs d'un jour. A Taspecl d'un monument en ruine , T^me s'6pure et s'aggrandil; les id6es s'61argissent sous I'impres- sion d'un coup d'ceil r6trospei;tif ; on arrive souvenl h regretter celte 6poque d'amour el de foi ou tout le monde aimait les arts, ou tout le monde 6tait artiste, et oil chaque Edifice religieux qui s'61evail 6lail une hisloire de Part. Voyez ! quel silence ! quel neanl dans le sein d'une 6glise , seul monument d'ou la vie soil absenle. Ses habitants , ses arbres , ses feuillages , sonl de pierre , I'ombre y descend par les ogives , parcourt lenlemenl l'6lendue el s'^loigne sans que nul regard ail vu I'absence de la lumifere ; le temps y passe sans que rien le sentc passer , la marche des heures n'y 6veille pas un seul mouveraenl, le souffle des vents ne fail pas soulever un coin des denlelles de pierre. On ne peul se figurer cetle grandeur de la solitude , ce monde d'immobilil6 , celte immensity de I6nfebres uniformes el glac6es.. . . Mais dirigeons-nous vers le village el voyons ce que nous rappelle celte lour f^odalc , bdlie en avant de I'^glise comrae une — 320 — senlinelle avanc6e pr6le a d^fendre la maison du Sei- gneur conire les profanes el les barbares qui , & celle 6poque , neproc6daient que par I'incendie et le pillage. Le nom de ce village est Sept-Saulx. II doit ce nom h sept saulx(l) qui se trouvaient piant6s sur la rive droile de la Vesle , k I'endroit mCme ou ron con- struisit les maisons qui y existent ; il 6lait autrefois un fief dependant de rarchev6ch6 de Reims- L'ar- chev6ch6-duch6 de Reims se composait de sept chd- tellenies , savoir : le fief mouvant du chateau de Porte Mars , la chdlellenie de Cormicy , celles d'Altigny , de Sept-Saulx , de B6lheniville , de Courville , de Nogent-laMontagne et de Chaumuzy (2). (1) Saulx est I'ancien nom du saule : ce mot est encore en usage dans beauconp de Tillages. (2) Ces differentes chatelleiiies se subdivisaient comme suit : Fiefs mouvants du chateau de Porte Mars, La maison et le revenu temporel du grand archidiacone de I'eglise de Reims. Le doraaine et revenu temporel de la prcroste de ladite eglise. Le domaine et revenu temporel du doyenne. Le domaine et revenu temporel de la cbantrerie. Le domaine et revenu temporel de la tresorerie, Le domaine et revenu temporel du Tidame. La lerre et seigneurie de Chimery-sur-Bar , avec ses depen- dances. La terre et seigneurie du Glerc et Torey , pres Sedan. Le fief de Bezannes et les fosses qui I'environnent. Le chateau de Taissy et ses dependances. La maison , terre et seigneurie de Beaumont , autrement lo Clicquet de Taissy. La seigneurie et vicomle de Puisieulx. * La forte maison de Sillery. Un fief audit lieu de Taissy , qu'on nommait anparavant de Thuisy les Maigneux. Le fief de la panneterie de Reims. La terre el seigneurie de Launoy en Portien. I — .V21 — l.os firchevCques dc Reims porl^rerU le lilre do comle el piiir d(> France pendant plusicurs sit;cles ; cc fiit Louis VII qui erigea le pays r6mois on duelled. Des lors Ips archevc'iqucs prirenl Ic lilre de due, qu'ils conserv^renl jusqu'& la fin du xvnr siecle. A ce sujet , qu'il me soil permis une pelile digression hislorique. I.e liel de la Molle sis aiulit Laiinoy. La iisaison de CoiirlaiKy et dependanccs , enlic les [lorlcs de Vesle et Flechanibaull. La lorte maison , lerre el seigneuiie de Muire. La moitie de la terre et seigiieurie de Monlbrel. Le fief des Maisrieux-lezReiius. Le fief de la Haute Maison , sis a AguiUecourl. Le fief de vingt-quatre sopliers de froineiit et vingl-qiialre sols a prendre sur la vicomle de Reims par le chapitrc. In fief de cent sols parisis sur la vicomte. Le portage 1° de porte de Ceres , 2" de porte de Vesle , 3" de porle de Mars , 4° de porte Bazee , 6o de la porte aux Perrons , 6° le portage de Saint-Nicaise. Fiefs mouvants de la chdtellmie de Cnrmicy. La lerre et seigiieurie d'Aguilcourt. La forte maison , tcrre et seigneurie de Sapigneul , avec le lief de Jean Ic Gros, Un autre fief a Sapigneul. Un fief sis aux Maisneux , detenu par Ic seigneur de Gueux. Le fief de Menueville. La maison, lerre et seigneurie de Variscourt. Le fief el seigneurie du Godart. La Neu\ilIe-lez-Cormicy. Mouvance de la chdlellenie d'Attiyny. La forle maison , moulin et dependances 2>\ — Lecture de M. iTIaiiiueiie. SUK LIN KfiACTIF NOUVEAU POl'K l.A lUCCHEUCUE DU SUCRE DAINS LES LIQLIDES. Les chimisles .«onl parvenus a indiquer plusieurs proc6d6s converiables pour la recherche du sucre dans les liquides, m6me dans les circonslances singulieres de la maladie du diab^le. Malhcureu- sement aucun de ces proc6d6s n'esl encore d'une execution assez simple pour 6lre ais6ment adopfe par la pratique m^dicale. Un de nos habiles con- freres, M. le docteur Landouzy, m'ayant exprim6 loul rinl6r6l que trouveraient les praliciens a poss(?der un papier reaclif , capable d'indiquer la presence du Sucre dans I'urine , j'ai d6duit de recherches aux- quelles je me suis livr6 pendant plusieurs anodes une r^aclion nouvelle ou se Irouve, je crois. une solution lr6s simple de ce difficile probl6me. — Je puis offrir aux chimistes , auxm6decins, aux industriols un papier ou plut6t un lissu r6acllf, au moyen duquel on discerne , en un instant , rexislcnce des plus minimes quantit6s de sucre. L'.iction du chlore sur le sucre n'est pas connue: Chenevix, en faisant passer un courant do chlore dans une dissolution do sucre, reconnul la t'orma- lion d'acide chlorhydrique et d'un acide incrislalli- — 332 — SiiMe, qui liii pnrul <^tro tie I'acide mnliqne. Priestley el liouillon-Lagrange onl observe que les diversos esp6ces de sucre n'absorbenl le chlore huraide qu'avec beaucoup de lenleur, et se converlissciil , eii d6gageanl de I'acide carbonique, eii une malifere brune qui relieni de lacide chlorhydrique. Suivant Liebig , le chlore sec n'exerce aucane action sur le sucre sec. On sait encore que Tacide chlorhydriiiue , k I'aide de Is chaleur, change le sucre en une pdte noire 6paisse, qui , lav6o a I'eaa, donne une poudre 16g6re d'une couleur brun-noir, J'ai fail un grand nombre d'exp6riences dans Tintention d'6claircir Tobscuiitfi qui r^gne sur re sujel, el dans une prochaine s6ance , j'aurai I'honneur de presenter a I'Acaderaie les r6suUats de mon travail. Aujourd'hui , je dcmande seulemenl la permission d'tn detacher une remarque, donl I'application k la lh6rapeutique paryitra , sans doule , imporlante. Conlrairemenl a I'asserlion de Liebig, le chlore sec agil sur le sucre sec, m6me & la temperature de 100 degr^s. II agil h froid au boul d'un temps plus ou moins long, et , dans lous ics cas , il donne une matifere brune en parlie soluble dans I'eau , un caramel, d'un noir brillanl, lorsqu'il est dess6ch6. Ce que le chlore occasionne avec une facility vraiment remarquable , les chlorures eux-m6mes , les perchlorures, le font avec une 6nergie aussi grande ou m6me plus grande. Abandonne-l-on une dissolution de sucre el de bichlorure d'^tnin a I'^vaporation spontan6e , dans les conditions ordinaires? Bient6l le melange brunit, preiid une couleur de [)lus en plus fonc6e, et au — 3;^3 - boul d'uii an ou dix liuil mois par exiiiiple, !«e (rouve changd' on une gel6e consislanle (run noir 6clalani. — Le m6me r^siillal s'oblienl beaucoup plus vile en faisant 6vaporer la dissolution. Si Ton emploie le bain-marie, le melange se dess^che sans changer de couleur; ce n'esl qu'a 130-150 degr^s environ que le sucre se decompose el noircil loui h coup. Le bichlorure d'6lain peul 6lre remplac6 par le bichlorure de mercure , le chlorure d'anlimoine, elc. Tons ces corps agissenl sur le sucre a !.i mani^re des substances avides d'eau ; ils d^terminenl la d6shydralation et la formation d'un caramel plus carbon^ que le caramel ordinaire. Pour aujourd'hui, je demande la permission -le n'cnlrer dans aucun detail analylique ; j'aurai I'hon- neur de fnire connailre dans un Ires prochain memoire les propritt^s et la composition de ce caramel en m6me temps que beaucoup d'autres fails pass6s ici sous silence. Mais je dois ajouter que tons les sucres se com- porlent avec les chlorurcs comme le sucre de cannes ; tons tl-prouvent la d6sh\dratation dont le produit brun-noir est le terme final. — Ce n'esl pas tjut ; comme on peut le soupfonner, les mati6res dont la composition esl analogue a cclle du sucre et peul se repr(^sen(er, ainsi qu'ellc-meme, par du < harbon el de I'eau, subissent aussi le m6me genre d'all6ralion. Le iigneux, le chanvre, le lin, le papier, la f(!!cule, I'a- midon, etc., etc., sonl dans ce cas. De tous ces fails r6sulle la connaissance des conditions oil Ton doit se placer pour oblenir un papier, disons micux , une lame i^olide, i.n tissu rev6lu d'un r6aclif propre ii d^celer la prc^ssence du sucre. — Supposons ponr nn moment une lame — 334 — solitle, iiiall6rable par le chlorure d'6tain , mfme h nnc haule tempera lure; couvroiis celle lame d'une couclie yaches de M. Oudin , lesquelles regoivenl une » nourrilure analogue h celle que vous donnez aux » vCtres aj Analyse faite en fevrier 1850. Analyse faite en octobre 1 848. § = ^ ^-B ( La mime vache. ) 1 Beurre 3,250 \ ^-S Beurre 4,908 1 2 Caseum et sels | 7,260 ™^ Caseum el sels ^ 10,428 I insolubles. . 4,000 J .|| insolubles. 5,520 i I Lactose et sels solubles. • i | Lactose et sels > Ea„ . 23 solubles. . . . 4,725 o o re .^ ^'Eau 84,847 Analyse du lait (les vaches de S . , ,.. , , .„,„ 7l/_ Oudin, 2 = Analyse fatte en octobre 1848. ai Cultivattur k Reims. us i Beurre 3,880 ) ff f^eurre 4,2001 ^ Caseum el sels ( 7^595 § J" Caseum et sels > 9,200 I insolubles. . 3,715 ) || insolubles.. 5,000 \ I Lactose et sels if* Lactose et sels > solubles . . . 5,433 « I solubles. . . 4,000 Eau 86,970 |" Eau 86,800 » En neconsid6rant que les chlffres r6unis du beurre » el du caseum, pour chacune des analyses, el compa- » rani chacune de ces soraraes enlre elles , on re- » marque que le lail de la vache caslr6e en octobre » 1848, el analys6 avanl I'op^ralion, esl louU fail » comparable , pour la composition , £1 celui fourni » par les vaches deM. Oudin , puisqu'il n'y a qu'une » difference d'un vinglifeme environ ; mais si on » compare ce m6me lail , produil avanl rop6ration , >3 k celui de la m6me vache, mais analyst l6moi» — 3/i2 — « apres la castralioii, on Irouve la difference 6norme » d'un tiers en plus pour ce dernier. Enfiii , en » comparanl colui-(i au lail de la vache caslr6e « de 8 mois , donl I'analyse ful faile en oclobre - 1848, on remarque une difference d'un 9° h I'a- » vanliige du premier. » Comme il est presumable que la proportion du » beurre el du caseum doit etre croissanle pour le » lait des vathes castrees, ainsi que cela a lieu pour » le lail de celles qui ne le sonl pas, h mesure )) qu'on I'observe a des epoques plus eloignees du » pari, la difference qui exisle enlre les quanlites « des produils de ces deux derniferes analyses pour- » rail eire ainsi expliquee. » Celui des produils les plus inieressants du lait, » sous le point de vue 6conoroique, qui parail ac- » qu6rir la plus grande augmenlalion, par Tiniluence » qu'exerce la castration, c'esl le beurre. 11 vous » suffira de jeter un coup d'oeil sur le tableau des » analyses ci-joinl , pour vous en convaincre. » Les chiffres que presenlenl les analyses que je » vous donne , sonl le produit d'une moyenne re- )j tiree de deux operations, pour chaque echantillon. » Je desire, Monsieur, que cette communication » vous offre lout Tinierei quelle a pour moi. » Je saisis celle occasion , Monsieur , pour vous » adresser mes remerciem