LEÇONS SUR LA PHYSIOLOGIE ET L'ANAÏOMIE COMPAREE DE L'HOMME ET DES ANIMAUX. rar - 1Sl _ imprimerie de E. Martinet, rue Mignon, 2. S77' ô ni ù>3 LEÇONS a SUR LÀ PHYSIOLOGIE ET KANATOMIE COMPAREE DE L'HOMME ET DES ANIMAUX FAITES A LA FACULTÉ DES SCIENCES DE PARIS PAR Dl. HIIilVE EDWARDS C m .L.H., C.L.N., CE. P., C.C. % Doyen Je la Facullé des sciences de Paris Professer au Muséum d'Histoire naturelle; Membre de l'Institut (Académie des sciences); des Sociétés royales de Londres et d'Edimbourg ; des Académies de Stockholm, de Saint-Pétersbourg, de Berlin, de Kùnigsberg. de Copenhague, d Amsterdam, de BruxellM, de Vienne, de Hongrie, de Bavière, de Turin et de Naples; des Curieux de la nature de 1 Allemagne , de la Société Hollandaise des sciences , de 1 Académie Américaine; De la Société des Naturalistes de Moscou ; des Sociétés des Sciences d'Upsal, de Gottingue, Munich, Gotçnbourg, Lié». Somerset, Montréal, nie Maurice; des Sociétés Linnéenne et Zoologue de Londres; * 'de l'Académie des Sciences naturelles de Philadelphie; du Lycium de New-York; des Sociétés Eutomologiquesde France et de Londres; des Sociétés Anthropologique de Londres, et Ethnologiques d'Angleterre et d'Amérique ; de l'Institut historique du Brésil; De l'Académie impériale de Médecine de Paris; des Sociélés médicales d'Edimbourg, Je Suède et de Bruges; de la Société des Pharmaciens de l'Allemagne septentrionale ; Des Sociétés d'Agriculture de France, de New-York, d'Alhany, etc. TOME HUITIÈME shSh PARIS VICTOR MASSON ET FILS PLACE DE l'ÉCOLE-DE-MÉDKC.INE M DCCC LXIII Droit de traduction réservé. LEÇONS SUR LA PHYSIOLOGIE ET L'ANÀTOMIE COMPAREE DE L'HOMME ET DES ANIMAUX. SOIXANTE-SEPTIÈME LEÇON. Conséquences du travail nutritif.— Production de chaleur. — Causes des différences dans la température propre des Animaux. — Influence de la transpiration sur la faculté de résister à une chaleur excessive de l'air. — Vertébrés à sang chaud; Animaux hibernants. — Influence du froid sur les enfants nouveau-nés et les autres jeunes Animaux à sang chaud. — Influence de l'activité musculaire, du sommeil, etc., sur le développement de la chaleur. — Influence du système nerveux. S 1. — La plupart des transformations chimiques de la La production «J r i * de chaleur matière organique dont l'étude nous a occupés dans la dernière est une 01 *■ conséquence Leçon, sont, comme nous l'avons vu, des conséquences plus ^ ia 7 coinbuslion ou moins directes de l'introduction de l'oxygène dans l'éeo- piiydokwe. nomie animale par l'acte de la respiration. Cet élément com- burant, puisé dans le milieu ambiant et porté par le fluide nourricier dans toutes les parties de l'organisme, s'y fixe sur les matières combustibles qu'il y rencontre et les brûle d'une manière plus ou moins complète. vm. 1 NUTRITION. Or, toute combustion de ce genre est accompagnée d'un cer- tain dégagement de chaleur. Par conséquent, tout être animé, par cela seul qu'il respire, doit être un foyer calorifique, et la production de la chaleur animale, qui est si facile à constater chez l'Homme et les autres Vertébrés supérieurs, doit dépendre en totalité ou en partie de cette combustion physiologique. Telle fut, en effet, l'explication que l'illustre Lavoisier donna de ce phénomène, dès qu'il eut constaté le grand fait de l'ab- sorption de l'oxygène et de la production d'acide carbonique parles Animaux qui respirent; et cette théorie est certainement l'expression de la vérité, bien que la source de chaleur qu'elle signale puisse ne pas être la seule qui contribue à élever la température de ces êtres (1). (1) Avant la découverte de la na- ture du phénomène de la combustion, découverte dont j'ai rendu compte dans une précédente Leçon (a), on ne pouvait avoir cpie des notions fort vagues sur les causes de la chaleur animale, et pendant longtemps il régna à ce sujet des opinions qui aujourd'hui ne méritent pas la discussion. Ainsi les anciens attribuèrent la température propre dn corps de l'Homme à une chaleur innée qui se communiquerait du cœur au sang (6). Vers le commen- cement du xvn e siècle, Van Ilelmont combattit cette hypothèse, mais il n'y substitua rien de satisfaisant, et il crut pouvoir expliquer la chaleur animale par la production d'un esprit vital qui se développerait dans l'intérieur du cœur (c). Descartes , adoptant des vues analogues, l'attribua à une fer- mentation du sang dans les cavités du cœur (d). Sylvius la considéra comme due à une action ou à une effervescence produite par le contact du chyle et de la lymphe, et il sup- posa, avec les anciens, que la respira- tion servait à emporter la chaleur ainsi produite (e). Plus tard, Steven- son s'approcha davantage de la vé- rité, en considérant la chaleur animale comme étant due aux transformations que les humeurs de l'organisme et les aliments subissent sans cesse dans l'intérieur du corps (/) ; et Hamberger compara ce phénomène à l'espèce de combustion spontanée qui se déve- loppe dans les amas de fumier (g). Enfin Mayovv en conçut une idée plus juste, lorsqu'il supposa que la ma- tière désignée sous le nom de prin- cipe nitro-aérien de l'air produit la (a) Voyez tome I", page 400 et suiv. (b) Voyez Haller, Elementa physiologiœ, lib. vi, t. II, p. 287. (fj Van Helmont, Traité de l'esprit de vie nommé archée ((Euï'rcs, trad. de Leconte, p*. I 85) (d) Descartes, De la formation du lœtus (Œuvres, édit. de M. Cousin, t. IV, p. 437). \e) Sylvius, Disput. med., cap. vu. (f) Stevenson, Médical Essays, t. V, 2° partie, p. 800. (g) Hamberger, Plujsiologia medica, 1751, p. 24. PRODUCTION DE CHALEUR. Quand je parle des découvertes de Lavoisier, j'ai toujours peine à ne pas dire combien est profonde l'admiration que son génie m'inspire. Dans nos écoles, on ne manque pas de le signaler à la reconnaissance publique comme le fondateur de la chimie moderne, science qui depuis un demi-siècle a con- tribué plus que toute autre à l'agrandissement des connais- sances humaines ; mais on ne lui rend ainsi qu'une justice chaleur en s'unissant au sang dans le poumon et en déterminant dans le fluide nourricier une sorte de fer- mentation comparable à celle dont naît la chaleur dans une combustion ordinaire (a). D'autres physiologistes substituèrent à ces hypothèses chi- miques des explications mécaniques, et attribuèrent la production de la chaleur animale au frottement du sang contre les parois des vaisseaux dans lesquels ce liquide circule, ou à d'autres causes analogues (6). Tout était donc incertain et obscur, lorsque Lavoisier, rapprochant entre eux les phénomènes de la combustion dans un foyer inerte et ceux delà respi- ration dans les poumons d'un Homme ou de tout autre Mammifère, fut con- duit à considérer cette fonction phy- siologique comme une véritable com- bustion, et à attribuer à cette coni h us- lion le développement de chaleur qui maintient la température du corps de ces êtres au-dessus de celle de L'at- mosphère. Ses vues à ce sujet furent développées successivement dans les beaux mémoires qu'il publia vers 1777 (c) : aujourd'hui elles sont géné- ralement admises dans tout ce qu'elles ont d'essentiel; mais pendant long- lemps elles ne furent pas adoptées partons les physiologistes, et quelques- uns de ceux-ci cherchèrent à expliquer la production de la chaleur animale par l'action du système nerveux, tandis que quelques physiciens se deman- dèrent si elle ne serai l pas due au jeu des forces électriques ; enfin des hypothèses mécaniques curent aussi leurs partisans (r/). Nous examine- rons bientôt comment l'action ner- veuse agit sur la température du corps, en influant sur les conditions dans lesquelles la combustion vitale s'opère, et nous aurons à chercher si d'autres actions chimiques ou phy- siques ne concourent pas à développer de la chaleur dans l'organisme ; mais je dois dire dès ce moment que la théorie lavoisienne, considérée non dans ses détails, mais dans son es- sence, me paraît être l'expression de la vérité, et rendre compte de tout ce qui est fondamental dans ce phéno- mène. (a) Mayow, Trartatus, p. 151 et suiv. (b) Boerhaave, Éléments de chimie, t. I, p. 213. — Haies, Hémostatique, ou statique des Animaux, p. 7G. (c) Lavoisier, Expériences sur la respiration des Animaux et sur les changements qui arri- vent à l'air en passant par leur poumon (Mém. de l'Acad. des sciences, 1777, p. 185). — Mém. sur la combustion en général (loc. cit., p. 592). (d) Winn, On a Remarkable Property of Arteries considered as a Cause of Animal Heat {London and Edinburgh Philosophical Magasine, t. XIV, p. 174). h NUTRITION. incomplète. Lavoisier était un des plus grands physiologistes des temps modernes, et ses titres de gloire comme tel ne con- sistent pas seulement dans les résultats immédiats de ses beaux travaux ; l'influence qu'il a exercée sur la direction des recher- ches physiologiques a été non moins puissante qu'utile : il a montré à tous ceux qui étudient les phénomènes de la vie comment la chimie peut les conduire à la solution de plus d'une question capitale; comment dans ce but ils doivent inter- roger expérimentalement la nature, et comment il convient de raisonner sur les faits que les recherches de cet ordre leur four- nissent. Avant lui tous les physiologistes se contentaient trop facilement de considérations vagues ou d'hypothèses dépourvues de bases solides ; il a commencé à les accoutumer à une logique claire, précise et rigoureuse, en même temps qu'il élevait leur esprit par la grandeur et la justesse de ses vues. Son style, simple et saisissant, était aussi un modèle à suivre, et, pour faire connaître ses pensées sur le sujet qui nous occupe ici, on ne saurait mieux faire que de rapporter ses paroles. « La respiration, dit Lavoisier, n'est qu'une combustion » lente de carbone et d'hydrogène, qui est semblable en tout à » celle qui s'opère dans une lampe ou dans une bougie allumée, » et, sous ce point de vue, les Animaux qui respirent sont de » véritables corps combustibles qui brûlent et se consument. » Dans la respiration, comme dans la combustion, c'est l'air » de l'atmosphère qui fournit l'oxygène et le calorique ; mais » comme dans la respiration, c'est la substance même de » l'Animal, c'est le sang qui fournit le combustible, si les Ani- » maux ne réparaient pas habituellement par les aliments ce » qu'ils perdent par la respiration, l'huile manquerait bientôt à » la lampe, et l'Animal périrait, comme une lampe s'éteint lors- » qu'elle manque de nourriture. » Les preuves de cette identité d'effets entre la respiration » et la combustion se déduisent immédiatement de l'expérience. PRODUCTION DE CHALEUR. 5 » En effet, l'air qui a servi à la respiration ne contient plus, à la » sortie du poumon, la même quantité d'oxygène; il contient » non-seulement du gaz acide carbonique, mais encore beau- coup plus d'eau qu'il n'en contenait avant l'inspiration. Or, » comme l'air vital ne peut se convertir en acide carbonique » que par une addition de carbone, qu'il ne peut se convertir » en eau que par une addition d'hydrogène , que cette double » combinaison ne peut s'opérer sans que l'air vital perde une » partie de son calorique spécifique, il en résulte que l'effet de » la respiration est d'extraire du sang une portion de carbone » et d'hydrogène, et d'y déposer à la place une portion de son » calorique spécifique, qui, pendant la circulation, se distribue » avec le sang dans toutes les parties de l'économie animale, et » y entretient cette température à peu près constante que l'on » observe dans tous les Animaux qui respirent. On dirait que » cette analogie qui existe entre la respiration et la combustion a n'avait point échappé aux poètes, ou plutôt aux philosophes de » l'antiquité, dont ils étaient les interprètes et les organes. Ce » feu dérobé du ciel, ce flambeau de Prométhéc ne présente pas » seulement une idée ingénieuse et poétique ; c'est la peinture » fidèle des opérations de la nature, du moins pour les Animaux » qui respirent : on peut donc dire avec les anciens, que le flam- » beau de la vie s'allume au moment où l'enfant respire pour la » première fois, et qu'il ne s'éteint qu'à sa mort. En considérant » des rapports si heureux, on serait quelquefois tenté de croire » qu'en effet les anciens avaient pénétré plus avant que nous ne » le pensons dans le sanctuaire des connaissances, et que la fable » n'est véritablement qu'une allégorie sous laquelle ils cachaient » les grandes vérités de la médecine et de la physique (1). » (I) Ce passage se trouve dans un mémoire écrit par Lavoisier et Séguin en 1780 (a) ; mais il est évidemment de la plume du premier de ces auteurs , dont le style est facile à reconnaître, et diffère beaucoup de celui de Séguin. (a) Seguin et Lavoisier, Premier mémoire sur la respiration des Animaux {Mém. de l'Acad. des sciences pour \ 789, p. 570). N> Lu / 6 NUTRITION. tous Cette théorie de la chaleur animale, je le répète, est inatta- les Animaux . , . produisent fjuable dans tout ce qui est essentiel. Au premier abord, cepen- plus ou moins i 1 • i ■ • • (•'»/>• de chaleur, dant, les physiologistes pouvaient se croire autorises a y taire des objections spécieuses. En effet, nous avons vu précédem- ment que tous les Animaux respirent : tous consomment donc de l'oxygène et produisent de l'acide carbonique. Mais ils dif- fèrent beaucoup entre eux sous le rapport de la faculté de Animaux développer de la chaleur, et depuis longtemps on les a classés, à sang diaud p 0ur cette raison, en deux catégories, sous les noms (VAnimauoo à sang froid. ^ mn g c j iau d e j d'Animaux à sang froid (1). Les premiers sont les Mammifères et les Oiseaux. La tempé- rature de leur corps est d'ordinaire notablement supérieure à celle de l'atmosphère, et en général ne change que très peu, malgré les variations qui peuvent survenir dans celle-ci. Chez les Animaux dits à sang froid, on n'aperçoit au toucher aucun indice de chaleur propre , et la température du corps s'abaisse avec celle du milieu ambiant. Tous les Animaux invertébrés, ainsi que les Poissons, les Batraciens et les Rep- tiles, présentent ce caractère, et comme la température de l'at- mosphère est d'ordinaire beaucoup au-dessous de celle de notre main, ils produisent sur nous une sensation de froid quand on vient à les toucher. Mais c'est à tort qu'on les a considérés comme privés de la faculté de produire de la chaleur (2). Tous (1) Dutrocliet a proposé de substi- grand renom qui ont considéré les tuer à ces expressions celles iVAni- Animaux à sang froid comme étant maux à haute température et iïAni- dépourvus de la faculté de produire maux à basse température , dési- de la chaleur, je citerai en première gnations qui en effet seraient plus ligne Treviranus (b). conformes à la vérité (cty; mais Tu- Je dois ajouter que depuis fort long- sage des premières est trop généra- temps quelques autres physiologistes lement répandu pour pouvoir être étaient d'un avis contraire, et pen- abandonné. saient que les Animaux vertébrés à (2) Parmi les physiologistes de sang froid, ainsi que certains Inver- (a) Dulrochet, Recherches sur la chaleur propre des êtres vivants à basse température [Ann. des sciences nat., 2' série, 1840, t. XIII, p. 5). (b) Treviranus, Biologie, t. V, p. 19. — Die Erscheinungen des Lebens, I. I, p. 410. PRODUCTION DE CHALEUK. / en développent, mais d'ordinaire la quantité en est faible ; et comme leur corps est généralement d'un petit volume, leur température se met très vite presque en équilibre avec celle du milieu ambiant. A l'aide d'un thermomètre ordinaire, dont on place le réser- voir dans l'intérieur du corps de l'Animal que Ton étudie, on peut presque toujours reconnaître que chez un Vertébré à sang froid la température est un peu plus élevée que celle de l'air ou de l'eau où il vit (1). La différence est très petite chez la plupart des Poissons : elle est communément d'un peu moins Température i , i / . des d un degré centigrade (2). Poissons. lébrés, n'étaient pas complètement dépourvus de chaleur propre (a). Ainsi , limiter avait remarqué que Peau en contact avec le corps d'un Poisson gèle moins vite que celle située à quelque distance (/<), et il avait constaté une certaine élévation de température au centre de divers agroupements d'Animaux invertébrés. (1) Dans les expériences thermo- métriques de ce genre, il faut avoir soin d'opérer sur des Animaux qui sont restés depuis longtemps dans un milieu à température peu variable , car leur corps ne se met que lente- ment en équilibre de température avec le fluide extérieur, et les diffé- rences observées dépendent souvent de cette dernière circonstance. C'est de la sorte que paraît devoir être expliquée l'infériorité de la tempéra- ture du corps, comparée à celle de l'atmosphère, signalée chez un Scor- pion et chez quelques Reptiles par M. J. Davy et plusieurs autres pbysi- ciens ('), ainsi que chez certains Pois- sons qui souvent avaient séjourné dans une eau plus froide que le milieu dans lequel on les observait (il). (2) En général, la température du corps des Poissons ne dépasse celle du milieu ambiant que d'environ trois quarts de degré ou d'un degré centi- grade (e), et, dans la plupart des cas où une chaleur plus forte a été obsci- vée, cela dépendait probablement de ce que la température extérieure au moment de l'expérience était inférieure à celle du milieu où l'Animal se trou- vait peu de temps auparavant, et que l'équilibre n'avait pu encore s'établir. Ainsi, Krafft estima la température propre du Brochet à 3 degrés (f) ; limiter attribua à la Carpe une cha- («) Haller, Elementa physiologiœ, t. II, p. 28. (6) Hunter, Observations on certain Parts ofthe Animal Economy, p. 105. (c) J. Davy, On the Température of Man and other Animais (Researches Anatomical and Physiological, t. I, p. 189 et suiv.). — Ann. de chimie et de physique, 1820, t. XXXIII, p. 181. (d) Verdun de la Crenne, Borda et Pingre, Voyage en diverses parties de l'Europe, de l'Afrique et de l'Amérique, 1778, t. I, p. 230. (c)liraun, De calore Animalium, dissert, physica expérimentales (Movi Commentarii Acad. scient. Petropolitanœ, 1709, t. XIII, p. 427). (0 Krafft, Prœlectiones in physicam theorelicam, 1750, p. 293. NUTRITION. Température Le pouvoir calorigène des Batraciens est également très des Batraciens, faible, et, dans la plupart des circonstances, la température de leur propre de 1°,9/| (a) , et Buniva évalua cette chaleur à 3 degrés (b) ; tandis que dans les expériences mieux faites par Broussonnet (c) et par M. Desprctz, l'excès de la température du corps de ce dernier Poisson sur celle du milieu ambiant ne fut trouvé que de 0°,93 par le premier de ces auteurs, et de 0°,86 par le second, différence qui est sans importance (d). M. Desprctz, en prenant toutes les précautions nécessaires pour éviter les causes d'erreur, ne trouva que 0°,7i chez la Tanche, et M. Becquerel, en opérant sur la même espèce, ne con- stata que 0°,5 (e), nombre qui se rap- proche extrêmement de celui fourni beaucoup plus anciennement par les observations de Martine sur divers Poissons (/■). Broussonnet trouva 0°,90 chez l'An- guille et de 0°,62 à 0°,93 chez divers petits Poissons ; Rudolphî trouva envi- ron 0°,5 chez la Torpille (g) ; et Ber- thold ne put découvrir dans quel- ques cas aucune différence entre la température du corps et celle de l'eau adjacente chez les Carpes, tandis que d'autres fois ( principalement dans la saison froide), la température de ces Poissons dépassait de 0°,25 ou de 0",50 celle du milieu ambiant ; chez les Anguilles, la chaleur propre était quelquefois de 1°,5 ou même de 2 de- grés (h). Eydoux et Souleyet trou- vèrent que la température d'un Re- quin était 2/j°,6, tandis que celle de l'eau dont on venait de l'extraire n'é- tait que 23°, 2 (t). Enfin M. Martins, en opérant avec un excellent thermo- mètre de Walferdin, ne constata que 0°,65 chez un Grondin, ou Trigla hirundo (j). Dans une observation faite par M. J. Davy sur un Poisson volant, la chaleur propre ne fut évaluée qu'à 0,20 ; mais la plupart des observations faites par ce chimiste donnent des ré- sultats plus élevés. Ainsi , chez les Truites du mont Cenis, qui vivaient dans de l'eau provenant de la fonte des neiges et dont la température n'é- tait que de l\°,h, il trouva une tempé- rature intérieure de 5°, 5, ce qui sup- poserait une chaleur propre de 1°,1. Chez un Squale, le même auteur vit (a) Hunier, Expériences et observations sur la faculté dont jouissent les Animaux de produire de la chaleur [Œuvres, t. IV, p. 220). (b) Broussonnet, Mém. pour servir à l'histoire de la respiration des Poissons (Mém. de l'Acad. des sciences, 1785, p. 191). (c) Buniva, Mém. concernant la physiologie et la pathologie des Poissons (Mém. de l'Acad. des sciences de Turin, an xil, l. XII, p. 78). (d) Desprelz, Recherches expérimentales sur les causes de la chaleur animale (Ann. de chuMe et de physique, 1824, t. XXVI, p. 338). (e) Becquerel, Traité de physique considéré dans ses rapports avec la chimie et les sciences naturelles, 1844, t. II, p. G7. (f) Martine, Essais sur la construction et la comparaison des thermomètres, sur la communi- cation de la chaleur et sur les différents degrés de la chaleur des corps, trad. de l'anglais, 1 751 , p. 173. (g) Budolphi, Eléments of Physiology, 1825, t. I, p. 157. (h) Berthold, N'eue Yersuche iiber die Temperatur der kaltblutigen Thiere, 1835, p. 30. (i) Blainville, Rapport (Comptes rendus de l'Acad. des sciences, 1838, t. VI, p. 458). — Voyage autour du monde, fait en 183G et 1837 à bord delà Bonite, Zoologie, t. I, p. xxxn). (j) Martins, Sur la température du Spatangus purpureus, du Trigla hirundo et du Gadus œgle- linus des mers du Nord (Ann. des sciences uat., 3* 9crie, 184G, t. V, p. 190). PRODUCTION DE CHALEUR. ( .) leur corps ne s'élève que d'environ un demi-degré ou trois quarts de degré au-dessus de celle du milieu ambiant (1). le thermomètre placé entre les mus- cles de la queue de l'Animal s'élever de 1°,3 au-dessus de la température du milieu ambiant, et dans l'intérieur du corps d'une Bonite il trouva que la température remportait de 10 de- grés sur celle de l'eau où l'Animal avait été pris, température qui était elle-même de 27 degrés (a). Chez un autre Poisson de la famille des Thons, le Pelamys sarda, M. J. Davy trouva également une température notable- ment supérieure à celle de l'eau dans laquelle l'Animal vivait. Chez quatre individus, la chaleur propre du Pois- son fut estimée à 7 degrés au moins (6). Enfin, Perrins a constaté une chaleur propre d'un peu plus de 2 degrés chez un Requin (c). Je dois ajouter qu'en comparant à l'aide d'un thermo-multiplicateur la température du corps d'une Ablette vivante et d'un individu mort qui étaient placés dans la inèm ! eau , Dutrocbet n'a pu reconnaître aucune différence [d). (1) limiter estima la chaleur ani- male de la Grenouille à 2°, 8 (c), et dans les expériences de Czermak elle varia entre 0°,32 et 2°, l\k (f) ; mais MM. Prévost et Dumas ne virent la température intérieure de ces Batra- ciens s'élever que de 1°.5 au-dessus de celle du milieu ambiant {<)). Dans les expériences de M. Becquerel sur le même Animai, les indications données parle thermo-multiplicateur varièrent entre 0", et 0',575 (h). Les résultats obtenus par Dutrocbet furent encore plus faibles : pour la chaleur propre de la Grenouille, il trouva o ,0ft, et pour celle du Crapaud 0\2 (»). Enfin, M. Auguste Duméril, en comparant les indications données par deux ther- momètres placés l'un dans le cloaque de plusieurs Grenouilles et l'autre dans Peau où ces Animaux étaient plongés, évalua leur chaleur propre entre 0",7 et 0°,3 (j). D'après les observations de lludol- pbi et de Czermak, la température intérieure du Proteus anguinus pa- raît être notablement plus élevée; le premier de ces physiologistes l'estime à 1°,25, et le second l'a vue varier entre 2°, 6 et 5°,6 [k). (a) J. Davy, Observations sur la température de l'Homme et des Animaux de divers genres (Ann. de chimie cl de physique, 4820, t. XXXIII, p. 195). (6) J Davy, Misccllaneous Observations on Animal Heal (Philos. Tratis., 1844, p. 57, et Ann. de chimie, 3' série, 1845, t. XIII, p. 174). (c) Perrins, On Ihe Température of the Sea (Nicholson's Journal of Nat. Philosopha, 1804, l. VIII, p. 13-2). (d) Dutrochet, Recherches sur la température propre des cires vivants à basse température (Ann. des sciences nat., 2' série, 1840, t. XIII, p. 23). (e) Humer, Op. cit. [Œuvres, t. IV, p. 20ô). (f) Czermak, Zeitschrifl fur Physik von Baumgartner uiul Eltinghausen, 1821, t. III, p. 3s5 (cité d'après Berthold). (g) Prévost et Dumas, Examen du sang, etc. (Ann. de chimie cl de physique, 1823, t. XXIII. P. 01). (h) Becquerel, Traité de physique, t. II, p. 04. (i) Dutrochet, Op. cit. (Ann. des sciences nat., -2° série, l. XIII, p. 15). [j] A. Duméril, Recherches expérimentales sur la température d- s lleptiles (Ann. des sciences tint., 5" série, 1852, I. XVII, p. 7). (k) Rudolpln, Eléments of Physiology, t. 1, p. 100. — Czermak, 0p. cit. viu. 9 Température des Reptiles. 10 MTIUT10N. Chez les Reptiles, la chaleur animale est parfois un peu plus grande (1), et, comme nous le verrons bientôt, elle est sus- ceptible de s'élever notablement dans certaines circonstances, par exemple pendant la période d'incubation chez le Boa (2) ; mais d'ordinaire la température intérieure de ces Vertébrés à faible respiration ne dépasse celle de l'atmosphère que de 1 à o degrés. (1) La chaleur propre des Tortues a été estimée à 1",22 par Walbaum ; à 2°,78 par Martine ; à 2°, 88 par Tic- demann ; à 0°,9 , 2 n ,9 et 3°, 9 par M. J. Davy; enfin 1°,3 ou 3°. 5 par Czennak (a). D'après Murray, la température du Caméléon paraît pouvoir s'élever de plus d'un degré au-dessus de celle de l'air ambiant (/>). Chez le Lézard, l'excès de la tem- pérature du corps sur celle de l'air environnant a été trouvé de 0',75 par Berthold; de 0°,75 à 1°, 25 par M. Bec- querel ; de I°,25 à 8", 12 par Czer- mâk (c). Chez la Vipère et les Couleuvres, cette différence était de 0\21 à 6°, 3 dans les expériences de Czermak ; de 1°,1 à 3°, 9 dans celles de M. J. Davy, et de 0°,75 à 3°, 10 dans celles de M. Becquerel (d). Chez l'Orvet, Ber- thold a trouvé 0°,25 à 0°,50 (c). J'ajouterai que dans une série d'ob- servations thermométriques faites par M. Jones, la température des parties profondes de l'organisme fut trouvée presque toujours un peu plus élevée que celle des parties superficielles (/). (2) En 1835,un naturaliste voyageur, M. Lamarre-Picquot, annonça à l'Aca- démie des sciences que le grand Py- thon de l'Inde produit beaucoup de chaleur pendant que ce Serpent se tient enroulé sur ses œufs pour en assurer l'incubation. Cette observation n'inspira d'abord que peu de con- fiance (g) ; mais bientôt après M. Va- lencienncs eut l'occasion de bien con- stater le fait de l'élévation de la un Walbaum, Chelonographla, Oder Beschrcibimg ebiigè? SchildUrdléit t 1783, p< -26. — Tiedemann, Traité de physiologie, t. 11, p. 506. — J. Davy, Op, cit. (Ann. de chimie et de physique, 1826, I. XXXIII, p. 103). — Czermak, Op. cit. {b) Murray, Expérimental llesearches, 1826, p. 89i (c) Berthold, JSeue Versuche ùber die Tcmperalur dev kaltblûtigen Thiere. Gôltingen, 4 835. — Becquerel, Traité de physique, t. II, p. 65. (d) Czermak, Op. cit. — J Davy, Op. cit. — Becquerel, Op. cit., t. II, p. 65 et 67. (e) S. Jones, Investigations Chemical and Pliijsioloyical relative to certain American Verle- brata, p. 70 (Smithsonian Contributions to Knowledge). (f) Berthold, Neue Versuche ùber die Tcmperalur der kaltblûtigen Thiere, p. 23. (g) Duméril, Rapport sur un mémoire de M. Lamârre-Picquot, relatif aux Serpents de l'Inde et à leur venin (Ann. des sciences nat., 2" série, 1835, t. 111, p. 35). — Sur le développement de la chaleur dans les ceufs des Serpents cl sur l'influence attribuée à l'incubation de la mère (Comptes rendus de l'Acad. des sciences, 1842, t. XIV, p. 193). PRODUCTION DE CHALEUR. 11 Chez les Insectes et les autres Animaux invertébrés, là con- nmpénui statation de la production de chaleur intérieure est plus difficile, insccic . et pour rendre ce phénomène sensible il a fallu d'abord faire agir à la l'ois plusieurs individus sur la boule du même thermo- mètre (1). Mais depuis l'invention des instruments délicats température pendant cette période chez un des Pythons de la ménagerie du Muséum. Il a vu la température de ce Reptile s'élever à M , 5, bien que la température environnante ne montai jamais au-dessus de 35°,5 (a). (1) Le développement de chaleur par les Abeilles, quand ces Animaux sont réunis en grand nombre dans l'intérieur d'une ruche, n'échappa pas à l'attention de Swammerdam; Ma- raidi l'observa également, et Réaumur ainsi que Braun le constatèrent au moyen du thermomètre (6). Hubert trouva qu'en hiver la température des ruclics est maintenue par la chaleur propre des Abeilles à environ 30 de- grés centigrades (< , et plus récem- ment des observations sur la produc- tion de la chaleur par ces Insectes vivant en société turent faites par Juch, Newport et plusieurs autres physiologistes (cl). Des observations analogues ont été faites sur les Fourmis vivant en grand nombre dans l'intérieur d'une four- milière (e) et sur divers autres Insectes emprisonnés dans des vases. Ainsi Rengger observa une élévation très notable de température dans un pot renfermant beaucoup de Hannetons (/). rtausmann vil le thermomètre s'élever de plusieurs degrés dans une fiolo contenant des Carabes (g) , ci Juch obtint un résultat analogue avec des Cantharides h). Il est vrai que dans quelques-unes de ces recherches "ii ne prit pas toutes les précautions suites pout mettre le vase con- tenant les Insectes à l'abri de l'in- fluence de la chaleur propre de l'ob- servateur ; mais dans les expériences (a) Valenciennes, Observations faites pendant l'incubation d'une femelle de Python à deux raies (Ann. des sciences nal., 2' série, 1841, i. XVI, p. 65). \b) Swammerdam, Biblia Naturœ, t. I, p. 548. — Maraldi, Observations sur les Abeilles (Mém. de l'Acad. des sciences, 1712, p. 3-->0) — Réaumur, Mém. pour servir à l'histoire des Insectes, t. V, p. (170. — Braun, De calore Animahum [Comment. Petrop., 1700, t. Xllt, p.' 428) (c) Huber, Nouvelles observations sur les Abeilles, t. II, p. 338. (d) Juch, Ideen zu einer Zoochemie, 1800, t. I. — Berthold, Neue Versuehe itber die Temperalur der kaltblutigen Thiere. r.ôuin-en ! g 15 — Newport, On the Température of Insects and Us Connexion with the FunctUm of Respira- tion {Philos. Trans., 1837, p. 299). — Brcycr, Observations sur le développement d'une chaleur propre et élevée chez le Sphinx Convolvuli [Ann. de la Société: enlomologique belge, 1800, t. IV, p. 921. — Gérard, Recherches sur la chaleur animale des Arti aies [Ann. de la Société enlomolowiuc de France, 4° série, 1801, t. I, p. 503;. (e) Juch, Op. cit., t. I, p. 9-2. (f) Ranggei-j Physiologische Vntersuchungen iïber die thierische Ilaushaltunn der Inseuten Tiibingen, 1817, p. 39. (g)Haùsmann, De AnimdUum emanguium respiration», GuUinsren, 1803. (h) Juch, Op. cit., p. 35. 12 NUTRITION. dont les physiciens de nos jours ont doté la scienee, on a pu s'assurer de l'existence de la faculté calorifique chez tous ces petits êtres, quand ils sont isolés aussi bien que lorsqu'ils sont réunis en tas ou renfermés en grand nombre dans une quantité limitée d'air. En effet, au moyen du thermo-multiplicateur, Nobili et Mclloni ont reconnu que la température intérieure des Insectes est toujours un peu plus élevée que celle de l'air extérieur (1). Chez les Mollusques, la température du corps de Bertliokl et de Jx'cwport , celte cause d'erreur fut évitée, et les résul- tats furent très probants (a). J'ajou- terai qu'en observant un thermomètre placî au milieu d'un grand nombre de Hannetons dans un sac à claire-voie, MM. Régnant! et Ueiset ont vu le mer- cure indiquer une température supé- rieure de '2 degrés à celle de l'air environnant (b) ; mais dans les expé- riences de Dutrocbet la chaleur propre des Insectes ne dépassa pas 0",5 (c). Pour le moment je n'indique pas les températures observées par la plupart des pbysiologistes dont je viens de parler, parce qu'elles varient beau- coup suivant les conditions biologiques, sujet sur lequel nous aurons bientôt à revenir. La température intérieure des Crus- tacés ne s'élève que très peu au-des- sus de celle du milieu ambiant (d), et il faut attribuer à quelque circonstance accidentelle indépendante du pouvoir calorifique de l'Animal le fait men- tionné par IUulolpbi, qui vit le. ther- momètre placé dans l'intérieur du corps d'une Écrevisse s'élever d'en- viron 6 degrés au-dessus de la tem- pérature de l'atmosphère (e). M. Va- lentin a trouvé cbez le Maia squi- nado seulement de 0°,30 à 0°,90 (/'). (1) Les expériences de ces deux physiciens habiles sur la production de la chaleur dans l'intérieur du corps de divers Insectes furent faites à l'aide d'un thermo-multiplicateur muni de miroirs collecteurs de la chaleur rayonnante, au foyer de l'un desquels ce trouvait l'Insecte empri- sonné dans un réseau métallique. La chaleur dégagée par l'Animal déter- minait une certaine déviation dans l'aiguille du galvanomètre, et l'étendue de cette déviation donnait la mesure de la différence de température entre le corps de l'Insecte et l'air am- biant (g). (a) Berlhold, Op. cil. — Newport, Op. cit. {Philos. Trans., 1837, p. 259 et suiv.). (b) Regnau.lt et Reiset, Recherclies chimiques sur la respiration des Animaux des diverses classes (Ann. de chimie et de physique, 3° série, 1849, I. XXVI, p. 517). (c) Duti'oehcl, Op. cit. (Ann. des sciences nat., 2" série, 1840, t. XIII, p. 27 el suiv.) (d) Berthold, Op. cit., p. 34. — i. Davy, On the Température of Mail and other Animais [Researches, t. I, p. 192). (e) Rudolphi, Eléments o/ Physiology, Iranslated by How, 1825, t. I, p. 15G. (f) Valcnlin , Zur Kennlniss der thierischen Wârrne (Repertorium fur Anat. und Physiol., 1839, I. IV, p. 359). (g) Nobili et Mclloni, Recherches sur plusieurs phénomènes calorifiques entreprises au moyen du thermo-multiplicateur [Ann. de chimie et de physique, 1831, t. XLV11I, p. 208). PRODUCTION DE CHALEUR. 13 tend aussi à se maintenir un peu au-dessus de la température Température du milieu ambiant (1), et un phénomène semblable a été MoiiusJueV etc. constaté chez les Vers (2) et chez les Zoophytes (3), mais n'est jamais bien notable. Du reste, la faiblesse de la faculté calorigène chez les Animaux inférieurs est en rapport avec (1) Spallanzani n'a pu apercevoir aucun indice de production de chaleur lorsqu'il observa une Limace isolée ; niais en réunissant plusieurs de ces Mollusques autour de son thermo- mètre, il vit la température s'élever de l ou { degré (a). D'après Hanter, quatre Colimaçons auraient fait mon- ter le thermomètre de plus de 2 de- grés (d), et Martine évalua la chaleur propre de ces Animaux à 1 °, 1 (V). Dans les expériences de M. Becquerel, la chaleur propre des Escargots fut trou- vée de 0°,9 (9). (5). — Leçons sur les propriétés physiologiques, etc., des liquides de l'organisme, 1859, I. 1, p. 57 et suiv. (d) Hering, Xersuche die Druckliraft des Herzens zu bestimmen (Archiv fur physiologische Heilkundc, 1S50, t. IX, p. 18). (e) G. Liebig, Uebcr d. Temperaturunterschiede des venosen und arteriellen Blutes, (inaug. Abhaudl.). Giessen", 1853. — Fick, Beitrdge zur Temperaturtopographic des Organisants (Miillcr's Arcldv fur Anat. und Physiol., 1853, p. 408). — Wurlilzer, De temperatura sauguinis arteriosi et venosi, adjectis quibusdam experimentis (disserl. inaug.). Greifswold, 1858. (/■) Saissy, Recherches expérimentales sur la physique des Animaux mammifères ibernants, p. 69. — John Davy, Experiments on Animal Heat (Philos. Trnas., 1814). — Researches Anat and Physiol., t. I, p. 149. — Nasse, Thierische \Xiirme (Wagner's Handtvorlerbuch der Physiologie, t. IV, p. 47). 36 NUTRITION. Boerhaavene se trompait pas lorsque, à l'exemple des anciens, il attribuait une action rafraîchissante au renouvellement de l'air dans l'intérieur des poumons, bien qu'il ait mal apprécié le degré d'importance de ce phénomène physique et qu'il ait méconnu le résultat final du travail respiratoire (1). Température §5, — La chaleur animale, avons-nous dit, se développe diverses parties partout dans l'organisme, puisque partout il y a production rorganisme. d'acide carbonique; mais il est évident que les réactions chi- miques dont ce phénomène dépend ne s'effectuent pas avec la même intensité dans tous les tissus ni dans tous les organes, et que par conséquent il doit y avoir aussi des différences dans la faculté calorigène des diverses parties du corps. Effectivement, cela ressort des observations thermométriques faites compara- tivement dans différentes régions chez le même individu (2 morts et dont ils mettaient le cœur à nu. M. J. Davy trouva ainsi le sang à la température de /ii°,22 dans le ven- tricule gauche, et à /i0°,53 seulement dans le ventricule droit. Cela résultait de la rapidité plus grande avec laquelle le liquide se refroidit dans les deux cavités du cœur, dont les parois n'ont pas la même épaisseur. ]\1. Georges Liebig a constaté ce fait en plaçant un cœur dans un bain d'eau légèrement chauffée, de façon à avoir équilibre de température dans toutes les parties de l'organe , puis en l'exposant à l'air froid et en mesurant comparative- ment la marche de l'abaissement de la température du liquide contenu dans les deux ventricules. Au commence- ment de cette seconde période de l'ex- périence, les deux thermomètres pla- cés, l'un dans la cavité droite, l'autre dans la cavité gauche du cœur, mar- quaient le même degré, mais celui du ventricule droit descendit plus rapidement que l'autre («). Dans les expériences de M. Cl. Bernard, faites sur des Chiens et des Moutons, la différence dans la température du sang avant et après le passage de ce liquide dans le poumon était en général d'environ \ de degré centi- grade (b). (1) Voyez tome I, page 376. (2) G. Martine, médecin écossais qui, vers le milieu du siècle dernier, ht quelques bonnes observations sur la température du corps humain, éva- lua à 1 degré centigrade la différence qui existe entre la chaleur de la peau et celle des viscères (c). Hunier fit (a) C. Lie'nig, Op. cit., 1853. (b) Cl. Bernard, Leçons sur les liquides de l'organisme, t. I, p. 110 et 11G. (c) Martine, Essais sur la construction et comparaison des thermomètres, etc., frad, de l'an- glais, 1751, p. 174. PRODUCTION DE CHALEUR. o7 mtiis le contact mutuel de tous les organes cl la rapidité des courants sanguins qui les traversent sans cesse tendent à l'aire disparaître les inégalités qui peuvent exister sous ce rapport, et plusieurs expériences pour apprécier l'influence que les causes extérieures de refroidissement peuvent exercer sur la température des parties qui y sont le plus exposées. Ainsi il porta successivement la boule d'un petit thermomètre à diverses profondeurs dans le canal de Purèthre, et trouva 33°, 3 centigrades à un pouce de l'extré- mité de la verge, 33°, 9 àdeuxpoucesde l'orifice urinaire, 34°, 5 à trois pouces, et 36°, 1 lorsque le réservoir était arrivé dans le bulbe de l'urèthre. En plongeant la verge dans de l'eau à 10 degrés où était placé le même organe provenant d'un cadavre et préalablement chauffé à 33°, 3, il vit que dans l'espace de temps nécessaire pour refroidir ce dernier corps à 10 degrés, la température de l'organe vivant était descendue à l!i°, 5 (a). Dans une série d'observations sur la distribution de la chaleur animale dans les différentes parties du corps, faites par AI. J. Davy sur des Mou- lons qu'on venait de tuer, le thermo- mètre fut introduit sous la peau ou dans la profondeur des organes, et donna les indications suivantes : a Au larsc 32,22 Au métatarse 36,11 A l'articulation du genou . . 38,80 Vers le liant de la cuisse . . 39,44 A la hanche 40,00 Dans le cerveau 40,00 Dans le rectum 40,50 Vers la base du foie 41,11 Dans la substance de cet or- gane 41,39 Dans le ventricule gauche . . 41,07 11 est probable que la graduation du thermomètre n'était pas exacte ; mais les résultats obtenus n'en furent pas moins comparatifs. En faisant des observations analogues sur le corps de l'Homme, les indications thermo- métriques ne pouvaient cire aussi exactes; car M. J. Davy ne pouvait appliquer qu'incomplètement le réser- voir de l'instrument sur les parties dont il voulait apprécier la tempéra- ture. Voici, du reste, quelques-uns des résultats qu'il obtint de la sorte : Sous la plante du pied. . . . 32,2-2 Au mollet ' ... 33,89 Au milieu de la cuisse. . . . 34,4 4 Près du nombril 35,00 A l'aisselle, où le thermomètre pou- vait être complètement entouré par les parties vivantes, le mercure s'éleva à 3fi°,67 (b). \V. Edwards el Gentil trouvèrent cbez un homme en bonne santé et au repos : Dans la bouche et dans l'anus. 38,75 A la main 37,50 Au pied 35,02 Ils virent aussi que dans l'aisselle et (a) Hanter, Expériences et observations sur la faculté dont jouissent les Animaut de produire de la chaleur (Œuvres, t. IV, p. 212). (6) J. Davy, An Account of some Expérimente on Animal Heat (Philos. Trans., 1814, I. CIV, p. 590). 38 NUTRITION. la principale cause des différences que Ton observe dans la température des diverses parties de l'organisme, est la faci- lité plus ou moins grande avec laquelle ces parties perdent la chaleur qui leur est propre. Or, il existe à cet égard des diffé- rences très considérables, et il est évident que lors même que chaque molécule de matière vivante développerait en un temps donné une même quantité de chaleur, la température produite de la sorte différerait beaucoup près de la surface de refroi- dissement et dans la profondeur de l'organisme. Les parties superficielles du corps doivent donc être moins chaudes que les parties internes, et, toutes choses étant égales d'ailleurs, la différence doit être d'autant plus considérable que cette surface est plus étendue relativement à la quantité de matière vivante qu'elle limite. îl en résulte que la forme des diverses parties du corps doit influer sur leur température propre, et que cette température doit être non-seulement plus élevée dans les parties intérieures que près de la peau, mais aussi plus dans l'aine le] thermomètre s'élevait sur un Lapin par M. Collard de Mar- moins que dans la main, mais il est tigny : probable que cette anomalie dépendait de quelque imperfection dansée mode Tempéralme lJc p atmosphèl . e . 1 4°, 5 Réaum. d'expérimentation (a). Du tarse 17,5 Récemment M. Braune a profité d'un Du jarret 21(5) cas d'anus contre nature pour prendre Du pli de la jambe 26,5 la température de l'intérieur de Pin- Du co "> P rès du ll,orax • • • 27 -° testin, et il a trouvé 37°,S ou environ De rabdomeB ' sous Ia P eau ■ ~ de degré de moins , tandis que la température de l'aisselle varie de 35°, 7 De l'intérieur de l'abdomen . 25,5 Au - dessous du diaphragme , près de l'estomac 30,5 à 37 degrés (6). Lhi thoi . aX) près du cœiu , _ _ dQ5 (r) Je citerai égalcment'à ce sujet les observations thermométriques laites Dans les expériences thermoméiri- (d) W. Edwards, Animal lient (Todd's Cijclopœdia of Anat. and PhysioL, t. II, p 660). (t) Braune, Ein Fall von Amis prœnaturahs (Arcliiv fur palh. Anat und l'hysiol., 1800, t. XIX, p. 470). (c) Collard de Martigny, Op. cit. (Journal complémentaire du Dictionnaire des sciences médi- cales, t. XLI1I, p. 269). PRODUCTION DE CHALEUR. 39 élevée clans le tronc que dans les membres, et les divisions ter- minales de ces appendices doivent être moins chaudes que leur portion basilaire. L'observation journalière suffirait pour mon- trer la justesse de ces conclusions ; mais, pour nous donner la mesure des différences qui existent à cet égard entre les diverses parties du corps d'un même individu , il faut avoir recours aux indications thermométriques, et, pour prendre la température dans l'intérieur de l'organisme^ on ne peut pas toujours se servir de thermomètres ordinaires ; souvent il l'aul avoir recours aux aiguilles thermo-électriques que l'on peut enfoncer sans inconvénient dans les parties vivantes, et qui permettent d'évaluer des différences très faibles. M. Becquerel et Breschet ont fait de la sorte une série de recherches inté- ressantes, et ils ont vu qu'il pouvait y avoir des différences de plus de 2 degrés centigrades entre la température des différentes parties profondes de l'organisme d'un même indi- vidu (1). Pour les parties superficielles, l'abaissement de la température peut être beaucoup plus considérable, et varie davantage suivant les conditions dans lesquelles l'individu est placé (2). qiics faites sur des Chiens, M. L. Fink trouva la température du rectum un peu plus élevée que celle du cœur et du cerveau (a). (1) Les observations faites à l'aide d'aiguilles thermométriques par Bres- chet et M. lîecquerel ne furent pas très variées ; mais elles montrent que dans la substance des muscles du bras la température est notablement plus élevée que dans le tissu cellulaire sous-nilané adjacent. Ainsi, dans un cas, la différence était de 1°,83, et dans une autre expérience de 2°,25 (b). Dans une autre expérience, l'aiguille introduite sous l'aponévrose plantaire y indiquait 32 degrés, tandis que, pla- cée dans le muscle biceps brachial . elle marquait 37°, 5 (c). (2) C'est aux diiFércnees de tempé- rature existant entre le tronc et les mem- bres, et au refroidissement éprouvé (a) Luil. Fink, Beitrëge zur TemperaturtopOi/raphie des Organisants (Mitller's Archiv fur Anatomie xind Physiologie, 1853, p. 112). (b) Becquerel et Breschet, Premier Mémoire sur la chaleur animale (Ann. des sciences nat., 2e série, 1835, t. III, p. 269). (c) Becquerel et Breschet, Deuxième Mémoire su 1 la chaleur animale [Ann. des sciences nal , 2' série, 1835, t. IV, p. 245). Influence du volume 40 NUTRITION. Des considérations du même ordre nous conduisent à recon- du corps naître que le volume du corps des cires animés doit influer sur . , . , sa température, aussi beaucoup sur leur température propre, et que si la quan- tité de chaleur qu'ils développent était la même pour un même poids de matière calorigène, c'est-à-dire de substance vivante, celui dont la masse serait faible ne saurait résister aux causes de refroidissement dont tous sont entourés, comme le ferait celui dont le volume serait considérable. Pour conserver la même température quand le milieu ambiant est froid, les petits Animaux ont donc besoin de produire beaucoup plus de chaleur que ceux dont le corps est gros. Ainsi, une Mouche, par exemple, pour conserver en hiver la température intérieure dont elle jouit en été, aurait besoin de produire une quantité de chaleur énorme comparée à celle au moyen de laquelle le moindre Mam- mifère peut maintenir son corps à une température de 36 à 38 degrés ; et, comparativement, pour avoir la même tempéra- ture intérieure, une Souris et un Lapin ont besoin de brûler beau- coup plus de combustible organique qu'un Cheval ou un Bœuf. Or, en étudiant les phénomènes de la respiration chez ces par le sang en traversant les extré- mités, qu'il faut attribuer les diffé- rences constatées par divers observa- teurs entre la température du sang artériel et celle du sang veineux dans ces parties. En effet, le sang qui revient des membres et de la tête vers le cœur est moins chaud que celui qui s*y rend après avoir circulé dans les vais- seaux du tronc. Ainsi, M. J. Davy a trouvé /tO ° ,8/j pour le sang de la veine jugulaire, et Zil°,67 pour le sang de l'artère carotide (a). Dans les expé- riences faites par Breschet et M, Bec- querel sur des Chiens , le sang de l'artère crurale était dans un cas de 0°,8 et dans un autre cas de 1°,1 plus chaud que le sang de la veine corres- pondante. Ces savants trouvèrent aussi le sang un peu plus chaud dans la veine jugulaire que dans la veine cru- rale (b). Des observations analogues ont été faites récemment par M. Wur- litzer (c). (a) J.Davy, Op. cit. {Philos. Tram., 1814, p. 596). (b) Becquerel et Breschet, Recherches expérimentales ■physico-chimiques sur la température des tissus et des liquides animaux [Afin, des sciences nal., 2* série, 1837, t. VII, p. 9'J et suiv.). (c) YYiirlitzer, Le hmpcralura satiguinis arteriosi cl venosi, adjeclis quibusdam experimentis (dissert, inaug.). GreifswaW, 1858. PRODUCTION DE CHALEUR. Û l différents cires, nous avons vu qu'effectivement les petits Animaux à sang chaud consomment en un temps donné une quantité d'oxygène qui, proportionnément au poids de leur corps, est beaucoup plus grande que celle employée de la même manière par les gros Mammifères (1). § 6. — L'évaporation de l'eau qui a lieu sans cesse à la Enels surface de la peau et dans les voies respiratoires de L'Homme l'évaporation. et des autres Animaux qui vivent dans l'atmosphère, es! la principale cause de refroidissement qui contre- balance les effets (hermométriques du développement de la chaleur propre de ces êtres résultant de la combustion vitale dont ils sont le siège ; et c'est aussi en raison de cette circonstance qu'ils peuvent rester pendant un certain temps dans de l'air dont la température est plus élevée que celle de leur corps, sans que leur chaleur intérieure augmente notablement. En effet, à mesure que la température de l'air s'élève, la tension de la vapeur y augmente rapidement, et par conséquent l'éva- poration s'active ; dans de l'air très chaud qui n'est pas saturé d'humidité, la transpiration insensible, c'est-à-dire l'évaporation de l'eau, est donc plus abondante que dans l'air froid, et par cela même elle enlève à l'organisme plus de chaleur ("2). Il y a là encore une de ces harmonies régulatrices qui sont (1) Voyez tome H, page 515. (2) D'après les lois qui régissent la transformation des liquides en vapeur, ou pouvait prévoir que les choses de- vaient se passer ainsi dans l'économie animale, et les expériences de Dela- roche et Berger prouvent que la théo- rie est en accord avec les faits. Ainsi, l'un de ces physiologistes perdit par é\aporation, pendant un séjour de treize minutes dans une étuve : 50 grain, à la température de 40 ù 12 degré:-. 215 — do59ùGl ;»15 — do 71 à 72 En deux minutes il perdit 220 gram- mes, quand la température de l'air am- biant était entre 86 et 87 degrés (a). L'évaporation est beaucoup plus (a) Delaroche, Expériences sur les effets qu'une forte chaleur pro.luit dans l'économie ani- male, t806, p. 48. VIII. ^ Action de la chaleur sur les Animaux. Z|2 NUTRITION. si remarquables dans les œuvres de la création, et qui sont pour tous les esprits droits un objet d'admiration. Effectivement, soit en raison de la coagulabilité des matières albuminoïdes qui jouent un rôle si important dans la constitu- tion des tissus et des liquides de l'organisme, soit à cause de plusieurs autres circonstances dont l'examen nous entraînerait trop loin du sujet principal de celte Leçon, les Animaux ne peuvent continuer à vivre si la température de leur corps s'élève au-dessus d'une certaine limite, qui en général ne dépasse que de très peu le degré de chaleur auquel l'organisme se maintient naturellement chez l'Homme et les autres Ver- tébrés supérieurs (1). Aussi les eaux très chaudes ne sont-elles habitées par aucun Animal ( w j), et l'élévation de la température grande dans l'air sec que dans l'air humide (a) ; mais quand ce fluide csl chargé de vapeur d'eau, son action sur la peau provoque plus facilement la sueur, ce qui peut déterminer des perles de poids plus considérables (6). (1) J'aurai à revenir sur ce sujet en traitant de la contraction muscu- laire et des fonctions du système ner- veux. (•_>) Quelques voyageurs parlent de Poissons ou autres Animaux, qui li tbi- teraient dans des eaux thermales dont la température serait beaucoup plus élevée que celle du corps des Animaux ordinaires ; mais leurs observations ne paraissent pas mériter confiance. Ainsi Sonnerat dit avoir vu, près de .Ma- nille, des Poissons dans une source thermale dont la chaleur aurait été entre 00 et 86 degrés (r) ; mais on sait aujourd'hui, par les observations plus précises de Marion de l'rocé, que dans les eaux en question le thermo- mètre ne marque pas plus de 36 de- grés là où l'on voit des Animaux vivants (d). Dans un hassin de la fontaine de Hammam-Vieskoulin , en Algérie, où l'on voit nager des Bar- heaux, la température de l'eau est à 58 degrés près de la surface ; mais vers la partie inférieure , dans les couches dont ces Animaux ne sortent pas, la température n'est que d'en- viron liO degrés (p). J'ajouterai que M. Prinsep a vu des Poissons sup- (a) VY. Edwards, De l'influence des agents physiques sur la vie, p. 217 ut ;i8ô. (b) Delaroclie, Op. cit., |> -4'J. ici Sonnerai, Voyage à la Nouvelle* Guinée, et Voyage aux Indes orientales et à la Chine. (d; Marion do l'rocé, Excursion au village de Los Bagnos, près de Manille (Journal de physique, 1822, t. XClV.p. 101). le) Tripier, Observations sur les sources thermales de llamman -Berda et Hammam- Mes- kouliu, situées entre Uône et Conslantine (Comptes rendus de l'Acad. des sciences, 1S39, t. IX, p. 602). PRODUCTION DE CHALEUR. ko atmosphérique qui, dans certaines régions du globe, résulte souvent de l'action des rayons solaires, serait promptement mortelle pour tous ces êtres, s'ils ne possédaient en eux les moyens nécessaires pour produire du froid : or, celle l'acuité, comme je viens de le dire, leur est donnée par la transpiration dont ils sont le siège (IL Sous ce rapport, leur corps ressemble à porter une température de .'i<> degrés dans un réservoir à Calcutta (a), et que M. Cumberland estime à /i'i",6 la chaleur d'une source thermale dans le Bengale, où des Animaux de ta même classe vivent habituellement (b). Mais il esi probable que celle dernière observation thermométrique n'était pas exacte ; car Spallanzani, qui a fait beaucoup d'expériences sur ce sujet, a vu que toujours Ira Grenouilles, les In- sectes et les a i res Animaux qu'il plon- geait dans de l'eau à û'2 ou A3 degrés y périssaient très promptement (c . William Edwards a constaté aussi que ces animaux, ainsi que les Lézards, les Tortues et les Poissons, meurent presque instantanément lorsqu'on les plonge complètement dans de l'eau à 4'2degrés(d), Eofln, tout récemment, M. Cl. Bernard (c) et M. kiïlme ont vu que les, Mammifères mouraient tou- jours quand la température de leur sang arrivait à environ 45 degrés. D'a- près ce dernier, la limite de la cha- leur intérieure, compatible avec l'exis- tence des Oiseaux, ne dépassait pas /|S degrés, et il suffirait de o!i degrés pour déterminer chez les Grenouilles un étal tétanique du système muscu- laire qui entraîne la mort (/'). (1) Chacun sait que l'élévation de température déterminée par les rayons solaires sullit parfois pour nous don- ner la mort ; et jusqu'à l'époque où les navigateurs portugais, en poursui- vant leurs découvertes sur la côte occidentale de l'Afrique, eurent fran- chi la ligne, on croyait généralement qu'a raison de celte circonstance la zone torride était inhabitable pour l'Homme. Vers le milieu du xv 1 ' siècle, on reconnut que cela n'était pas; mais les médecins, parfois témoins d'accidents mortels produits par l'in- solation, continuaient à penser que les Animaux ne pouvaient exister dans une atmosphère dont la température serait supérieure à celle de leur corps, et (pie la principale utilité de la respiration était le refroidissement dû à l'entrée de l'air frais dans les poumons. Quelques expériences faites sur les Animaux par Fahrenheit et Provoost, pour vérifier les vues de Boerhaave à ce sujet, vinrent à l'ap- pui de celte opinion, car ces physiciens virent un Chien, un Chat et un Moi- fa) Prinsep, voyez Gumberland, Sur des Poissons trouvée dans une eau thermale à foorée, au Bengale (Bibliothèque universelle de Genève, 1S39, l. NX, p. -0-i). (b) Cumberland, Op. cit. [Bibliothèque universelle de Genève, 183'J, t. XX, p. 204). (c) Spallaïuani, Opuscules de physique animale, t. I, p. ol cl 101 . (<0 W. Edwards, De l'influence des agents physiques sur la vie, \i. 374. (e) Cl. Bernard, Leçons sur les liquides de l'organisme, 1859, t. I, p. 51. (/') Kiïlme, Myologische Utitersuchungen, 1860, p. H3 et ruïv M NUTRITION. Faculté ces vases poreux appelés alcarrazas, dans lesquels on l'ait rafraî- de rë^isiGr à une certaine chir de l'eau en les exposant à un vent chaud ; et plus l'air qui de température, les entoure leur enlève de la vapeur, plus ils perdent de la cha- leur, et résistent aux causes d'échauiïement auxquelles ils sont exposés. C'est de la sorte que l'Homme peut supporter pendant quelque temps l'influence d'une atmosphère dont la tempéra- neau mourir en peu de minutes dans une étuve où la température était d'en- viron 63 degrés centigrades (a). Mais diverses observations faites par Lining à Charleslown , par Adanson au Sé- négal, et par quelques autres auteurs, montrèrent que l'élévation de la tem- pérature de l'air ambiant au-dessus de la cbaleur du corps n'est pas nécessai- rement mortelle pour l'Homme (6). Gmelin fit remarquer aussi que dans les bains de vapeur employés journel- lement en Russie, la température s'éle- vait souvent à 63 et même à Z|7 degrés centigrades ; l'abbé Cbappe y constata une température encore plus élevée (c), et, dans les expériences laites en 1754 par Deutze, on avait vu des Chiens supporter pendant un temps assez long une température extérieure de Zi2 ou Zt3 degrés, bien qu'ils aient péri quand la cbaleur fut portée au delà de hk degrés (cl). Mais ce furent les obser- vations de Tillet et Duhamel qui con- tribuèrent le plus à fixer l'opinion des pbysiologistes à ce sujet. En 1760, ces deux académiciens virent une femme entrer dans un four de boulanger, où la température était d'environ 132 degrés centigrades, et y rester douze minutes sans en être fortement incommodée (e). Bientôt après (en 177Zi), Blagden, Banks, Solander et Fordyce firent une série d'expériences sur le même sujet : un de ces savants supporta pendant quinze minutes une température qui s'éleva graduellemcntdeû8°,3 à blx°,h ; un autre put rester pétulant sept mi- nutes dans une étuve où l'air était à 99°, L\ ; enfin, dans une circonstance particulière, le même physicien résista pendant huit minutes à une tempéra- turc de plus de 127 degrés (/"). Dob- son , de Liverpool, répéta ces expé- (a) Boerhaave, Elementa chemiœ, t. 1, p. 148. (b) Lining, Lctter cencerning the lueather in South Carolina (Philos. Trans., 1748, p. 33G). Adanson, Histoire naturelle du Sénégal, 1757, p. 81. FI, Martin, Lctter, etc. (Philos. Trans., 1707, t. LVII, p. 218). Barker, Account of some Thcrmometrical Notes made al Allahabad in the East Indies (Philos. Trans., 1775, t LXV, p. 202). Mongo Park, Premier voyage dans l'intérieur de l'Afrique, t. 1, p. 218, 234 et 248. — Deuxième voyage, p. 12, etc. Ouselay, Travels in varions counlries of the East, 1819. (c) Gmelin", Flora sibenca, 1747, t. I, p. LXXXI. — Chappe, Voyage eu Sibérie, 1708, t. I, p. 51. (d) Boerhaave, Elementa chemiœ, t. I, p. 147 et suiv. (e) Tillet, Mémoire sur les degrés extraordinaires de chaleur auxquels l'Homme et les Animaux sont susceptibles de résister (Mcm. de l'Acad. des sciences, 1704, p. 180). tf) Bla°den, Expérimenta and Observations in an heated room (Philos. Trans-, 1775, t. LXV, „_ ni), Eurlher Expérimenta and Observ. in an heated room (loc. cit., p. 484). PRODUCTION DE CHALEUR. Û5 tiire dépasse de beaucoup celle de son corps, et qu'on a vu des personnes pénétrer impunément dans des étuves où le thermomètre marquait plus de 100 degrés (1). Dans de l'air riences, et arriva a des résultats ana- logues: ainsi un des hommes qu'il fit entrer dans une étuve chauffée à 106 degrés put y rester pendant dix minutes, et une autre personne y resta pendant vingt minutes exposée ù une température de 98°, 80 (ci). Enfin, vers le commencement du siècle actuel, Berger et Delaroche firent une longue série d'expériences analogues, dans lesquelles ils constatèrent de nouveau que L'Homme peut vivre pendant un certain temps dans de l'air chauffé à plus de 100 degrés (h). (I) En 1758, G. Ellis fit à ce sujet une observation importante. En se promenant à l'ombre d'un parasol par un temps très chaud, il vit le thermo- mètre qu'il tenait à la main monter à 105 degrés Fahrenheit (ou /|0",5 centi- grades) sous l'influence de l'air am- biant, et descendre à 97 degrés Fah- renheit (ou 3fi ,t centigrades) quand il l'appliquait contre son corps (c). En 1773, le célèbre physicien Franklin constata aussi, un jour d'été, que la température de son corps se mainte- nait au-dessous de celle de l'atmo- sphère, et il attribua celte circonstance à l'évaporation dont la surface de sa peau , couverte de sueur , était le siège (d). Cbangeux s'appliqua égale- ment à établir que la faculté de résis- ter à l'influence de la chaleur exté- rieure, constatée par Blagden et par d'autres observateurs, dépendait es- sentiellement des eflets de l'évapora- tion (e) ; tandis que Crawford, après avoir adopté d'abord une opinion ana- logue (/"), crut pouvoir se rendre mieux compte des phénomènes en les attribuant en partie à une diminution dans la quantité de phlogislique dont le sang se chargerait quand la chaleur extérieure s'élève (7), hypothèse qui trouva crédit chez quelques physiolo- gistes de l'époque, mais qui fut bientôt abandonnée. Blagden et ses collabora- teurs constatèrent mieux que ne l'a- vaient fait leurs devanciers, que la tem- pérature du corps humain reste à peu près constante, malgré l'élévation de celle de l'air ambiant, et ils recon- nurent qu'on résiste plus aisément à la chaleur extérieure dans de l'air sec que dans de l'air humide ; mais tout en admettant que l'évaporation dont l'or- ganisme est le siège pouvait contri- (rt) Dol son, Expérimente in an heated room (Philos. Trans., 1775, t. LXV, p. 4G3). (b) Delaroche (do Genève), Expériences sur les effets qu'une forte chaleur produit dans l'éco- nomie animale, thèse. Paris, 1800, n° il. (c) G. Ellis, .4n Account of the Ileat of tlic weather in Georgia (l'hilos. Trans., 1758, t. L, p. 755). (d) Franklin, Lettre sur le rafraîchissement produit par l'évaporation (Journal de physique, 177;!, t. II, p. 453). — Œuvres, ti ad. parDubourg, 1773, t. II, p. 191 et suiv. (e) Changeux, Doutes sur la puissance attribuée au corps animal de résister à des degrés de chaleur supérieurs à sa température (Journal de physique, 1770, t. VII, p. 57). (f) Crawford, Expériences sur le pouvoir qu'ont les Animaux, dans certains cas, de produire du froid (Journal de physique, 178:!, t. XX, p. 451). (g) Idem, Expertmenls and Observations on animal Heat, seconde édition, 1788, p. 18G el suiv. [\6 NUTRITION. saturé d'humidité ou dans de l'eau, il n'en serait pas de môme, et l'équilibre de température s'établirait entre le corps vivant et le milieu ambiant avec d'autant plus de rapidité, que le pre- mier offrirait plus de surface comparativement à sa masse. Les petits Animaux, par conséquent, doivent s'échauffer alors plus vite que ceux dont le corps est volumineux, et, toutes choses élant égales d'ailleurs, ils périssent plus tôt (1). huer à la conservation de la fraîcheur du corps, ils continuèrent à attribuer principalement à la force vitale la faculté en question. Enfin la théorie de ce phénomène physique fut bien établie par les expériences nombreuses de Delarochc et Berger, dont j'ai déjà eu l'occasion de parler (a). (I) Ainsi, dans les anciennes expé- riences de Fahrenheit et Provoost, un Moineau mourut au bout de sept mi- nutes dans une étuve où un Chien et un Chat purent vivre pendant vingt- huit minutes. Alais ce sont surtout les recherches de Berger et Delaroche qui firent bien voir les rapports qui existent entre le volume du corps et la faculté de résistera l'action échauf- fante de Pair extérieur. Ainsi, dans une étuve où la tempé- rature s'éleva de 57°, 5 à 63°, 7 centi- grades, une Souris mourut au bout de trente-deux minutes. Dans l'étuve chauffée entre 62 cl 80 degrés, un Cochon d'Inde vécut une heure vingt-cinq minutes. Un Anon resta pendant deux heures cinquante minutes dans une atmosphère d'où la température s'éleva progressi- vement de GO degrés à environ 7ô de- grés, et quoique fort affaibli à la fin de l'expérience, il n'en mourut pas. Des différences analogues furent constatées par ces physiologistes entre des Oiseaux de petite et de moyenne taille (b). Beaucoup d'autres circonstances in- fluent également sur la faculté de ré- sister à l'élévation de la température : par exemple, la nature des téguments. Ainsi, quand la peau est protégée par des poils ou des plumes, qui sont des corps mauvais conducteurs de la cha- leur et qui emprisonnent une couche d'air qui ne s'échauffe que lentement, la haute température de l'atmosphère ne produit pas l'élévation de la cha- leur intérieure aussi promptement que lorsque la peau est nue cl ne reste pas en contact avec une couche d'air ra- fraîchie par l'effet de l'évaporation de l'eau qui se. dégage de l'organisme. C'est de la sorte qu'on se rend facile- ment compte de l'influence des vête- ments et autres enveloppes dans les expériences de Tillet et deBlagden, et que l'on comprend comment les Arabes ont pris l'habitude de s'entourer d'un manteau de laine quand ils sont expo- sés à de grandes chaleurs, aussi bien (a) Delarochc, Expériences sur les effets qu'une forte chaleur produit dans l'économie ani- male, 1800. (b) Delaroche, Op. cit., p. 22 et suiv. PRODUCTION DE CHALEUR. M Du reste, il ne faut pas croire que la compensation établie par 1 evaporation soit complète, et que sous l'influence d'une atmosphère très chaude, le corps humain conserve sa tempéra- ture normale ; celte température s'élève notablement quand la différence entre la chaleur intérieure et celle de l'air ambiant devient, forte (1), et c'est principalement à cause de cette augmentation dans la chaleur intérieure que les épreuves de ce genre ne peuvent être supportées longtemps sans des souf- frances considérables et sans un grand danger pour la vie. que s'ils avaient à se préserver du froid. Les expériences de William Edwards relatives à l'influence que l'agitation de l'air exerce sur la marche de la transpiration nous donnent la clef de ces phénomènes (a). (1) Dans les expériences de Berger et Delaroche , un Cochon d'Inde dont la température était de 38 degrés lors- qu'on l'introduisit dans l'élu ve, avait environ hh degrés au moment de sa mort. Tous les Animaux sur lesquels portèrent les recherches de ces au- teurs périrent lorsque la température de leur corps s'était élevée de 6 ou 7 degrés au-dessus de la chaleur nor- male. I n séjour de quelques minutes dans de l'air à 80 degrés lit monter de 5 degrés la température humaine prise dans la bouche (b\ Suivant Duhamel , les Charançons du blé résisteraient à une chaleur de près de 100 degrés centigrades (c) ; mais il résulte des expériences de M. Doyère que ni ces Animaux ni d'au- tres Insectes ne peuvent vivre quand la température de leur corps s'élève à l\l ou ^, et Researches Anat. and Physiol., t. I, p. 161). (d) Reynaud, Dissertation sur la température humaine considérée sons les rapports des dges, des tempéraments, des races et des climats, iliése. Pari?, 18-29. (e) Blainville, Rapport sur les résultats scientifiques du voyage de la Bonite (Comptes rendus de l'Acad. des sciences, 1838, t. VI, p. 157). — Voyage de la Bonite, Zool., t. I, p. xxxi. 50 NUTRITION. divers voyageurs dans les régions glacées du pôle nord nous montrent que beaucoup de ces Animaux à sang chaud peuvent conserver leur température normale lorsque celle de l'atmos- phère est pendant des mois entiers à 50, 60 ou môme 80 degrés plus bas. Le célèbre explorateur des mers arctiques, Parry, vit plus d'une fois le thermomètre marquer 39 ou 40 degrés dans l'intérieur du corps d'un Loup ou d'un Renard que les chasseurs venaient de tuer, quand la température de l'air était de 32 degrés ou môme de 36 degrés au-dessous de zéro, et l'on doit des observations analogues au capitaine Back (1). Il est vrai que, dans les cas de ce genre, la déperdition de la chaleur animale est toujours ralentie par l'existence d'une fourrure épaisse, et que si la surface de la peau n'était pro- tégée contre le contact du milieu réfrigérant par une enveloppe formée par quelque corps très mauvais conducteur du calo- Ainsi, chez 8 personnes la température du corps s'est élevée, ternie moyen, de 1°,27, en passant du 47 e degré de latitude nord, où la température at- mosphérique n'était que de 8 degrés, à l'équaleur , où celte température était de 29°, 5. En six semaines, ces mêmes individus ont ensuite perdu en moyenne 0°,G7, en s'avançant vers le sud jusqu'à une latitude où l'air était à 16 degrés (a). Dans ce cas, de même que dans celui observé par Eydoux et Souleyet, la variation dans la chaleur animale a été plus grande sous l'in- fluence de l'élévation de la température extérieure que lorsque l'on passait d'un climat chaud dans un climat froid. Des variations dans la température du corps en rapport avec la tempéra- ture de l'air ont été constatées aussi chez les Pigeons par Letellier (b). (1) Le capitaine Back trouva que la température propre de deux Lago- pèdes de la haie d'Uudson était de /|3°,3 centigrades, lorsque la tempéra- ture de l'atmosphère était dans un cas — 32°, 8, et dans l'autre — ;$5°,8; par conséquent, la différence entre la température du corps et celle du mi- lieu ambiant était de 76°, 1 pour l'un de ces Animaux, et de 79", i pour l'autre (r). (a\ Brown-Séquard, Recherches sur l'influence des changements de climat sur la chaleur ani- male (Journal de physiologie, 1859, t. II, [>. 549). (b) Lelellier, Influence des températures extrêmes sur la production de l'acide carbonique dans la respiration des Animaux à sang chaud (Ann. de chimie et de physique, 3* série, 1845, t. Mil, p. 488). le) Back, Narrative of Vue Avclie land Expédition to the mouth of Ihe great Fish river, 1836, p. 590. PRODUCTION DE CHALEUR. 51 rique, la température intérieure de l'organisme baisserait promptement, ainsi que cela a lieu chez l'Homme, quand il est plongé dans un bain d'eau glacée ou exposé à l'air froid sans être couvert de vêtements (1). Mais il n'en est pas moins vrai que le maintien d'une température de 30 à hO degrés au-dessus de zéro, quand pendant des mois entiers tout est gelé dans la nature inanimée, suppose un développement de chaleur énorme dans l'intérieur de l'organisme vivant. § 8. — La faculté de produire de la chaleur est donc en réalité beaucoup plus grande chez tous ces Animaux qu'on ne le supposerait par l'observation de la température de leur corps dans les climats doux ou tropicaux, et la quantité de chaleur qu'ils développent varie beaucoup suivant les circonstances ; tandis que chez les Animaux à sang froid, où la température du corps varie avec celle du milieu ambiant, les di lié' renées dans la quantité de chaleur développée restent presque con- stantes ou s'abaissent sous l'influence du froid extérieur. Or, puisque la production de chaleur est une conséquence de la combustion physiologique, el que celle combustion est à son tour en rapport avec le degré d'activité de l'être qui en est le siège, nous pouvons conclure de ce l'ait que pour l'Homme el (1) A l'occasion de la mort de plu- sieurs matelots qui, dans un naufrage sur les côtes de l'Angleterre, périrent de froid en quelques heures, Currie fit une série d'expériences intéres- santes sur les effets produits par l'im- mersion dans un bain très froid. Dans la plupart des cas, l'eau em- ployée était à environ G degrés, et un thermomètre placé sous la langue du sujet descendit promptement à 33 ou ;;'i degrés ; dans quelques circon- stances , cet instrument ne marqua même que '2i ou 29 degrés : et ce grand refroidissement aurait été évi- demment suivi d'accidents fort graves, si on ne l'avait combattu très prompte- ment par l'application de couvertures chaudes, par des frictions et par d'au- tres moyens convenables (a). (a) J. Currie, An Account of the remarkable Effects of a shipwreck on the Mariners ; with Expérimente and Observations on the Influence of immersion in fresh and sait ir.iter, hot and cold, on the Poirers of the living [iody (Philos. Trans.,^'9-2, p. 199J. Faculté productrice de la chaleur 5*2 NUTRITION. les autres Animaux à sang chaud, l'influence d'un froid modéré doit être fortifiante, tandis que pour les Animaux à sang froid elle sera sédative. Mais les recherches de mon frère William Edwards nous ont appris qu'il y a une distinction importante à établir à cet égard chez les jeunes . . . , , Animaux, entre les Animaux nouveau-nes et ceux qui ont passe les pre- miers temps de la vie. Ainsi l'enfant, en arrivant au monde, ne possède encore qu'une faible faculté productrice de chaleur (1), et, sous ce rapport, il ressemble beaucoup à un Animal à sang- froid, si ce n'est que l'abaissement de température intérieure dont ceux-ci ne souffrent pas est pour lui un danger consi- dérable. Il en est de même pour beaucoup d'autres Mammi- fères, ainsi que pour un grand nombre d'Oiseaux qui, même en été, meurent de froid, s'ils sont abandonnés à eux-mêmes et ne reçoivent pas de leur mère, ou de quelque autre source calori- fique, le complément de chaleur dont ils ont besoin pour main- tenir leur corps à la température voulue (2). Les Mammifères (1) W. Edwards fut le premier à éta- blir une distinction entre la faculté de produire de la chaleur et la production effective de cet agent physique ; dis- tinction qui est très importante, et sans laquelle il est impossible de bien com- prendre les variations qu'il a observées dans la température du corps de riJonnne et de celui des Animaux (a). (•>) Lorsque les petits Chiens nou- veau-nés sont à la mamelle, la tempé- rature de leur corps est à peu près égale à celle de leur mère ; mais s'ils sont éloignés de celle-ci, et que la tem- pérature de l'air ambiant ne soit que de 10 à 20 degrés, il suffit d'une heure ou deux pour qu'ils se refroidissent beaucoup. Ainsi, dans une des expé- riences faites par W. Edwards, un petit Cliien de forte race, âgé de vingt- quatre heures, faisait monter le ther- momètre à 37°, 7 5 au moment où on le sépara de sa mère pour l'isoler dans une atmosphère dont la température était de 13 degrés. Au bout de dix mi- nutes, sa température propre était des- cendue de plus de 2 degrés, et dans l'espace de trois heures l'abaissement fut de plus de 11 degrés. Un autre indi- vidu, dont la température initiale était de 36°, 8, perdit plus de 18 degrés en quatre heures, et sa température propre n'était alors que de 5 ou G degrés au- dessus de celle de l'air. Dans une autre série d'expériences, des Chiens de même âge, mais de plus petite taille, placés (a) W. Edwards, De l'influence des agents physiques sur la vie, p. 182. PRODUCTION DE CHALEUR. 53 qui naissent les yeux fermés, tels que les Chiens et les Chats, ainsi que les Oiseaux qui quittent l'œuf avant d'avoir le corps couvert de duvet, sont particulièrement remarquables par leur peu d'aptitude à produire de la chaleur, et leur corps se refroi- dit avec une facilité extrême (1). L'abaissement de température qu'ils éprouvent ainsi provoque une réaction intérieure, et dans des circonstances semblables, ('•prouvèrent en treize heures un abais- sement de température égal à 22 de- grés; ils étaient alors dans un état de faiblesse extrême : mais, placés devant le feu et enveloppés d'un linge, ils se réchauffèrent peu à peu ; en moins de cinq heures ils reprirent presque leur température primitive et parurent aussi bien portants qu'avant l'expérience (a). (.liez les Chats nouveau- nés l'abaisse- ment de la température propre du corps a lieu avec plus de rapidité (h), et chez les petits Lapins nouveau-nés la chaleur de ranimai descend pres- que au niveau de la température ex- trême en moins de trois heures (c). Lorsque ces divers Mammifères nou- veau-nés sont protégés contre l'action de l'air froid par une enveloppe de laine ou de quelque autre corps mau- vais conducteur de la chaleur, ils se refroidissent moins rapidement, mais leur température s'abaisse peu à peu, et au bout d'un certain temps descend aussi bas que dans les circonstances précédentes. Des expériences faites par Ilolland montrent que même a l'âge de trois mois les Lapins résistent moins bien au froid extérieur qu'ils ne le font à l'âge adulte {d). (1) Ainsi, dans nue des expériences faites par W. Edwards, des petits Moineaux âgés de huit jours firent monter le thermomètre à 30 degrés au moment où on les retira de leur nid pour les isoler: la température de l'air était de 17 degrés; et an bout d'une heure la température de leur corps n'était plus que de 19 degrés. Chez un de ces individus, la chaleur propre était même descendue à 18 de- grés, et par conséquent n'était supé- rieure à celle de l'air ambiant que de 1 degré. Le même physiologiste con- stata des laits analogues chez beaucoup d'autres jeunes Oiseaux, même chez des Épervicrs qui étaient presque aussi gros que des Pigeons. Il est aussi à noter que la différence qui existe sous le rapport de la résistance au refroidissement entre les jeunes Oi- seaux et les adultes ne dépend pas seulement de ce que les premiers ont le corps nu et les seconds sont couverts de plumes. Un Moineau adulte dont toutes les plumes furent cou- pées conserva sa température ordi- naire dans les circonstances thermO- fa) W. Edw.irds, Op. cil., p. 013. (6) Mem, ibid., p. (315. (C) Idem, ibid., p. 10. (d) Ilolland, An Expérimental Inqidry into the laivs which regulatc the phenomena of Organic and Animal Life, 1829, p. 130. 54 NUTRITION. pendant quelque temps la combustion respiratoire augmente ; mais- les forces de l'organisme ne suffisent pas au maintien de ce travail physiologique, et bientôt la température intérieure s'abaisse de nouveau pour descendre plus bas que dans la pre- mière période du phénomène : sous l'influence du froid exté- rieur, de nouvelles oscillations se produisent, et il en résulte bientôt un état morbide des poumons ou d'autres organes qui détermine la mort (1). Les petits Mammifères qui naissent les yeux ouverts ont la faculté de produire plus de chaleur, et peuvent par conséquent mieux conserver leur température propre sous l'influence du froid extérieur (2); mais dans l'es- métriques où les jeunes éprouvèrent l'abaissement de température indiqué ci-dessus (a). (1) On doil à M. Flourens une série d'expériences 1res intéressâmes sur les causes de la mort des jeunes Oiseaux de basse-cour qui se trouvent exposés au froid. Ce physiologiste a constaté qu'ils périssent par suiie d'un étal Inflammatoire des poumons (h). (2) Ainsi, les petits Codions d'Inde, qui naissent les yeux ouverts et qui peuvent tout de suite courir pour cber- eber leur nourriture, conservent leur chaleur propre lorsqu'ils sont éloignés de leur mère et exposés à une tempéra- ture extérieure de 10 à 20 degrés. Les Chevreaux, les Poulains eî beaucoup d'autres Mammifères sont dans le même cas. Mais ces jeunes Animaux n'ont ce- pendant pas la faculté productrice de la chaleur ;.ussi développée que les adultes, et ils résistent beaucoup moins que ceux-ci ù l'action refroidissante d'un air dont la température est très basse. Ainsi, nous voyons, dans les expériences de W. Edwards, que sous l'influence d'une température exté- rieure de degré, des Codions d'Inde adultes ne présentèrent au bout d'une heure qu'une diminution de 2°, 5 dans leur chaleur propre, tandis que des individus de la même espèce, mais âgés de quelques jours seulement, perdirent de 7 à 11 degrés (c). Les Oiseaux qui, au moment de la sortie de l'œuf, sont en état de courir et de manger seuls, se trouvent dans les mêmes conditions que les Mammi- fères dont je viens de parler ; ils peu- vent produire assez de chaleur pour conserver la température propre des Animaux de leur espèce et nécessaire à l'exercice normal de leurs fonctions, lors même qu'ils sont soumis à l'action d'une température extérieure de 15 de- (o) W. Edwards, De l'influence des agcnls physiques sur la vie, p. l-il, ï!3S, 010 et suiv, (6) Flourens, Observations sur quelques maladies des Oiseaux (Ann. des sciences nat., 182U, t. XVIII, p. 03 et suiv.). (c) W. Edwards, Op; cit., p. 136 cl 625. PRODUCTION DE CHALEUR. 55 pèco humaine cette faculté n'est encore que très imparfaitement développée pendant les premiers jours de la vie extra-utérine, et la statistique nous apprend que la mortalité des jeunes enfants est notablement augmentée pendant nos hivers, lors- qu'on expose ces frôles créatures à l'influence du froid. Chez ceux qui naissent avant terme, le pouvoir calorifique est encore plus faible, et, pour leur conserver la température indispen- sable à l'entretien de la vie, il est en général nécessaire d'avoir recours à des moyens artificiels (1). Les médecins et les légis- lateurs n'accordent pas à ces faits toute l'attention qu'ils méritent; mais ils ont une grande importance pour l'hygiène publique, et je m'y arrêterais davantage, si le sujet spécial de mes études ne m'interdisait les digressions de ce genre (2 Influence du froia sur la mortalité des enfants. grés. Mais quand ils sont exposés à un froid de 9 degrés, et surtout de !\ 0:1 5 degrés, ils se refroidissent très rapi- dement («). (1) Les enfants, comme on le sait généralement, sont viables quand ils naissent à sept mois de la vie intra-uté- rine, mais à cette époque leur déve- loppement u'est encore que très in- complet, et, sous le rapport du sens de la vue, ils sont à peu près dans le même état que les petits Mammifères dont les yeux sont fermés au moment de la naissance; car la pupille est encore bouchée par nue membrane, et ce caractère, sans avoir aucun rapport direct avec la calorii ité, coïncide avec le faible degré de développement de la faculté de produire de la chaleur, qui fait ressembler les petits Chiens et les Chats nouveau-nés à des Animaux à sang froid. En effet, on sait que les en- fants nés avant terme ne résistent pas (a) Vf. Edwards, Op. cit., p. 1 14 C l 623 (d) W.Edwards, Op. cil , p. 505. aux causes de refroidissement aux- quelles les enfants ordinaires peuvent être exposés sans inconvénient, et qu'ils ont besoin de chaleur artifi- cielle (6). Sous le rapport de la faculté de développer de la chaleur, le, en- fants à terme sont dans un état inter- médiaire entre celui des pciits Mam- mifères dont il vient d'être question et les Mammifères adultes; ils ne se refroidissent pas aussi facilement que les premiers, mais ils sont loin de put voir maintenir une température inté- rieure constante aussi bien que les seconds. (2) Il n'est peut-être aucun point de physiologie appliquée à l'hygiène sur lequel on ait n des idées aussi erro- nées que celui qui est relatif à l'in- fluence du froid sur les jeunes enfants. Dans l'espèce humaine, comme chez la plupart des Animaux des classes supé- rieures, l'instinct porte la mère à main- 56 NUTRITION. JI est également à remarquer que par eela seul que les jeunes Animaux sont moins volumineux que ceux dont la erois- sanee est terminée, ils doivent se refroidir plus facilement, et celle circonstance, jointe à leur moindre aptitude à produire tenir autour du nouveau-né une tem- pérature douce et à le soustraire autant que possible à l'action des vicissitudes atmosphériques; et cependant des au- teurs célèbres ont considéré ces pré- cautions comme étant non-seulement inutiles , mais même nuisibles aux jeunes enfants, et ont vanté les usages de quelques peuples qui , dit - on , plongent dans de l'eau souvent gla- cée les nouveau-nés, afin de fortifier leur constitution, et cela même dans les saisons les plus rigoureuses. Les belles expériences de mon frère au- raient pu suffire pour faire justice de celte erreur dangereuse, cl pour mon- trer que dans les premiers temps de la vie l'homme a besoin d'être pré- servé contre le froid extérieur. Mais afin de soumettre ce point de doctrine hygiénique a une nouvelle épreuve, et de chercher si Ton pouvait saisir quelques rapports entre la marche de la mortalité des enfants nouveau- nés et l'état thcrmométrkpie de l'at- mosphère , nous fîmes , en 1829 , .M. Villermé et moi, une sirie de re- cherches statistiques dont il ne sera peut-être pas inutile de dire ici quel- ques mots. En comparant mois par mois le nombre des naissances et le nombre des décès d'enfants âgés de un jour à trois mois, nous trouvâmes que pour la totalité de la France la morta- lité est la plus grande pendant la saison froide; qu'elle diminue beaucoup au printemps, et que celte diminution dans la proportion des décès a lieu plutôt dans nos départements méridio- naux que dans ceux du Nord ; enfin, (pic cette mortalité est plus forte quand le froid est rigoureux que lorsque l'hi- ver est doux. Nous en tirâmes cette conclusion, qu'en hiver il est mauvais d'exposer les enfants nouveau-nés au froid, et que les prescriptions législa- tives d'après lesquelles ils doivent être présentés à la mairie avant l'expira- tion du troisième jour qui suit la nais- sance, afin d'y faire constater leur état civil, est nuisible à l'hygiène pu- blique (a). Pour mettre mieux en lumière ce résultat, nous fîmes recueillir ensuite des documents comparatifs sur la mar- cbe de la mortalité des jeunes enfants mois par mois dans un certain nombre de communes où les habitations sont agglomérées autour de la mairie et dans d'autres où les habitations étant très éparses, le trajet à faire pour porter l'enfant de la maison paternelle au bu- reau de l'état ci vil est généralement plus long, et nous trouvâmes que, dans ces dernières conditions, sur 12 000 décès annuels d'enfants âgés de un à trente jours, le trimestre d'hiver (décembre, janvier et février) figurait, terme moyen, pour 1270 par mois, tandis que dans les communes où , en raison de (a) Milne Edwards ut Villermé, De l'influence de la température sur la mortalité des enfants nouveau-nés {Mém. de la Sotiëtc d'histoire naturelle de Paris, t. V, p. 01). PRODUCTION DU CHALEUR 57 de la chaleur, t'ait que la température de leur corps est eu général un peu moins élevée que celle des adultes de la même espèce. Cela résulte d'un grand nombre d'observations ther- mométriques laites d'abord par William Edwards, puis par M. Despretz, et plus récemment par .M. Roger (1). l'agglomération des habitations autour de la mairie, le trajet à faire était court, le chiffre correspondant n'était que de 116S5 (a). L'augmentation de la mortalité des entants nouveau-nés pendant la saison froide ressort également des recherches statistiques faites plus récemment en Belgique et en Suisse (b). Depuis quelques années l'attention de l'administration a été appelée de nouveau sur la question du transport obligatoire des enfants nouveau-nés à la mairie (c), et aujourd'hui, quoiqu'il n'y ait eu à ce sujet aucun changement introduit dans la législation, on tolère souvent la déclaration de la naissance par témoins. Dans l'intérêt de l'hygiène publique, il est à espérer que cette modification sera adoptée d'une ma- nière plus générale. Comme preuve de la faible résis- tance que les enfants nouveau-nés opposent au refroidissement, je citerai aussi le fait suivant qui a été constaté par M. Bàrensprung. Le bain tiède dans lequel on place ces petits êtres pendant quelques instants pour les laver aussitôt après leur sortie du seiu de leur mère, suffit pour faire baisser la température de leur corps de 0°,90, terme moyen, et quelquefois même de 1°,6 centigrade (d). (I) Avant la publication des recher- ches de mon frère, relativement à l'in- fluence des agents pbysiques sur la vie, on pensait assez généralement que la température des enfants et des jeunes Animaux à sang chaud éait un peu plus élevée que celle des adultes (e), mais ce physiologiste a constaté qu'il n'en est pas ainsi. Dans ses expé- riences sur les petits Chiens à la ma- melle, il a trouvé que la tempéra- (a) Hilne Edwards, Influence de la température sur lu mortalité des jeunes enfants (l'Institut, 1838, p. 3S8). (b) Quclelet, Lie l'influence des saisons sur l'Homme (Aun. d'hygiène publique, 183-2, t. VII, p. 564). — Lombard, De l'influence des s lisons sur la mortalité à différents âges (Ann. d'hygiène publique, 1833. t. X, p. 1 10). (c) l.oir, Du service des actes de )iaissance en France et à l'étranger; nécessité d'améliorer ce service (Compte rendu, des séances de l'Académie des sciences morales et politiques, 1845). — De l'exécution de l'article 55 du Code civil relatif à la constatation des naissxnces (Revue du, droit français et étranger, 1840, t. M). — Du, baptême, considéré dans ses rapports avec l'état civd et l'hygiène publique (lue. cit., 1849, t. Vil. — De l'étal civil des nouveau-nés au point de vue de l'histoire, de l'hygiène et de la loi, in-8, 1854. — H. Royer-Collard, Rapport {Bulletin de l'Acad. de médecine, 1. XV, p. 554). (d) Barens|irung , Untersuchungai iiber die Teinpcraturverhdltnisse des Fœtus und des erwachsenen Menschen (Miiller's Archiv fur Anat. und Pkysiol., 1851, p. 139). (e) Burdach, Traité de physiologie, t. IX, p. 631. — Holland, An expérimental Inquiry into Laws which vegulate the Phenomena of Organic Life, 1829, p. 124. vin. 5 Animaux hibernants. 58 NUTRITION. § 9. — En général, on réunit indistinctement sous le nom (ï Animaux à sang chaud tous les Mammifères, ainsi que les Oiseaux, parce que daus les circonstances ordinaires la tem- pérature de leur corps est notablement supérieure à celle de l'atmosphère; mais tous n'ont pas comme l'Homme, le Chien turc de ces Animaux était de 1 à 2 degrés inférieurs à celle des corps de leur mère, et en comparant la chaleur propre des enfants nouveau-nés à celle des hommes adultes, il trouva en moyenne dans l'aisselle 3/i°,85 pour les premiers, et 36", 12 pour les seconds. Chez un enfant né avant terme (à sept mois), mais paraissant hien portant, et âgé seulement de deux ou trois heures, il trouva seulement 32 degrés, en pla- çant également le thermomètre dans le creux de l'aisselle (a). M. Despretz trouva en moyenne 37°,1/| chez neuf Hommes âgés de trente ans, et seulement 35°, 06 chez trois enfants d'un à trois jours (6). Les observations thermométriques faites par M. Iîoger sont beaucoup plus nombreuses, mais donnent des résul- tats analogues ; elles font voir aussi (pie dans les premiers temps de la vie humaine les variations de température sont beaucoup plus considérables qu'à un âge plus avancé. Chez des enfants nés depuis moins d'une demi-heure, ce physiologiste trouva pour la température moyenne du creux de l'aisselle 3û°,tZi, et chez 33 enfants âgés d'un à sept jours la température maximum était o9°,0, tan- dis que le minimum était 30 degrés ; enfin, la moyenne était 37°, 08. Chez 13 enfants âgés de quatre à six mois, les extrêmes étaient 37°, 75 et 36°, 75 ; la moyenne, 37°, 1 1. Enfin, chez 12 enfants âgés de six à quatorze ans, les extrêmes étaient, d'une part 37°, 75, et d'autre part 37°, ; la moyenne, 37°, 31 (c). J'ajouterai que, d'après AI. Mignot, la température des nouveau-nés se- rait un peu plus élevée. En effet, chez 13 enfants âgés de trois à cinq jours et placés dans une chambre où l'air était à 15 ou 16 degrés centigrades, il a trouvé que la température du corps prise sous l'aisselle ne variait qu'entre 37°, 3 et 38°,l(rf). Enfin, dans une série d'observations faites avec beaucoup de soin par M. F. von Bàrensprung, la température des enfants nouveau-nés fut trouvée presque la même que celle de la mère prise dans le vagin avant l'accouchement ; en moyenne, la diffé- rence n'était que de 0",07 (e). (a) W. Edwards, De l'influence des agents physiques sur la vie, p. 133, 235 et 23G. (fi) Despretz, Recherches expérimentales sur les causes de la chaleur animale {Ann. de chimie et de physique, 1824, t. XXVI, p. 338). (c) Roger, De la température chez, les enfants, 1844 ^Archives générales de médecine, 4 e série, 1845, t. Y, p. 290). (rf) Mignot, Recherches sur les phénomènes normaux et morbides delà circulation, de la calo- ricité et de la respiration chex, les nouveau-nés, thèse. Paris, 1851, p. 9. {e) Bàrensprung, Untersuchungen iiber die Tcmpcraturvcrliàltnisse des Fœtus und des cnuachsenen Mensehen im gesxmden und kranken Zustande (Mùller's Archiv fur Anat. und Physiol, 1851, p. 130). PRODICTION DE CHALEUR. 59 ou le Cheval, une température à peu près constante, et parmi les Mammifères il en est un certain nombre qui, tout en étant aptes à produire plus de chaleur que ne saurait le faire un Reptile ou un Poisson, ressemblent jusqu'à un certain point aux Animaux à sang froid, car leur corps se refroidit facile- ment, et ils supportent sans inconvénient un abaissement de température qui serait mortel pour la plupart des Animaux supérieurs, et qui détermine seulement chez eux un état de torpeur. On les désigne sous le nom d'Animaux hibernants, parce que durant l'hiver ils restent plongés dans une sorte de léthargie ou de sommeil profond. Le froid engourdit de la même manière beaucoup d'Animaux inférieurs, et il est un grand nombre d'Insectes et de Mollusques, aussi bien que des Reptiles, des Batraciens et des Poissons, qui passent ainsi la totalité de la saison froide dans un état d'inactivité complète, durant laquelle toutes les fonctions sont suspendues ou du moins très ralenties (1); mais c'est chez les Mammifères hibernants que (l) Quelques Mollusques conservent leur activité à dos températures nos basses : ainsi, on voit souvent des Lini- uées et des Planorbes qui nagent dans de Peau recouverte d'une couche épaisse de glace, et dont la tempéra- ture, par eonséquent, ne peut s'élever guère au-dessus de zéro (c). Mais lu plupart des Animaux de cet embran- chement s'engourdissent au commen- cement de la saison froide, et restent dans un état de torpeur jusqu'au prin- temps. Quelquefois ce sommeil hiver- nal dure pendant la plus grande partie de l'année. Ainsi, on rencontre la 17- trina diaphûna dans les Pyrénées, blottie sous les pierres, à des hauteurs où la neige couvre la terre pendant neuf à dix mois (b). Les Colimaçons, aux premiers froids de l'hiver, cessent de manger et se ca- chent dans lu mousse ou dans des.trous creusés en terre, puis se blottissent dans leur coquille. En général, ils font alors suinter du bord de leur manteau une matière blanchâtre plus ou moins riche en carbonate de chaux, qui, en se solidifiant, constitue une sorte d'oper- (a) Picard et Garnicr, Histoire des Mollusques terrestres et /luvialiles qui vivent dans le dépar- tement de la Somme (Bulletin de la Société linnéenne du Xord de la France Abbeville 1810 t. 1, p. 278). [b) Charpentier, Catalogue des Mollusques terrestres et /luviatiles de la Suisse (Nouveaux Mémoires de la Société helvétique des sciences naturelles, 1837, t. I, p. 4). — Moquin-Tandon, Histoire naturelle des Mollusques terrestres et fluvialîles de France t I p. 115. ' " ' GO NUTRITION. ce phénomène est le plus remarquable, [tarée que, sous l'in- fluence excitante de la chaleur, ces êtres se raniment non- seulement de façon à pouvoir exécuter des mouvements plus culc temporaire nommé épiphragme, et bouche complètement l'entrée de leur coquille: puis ranimai se contracte encore davantage, de façon à laisser entre cette cloison et son pied un cer- tain espace qu'il remplit avec l'air chassé de son poumon. 11 reste ensuite dans un étal de torpeur profonde. Ce repos hivernal a été signalé par Aris- tole (a), et Uioscoride parle de l'oper- cule que ces Animaux forment pour fermer leur coquille (b). Spallanzani a constaté que leur respiration devient alors presque nulle, mais que leur sommeil est peu profond, en sorte que d'ordinaire il suffit de casser leur épi- phragme, et de les irriter mécanique- ment, pour les faire sortir de leur co- quille, et se mettre en mouvement (c). Quand la température est très basse, leur cœur cesse de battre (J). Il est cependant probable que, malgré cet état de torpeur, ils continuent à pro- duire un peu de chaleur, car ils ré- sistent pendant quelque temps à un froid très vif, et il faut les soumettre à l'action d'une température de 7 ou 8 degrés au-dessous de zéro pour déter- miner la congélation de leur corps (e). Des faits analogues ont été observés chez plusieurs autres Mollusques (/). Beaucoup d'Insectes qui passent l'hi- ver à l'état adulte s'engourdissent, et restent dans une léthargie plus ou moins profonde pendant toute la sai- son froide (fj). Mais c'est à tort que les entomologistes supposent qu'il doive en être ainsi pour la plupart des es- pèces xylophages, qui passent l'hiver dans le tronc des arbres, car là la tem- pérature est rarement assez basse pour produire un semblable sommeil hi- vernal. Les Fourmis tombent en tor- peur à 2 ou o degrés au-dessous de zéro {h). Les Abeilles s'engourdissent et paraissent mortes quand leur tem- pérature descend à 5 ou G degrés centigrades, et elles ne résistent que fort peu de temps aux effets ainsi pro- duits (i) ; mais, lorsque ces Ani- (a) Aristulc, Histoire naturelle des Animaux, trad. de Camus, liv. VIII, t. I, p. 495. (b) Dioscoride, De maleria medica, ljb. II, cap. V11I. (c) Spallanzani, Mémoire sur la respiration, p. 128 et suit. (dl Lister, Exerr.itatio anatomica in qua de Cochleis, maxime lerrestribus, et Limacibus agilur, 1094. (e) Gaspard, Mém. physiologigue sur le Colimaçon (Journal de physiologie de Magendic, 182-2, t. II, p. 313). . ., ' (f) Joty, Note sur des Anodonla c.ycnea et des Paludina vivipara qui ont résiste a la congélation (.l»/i. des sciences nat., 3« série, 1845, 1. 111, p. 373). — Moquin-Tandon, Op. cit., p. 115. (g) Schmid, Ueber die Winleraufentho.lt der Kafer (llliger Magasin fur Insectcnkunde, 1802, 1. 1, p. 209). . _ — Suckow, Ueber den WinUrschlafder însecle.n (Heussinger's Zeilschrift, 1827, l. I, p. 59/)- — Kirley and Spence, Op. cit., I. II, p. 437 et suiv. — Burmeister, Handbuch der Entomologie, t. I, p. 62G et suiv. — Newport, On the Température oflnsects [Philos. Trans., 1837, p. 275). [h) Huberlils, Recherches sur les mœurs des Fourmis, p. 202. (!) Piéaumur, Op. cit., t. V, p. G76. — J. Huber, Nouvelles observations sur les Abeilles, t. II, p. 321. production: df chaleur. Gl ou moins rapides et à jouir de la plénitude des facultés animales, mais aussi à produire beaucoup de chaleur et à avoir une température propre qui dépasse de beaucoup celle du milieu où ils vivent d'ordinaire (1). Certains Oiseaux, ainsi que divers Mammifères, appartien- nent à la catégorie des Animaux hibernants; mais il existe maux sont réunis eu grand nombre dans leur ruche, ils produisent assez de chaleur pour maintenir la tempéra- ture nécessaire à l'exercice de leurs fonctions. Comme exemple d'Insectes capables de conserver leur activité à de très basses températures, je citerai le Po- diira nivalis, qui court avec agilité sur la neige. Une espèce de cette fa- mille (le Desoria glacialis) vit en sociétés nombreuses sur les glaciers de la Suisse (a). (1) Les Mammifères chez lesquels le sommeil hivernal est le plus profond. et le ralentissement des fonctions nu- tritives est porté le plus loin durant cet état de torpeur, sont, les uns de petits Insectivores, tels que lesCham es- Souris et les Hérissons, les autres des Rongeurs qui se nourrissent principa- lement de fruits ou de grains, et qui habitent sous des climats rigoureux à cause de l'élévation des lieux ou de leur éloignemeni des régions tropicales : par exemple, la Marmotte des Alpes, le Loir, le Lérot, le Muscardin et le Hamster de l'Europe septentrionale. Nos Ecureuils, le l'orc-Épic et plu- sieurs autres Animaux du même or- dre hibernent aussi; mais tous les Rongeurs des pays froids ne sont pas dans ce cas, les Lemmings, par exem- ple. Quelques grands Mammifères qui se nourrissent principalement de fruits, et qui habitent les montagnes où le froid est long et rigoureuv, présentent des phénomènes du même ordre. Ainsi l'Ours brun et le Blaireau restent en- dormis dans leur tanière pendant pres- que tout l'hiver, mais leur sommeil est beaucoup moins profond que celui des petits Mammifères dont je viens de parler. L'Ours polaire, qui est es- sentiellement carnassier, ne s'engourdit pas de la sorte. Bufîon considérait les Mammifères hibernants comme des Animaux à sang froid, et pensait que la température in- terne de leur corps était toujours à peu près la même que celle de l'at- mosphère (ô). .Mais il était dans l'er- reur, et Spallanzanî lit voir que la chaleur propre de ces Mammifères est souvent de 15 à !20 degrés au-dessus de la température de l'air, lorsque celle-ci est assez élevée pour qu'ils res- tent éveillés (c). Humer trouva aussi (a) Nicolet, Recherches pour servir à l'histoire des Podurelles, p. ">S (Nouveaux Mémoires de la Société helvétique des sciences naturelles, 1841, t. VI). (b) Buflon, Histoire naturelle des Quadrupèdes, art. Loir (Œuvra, édit. de Verdièra, 1. XX, (c) Spallanzani, Opuscules de physique animale et végétale, 1. 1, p. 110. — Lortet, Observations stir le sommeil léthargique du Muscardin (Ann. de la Société a' agri- culture de Lyon, 1844, t. VU). 62 NUTRITION. parmi ces êtres beaucoup de degrés sous le rapport de la faculté de résister à l'abaissement de température et quant à l'intensité de l'état léthargique déterminé par le froid. Ainsi, chez les uns, la faculté de produire de la chaleur est assez grande pour qu'en hiver la température du corps ne que le thermomètre marquait 27°, 5 dans l'intérieur de l'abdomen d'un Loir en activité, bien que la tempéra- ture de l'air ambiant ne fût que de 17°, 7 (a). Des faits du même ordre ont été constatés par Mangili , Prunelle, Saissey, M. J. Davy, M, Regnault, et plusieurs autres expérimentateurs (b). Ainsi, dans quelques-unes des obser- vations de M. Regnault, quand la tempé- rature extérieure était comprise entre 10 et 15 degrés, la chaleur animale de la Marmotte, observée dans le rec- tum, était de 32 à .'35 degrés. Dans les expériences de Saissey, la température du corps de la Chauve- Souris ne s'est jamais élevée au-dessus de 31 degrés centigrades (c). Ce n'est pas seulement en hiver que les Mammifères hibernants s'engour- dissent ; toutes les fois qu'on les sou- met pendant un certain temps à l'in- fluence d'une basse température, leur corps se refroidit, et ce refroidissement amène à sa suite l'état de torpeur. Ainsi Pallas a déterminé le sommeil léthargique chez des Marmottes, en les plaçant dans une glacière pondant l'été, et Saissey a obtenu par le même moyen un résultat analogue dans ses expériences sur des Hérissons et des Loirs. La température à laquelle l'état de torpeur se déclare, varie suivant les espèces, et l'on peut conclure de là que la faculté productrice de la chaleur n'est pas également faible chez tous ces Animaux. Ainsi, Berthold a vu des Muscardins s'engourdir de la sorte dans une chambre où l'air était entre 10 et 17 degrés. D'après Saissey, le Hérisson et les Cbauves- Souris tombent en léthargie quand la température du milieu ambiant est de 6 ou 7 degrés, (a) Hunter, Expériences et observations sur la faculté dont jouissent les Animaux de produire de la chaleur (Œuvres, t. IV, p. 215). (6) Mangili, Saggio d'osservazioni per servire alla storia dei Mammiferi soggelti à periodico letargo. Milano, 1807. — Mémoire sur la léthargie des Marmottes (Ann. du Muséum, 1807, t. IX, p. 100). — Sur la léthargie périodique de quelques Mammifères (Op. cit., t. X, p. 434). — Saissey, Recherches expérimentales anatomiques, chimiques, etc., sur la physique des Animaux mammifères hibernants, 1808. — Prunelle, Recherches sur les phénomènes et sur les causes du sommeil hivernal de quel- ques Mammifères (Ann. du Muséum, t. XVIII, p. 20 et 302). — Berger, Expériences et remarques sur quelques Animaux qui s'engourdissent pendant la saison froide (Mém. du Muséum, 1828, t. XVI, p. 201). — Marshall-Hall, On Hybemation (Philos. Trans., 1832, p. 335). — Gmelin, Veber den Winterschlaf (iuaug. dissert.). Tubingen, 1839. — Regnault et Reiset, Recherches chimiques sur la respiration des Animaux (Ann. de chimie et de physique, 3 e série, 1849, t. XXVI, p. 429 et suiv.). — Valentin, Beitrâge mur Kenntniss des Wintcrschlafen der Murmelthiere (MolescIioU's Untersuchungen zur Naturlehre des Mcnschen und der Thiere, 1857, t. I, p. 206 ; t. II, p. 1 et suiv). (f) Saissey, Op. cit., p. 10. PRODUCTION DE CHALEUR. 63 s'abaisse pas beaucoup, et que le sommeil qui accompagne ce refroidissement ne soit pas très profond ; tandis que chez d'autres, cette faculté s'affaiblit rapidement sous l'influence d'une basse température, et que le refroidissement du corps amène une suspension presque complète de tout travail phy- siologique (i). Les Animaux hibernants nous offrent un nouvel exemple des harmonies de la création dont tout naturaliste doit être si souvent frappé. Les Mammifères qui présentent cette particu- larité physiologique sont seulement ceux qui se nourrissent d'Insectes, de fruits ou d'antres substances analogues, et qui sont destinés à habiter les pays où pendani l'hiver ils ne pour- raient trouver aucun des aliments dont ils ont besoin. Mais celle privation no leur nui! pas, car le froid, qui fui! disparaître de la surface de la (erre les Animaux el les produits végétaux qui leur conviennent, les plonge dans un état de torpeur pen- dant lequel (eus les besoins du travail nutritif deviennent presque nuls : ils restent alors cachés dans quelque réduit et le Lérot s'endort de la même ma- nière sous l'influence d'un froid de U ou 5 degrés au-dessus de zéro. Le sommeil hivernal de la Marmotte nese déclare pas sitôt: pour le produire, il faut d'ordinaire un froid de G degrés au-dessous de zéro. (1) D'après 15ruguière, le Tenrec de Madagascar tomberait eu léthargie pendant la saison chaude, mais il pa- raît que c'est au contraire pendant les mois où la température est le plus b tsse que ces petits Animaux s'engour- dissent (a). Je ne parle pas ici des hypothèses qui ont été hasardées pour expliquer la cause des particularités physiologiques que présentent les Animaux hiber- nants, car aucune d'elles ne peut être considérée comme satisfaisante (6). (a) Desjardins, Note sur le Tenrec (Ann. des sciences nat., 1830, t. XX, p. 179). — Coqiicrcl, Noie sur les habitude» des Termes [Revue soologique, 1848, p. 39 . — Telfair, Letler [Proceedings of the Committee of the Zoological Society, 1831, pari. 1, p. S9). — Brown-Séquard, On the causes of the Torpidity of the Tenrec [Expérimental Hesearches avplied to Physiolegy uni Patholagy, isô3, p. 25). (6) Pastre, De la cause de l'hibernation chez- les Animaux donneurs [Nova Acla Acad. nat. curioa., 18-29, t. XIV, y. 661). — Oiio, De Animalium quorumdam per hyemem dormientium vagis ceptialicis cl aure interna (Nova Acta Aead. nat. curios., t. .Mil, p. 23 ; — Ann. des sciences nat , iH-2~, t. \l, p. 70). (j!\ NUTRITION. bien abrité; leur circulation se ralentit beaucoup; leur respi- ration, sans cesser complètement, diminue de façon que la combustion vitale devienne extrêmement faible , et que la graisse emmagasinée dans leur corps suffise pour l'entre- tenir. Les Oiseaux ne possèdent que fort rarement la faculté de dormir d'un sommeil profond pendant toute la durée de nos longs hivers ; mais la Nature pourvoit autrement à leur conservation en donnant à plusieurs d'entre eux l'instinct de l'émigration, qui les conduit dans des climats où la nourriture ne leur fait pas défaut il). Dans la suite de ce cours, nous aurons à revenir sur la considération de ces faits remar- (1) Les Hirondelles, comme on le sait, quittent nos contrées aux appro- ches de la saison froide, et il parait indubitable qu'en général elles émi- grent alors vers les parties chaudes de l'Afrique; mais quelques espèces de ce genre, telles que l'Hirondelle de rivage et l'Hirondelle de fenêtre, pa- raissent être susceptibles de passer la mauvaise saison cachées dans des trous et plongées dans un état de léthargie. Un naturaliste de Suède, OlaiisMagnus, a prétendu que dans le Nord, ces Oi- seaux passaient l'hiver sous l'eau, pe- lotonnés en groupes serrés, et cette assertion a été répétée par plusieurs auteurs; mais, dans l'état actuel de la science, elle n'est pas admissible (a). D'après le témoignage de divers ob- servateurs, des Hirondelles se trouvent parfois, pendant l'hiver, dans des an- fractuosités de rochers ou dans d'autres retraites, et y restent profondément engourdies. On cite plusieurs exemples de ce genre, et l'on a vu les Hirondelles engourdies par le froid reprendre leur activité quand on les eut réchauf- fées (b). Il esl même possible que lorsqu'elles sont dans cette espèce de léthargie, elles puissent' résister pendant un certain temps à l'asphyxie, et ne pas se noyer aussi vite que d'ordinaire. Du reste, l'action séda- tive du froid ne paraît pouvoir se faire sentir sur ces animaux qu'à la longue ; car Spallanzani, en soumettant des Hirondelles à une très basse tem- pérature pendant plusieurs heures, ne parvint pas à les endormir le). (a) Olaiis Magnus, Histoire des pays septentrionaux, 1561, p. 217. (b) AcliarJ, Remarks on Smallows on the Rhine (Philos. Trans., 1763, t. LV, p. 101). -— Glialelux, Voyage dans l'Amérique septentrionale, t. Il, p. 329. — Pallas, Voyage dans plusieurs provinces de l'empire de Russie, t. II, p. 409 (édit. tli> Lamarck). — C. Smith, Facts in regard lo the Ilgbernation of the rhimney Swallow (New Philosophicnl Journal, 1827, t. 111, p. 231). — Dutruchet, Hivernation des Hirondelles (Comptes rendus de VAcad. des sciences, 1838, l. VI, p. 673). {c) Spallanzani, Voyage en Sicile, t. VI, p. 13 et suiv. PRODUCTION DE CHALEUR. 65 quables ; mais je ne pouvais passer à coté d'eux sans les signaler. Sous le rapport de la faculté de produire la chaleur et de ^*JV™ CM supporter le froid, il y a donc quatre catégories principales à &»** uu^aié établir: de ta chaleur. 1° Les Animaux à sang chaud et à température constante, qui produisent beaucoup de chaleur, et qui, sous l'influence d'un froid modéré, augmentent cette production de laeon à con- server une température propre qui ne varie que peu. T Les Animaux à sang chaud et à température variable, qui ne sont pas aptes à produire assez de chaleur pour résister à des causes de refroidissement d'une puissance médiocre, mais qui ne sont pas organisés pour supporter un abaissement notable de température intérieure, et qui périssent promptement quand la température du milieu ambiant s'abaisse beaucoup. 3° Les Animaux à sang chaud et à température essentielle- ment variable, qui se refroidissent très facilement, et pour les- quels ce refroidissement occasionne un ralentissement dans les fonctions vitales sans être une cause de mort, c'est-à-dire les Animaux hibernants. h" Les Animaux à sang froid, qui ne produisent pas assez de chaleur pour avoir dans les circonstances ordinaires une tem- pérature propre qui s'élève beaucoup au-dessus de celle du milieu ambiant, et qui supportent sans inconvénient un refroi- dissement considérable, soit en s'engourdissant, soit en con- servant la plénitude de leur activité vitale. Tous les Animaux invertébrés, de même que les Poissons, les Batraciens et les Reptiles, appartiennent à cette dernière caté- gorie, et beaucoup d'entre eux conservent une grande activité lorsque la température intérieure de leur corps ne s'élève que fort peu au-dessus de celle de la glace fondante. Beaucoup de Poissons sont dans ce cas, et, ainsi que nous le verrons plus tard, c'est pendant qu'ils subissent ainsi l'influence du froid G6 NUTRITION. que fort souvent ils vaquent aux fonctions de la reproduction. D'autres s'engourdissent quand la température de leur corps s'abaisse de la sorte, et il en est qui peuvent alors supporter la congélation sans périr (I). Nos connaissances sont encore très incomplètes au sujet des (1) Chez les Animaux à sang chaud, la congélation, même partielle du corps, est en général suivie de la mort des parties dont les liquides ont été solidifiés de la sorte (a) ; mais dans quelques cas on a vu certaines por- tions de l'organisme revenir à la vie et reprendre leur état ordinaire après avoir été complètement gelées. limiter a constaté des faits de ce genre chez des Lapins dont il avait gelé une oreille en la maintenant pendant une heure dans un mélange réfrigérant, et chez des Coqs dont il congela de la même manière la crête et les bar- billons (b). Les Animaux à sang froid résistent mieux aux elïels de la congélation, et un grand nombre d'entre eux peuvent continuer à vivre après que la totalité de leur corps a été solidifiée par le froid. Ainsi Lister a vu des Chenilles re- prendre le mouvement après avoir été congelées (c), et Iléaumur a constaté que les larves du Bombyx pityocampa peuvent supporter sans périr un froid de plus de 2Zi degrés au-dessous d*e zéro (d). Bonnet lit des observations analogues sur des Chrysalides du Pontia Brassicœ, et Steikers obtint le même résultat dans des expériences sur la congélation de quelques larves de Tipules (e). Je citerai également ici des recherches sur la congélation des Podurelles, faites par M. Nicol- let (f) ; mais une des expériences les plus remarquables à ce sujet est duc au capitaine Ross, Ce voyageur plaça 30 Chenilles dans une boîte, qu'il exposa quatre fois de suite pen- dant une semaine à une température de — h'1 degrés environ. A chaque exposition elles devinrent roides et furent congelées ; cependant ,a rès la première exposition, toutes revin- rent à la vie quand on les ramena dans une chambre chaude ; 23 survé- curent à la seconde congélation, 1 1 res- tèrent à la troisième épreuve, et 2 pu- rent être rappelées à la vie après la quatrième congélation {g). M. Joly (de Toulouse) a constaté aussi que des l'a- ludines et des Anodontes ont pu être pris dans un bloc de glace, dont la tem- pérature était descendue jusqu'à 5 de- grés au-dessous de zéro sans périr, ni (a) Au sujet des effets du froid sur le corps humain, je renverrai à l'article CONGÉLATION du Compendium de chirurgie pratique par Bérard et Denonvilliers, t. 1, p. 380 et suiv. (b) limiter, Traité du sang, etc. (Œuvres, t. III, p. 131). (e) Lisler, Goedartius, De insectis, 4 C>85, p. 70. \di Réaumiir, Mém.pour servira l'histoire naturelle des Insectes, t. II, p. 142. (e) Kirby et Spence, An Introduction to Entomoloijij, t. II, p. 453. (/') Ross, Effet d'un froid intense sur des Chenilles (Bibliothèque universelle de Genève, nouv, série, t. III, p. 483). (g) Nicolet, Recherches pour servir à l'histoire naturelle des Podurelles, p. 12 (Nouveaux Mémoires de la Société helvétique des sciences naturelles, 1841). PRODUCTION DE CHALEUR. G7 Animaux à sang chaud dont la faculté calorifique est faible; j'ai déjà dit que beaucoup de Mammifères et d'Oiseaux nouveau- nés présentent ces caractères, mais en général cela est de peu de durée, et longtemps avant Page adulte la température du corps devient fixe (1). Il me parait probable cependant que même paraître souffrir de cette congé- lation (a). Les œufs de quelques Insectes ré- sistent aux effets de la congélation, et peuvent môme supporter l'action d'un froid très intense. Ainsi Spallan- zani a constaté l'éclosion d'oeufs de Vers à soie qui avaient été exposés à — 30 degrés (o), et plus récemment Bonafous a fait des expériences ana- logues (c). limiter a constaté que les Crapauds peuvent supporter la congélation sans périr [d). Pendant un voyage en Is- lande, Gaimard a observé des faits ana- logues. Par l'action du froid, les Cra- pauds sur lesquels il expérimenta de- venaient roides, cassants, et ne lais- saient pas échapper une goutte de sang quand il les brisait ; cependant, en les dégelant dans de l'eau tiède, il les lit revenir à la vie. Dans ces cas la congélation s'était faite lentement; mais quand elle était rapide, elle dé- terminait toujours la mort. En ré- pétant ces expériences sur des Gre- nouilles, Gaimard ne put conserver vivants les Animaux dont le corps avait été gelé (e) ; mais M. Auguste Du- méril a constaté que la mort n'est pas toujours une conséquence de la con- gélation du corps de ces Batra- ciens (/') ; le même lait a été observé chez le Triton (y). Plusieurs auteurs parlent aussi de la reviviscence de Poissons dont le corps avait été roidi par l.t congéla- tion (/<). (1) W. Edwards a trouvé que les jeunes Chiens et Chats résistent d'au- tant mieux au refroidissement, qu'ils sont plus éloignés du moment de la naissance, et que vers l'âge de quinze jours ils se comportent sous ce rapport à peu près comme les adultes, quand la température extérieure est moyenne (i). («) Joly, Note sur des Anod'iila cycnea et des Paludina vivipura qui ont résiste à la congéla- tion (Ann. des sciences nat., 3« série, 1845, t. III, p. 373). (bj Spallanzani, Opuscules de physique animale, t. I, p. 84. le) Bonafou% Sur tics œufs de Ver à soie exposés à une basse température (Bibliothèque uni- verselle de Genève, 1858, nouvelle série, l. XVII, p. 20ÙJ. (d) Hunier, Experiments on Animal': and Vcgetables ivith respect to the power ofproducing lieat (Philos. Trans., 1775, t. LXV, p. 450). (e) Gaimard, De la suspension de la vie chez, les Batraciens par l'effet du froid (Bibliothèque universelle de Genève, 1 S 4 u , nouvelle série, t. XXVI, p. 207). (f) Au£. Duméril, Bechcrches expérimentales sur la température des Reptiles [Ann. des sciences nat., 3- série, 1852, t. XVII, p. 11). (g) Du Fay, Observations physiques et anatomiques sur plusieurs espèces de Salamandres (Mém. de l'Acad. des sciences, 1729, p. 145). (h) J. Franklin, First Overland Journey to the Polar Seas, t. II, p. 234). — Hubbard, On the Bessuscitation of Frozen Fish (Silliman's American Journal, 1S 50, t X, p. 132). (i) W. Edwards, De l'influence des agents physiques sur la vie, p. 136. Circonstances qui influent sur G8 NUTRITION. divers Mammifères ne se perfectionnent pas de la sorte, et que c'est en grande partie en raison de cette circonstance que plu- sieurs de ceux qui sont propres aux régions tropicales périssent promptement quand on les transporte dans nos pays, où les hivers sont froids. § 10. -— Puisque la chaleur animale dépend de la combustion vitale, et que cette combuslion est entretenue par l'oxygène ^cta'îeïr ." que la respiration introduit dans l'organisme, nous pouvons prévoir que toutes les circonstances qui influent sur la marche de cette fonction doivent agir d'une manière analogue sur la quantité de chaleur produite de la sorte. Ainsi, nous avons vu précédemment que pendant le sommeil la respiration est moins active que pendant la veille (i), et l'expérience nous apprend qu'il existe des variations correspondantes dans la puissance productrice de la chaleur animale. Chossat a conslaté que chez les Pigeons la température du corps est d'environ trois quarts de degré plus élevée le jour que la nuit (2) , et les observations de Hunter, de même que celles de Martin, montrent que chez l'Homme il y a aussi un refroidissement Respiration. (1) Voyez tome II, page 526. (2) Ces résultats furent déduits de 600 observations thennométriques fai- tes sur 20 Pigeons nourris de la ma- nière ordinaire et placés dans les mêmes conditions de température ex- térieure la nuit et le jour. A midi, dans l'état de veille, le thermomètre, introduit dans le cloaque, s'élevait, terme moyen, à Z|2 ,22, tandis qu'à minuit, durant le sommeil de ces Ani- maux, il ne marquait en moyenne que /U°,/i8. Sur 300 jours d'observations, il n'y en eut que 5 où la température du corps fut trouvée plus élevéelanuit que le jour, et 6 où elle était la même à midi et à minuit ; dans les 289 autres jours la différence était dans le sens indiqué ci- dessus (a). Je rappellerai aussi, à ce sujet, que dans les expériences de M. Boussingault sur la respiration des Tourterelles, la quantité d'acide carbonique produite par heure fut d'environ 9!i centigram- mes pendant le jour, et seulement de 59 centigrammes pendant la nuit (6). (a) Chossat, Recherches expérimentales sur l'inanition (Mém. de VAcad. des sciences, Savants étrangers, 1843, t. VIII, p. 553 et sniv.). {b) Voyez tome II, page 529» PRODUCTION DE CHALEUR. 69 notable pendant le sommeil (i). Souvent on a eu aussi l'occa- sion de constater que, sous l'influence du sommeil, l'organisme résiste moins bien à l'influence du froid que pendant la veille, et cela suppose une différence correspondante dans la faculté de développer de la chaleur. Nous avons vu également que la consommation d'oxygène influence ils l'exercice diminue pendant la veille, quand le système locomoteur est en musculaire, repos, et augmente beaucoup sous l'influence de l'exercice musculaire : or, il est facile de constater que tout déploiement de force mécanique est accompagné d'une augmentation dans le développement de chaleur dont l'organisme est le siège. La coïncidence de ces phénomènes a été mise bien en évidence par les expériences délicates de M. Becquerel et deBreschet. Ces Savants, en enfonçant dans le muscle biceps brachial d'un Homme les aiguilles de l'appareil thermo-électrique dont j'ai déjà eu l'occasion de parler, ont vu que cet organe s'échauffe chaque fois qu'il se contracte, et qu'il suffit d'un petit nombre de ces mouvements pour que sa température s'élève d'un demi-degré centigrade au-dessus de celle qu'il avait dans l'état île repos (2). (1) Martin observa un abaissement 1res sensible de la température du corps humain pendant le sommeil, et constata que le corps se réchauffe très promptemenl après le réveil [a). Hun- ier évalue la différence entre l'état de sommeil et la veille à 1 degré et demi Fahrenheit, c'est-à-dire environ 0°,83 centigrade (b). (2) Eu sciant du bois pendant cinq minutes avec le bras où l'une des sou- dures du thermo-multiplicateur avait été introduite dans le muscle biceps, l'augmentation de la température dans cet organe a été quelquefois jusqu'à 1 degré centigrade (c). Plus récemment des résultats analogues ont été obte- nus par M. Gierce, en expérimentant (a) Martin, Description des effets du sommeil sur la chaleur du corps humain (Journal de physique, illi, t. H, p. 292). (b) Hunier, Expériences et observations sur la faculté dont jouissent les Animant de produire de la chaleur (Œuvres, t. IV, p. 317). (c) Becquerel et Itrescliet, Itecherches sur la chaleur animale au moyen des appareils Ihernw- clectnques (Archives du Muséum, t. I, p. 402). 70 NUTRITION. D'ailleurs, chacun sait, par l'observation journalière, que tout exercice violent est accompagné d'une production consi- dérable de chaleur dans l'ensemble de l'organisme ( l), et si la température intérieure de notre corps n'est que peu modifiée par ce phénomène, cela tient à l'action régulatrice qu'exerce la transpiration (2). La sueur, qui souvent vient alors lubrifier la peau, contribue beaucoup à soustraire aux parties sous- jacentes la chaleur qui s'y développe, ei, chez les Animaux qui ne suent pas, des effets analogues sont obtenus par la pré- cipitation des mouvements respiratoires qui accroît l'exhalation de l'eau par les voies pulmonaires ou par d'autres phénomènes du même ordre (3). Mais chez les Insectes, où la densité des sur des Chiens (a) , et M. Helmholz a constaté que chez les Grenouilles Faction musculaire est accompagnée aussi d'une élévation dans la tempé- rature locale (6). (1) Je rappellerai, à ce sujet, les ob- servations pratiques faites par toutes les personnes qui se sont trouvées exposées à L'action de froids intenses, et, pour n'en citer ici qu'un exemple, j'ajouterai que les compagnons de voyage du capitaine Parry, lorsqu'ils hivernèrent dans les régions polaires, reconnurent que pour se réchauffer, rien n'était plus efficace que l'exer- cice musculaire (c). (2) On doit à M. J. Davy des obser- vations thermométriques sur la tempé- rature des diverses parties du corps humain chez le même individu, à l'état de repos et après une marche plus ou moins rapide pendant une heure ou deux. L'élévation de température pro- duite par l'exercice musculaire ne dépassa pas un demi-degré dans les parties profondes de l'organisme, ainsi qu'on pouvait s'en assurer par la tem- pérature des urines au moment de leur évacuation, mais dans les parties superficielles du corps elle a atteint près de 15 degrés. Ainsi, le thermo- mètre, placé entre les orteils, marqua avant la marche 21°, !i, et après, 36°, 7 ; dans la main, la différence fut en moyenne de 8°, 2 (d). (3) Les Chiens sont dans ce cas, et quand ils courent de manière à s'échauf- fer beaucoup, ils laissent leur langue pendre hors de la bouche, ce qui aug- mente la surface d'évaporalion et con- tribue à enlever de la chaleur à leur corps. (a) Gierce, Quccnam ratio sit calorie org. part, inflamm., etc. (dissert. inaug.) Halte, 1842. (b) Helmholz, Ucber die WârmeenlvÀckelung bei der Muskelaction (Mùller's Archiv far Anat. und Physiol., 1848, p. 144). (c) Parry, Journal of a Voyage for the Discovery of a North-west Passage, 1821, p. 147. (d) i. l)a\y, Op. cit. (Philos. Trans., 1844). — Observations diverses sur la chaleur ani'h aie (Ann. de physique et de chimie, 3° série, 1815, t. XIII, p. 185 et suiv.). PRODUCTION DE CHALEUH. 71 tégumenls et le renouvellement lent de l'air dans les trachées ne permettent qu'une transpiration faible, l'augmentation dans la production de chaleur qui accompagne l'activité musculaire détermine des effets thermométriques plus considérables. Ainsi, dans des expériences faites sur des Abeilles et d'autres Insectes par Newport, on a trouvé que le thermomètre restait à peu près stationnairc quand on le plaçait au milieu d'un cer- tain nombre de ces Animaux au repos, mais que la colonne mercurielle s'y élevait parfois de 1 5 degrés, ou même davantage, quand ces petits êtres s'agitaient avec violence (1). L'augmentation dans la production de la chaleur animale qui se manifeste lors de l'activité fonctionnelle des muscles dépend principalement de deux circonstances qui accompagnent la contraction de ces organes, el qui influent sur le degré d'in- tensité de la combustion vitale dans leur intérieur, savoir, la quantité de sang qui baigne leur substance (2) et l'excitation que le système nerveux y développe. .Mais il semble résulter des expériences de M. J. Béclard, que l'augmentation dans le développement de la chaleur qui accompagne la contraction musculaire est moins grande quand celle-ci est employée à (1) Newport, à qui on doit une série d*observ;i lions intéressantes sur la pro ■ due lion de chaleur chez les Insectes, a vu la température d'une ruche s'élever d'environ 30 degrés Fahrenheit, lors- que les Abeilles, sortant du sommeil léthargique dans lequel elles avaient été plongées par l'effet du froid, se sont mises en mouvement et se sont agitées avec violence (a). Dutrochet a fait aussi une série d'ob- servations comparatives sur la tempé- rature des Insectes au repos et eu mouvement, mais il n'opéra que sur (h s individus isolés, et par conséquent les résultats thermométriques qu'il obtint ne furent que très faibles. Dans tous les cas, la chaleur propre de ces petits animaux ne fut que de quelques fractions de degré ; cependant il y avait toujours une certaine élévation de température accompagnant l'action musculaire (6). (2) Vojez tome IV, page 308. (d) Newport, On the Température of Insecls (Philos. Trans., 1837, p. 303). (b) Dnirocliei, Recherches sur la chaleur propre des Animaux vivants à basse température [Ann. des sciences nat , 2' série, 1840 s t. XIII, p. 43 et suiv.). 7*2 NUTRITION. produire un travail mécanique que dans le cas où elle n'est pas appliquée de la sorte, et ee fait s'expliquerait facilement par la transformation d'une portion de eette chaleur en mou- vement, conformément aux idées théoriques introduites depuis peu en physique (i). (1) M. J. Béclard vienj de publier un mémoire intéressant sur cette ques- tion (la). A l'aide d'un thermomètre très sensible appliqué sur la peau, dans là partie du bras qui correspond au muscle biceps, et convenablement protégé contre le refroidissement exté- rieur, il apprécie les changements de température qui se produisent dans cet organe lors de son action dans des circonstances différentes où le travail mécanique effectué n'est pas le même. Dans une première série d'expé- riences, il mesure de la sorte la eba- leur développée lorsque, par des con- tractions musculaires périodiquement intermittentes, un poids déterminé est maintenu en équilibre ou bien soulevé à une certaine hauteur, puis aban- donné à lui-même pour être ensuite soulevé de nouveau. L'élévation de la température au-dessus de celle obser- vée préalablement quand le bras était en repos, a presque toujours été nota- blement plus grande dans l'expérience statique, c'est-à-dire lors du maintien du poids en équilibre, que dans l'expé- rience dynamique, c'est-à-dire lors du travail mécanique effectue pour élever le poids un certain nombre de fois. Dans un cas, la différence en faveur de l'état statique s'est élevée à 0V26, et terme moyen elle a été d'environ 0°,16. Dans une seconde série d'expé- riences, M. Béclard compare le déve- loppement de chaleur observé dans la même muscle lorsque le mouvement effectué avait pour effet de soutenir le poids d'une manière continue sans l'élever, ou bien de l'élever et de l'abaisser alternativement en le soute- nant à la descente. L'élévation de la température fut sensiblement la même dans les deux circonstances, et l'auteur croit pouvoir rendre compte du désac- cord apparent entre ce résultat et le précédent, en supposant que, pendant le mouvement de descente, le travail mécanique négatif du muscle contre- balance les efTc(s du travail mécanique utile produit pendant les mouvements d'élévation. Mais ce raisonnement ne me paraît pas juste, car , lorsque le bras soutient le poids pendant la descente, le muscle biceps se con- tracte aussi bien que pendant l'éléva- tion, seulement l'effort est moindre. Quant à l'inégalité observée dans la première série d'expériences, lorsque la contraction musculaire était em- ployée, tantôt pour élever le poids, tantôt pour le soutenir seulement ; avant d'en rien conclure touchant la transformation de la chaleur en force mécanique, il faudrait peut-être exa- miner d'une manière plus approfondie toutes les circonstances qui accom- pagnent la contraction musculaire à divers degrés d'intensité, et leur in- fluence sur la production de chaleur. (a) J. Béclard, De la coutrailiuu musculaire dans ses rapports avec la température animale (Archives générales de médecine, 5 e série, 1801, t. XVII, p. 51). de l'état de la circulation. PRODUCTION DE CHALEUR. 73 11 est, du reste, à noter que la contraction des muscles est accompagnée d'une augmentation dans le travail de combus- tion dont ces organes sont le siège (1). ■S 11. — L'influence que le contact du sang avec les tissus influencé , de l'c<- exerce sur le dégagement de la chaleur dans leur substance est t fo mise en évidence par les expériences sur l'élévation de la tem- pérature des organes quand la quantité de fluide nourricier qui les traverse augmente (2), ainsi que par les opérations chirur- gicales, dans lesquelles on a vu la ligature d'une grosse artère être promptement suivie du refroidissement des parties aux- quelles ce vaisseau se rend, et la chaleur se relever dans celles- ci lorsque la circulation s'y rétablissait. J'ai déjà eu l'occasion de citer les expériences dans lesquelles, en déterminant la para- lysie des nerfs vaso-moteurs, on provoque à la ibis dans la région correspondante la dilatation des canaux sanguins et une augmentation notable de la température (3). Les mêmes effets sont produits par des causes mécaniques qui déterminent l'ac- (I) Lorsque je traiterai de la con- dont les uns étaient restés en repos, traction musculaire, j'exposerai les et les autres avaient été mis en mou- faits qui prouvent l'existence d'une vement par une série de décharges combustion locale dans le tissu des électriques (b). muscles, et je nie bornerai ici à ajou- (2) Ainsi, dans les expériences de ter que M. Mattcucci a constaté une MM. Becquerel et Brcscbet sur la eba- augmentation dans la quantité d'oxy- leur développée dans les muscles, il a gène absorbé et d'acide carbonique sufli de la compression de l'artère qui produit de la sorte lors de l'activité se rendait à l'organe observé, pour que fonctionnelle de ces organes (u). Pré- l'appareil thermométrique accusât ini- cédemment M. Ilelmholz avait dé- médiatement un abaissement de tem- montré le même fait d'une manière pérature (c). indirecte, en comparant la quantité de (3) J'ai déjà eu l'occasion de parler matières azotées excrémentitielles con- des modifications dans la production tenues dans des muscles de Grenouilles, de la chaleur animale qui se lient évi- ta) Matleucci, Sur les phénomènes physiques el chimiques de la contraction musculaire (Comptes rendus de l'Acad. des sciences, 1850, t. XLII, p. 048). (ft) Helniliolz, Ueber den Stoffverbrauch bel der Muskelaktion (Milliers Archiv fur Anat. und Fhysiol., 1845, p. 72). (c) Dccquerel et Bicschcl, Op. cit. (Archives du Muséum, t. I, p. 403). Mil. 6 7/j. NUTRITION. eumulation du sang clans une portion du système capillaire (1). Enfin, des phénomènes analogues se manifestent dans divers états pathologiques de l'économie, par exemple dans les cas d'inflammation locale (2), et l'influence que l'état de contrac- tion ou de dilatation des vaisseaux capillaires exerce sur le développement local de la chaleur, nous explique comment les causes qui modifient indirectement l'état des vaisseaux sanguins peuvent déterminer aussi des changements clans la température de nos organes. Ainsi, en étudiant la circulation, nous avons vu que le froid, ainsi que beaucoup d'agents chimiques, pro- voque la contraction des petites artères, et qu'une contraction plus ou moins persistante de ces vaisseaux est toujours suivie d'un état de relâchement qui permet l'entrée d'une quantité de sang plus considérable (pie dans l'état ordinaire (3). Nous pouvons donc prévoir que les applications froides sur la surface de la peau doivent tendre d'abord à y produire un abaisse- ment de température, non-seulement à raison de la chaleur déminent aux changements que les téricures, de façon à gêner le retour actions nerveuses déterminent dans de ce liquide vers le tronc, et il a fait l'état physique des vaisseaux sanguins voir que la température des oreilles (voyez ci-dessus, page 31). s'élève alors presque autant qu'à la (1) Pour bien démontrer que, dans suite de la section des nerfs en ques- les expériences où l'augmentation de tion (6). la chaleur locale a suivi la section des (2) Les parties qui sont le siège nerfs moteurs des vaisseaux de l'o- d'une inflammation ne présentent pas reille du Lapin (a), ce phénomène est une élévation de température aussi dû à la paralysie de ces vaisseaux et grande qu'on Je supposerait d'après à l'accumulation du sang dans la par- la sensation de chaleur que le malade tie qui s'échauffe, j\l. Brown-Séquard y éprouve ; mais cette élévation est a déterminé la congestion du sang souvent fort notable, dans les mêmes parties en tenant (3) Voyez tome IV, page 208 et sui- l' Animal suspendu par les pattes pos- vantes. (a) Voyez ci-dessus, page 31. (6) Brown-Séquard, Expériences prouvant qu'un simple afflux de sang à la tête petit être suivi d'ef]'ets semblables à ceux delà section du nerf grand sympathique au cou (Comptes rendus de l'Acad. des sciences, 1854, t. XXXVIII, p. 117). PRODUCTION DE CHALEUR. 75 qu'elles enlèvent, mais aussi en ralentissant la circulation clans la partie refroidie ; et que ce refroidissement doit être suivi d'un effet contraire, par cela seul que les vaisseaux, après s'être contractés, se dilateront, et admettront par conséquent dans leur intérieur une quantité plus considérable de sang. L'expé- rience nous montre que cette réaction se manifeste toujours avec plus ou moins d'énergie. Je ne prétends pas qu'elle résulte seulement des circonstances dont je viens de parler et qu'elle ne dépende pas en grande partie de l'état du système nerveux ; mais il me parait indubitable que les variations dans le calibre des petits vaisseaux sanguins contribuent beaucoup à la faire naître il). Des considérations du même ordre nous permettent aussi de concevoir comment, parfois, il puisse y avoir désaccord (1) Dans ces derniers temps, à l'oc- casion des questions soulevées par remploi thérapeutique des allusions froides, les pathologistes et les phy- siologistes ont fait beaucoup d'obser- vations et d'expériences sur l'action que le froid exerce sur l'économie animale (a). Le premier effet est tou- jours un refroidissement plus ou moins marqué , mais bientôt après une réaction se manifeste, la tempé- rature du corps s'élève ; et si le déve- oppement de chaleur est favorisé par l'exercice musculaire, il en résulte une élévation de température qui dure assez longtemps et qui n'est pas suivie d'un nouveau refroidissement, comme dans le cas où l'action du froid exté- rieur est persistante. Dernièrement , M. Liebermeister a cherché à évaluer par des procédés calorimétriques l'augmentation que les douches ou autres applications froides provoquent de la sorte dans le déve- loppement de la chaleur animale, et il estime qu'elle peut être parfois égale à quatre ou même six fois la produc- tion normale (6). (a) Herpin, Recherches sur les bains de rivière à basse température (Gazette médicale, 184-2, p. 253). — Latom-, Du mode d'action de la médication réfrigérante appliquée sur toute la surface du corps (Comptes rendus de l'Acad. des sciences, 184G, t. XXIIt, p. 99). — lloppe, Lieber den Ein/luss des Wdrmeverlusles auf die Eigentemperalur ivarmblùtiger Titiere (Archiv fur pathol. Anat. und Pliysiol., t. XI, p. 453). — Hogspihl, De frigoris efjkacitale physiologica (dissert, inaug.). Leipzig, 1857. — BenceJoi.es et Dickinson, Recherches sur l'effet produit sur la circulation par l'application prolongée de l'eau froide à la surface du corps humain (Journal de physiologie, 1858, t. I, P- 72). — Tholozan et Brown-Séquard, Recherches expérimentales sur quelques-uns des effets du froid sur l'Homme (Journal de physiologie, 1858, 1. 1, p. 497). (b) Liebermeister, Physiologische Untersuchungen uber die quantitativen Verdnderungen der Wdrmproduction (Archiv fur Anat. und Pliysiol. , 1860, p. 520). 76 NUTRITION. entre In marche du travail respiratoire général et le développe- ment de la chaleur dans les parties superficielles de l'organisme, ainsi que cela a été constaté dans certains cas pathologiques , par exemple chez les personnes qui, après avoir traversé la période algide du choléra, sont sur le point de mourir (1). La richesse du sang influe sur le développement de la cha- leur animale, aussi bien que la quantité de ce liquide qui baigne les tissus vivants. C'est en raison de ces deux circonstances que (1) Dans la période algide du cho- léra, la consommation d'oxygène et la production d'acide carbonique sont réduites des deux cinquièmes environ, et la température du corps mesurée dans le creux de l'aisselle n'est que d'environ 33 degrés ou 3/t degrés; mais M. Doyère a constaté que quel- ques heures avant la mort, le malade se réchauffe d'une manière très remar- quable. La température du corps s'élève alors à 38 degrés, 39 degrés ou même davantage : ainsi, dans un cas, le thermomètre marqua, au moment de la mort, Z|2°,1, et la chaleur persista assez longtemps chez le cadavre (a). Des phénomènes analogues ont été observés dans quelques autres cas pathologiques , ainsi que dans des expériences de vivisections pratiquées sur le cervelet (6), et ne me paraissent pouvoir être rapportés qu'à la cessa- tion de l'influence des nerfs vaso- moteurs sur la portion périphérique du système capillaire. Dans plusieurs circonstances , les médecins ont cru remarquer que le cadavre se réchauffait notablement après la mort (b). 11 est probable qu'en général ce phénomène s'était réellement produit pendant les der- niers instants de la vie ; mais on con- çoit cependant la possibilité d'un ac- croissement réel dans la température des parties superficielles de l'organisme après que le moribond a rendu le dernier soupir, si durant l'agonie les vaisseaux capillaires avaient été con- tractés au point d'y empêcher l'arri- vée du sang, et si au moment de la mort . ils se sont relâchés ; car la pro- duction d'acide carbonique aux dépens de la substance des tissus organiques continue après la mort (cl), et par conséquent l'arrivée du sang chargé d'oxygène dans les parties dont ce liquide avait été exilé pourrait être suivie de phénomènes de combus- tion dont résulterait une élévation de température. (a) Doyère, Mémoire sur la respiration et la chaleur o.nimale dans le choléra (Moniteur des hôpitaux, 1854, t. II, p. 07). (6) Ivrimcr, Physiohgische Untersnchungen, p. 1 58 , 173, clc. (c) J. Davy, Observ. on Ihe Température of the Human Body after Death (Researches Anato- mical and I'hysiological, I. I, p. 228). — Dowler, Researches on post mortem Contractility (voyez Browu-Stiquard, Journal de phy- siologie, 1860, t. I, p. 375). (d) G. Liebig, Expériences sur la respiration (Ann. des sciences nat., 3« série, 1850, t. XIV, p. 321). PRODUCTION DE CHALEUR. 77 les saignées abondantes tendent à produire un abaissement dans la température du corps, et l'on sait, par les recher- ches de MM. Prévost et Dumas, que chez les divers Animaux il existe des rapports remarquables entre la grandeur de la faculté productrice de la chaleur et la proportion des globules organisés qui sont charriés par le tluide nourricier (1). § 12. — L'influence du système nerveux sur le développe- ment de la chaleur animale a été rendue indubitable par les expériences de Brodie, de Chossat et de quelques autres phy- siologistes. Je suis loin d'admettre toutes les conclusions que ces auteurs ont tirées des faits dont ils parlent ; mais ces faits n'en ont pas moins, à mon avis, une importance considérable. Ainsi Brodie a constaté que la décapitation est suivie d'un refroidissement très rapide du corps, lors même que les vais- seaux sanguins du cou ont été préalablement liés pour empêcher l'hémorrhagie, et que la vie est entretenue dans le tronc au moyen de la respiration artificielle (2) . On voit, par les expé- riences de Legallois, que dans ces dernières circonstances le refroidissement n'est pas aussi rapide que chez le cadavre (8), Influence du système nerveux. (1) Les Oiseaux sont de tous les Animaux roux dont la température est la plus élevée; et MM. Dumas et Prévost ont trouvé qu'ils ont le sang plus chargé de globules que celui des autres Animaux. Sous le rapport de la faculté productrice de la chaleur, de même (pie sous celui de la richesse du sang, les Mammifères occupent le second rang, et d\°z les Vertébrés à sang froid la proportion des matières solides con ternies dans ce liquide n'est en général que d'environ j ou ) de celle que nous offrent les Oiseaux (a). (2) Ce physiologiste constata aussi que la section de la moelle allongée produit le même effet sur le dévelop- pement de la chaleur animale (b). (3) Dans les expériences de Brodie, le refroidissement du corps après la section delà moelle allongée avait été plus rapide chez les individus où la vie avail été entretenue au moyen de la respiration artificielle que chez ceux où (a) Prévost et Dumas, Examen du sang et de son action dans les divers phénomènes de la vie (Ann. de chimie et de physique, 1825, t. XXIII, p. 04). (b) B. Brodie, The Croonian Lecture on some Physiological ftesearches respecting the Influence ofthe Braiu on the Action of the lleart and on the Génération of Animal Ileat (l'hilos. Trans., 1811, et Physiological Uesearches, 1851, p. 1). 78 NUTRITION. et que l'air qui traverse les poumons, tout en enlevant à l'or- ganisme beaucoup de chaleur, continue à entretenir la com- bustion physiologique ; mais cette combustion est fort réduite, et, suivant toute probabilité, le grand affaiblissement de la faculté productrice de la chaleur qui est déterminé par la lésion du système nerveux, dépend principalement de la dimi- nution que cette lésion amène dans le degré d'activité du tra- vail chimique d'oxydation dont l'organisme est le siège (1). Diverses substances toxiques qui exercent sur le cerveau la mort avait suivi immédiatement cette lésion ; mais Legallois obtint des résultats opposés. 11 trouva que la tem- pérature des cadavres s'abaissait plus rapidement que celle de l'Animal dont la respiration était entretenue artificiel- lement après la décapitation ou la sec- tion de la moelle allongée (a). Le dés- accord était probablement dû à la manière dont l'expérience avait été faite; car Wilson Pbilip a remarqué que le refroidissement, tout en étant retardé par le renouvellement lent de l'air dans les poumons d'un Animal soumis à ce genre d'expériences, est accéléré lorsque la respiration artifi- cielle est rendue très rapide, de façon à faire passer dans les poumons une quantité d'air qui dépasse de beaucoup celle nécessaire à l'entretien de la vie, et Brodie adopta cette manière de voir (b). Les expériences de Chossat montrent aussi que lorsque l'action du cerveau a été arrêtée par l'effet d'une section verticale de cet organe pratiquée au- devant de la protubérance annulaire, les mouvements respiratoires continuent, mais que le refroidissement du corps n'en marebe pas moins très rapidement, sans être cependant aussi prompt que dans le cadavre. La mort est arrivée douze heures après l'opération, et la température du corps était alors des- cendue à 1l\ degrés. Chez un autre Chien tué par la section de la moelle allongée et abandonné à lui-même dans les mêmes circonstances, la tempé- rature était tombée à 23°, 9 en onze heures (c). Au sujet de l'influence du cerveau sur le développement de la chaleur, je citerai aussi une des expériences de MM. Bectjaerel et Breschct. Ayant in- troduit l'une des soudures de leur appa- reil thermomélrique dans la substance du cerveau d'un Chien, ils constatèrent une température de 38°, '25 ; mais pres- que aussitôt, par l'effet de la lésion de cet organe, cette température baissa de plusieurs degrés, et quelques minutes après l'Animal mourut [d). (1) Brodie avait cherché à détermi- ner comparativement la quantité d'air (a) Legallois, Premier Mémoire snr la chaleur des Animaux qu'on entretient vivants par l'insufflation pulmonaire, 1812 (Œuvres, t. II, p. 1). (ft) Wilson Philip, ,4;i Expérimental Inquiry into the Laïus of the Vital Functions, 1820, p. 180. (c) Chossal, Influence du système nerveux sur la chaleur animale, thèse. Paris, 1820, p. 14. (d) Becquerel et Breschct, Op. cit. (Archives du Muséum, t. I, p. 402). PRODUCTION DE CHALEUR, 79 une action narcotique, déterminent aussi une grande diminu- tion dans la production de la chaleur animale. Ainsi, dans les expériences faites par Brodie sur les effets de l'empoisonne- ment par l'essence d'amandes arnères, le refroidissement du corps accompagna la perte de la sensibilité et fut non moins rapide que chez les Animaux dont le cerveau avait été dé- truit (1). Chossat a constaté aussi un grand abaissement dans la température du corps des Animaux narcotisés par l'o- pium^); des phénomènes du même ordre ont été observés par MM. Duméril et Demarquay chez des Animaux plongés dans un état d'insensibilité par l'action de l'éther ou du chloro- forme (â), et dans certains cas d'empoisonnement la mort est consomme'' dans les circonstances ordi- naires et chez nn Animal dont la vie est entretenue par la respiration artifi- cielle, et il n'avait aperçu aucune dif- férence ; d'où il conclut que la pro- duction de la chaleur ne pouvait être attribuée à la combustion physiologi- que (a). Legallois reprit ee sujet, et ar- rivai des résultais opposés, il constata que toujours chez les Animaux qui se refroidissent, soit par suite d'une lésion du système nerveux, soit par l'effet d'une gêne dans les mouvements res- piratoires, il y a une diminution notable dans la consommation d'oxygène (b). (I) Brodie assure que les effets de ce poison sur la production de la cha- leur sont non moins marqués que ceux déterminés par la décapitation, mais il ne donne pas les observations ther- niométriques sur lesquelles cette con- clusion est fondée (c). (2) Chossat, ayant injecté une for;c dose d'opium dans les veines d'un Chien, constata un abaissement graduel de la chaleur jusqu'au moment de la mort. Au début de l'expérience, la tem- pérature et aitde 39°, 8. Une heure après elle était descendue à 36°, G, et au bout de trois heures elle n'était plus que de 32°, 6 ; vingt heures après l'opération, elle était tombée à 23°, G, et quand l'Animal mourut, à peu près vingt-deux heures après l'introduction du poison, elle était de 22", 8 (d). (3) MM. Auguste Duméril et Demar- quay on! constaté que l'éther introduit dans l'économie sous la forme de va- peurs, soit par les voies respiratoires, soil par le rectum, détermine un grand abaissement de la température du corps, lors même que ces vapeurs ne donnent pas lieu à des phénomènes d'ivresse ou d'insensibilité. Dans une expérience faite (a) Bi-odie , Furlber Experiments and Observations on the Influence of the Brain on the Génération of Animal Beat Philos. Trans., 1812; — l'hysiol. Researches, p. 17). (b) Legallois, Deuxième et troisième Mémoire sur la chaleur anïnale [Œuvres, t. H, p. 21 et suiv.). (i l tirodie, Furthcr Experiments and Observations on the Influence of the Brain on the Géné- ration of Animal Beat [Philos. Trans., 1812, p. 205). (i/> Chossat, Mémoire sur l'influence du système nerveux sur la chaleur animale, p. 10. 80 NUTRITION. la conséquence du refroidissement de l'organisme (1). Enfin on sait depuis longtemps, par l'observation des effets de l'ivresse, que chez l'homme l'alcool diminue la puissance calorifique. La division de la moelle épinière dans la région cervicale peut produire à peu près les mêmes effets que la destruction sur un Chien, Péthérisation, prolongée pendant trente-cinq minutes, a fait baisser la température de 2°, 20. Chez un autre Chien, le refroidissement dé- terminé par L'administration du chlo- roforme a été même de Zi°,80 après une heure quarante minutes cPanes- thésie. Mais en général l'action exer- cée de la sorte sur la chaleur animale est moins forte. Chez une Poule, Pé- thérisation a fait baisser la tempéra- ture de 2°, 50 en quinze minutes, et dans un autre cas le refroidissement a été de 3°, GO en quarante minutes (a). Dans une série d'expériences sur les effets de l'empoisonnement par l'o- pium faites par Holland, l'abaisse- ment de la chaleur animale ne fut pas aussi considérable (6). (1) M. Brown-Séquard a constaté que l'action mortelle de plusieurs sub- stances toxiques est d'autant plus grande, que les Animaux qui y sont soumis sont placés dans des condi- tions moins favorables à la conserva- tion de leur chaleur propre. Ainsi, dans divers cas, en administrant la même dose de poison à deux Ani- maux (Lapins ou Cochons d'Inde) aussi semblables entre eux que possible, mais dont l'un était placé dans une chambre où la température n'était que de 8 à 10 degrés centigrades , tandis que l'autre était placé près d'un feu, dans une atmosphère dont la température se maintenait entre 24 et 30 degrés , cet expérimen- tateur vit ces derniers se rétablir assez facilement, tandis que les au- tres Animaux, après avoir éprouvé un refroidissement notable , périssaient au bout de quelques heures ou d'un à deux jours. Les substances qui agis- saient le plus fortement sur la faculté productrice de la chaleur étaient l'o- pium, l'acide cyanhydrique, le cyanide de mercure, la jusquiame, la digitale, e tabac, l'euphorbe, Le camphre, l'al- cool, l'acide oxalique et divers acides minéraux très dilués. Souvent le pre- mier effet du poison sur cette fonction déterminait une augmentation de la chaleur animale ; mais ce phénomène était suivi d'un refroidissement plus ou moins considérable, surtout quand l'action toxique n'était pas assez in- tense pour déterminer la mort ra- pidement, et que l'Animal pouvait y résister pendant quatre ou cinq heures (c). la) Au;:. Duméril et Deniarquny, Recherches expérimentales sur les modificatims imprimées à la température animale par l'éther et par le chloroforme {Comptes rendus de l'Acad. des sciences, 1848, t. XXVI, p. 171). (b) Holland, Laws nf Organic and Animal Life, p. 255. te) Brown-Séquard, Recherches sur une cause de mort qui existe dans un grand nombre d'empoisonnements (Gazette mëd. de Paris, iSid, t. IV, p. 04 i ; — Expérimental Researches, 1853, p. 20j. PRODUCTION DE CHALEUR. 81 du cerveau; mais lorsque la lésion porte sur la parlie dont naissent les nerfs cervicaux de la huitième paire et les nerfs thoraciques des deux premières paires, il en résulte une élé- vation dans la température de la tête (1). La section de cette portion du système nerveux dans des points plus éloignés de la têle est suivie d'un certain affaiblissement dans la produc- tion de chaleur ; mais le refroidissement diminue à mesure que la lésion est située plus près de la région lombaire, où elle cesse d'avoir une influence bien appréciable sur ce phé- nomène. Nous avons vu précédemment que la destruction des gan- glions du système sympathique dont naissent les nerfs vaso- moteurs de la tête et des membres, est suivie d'une grande augmentation de la production de chaleur dans les parties cor- respondantes de l'organisme (2); mais je ne saurais attribuer ce phénomène à la cessation d'une action retardatrice que ces nerfs exerceraient dans les circonstances ordinaires sur le tra- vail calorifique, et je n'y vois qu'une conséquence de la dilata- tion que des vaisseaux sanguins éprouvent par suite de la para- lysie de leurs nerfs moteurs et de l'afflux considérable de sang qui en résulte. Quoi qu'il en soit, il est digne de remarque que toutes les parties du système sympathique ne paraissent pas jouer un rôle de ce genre. En effet, Chossat a trouvé que la destruction (1) M. Budge a constaté que chez le h ou 5 degrés.- Il en conclut que Pac- I.apin la section de la moelle épiniere lion exercée sur les vaisseaux de la entre la dernière vertèbre cervicale et tète par le grand sympathique cervical la troisième vertèbre dorsale est sui- a son point de départ dans la portion vie d'une dilatation des artères de la de la moelle épiniere indiquée ci- tête et d'une augmentation de chaleur dessus (a). dans les oreilles, qui peut s'élever à (*2) Voyez ci-dessus, page 31. (a) BuJgc, De l'influence de la moelle épiniere sur la chaleur de la tête (Comptes rendus de l'Acad. des sciences, 1853, t. XXXVI, p. 377). 82 NUTRITION. de ki portion du système ganglionnaire qui constitue le plexus semi -lunaire est suivie d'un anéantissement si complet de la production de la chaleur, que le corps de l'Animal encore vivant se refroidit aussi rapidement que le ferait un cadavre placé dans les mêmes circonstances (1). Ce physiologiste obtint le même résultat en liant l'artère aorte thoraeique, opération qui n'arrêta pas la circulation dans la tète et les membres antérieurs, mais qui empêcha le sang d'arriver dans l'abdomen, où se trouvent les centres nerveux dont ii vient d'être question. 11 est aussi à noter que la température d'un membre para- lysé est d'ordinaire moins élevée que celle du membre cor- respondant qui a conservé la sensibilité ainsi que le mouvement, et que dans quelques cas on a vu le développement de chaleur y augmenter notablement sous t'influence de l'excitation déter- minée par l'électricité (2). § 13. — Faut-il conclure de tous ces faits que la production de la chaleur est indépendante de l'action comburante de l'oxy- gène sur l'organisme, et n'est pas une conséquence de la respi- ration? Non, certes. On pouvait le supposer quand on croyait que la combinaison de l'oxygène de l'air avec les matières combustibles fournies par l'économie animale avait lieu dans (1) Dans une des expériences de ce genre, Chossat vit la tempérai ure du Chien tomber à 27°, 8 en huit heures, et dans une autre expérience la tem- pérature, qui était /|0°,9 avant l'opéra- tion, descendit à 26 degrés dans l'es- pace de dix heures (a). (2) En 1819, Earle publia quel- ques observations intéressantes sur ce sujet. Chez un paralytique, il trouva que dans la main du côté sain le thermomètre marquait 33", 3, tandis que dans la main paralysée la tempé- rature n'était que de 21", 67 avant l'emploi de l'électricité ; mais elle s'y éleva à 25 degrés après quelques jours de traitement par cet agent exci- tant (b). (a) Chossat, Influence du système nerveux sur la chaleur animale, ilièse, 1820, p. 42. (b) H. Earle, Cases and Observations illustraling tkc Influence of the Nervous System in regulating Animal Heat [Medico- chirurgical Transactions, 1819, t. VII, p. 177;. PRODUCTION DE CHALEUR. 83 les cellules du poumon (1) ; mais aujourd'hui il n'en est plus de même. Nous savons que l'appareil respiratoire est seule- ment la voie par laquelle le principe comburant arrive dans le torrent de la circulation, et que, transporté par le sang dans la profondeur de toutes les parties du corps, l'oxygène de l'air s'unit à du carbone et à de l'hydrogène dans le système capil- laire général ou dans la substance des tissus où ces vaisseaux sont répandus. Par conséquent, pour expliquer la diminution dans le développement de la chaleur qui suit les diverses lésions du système nerveux, il suffit d'admettre que, d'une manière directe ou indirecte, la combustion physiologique est plus ou moins subordonnée à l'action normale du système nerveux, hypothèse qui n'est en désaccord avec aucun fait bien avéré. Il me paraît probable que l'influence exercée par les nerfs sur l'état de contraction ou de dilatation des capillaires sanguins contribue beaucoup à la production des phénomènes dont l'élude vient de nous occuper (2); mais j'incline à croire que (1) Brodiè et Cliossnt ne furent pas les seuls à attribuer au système ner- veux le pouvoir de développer de la chaleur indépendamment de toute ac- tion comburante déterminée par la respiration. M. de la lîive pensa qu'on pouvait attribuer ce phénomène au passage de courants électriques dans les nerfs (a) ; mais, comme nous le ver- rons par la suite, l'existence de pareils courants n'a pu être démontrée. (2) Il y a lieu de penser qu'il faut attribuer à l'action du système nerveux sur le degré de contraction des vais- seaux capillaires un pbénoniène fort remarquable qui a été constaté par W. Edwards et Gentil. Ces physiolo- gistes ont trouvé que le refroidisse- ment considérable de l'une des mains produit par l'immersion de cette partie dans de l'eau glacée est accompagné d'un abaissement considérable de la température de l'autre main non immergée (6). Au premier abord , on pourrait attribuer cet effet éloigné à un refroidissement dans la masse du sang en circulation ; mais il résulte des expé- riences plus récentes de MM Tbolozan et Brown-Séquard, que la température de la bouche n'est que peu modifiée par le grand refroidissement de la main immergée ; en sorte que le changement [a) De la Rive, Observations sur les causes présumées de la chaleur propre des Animaux (Bibliothèque universelle de Genève, 1820, t. XV, p. 4G;. (b) W. Edwards, Animal Heat (Todd's Cyclop. of Anat. and Physiol, t. II, p. GGO). Sk NUTRITION. l'action nerveuse contribue à déterminer les combinaisons chimiques qui s'effectuent dans l'intérieur de l'économie, et qui me paraissent être indubitablement la principale cause du dégagement de chaleur dont toutes les parties vivantes du corps de l'Animal sont le siège. Ainsi, en définitive, c'est toujours à l'introduction de l'oxy- gène dans l'organisme et à la combinaison de ce principe avec les matières combustibles fournies, soit par le sang, soit par les tissus, qu'il faut attribuer la production de la chaleur animale. Il est aussi à noter que le ralentissement du travail respira- toire suffit pour produire une diminution plus ou moins grande dans la production de chaleur. Ainsi, dans les expériences de Legallois, des Lapins maintenus étendus sur le dos se sont refroidis de 2 ou 3 degrés en une heure et demie, et Chossat a obtenu des résultais semblables en agissant sur des Chiens (\f. influence § H, — L'alimentation exerce aussi une grande influence raiinientation mr j P développement de la chaleur dans l'intérieur de l'éco- ia production nomie animale. Hunier a constaté que, chez les Souris, la pri- de chaleur. * ' r vation d'aliments est bientôt suivie d'un abaissement notable dans l'état thermométrique de l'autre mai» paraît devoir dépendre d'une action sympathique exercée par le système nerveux sur les vaisseaux san- guins de cette dernière partie, et d'une diminution dans la quantité de sang en circulation dans celle-ci par suite de la contraction de ces mêmes vais- seaux (a). (1) Dans quelques-unes des expé- riences de Legallois, laites sur des La- pins très jeunes, le refroidissement qui accompagne cette position du corps élait beaucoup plus considérable, mais dans ce cas le phénomène était com- plexe, et l'abaissementde la température devait être attribué principalement ù l'insuffisance normale de la produc- tion de chaleur dans les premiers temps de la vie (b). Dans des expé- riences analogues faites par Chossat sur des Chiens adultes, le refroidisse- ment déterminé par la fixation du corps dans la position indiquée ci- dessus n'a jamais dépassé notablement 2 degrés centigrades (c). (a) Tholozan et Brown-Scqnard, Recherches expérimentales sur quelques-uns des effets du froid sur l'Homme (Journal de physiologie, 1858, t. I, p. 500). (b) Legallois, Mim. sur la chaleur des Animaux [Œuvres, t. H, p. 1 1). (c) Chossat, Op. cit., p. 12. PRODUCTION DE CHALEUK. 85 dans la température du corps et d'une diminution dans la faculté de résister à l'action d'un froid intense (1). Plus récemment, M. Martins, professeur à Montpellier, a fait des observations analogues (2), et Chossat a mis ce fait mieux en évidence par ses expériences sur les effets de l'inanition. Il a constaté que chez des Animaux privés d'aliments la température du corps s'abaisse notablement, et qu'aux approches de la mort elle est quelquefois de 18 à 20 degrés au-dessous de la température normale (3). Je rappellerai aussi que chez (1) Chez une Souris vigoureuse et bien nourrie, limiter vit le thermomètre marquer 99 degrés Fahrenheit dans l'abdomen, près du diaphragme, tandis que chez un autre individu affaibli par un long jeûne, l'instrument, placé de même, ne marqua que 97 degrés. Le premier de ces Animaux, exposé pendant une heure à de l'air dont la température n'était que de 13 degrés Fahr, , se refroidit intérieurement d'environ 18 degrés Fahr. Le second, placé clans les mômes circonstances, perdit 123 degrés Fahr. (a). Des faits du même ordre ont été notés par les voyageurs qui, en explo- rant les régions polaires, se sont trou- vés exposés à des froids intenses et n'avaient souvent qu'une nourriture insuffisante. Ainsi, l'un des compa- gnons du capitaine Franklin, étant réduit à un état de grande maigreur, souffrit beaucoup des abaissements de température qu'il aurait sup- portés sans gène dans les circonstances ordinaires , et il remarqua que les Hommes avec qui il se trouvait sup- portaient beaucoup mieux l'influence du froid de la nuit quand ils avaient fait un bon repas que lorsqu'ils avaient passé la journée à jeun (b). Il est aussi à noter que dans des expériences sur l'alimentation, M. Ilammond con- stata un abaissement notable de la température de son corps après avoir vécu pendant quatre jours de gomme seulement (c). (2) M. Martins a eu l'occasion d'ob- server aux environs de Montpellier deux troupeaux de canards qui vivaient dans la même localité, mais dont l'un n'avait qu'une nourriture insuffisante, tandis que l'autre recevait journellement des rations abondantes et de bonne qua- lité. Chez les premiers la température moyenne était /il , 177, tandis que chez les seconds elle s'élevait à Z|1°,978. La différence en faveur des Canards bien nourris était donc de 0",8 (d). (3) Dans une des séries d'expériences (a) Hunier, Op. cit. (Œuvres, t. IV, p. 218). (b) J. Franklin, Sarrative of a Journey to the shores of the Polar Sea in 1819, 1820, 1821 and 1822, p. 424. (c) Hamniond, Recherches expérimentales sur la valeur nutritive et les effets physiologiques de l'albumine, etc. (Journal de physiologie, 1858, t. I, p. 411). (. 30). PRODUCTION DE CHALEUR. 91 ne peuvent dépendre uniquement de la facilité plus ou moins, grande avec laquelle la chaleur animale se dissipe au dehors dans les divers organes, et qu'elles doivent résulter, en partie, de différences locales dans le degré d'activité du travail chimique qui s'opère dans les tissus vivants, et qui donne lieu au déve- loppement de cette chaleur. Mais l'étude de la température propre des diverses parties du corps est moins simple qu'on ne serait porté à le croire au premier abord, car cette tempé- rature est subordonnée à celle des parties d'où vient le sang qui les traverse. En effet, le torrent circulatoire est le grand égalisateur de la température intérieure de l'organisme, en même temps qu'il est la source alimentalrice de la combus- tion dont l'évolution de la chaleur animale est une consé- quence. Nos connaissances à ce sujet ne sont encore que peu avancées; mais, d'après les recherches de M. CI. Bernard, nous voyons que le foie est de toutes les parties celle où ce mouvement moléculaire paraît être le plus actif (1). Pour faire un pas de plus dans l'étude de la production de (1) Kn introduisant dans diverses artères et veines, chez an Animal vi- vant, de très petits thermomètres fort sensibles, M. Cl. Bernard a pu con- stater, ainsi que je l'ai déjà dit, des différences remarquables entre la température du sang qui se rend du cœur à certaines parties de l'organisme, ou qui, après avoir traversé celles-ci, revient vers le centre de l'appareil cir- culatoire. Dans les points où le sang revient de parties exposées à des causes de refroidissement considérable, les membres, par exemple, la température du sang veineux fut trouvée inférieure à celle du sang artériel ; mais dans les points où la déperdition de la chaleur animale n*est que faibli', la tempéra- ture du courant sanguin fut trouvée au contraire plus élevée après son passage dans les vaisseau* capillaires qu'avant son arrivée dans la profondeur des ihsus vivants. Cette augmentation de température était presque toujours très sensible dans le sang qui avait circulé dans l'épaisseur des parois du tube digestif, mais devenait encore plus grande après le passage du liquide dans le système de la v eine porte (a). Chez des Chiens vigoureux, M. Claude Bernard trouva que la température du sang de la veine hépatique était souvent de /il degrés, ou même da- vantage. Il constata aussi que la sub- (a) Voyez ci-dessus, pagcU3. 92 NUTRITION. chaleur chez l'Homme et les autres Animaux, nous nous trou- vons donc conduit à chercher quelles sont les matières com- bustibles qui dans la profondeur des organes vivants se com- binent avec l'oxygène, et donnent ainsi lieu à cette élévation de température. Sont -ce les matières alimentaires puisées au dehors, et charriées par le sang, qui sont brûlées de la sorte dans l'économie animale? est-ce le sang lui-même qui fournit ces combustibles, ou bien proviennent-ils de la substance des tissus vivants, et l'entretien de la combustion physiologique est-il lié à la destruction de la matière vivante? Ce sont là des questions qui touchent à la nature même du travail nutritif, et nous chercherons à les résoudre dans une des prochaines Leçons. slance des tissus situés profondément est en général plus chaude que le sang qui en part (a). Il est probable que les glandes ré- nales sont, de même que le foie, le siège d'un travail calorifique consi- tics du corps (b). dérable , car M. Brown-Séquard a trouvé que l'urine de l'Homme, ait moment de rémission, avait une tem- pérature, terme moyen, de 89°, 5, et était par conséquent notablement plus chaude que la plupart des autres par- (iionE-CENCE de la met. (Dictionnaire des sciences naturelles, t XI., p. 4G). — Becquere', Traité de physique considérée dans ses rapporte avec la chimie et les sciences naturelles, 1*44, i. Il, p. ISO. 9G NUTRITION. reste toujours privée d'ailes et ressemble à une larve vermi- torme. Dans le midi de l'Europe il en existe une autre espèee du même genre, dont les deux sexes sont ailés (1), et en voltigeant dans l'atmosphère, ces Insectes produisent pendant les belles nuits de l'été une illumination mobile d'un effet charmant (2) ; mais ces Coléoptères sont beaucoup moins brillants que quelques insectes phosphorescents qui. appar- tiennent à la famille des Taupins ou Élatères, et qui habitent les parties tropicales de l'Amérique , où ils sont connus sous le nom de Cucujos (3). On assure que la lumière émise par ceux-ci est tellement vive , que non -seulement elle a été souvent utilisée par les voyageurs pour s'éclairer pendant la (1) Ces Insectes phosphorescents cpie les Italiens appellent des Laccioli, et que les entomologistes désignent sons le nom de Lampyris italica, sont le izu-uz'.; dont parle Aris- tote , et le Cicindela de Pline. L'es- pèce que Ton rencontre dans les cam- pagnes des environs de Paris, ainsi qu'en Angleterre et en Suède, est le Lampyris noctiluca ; et il existe en Europe deux autres espèces du même genre, savoir : le L. sphndidula, qui est commun en Allemagne, et le L hemiptera qui se trouve plus au midi. On connaît aussi un grand nom- bre d'espèces exotiques du genre Lam ■ pyris ou des autres petits groupes génériques établis par les entomolo- gistes aux dépens de la famille des Lampyrides, et il est probable que toutes sont plus ou moins pbospbo- rescentes. Le Lampyris hemiptera ne brille que d'un éclat très faible (a), mais n'est pas privé de la faculté d'é- mettre de la lumière, ainsi que quel- ques auteurs l'avaient supposé. L'es- pèce qui habile la Corse paraît être distincte des précédentes et a reçu le nom de Lampyris bicarinata (b). ('2) Dans quelques cas très rares on a vu les Vers luisants briller jusqu'en hiver, même en Allemagne (c). (3) Le Taupin cucujo, ou Elater noctilucus, Lin., a près de 3 centi- mètres de long (d). On a donné le nom iVElater phosphorinus à une autre espèce du même genre qui brille aussi dans l'obscurité, mais qui est beau- coup moins grande, et qui se trouve à Cayenne (e). (a) Helbcg-, Merkwwdige Beobaohtung von Johanniswurmcheti (Voigt's Magaxin fur den nettes- teti Zustand der Naturkunde, 1805, t. IX, p. 100). (6) Mulsant et Reveillère, Description d'une nouvelle espèce du genre Lampyris [Ann.dela Société linnéenne de Lyon, 2* série, 1800, t. VI, p. 140). (r) P. Millier, Bcitr. zur Naturgesch. des halbdekkigen Leuchtkâfers Lampyris hemiplcra (Illijrer's Magasin fur Insecktenkunde, 1805, i. IV, p. 175). (d) Voyez Olivier, Entomologie, C0LÉ n PTÈaE3, t. II, n" 31 . pi. 2. fig-. lia. (t'.'l Idem, ibid., Us;. 14 b. PRODUCTION DE LUMIÈRE. 97 nuit, mais qu'elle peut suffire pour la lecture des plus petits caractères (1). Chez tous ces Insectes, la production de lumière paraît être localisée dans quelques parties bien circonscrites de l'orga- nisme (2). La position de ces foyers varie; mais en général, sinon toujours, ils occupent le tronc (3). Chez les Élatères, ils (1) Pour plus de détails à ce sujet, je renverrai aux ouvrages généraux sur l'entomologie (a). (2) Quelques auteurs pensent que chez les grands Élalérides phospho- rescents de l'Amérique tropicale, la production de lumière a réellement lieu dans toutes les parties de l'orga- nisme, et qu'elle est seulement mas- quée dans la majeure partie de la surface du corps par l'opacité des té- guments (b). Mais M. Lacordaire, qui a eu l'occasion d'étudier ces beaux Coléoptères à l'état vivant, assure qu'il n'en est pas ainsi, et que la pro- duction de lumière est circonscrite dans trois points, dont deux occupent la face dorsale du prothorax et un la partie inférieure et postérieure du mésothorax Quand l'Insecte est au repos, ce dernier foyer n'est pas visi- ble, mais pendant le vol l'abdomen, s' écartant un peu du thorax, laisse à découvert une dépression triangulaire qui brille d'un éclat assez vif (c). Sui- vant Sloane (d) et Lees (e), il y aurait aussi émission de lumière par la face dorsale de l'abdomen, mais ce der- nier foyer ne deviendrait visible que quand les élytres se relèvent. M. Bur- meister parle aussi de la phosphores- cence de celte partie du corps (/) ; mais je dois ajouter que les observa- tions de M. Lacordaire sont en par- fait accord avec celles faites vers le milieu du siècle dernier, par Fouge- roux (y). (o) Les exceptions à cette règle sont douteuses. D'après Alzelius, le Paussits sphœrocerus, qui habitelacôte de Gui- née, émettrait une faible lueur par la massue arrondie qui termine ses an- tennes (h). Suivant Sihillc Merlan , le grand prolongement vésiculaire qui sur- monte la tète du Fulgora lanternaria d' Amérique serait très phosphores- cent (i) ; mais cette assertion a été (4, t. XLIV, p. 300). (/') Oviedo, Coronica de las Yndios, lili. XV, cap. n, p. 13. (y) Garmann , De luce Scolopendra: innohe (Kphem. iialurœ curiosorum , 1070, dec. 1, ann. 1, p. 270). — Ray, llistorla Insectorum, p. 45. — Réaumur, Des merveilles des Dails (Mém. de l'Acad. des sciences, 1723, p. 204). (/() Linné, Systema naturiC, edit. 12, t. I, p. 1003. (i) Newport, Monoyr. of the Class Myriapoda (Trans. of the Linnean Society, t. XIX p. 431). — Audouin, Remarques sur la phosphorescence de quelques Animiux articulés (Comptes rendus de l'Acad. des sciences, 1 S 10, l. XI, p. 748). ij) Linné, Systema naturœ, edit. 12, t. I, p. 1 00 i-. (k) II. N. Griràui, Sur dis Vei's lu sauts [Ephém des curieux de la nature, iléc. 2, ann. 1 , obs. 172). PRODUCTION DE LUMIÈRE. *07 inférieurs (i), ainsi que chez beaucoup de Vers qui appar- Les vers. tiennent pour la plupart à la classe des Annélides (2) ; chez iicu.se quelques Articulés qui parais- sent être des Qydrachnés (a]. (1) Vers le milieu du siècle dernier, Godehen de Rivale observa en liante nier de petits Crustacés qui étaient très phosphorescents, et qui, à en ju- ger par les ligures qu'il en donna, de- vaient appartenir à la famille des Cypridiens (b). Quelques-unes des espèces du genre Sapphirina sont très lumineuses (c), et c'est probablement un de ces Ani- maux qui a été figuré par Macarlni \ sous le nom erroné de Limulus noc- tilucus (cl) ; mais la plupart des espèces de ce groupe ne paraissent pas avoir la faculté d'émettre de la lumière (<■). L'animal phosphorescent que Tilesius a appelé VOniscus fuhjens /'; , est probablement aussi une Sapphirine. Ce voyageur mentionne également di- verses espèces de la famille des Cyclo- piens et des Elypériniens comme contribuant à produire la phospho- rescence de la mer. \ iviani a constaté aussi un développement de lumière chez diverses espèces de Crevellines (yj. Le même phénomène a été observé par plusieurs naturalistes chez certains Dé- capodes macroures de la famille des Salicoqucs ou des groupes voisins : par exemple, chez un Crustacé pélagique que Banks appela Cancer fuhjens (h), et que Thompson a ligure de nouveau sous le nom de Noctiluca (i) ; chez le Sympkysopus hirtus, le Palœmon iiorliluciis, et quelques autres espèces indéterminables dont Tilesius a donné des figures {j). Lis petits Crustacés dont les zoolo- gistes ont formé les genres Phosphoto- carcinus (A), ou Lmcifer, et Podop- sis (/;, contribuent aussi à rendre la mer Lumineuse. (2 \ ers le milieu du siècle dernier. VianeJli, en observant la phosphores- cence des lagunes de Venise, trouva que ce phénomène était dû à la pré- sence' d'animalcules vermiformes qui émettent de la lumière (m), etGriselini, qui les désigna sous le nom de Sco- lopendres marines , en donna une (a) Tilesius, Ueber das ndchtlicke Leuchlen des Meercswassers {Xeuc Annatcn der Wcl'.erani- svhen Gesell8cha.fi fur die gesammtc Naturkimde, 1848, t. IV, pi. "21 Us, Gg. 16). (b) RtviHe, Mém. sur la mer lumineuse (Mm. de l'Acad. des sciences, Savants étrangers, l"oo, i. m, ( .. :><;:i). (c) Thompson, Zoohgical llesearches, p. 47, pi. 8, fig. 2. (d) Mocartncy, Obterv. upon Luminous Animais {Philos. Trans., 18 iO, p. 258, pi. Il, Gg. 4/- (e, bann, Crmtacea, i. Il, p. 1248 (United States exploring Expédition under the command of capt. Wilkee), (fl Tilesius, Op. cit., t. IV, p. 7 cl suiv., pi. 21 G, Cg. i l, lô, 1S, 24, etc. [g] Vivianf, Pkosp'iorescentia maris, pi. 1, Gg. 4, et pi. 2, fi::. 2-10. — Baird, On the Luminoumets oj the Sca (Loudon's Ma g. of Nat. Hist., 183'J, t. III, p. 30G). (Ii) Macardiey, loc. cit., pi. 14, Gg. 4. — Tuckcy, Whileness and Luminositij of the Sea (Edinb. Philosophical Journal, 181'J, l. I, p. 217). (t) J. Thompson, Zoological Hcsearchcs, p. 52, pi. 5, fi£. 2. (j) Tilesius, loc. cit., pi. t\ a, Gg. 2 ; pi. 21 b, Qg. 19, elc. i/O Tilesius, Op. cit. (Xeuc Anualai der Welltranischen Gcsellschaft, t. IV, p. 74, pi. 21 a, Gg. el 10). (0 Thompson, Up. cit., p, 58, pi. 7, Gg, 1 et 2. (m) Viaiirlli, Nirove scopenc iutorno aile lucc nolturnc âtlVaqui marina, 1740, 108 NUTRITION. Mollusques, certains Mollusques (1), cl un grand nombre de Zoophytes dont figure d'après laquelle on peut les reconnaître pour des Annélides de la famille des Néréîdiens (a). Bientôt après un voyageur suédois, nommé Adler, constate des faits analogues (b). Forskâl fit des observations sur des Annélides phosphorescents de la Mé- diterranée , qu'il désigna sous les noms de Nereis cœrulea et N. pela- gica (c). Olhon Fabricius constata la même propriété chez un Néréidien des côtes du Groenland (d), et au com- mencement du siècle actuel, Yiviani publia un travail spécial sur les Anné- lides qui contribuent à rendre la mer lumineuse sur la côte de Gènes. La plupart de ces Vers n'ont pas été représentés avec assez de précision pour que l'on puisse les déterminer spécifiquement avec quelque certitude. Mais l'un deux est la Sabelle unispi- rale (e) ; un autre paraît être une Syllis (/"), et un troisième appartient probablement au genre Néréide (y). La phosphorescence a été constatée plus récemment chez le Polynoe ful- gurans et la Syllis que M. Ehrenberg désigne sous le nom de Phutucha- ris (h), ainsi que chez la Syllis ful- gurans de Dugès (i), et le Chœtoptc- rus pergamentaceus (j). Yiviani a observé des phénomènes de phosphorescence chez un Turbellaria qu'il désigne sous le nom de Planaria refusa \k). Dans quelques cas le Ver de terre ordinaire, ou Lombric terrestre, pré- sente des phénomènes de phospho- rescence (l). Il paraît probable que les Vers lumineux observés sur la côte de Coromandel par Grimm étaient des Lombriciens (m). La faculté de développer de la lu- mière a été constatée aussi chez un petit nombre de Rotateurs , notam- ment chez le Synchœta baltica (n). (1) Quelques auteurs ont rangé les Poulpes parmi les Animaux phospho- (n) fii iselini, Obscrv. sur la Scolopendre marine luisante, 1750, p. 14, pi. 1, fig. 2-3. (6) Adler, Nocliluca marina (Linn., Amœnitates academicœ, 1704, t. III, p. 202, pi. 3). (e) Forskâl, Descriptiones Animalium quœ in itinerc Orientait obscrvavlt, 1775, p. 100. (d) Otto Fabricius, Fauna Grœnlandica, 1780, p. 291. (e) Le Spiragraphis Spallanxani (Viviani, Phosphorcsccntia maris quatuordeciin lucenliwm Animalculorum novis speciebus illustrât a, in-4, 1805, pi. 4. (fj La Nereis cirrhigena (Viviani, Op. cit., p. 1 1 , pi. 3, fig-. 1, 2). (g) La Nereis radiata (Viviani, Op. cit., pi. 3, fig-. 5 et 0). (h) Ehrenberg, Das Lcuchten des Mceres (Mém. de l'Acad. de Berlin pour 1834, p. 547). (i) Voyez Auclouin et Milne Edwards, Annélides des côtes de la France (Ann. des sciences nut., 1833, t. XXIX, p. 229). (j) Quatrefages, Sur la phosphorescence de quelques Invertébrés marins (Ann. des sciences mt., 3» série, 1850, t. XIV, p. 240). (h) Viviani, Op. cit., p. 13, pi. 3, fig. 11 et 12. (I) Flaugergues, Lettre sur le phosphorlsme des Vers de terre (Journal de physique, 1780, I. XVI, p. 311). — Bruguière, Sur la qualité phosphorescente du Ver de terre en certaines circonstances (Journal d'histoire naturelle, 1792, t. II, p. 207). — Forester, Lettre (Comptes rendus de l'Acad. des sciences, 1840, l. XI, p. 712). — Dugès, Traité de physiologie comparée, t. II, p. 14. — Audouin, Remarques sur la phosphorescence de quelques Animaux articulés (Comptes rendus de l'Acad. des sciences, 1840, t. XI, p. 747). (m) H. N. Grimm, Sur des Vers luisants très rares (Éphém. des curieux de la nature, 1070, déc. 2, ann. 1 , obs. 172). _ (n) Ehrenberg, Das Leuchlen des Meercs (Mém. de l'Acad. de Berlin pour 1834, ]>. 573, pi. 1, tig. -J. 109 PRODUCTION DE LUMIERE. quelques-uns appartiennent à la classe des Echinodermes (1) et zoophytes d'autres à celle des [illusoires (2), mais dont la plupart sont des Àcalèphes, et il y a même des raisons de penser qu'elle peut exister chez tous ces Animaux pélagiques (o). Nous ne savons roscents , mais ces Mollusques à l'é- tat vivant ne semblent pas avoir la faculté de développer de la lumière, et si dans quelques cas ils ont paru brillants dans l'obscurité, cela tenait probablement à la présence de matières étrangères à la surface de leur corps. Il me paraît en être de même pour les Moules qu'Adanson dit avoir trou- vées phosphorescentes (a) ; unis quel- ques Gastéropodes et beaucoup de Mol- luscoïdes de la classe dis Tunisiens jouissent de cette singulière propriété. Elle existe à un haut degré chez les l'yrosomcs (b), et a été; constatée chez beaucoup de Bipbores (c). D'après quelques auteurs, une espèce de Li- mace , Y Hélix noctiluca , brillerait aussi dans l'obscurité {d). Il est aussi à noter que chez le t'ieodora cuspidataunc lueur bleuâtre est développée dans la région abdomi- nale et apparaît au dehors et au som- met de la coquille (e). (1) Quelques Zoophytes de la classe des Echinodermes sont phosphores- cents ; cette propriété a été observée chez des Ophiures : par exemple, chez une espèce désignée sous le nom d'/ls- teiias noctiluca par Yiviani(/"),ct une espèce indéterminée des côtes de la Manche observée par M. de Quatre- fages (y). (2) M. Ehrcnberg signale l'existence de cette propriété chez quelques es- pèces des genres Peridinium et Pro- rocentrum (h). D'après .Mieliaelis, elle existerait aussi chez certains Cercaires el \ orticelles (/'). (3) La faculté d'émettre de la lu- mière est très fréquente , et d'après Escbscholtz elle serait même générale (a) Voyez Beart de la Taille, Dissert, de Animalibus phosphoreseentibus. Groningnc, 1821. (b) Péron, Mém. sur le nouveau genre Pyrosoma (Ann. du Muséum, t. IV, p. 441, pi. "2. — Meyen, leber das Leuchlen des Meeres (Nova Acta Acad. nal. cicrios., 1834, t. XVI, Snppl., p. 12"). — Bcnnct, On the Light emitted bij a species of Pyrosoma (Proceed. of the Zool. Soc, 1833, t. I, p. 79). — On Xocltiucœ {Op. cit., 1837, t. V, p. 51). — Huxley, Observ. vpon the Anat. and Physiol. of Salpa and Pyrosoma {Philos. Trans., 1851, p. 580). (<) Bosc, lhst. nat. des Vers, t. Il, p. 174. — Tilesius, Op. cit. (S'eue Ann. der Wettcranischen Gesells. fùrgesamm.Nalurkunde,l8l%, t. \LI1I, pi. 20 a, fig. 1-9). — Bennet, Observ. on the Phosphorescence of the Océan {Proceedings of the Zool. Soc, 1837, p. D. {d) Weltlj et Berlliclot, voy. Dugôs, Pliysiologie comparée, t. II, p. 11. \e) Bennet , Observ. on the Phosphorescence of the Océan, made during a Voyage from England to Sydney {Proceedings of the Zool. Soc, 1837, p. 51). (/") Vivrani, Op. cit., p. 5, pi. 1, fig. 1 et 2. [g] Quatre fages, Note sur un nouveau mode de phosphorescence observé chez quelques Anne- lides el Ophiures {Ann. des sciences nat., 2 e série, 1843, t. XIX, p. 183). {h) Ehrenberg, Das Leuchien des Meeres, p. 505, pi. 2, fig. 1-0. (i) Michaelis, Ueber das Leuchten der OstSec, 1830. 110 NUTRITION. que peu de ehosc sur la nature des phénomènes qui déter- minent la phosphorescence de la plupart de ces Animaux ; mais dans la classe des Acalephes (a) ; elle a été constatée dans tesespèces suivantes: La Pelagia noctiluca (b), qui est très commune dans la Méditerranée, et qu i a été décrite d'abord sous les noms de Mo- dusapelagica, et de Médusa noctiluca. La phosphorescence de cet Acalèphe a été étudiée par Forskàl, Spallanzani et plusieurs autres naturalistes (c). La Pelagia panopyra (d), qui abonde dans les mers tropicales, et qui est très lumineuse (e). La Pelagia cganella, ou Médusa pelagica de LœHling(/'), qui se trouve dans l'océan Atlantique (g) , et qui peut- être ne devrait pas être séparée spéci- fiquement de la précédente. La Médusa aurita (h), qui est très commune dans la Méditerranée [i) ; YOceania pileata et YOceania mi- croscopica {j). UOceania Blumenbachii (k). La Cassiopea canariensis, observée parTilesius dans l'océan Atlantique (/). La Médusa pellucens de Banks (m), grande et belle espèce mal caracté- risée, qui paraît être voisine des Chry- saores. Le Ciarybdis marsupalis (n), qui habite la Méditerranée (o). L'Ëquorée l'orskalicnnc ou Médusa œquorea (p). Le Stomobrachium octodmla- turn (q), que M. Ehrenberg a décrit sous le nom de Melicertum campa- nulatum (r). Le Thaumantias hemisphœricà ou Mcdusa hemisphœrica des zoologistes du siècle dernier (s), petit Acalèphe de nos mers, dont la phosphorescence a été notée par plusieurs auteurs (/). La Willtsia stellaia (»), la Saphe- 389. I. f! 48. 2 (Mém. del'Acad. de Saint- (û) Eschschollz, System der Acalephes, 1829, p. 19. (b) Voyez l'Atlas du Règne animal île Cuvjer, Zoopiiytes, pi. 44. (c) Forskàl, Descrlptiones Animalium quœin itinere Orientait observavit, 1776, p. 109. — Spallanzani, Viaggi aile due Sicilie, 1793, t. IV, p. 211!. (d) Péron, Voyage aux terres australes, pi. 31, fvg. 2. (e) Lesson, Histoire naturelle des Zoophytes acalephes, p. (/') On Pelagia denticulata, Brandt, Schmirmq italien, pi. Pétersbourg, 1838, t. IV). (g) Bosc, Histoire naturelle des Vers, t. II, p. 140. — Lesson, Op. cit., p. 392. (h) Voyez VAllas du Règne animal de Cuvier, Zoopiiytes, (i) Humholdt, Voyage aux régions équinoxialet du nouveau continent, t. I, p. 78. (j) Ehrenberg, Uas Leuchten des Meeres (Mém. de l'Acad. de Berlin, 1X32, p. 538. (/,-) Rathke, IJeschreibung der Oceania Blumenbachii {Mém. de l'Acad. de Saint-Pétersbourg, Savants étrangers, t. II, p. 321). (/) Tilesius, Beïtr. mr Naturgesch. der Medusen {Nova Adus«, p. 20, pi. 1, lu'. 1 , PRODUCTION DE LUMIÈRE. 111 chez quelques-uns d'entre eux il est facile de constater que la matière lumineuse est le produit d'une sécrétion, et qu'elle nia dianema (a) ou Geronia dia- nema de Péron (6) , la Dianema appsndiculata (c) et la Dianema ou Tima Bairdii (, fiç. IV). (/) Voyea Forbca, 0/>. cit.. pi. 12, lig. 1. {g) idem, ibid., pi. 7, fig. 3. (h> Idem, ibid., pi. 12, fiff. 2. (i) Idem, ibid., pi. 13, ûg. 1. (j) Poash, Ubserv. on the Luminosity of tlie Sea [An», and Mag. of Nat, llist., 2* série, 1850, l. VI, p. 425). (fcj Forskal, Op. cit., p. 111. — Delle Chiaje, Meni. sulla stor.a e natomia degli Animait sema vertèbre del regno di Sa poli, t. III. p. 58. (/) Raçp, Êtablissemeut de la famille des Déroides {Ann. de la Société d'histoire naturelle, 1828, t. IV, p. 173, pi. 20). • un Wi.l, llorœ Tergestinœ, 1 S 44, p. 57. (n) Ehrenberç, Das Leuchten tUs Mecres, p. 539 (loc. cit.). (o) Forbes, O/). cit., p. 12. (p) Milne Edwards, Note sur quc'ques Acalèphes cténojthores [Afin, des sciences nat., 4* série, 857, l. VII, pi. J 4 » . (q) Forbes, Op. cit., p. 12. (r) Hassal, Suppléai, lo a Catalogue of Irish Zcophytes [Afin, and Mag. ofSat. Hist., 1841, t. Vil, p. 281). (s) Odhelins, Chinensia Lagerstromania (Linné, Amtvntt. aoad., 1759, t. IV, p. 359). — Bohadsch, De quibusdam An malibus marinis, 1"01, p. 101. — Crant, Sotie ■ reupecting the Structure ami Mode of droit Ih of the Virgularia and Pennalula pbosphoi ea ( Edinburgh Journal of Science, 1827, i. VU, p. 330). (fj \V. Rapp, l'iitcrsiicltuntjeit ttbcr tlca littu einiger l'olijiett des MilHlld dheheti .Veeres ;.V va Acia Acad. nat. curioêorum, 1829, l. M\', p. 468;. 412 NUTRITION. est susceptible de briller sans le concours d'aucune action vitale. On peut s'en convaincre en observant quelques-uns des Mollusques de nos côtes : les Pholades , par exemple. Ainsi, Pline, en parlant de ces Animaux, qu'il désignait sous le nom de Dactyles, nous dit que non-seulement la substance de leur corps émet de la lumière, mais que le liquide qui s'en écoule lorsqu'on les mange, et qui tombe à terre, pré- sente le même phénomène (1). Réaumur a constaté l'exacti- tude de ces observations (2), et en plongeant dans de l'alcool faible quelques Pholades de nos cotes qui n'étaient que peu phosphorescentes, j'ai vu un torrent lumineux en descendre et s'étaler en nappe au fond du vase, où il a continué à luire pen- dant un certain temps. Ph0 c?nc°è es ' La phosphorescence de la mer, qui s'observe souvent sur nos côtes, et qui dans les régions tropicales est un des phéno- mènes les plus magnifiques que les navigateurs puissent contem- pler, est produite parla présence de légions innombrables de petits Animaux presque microscopiques, qui flottent près delà (1) Voici textuellement ce passage Pholades (ouDails) vivantes sont lumi- remarquable de Pline : ncux tout comme la surface de leur « De Dactylorum miraeulis. peau, et que les particules de substance » Concharum e génère sunt dactyli qui s'en détachent lorsqu'on les manie, » ab humauorum unguium similitu- et qui restent adhérentes aux doigts, » dine appellati. 1 lis natura in tene- non-seulement rendent ceux-ci phos- » bris, remoto lamine, alio fulgore phorescents, mais peuvent même com- » claro, et quanto magis humorem muniquer cette propriété à l'eau dans » habeant, lucere in ore mandentium, laquelle les mains ainsi enduites ont » lucere in manibus, atque etiam in été lavées. Ce naturaliste habile nous » solo ac veste, decidentibus guttis; apprend également que la substance » ut procul dubio pateal succi illam phosphorescente de ces Mollusques » naturam esse , quam miraremur cesse de briller quand elle a été des- » etiam in corpore (a). » séchée, mais qu'elle peut redevenir (2) Réaumur remarque aussi que lumineuse si on l'humecte de nou- les fragments séparés du corps des veau (6). (a) Plinii secnmli Historiarum mundi liber IX, g lxxxvii, 11). (b) Réaumur, Des merveilles des Dails, vu de la lumière qu'ils répandent (Mém. de l'Acad. des sciences, 1723, p. 108). de la nier. PRODUCTION DE LUMIÈRE. 113 surface de l'eau et qui sont autant de foyers lumineux (1). Au nombre de ces êtres singuliers il faut ranger en première ligne les Animalcules gélatineux et rcniformes qui ont reçu le nom de Nocliluques (2). Leur structure est très simple. On n'aperçoit dans leur (1) La phosphorescence de la mer est très fréquente pendant les nuits obscures, sur les côtes méridionales de la France, où les pêcheurs langue- dociens la désignent sous le nom û'ar- tlenn (a). Elle n'est pas rare sur les côtes de la Manche, et parfois on l'observe même dans les régions po- laires (b). (2) Depuis l'antiquité jusqu'à nos jours le phénomène de l'émission do lumière par la surface de la mer a été signalé ou même décrit avec détail par un grand nombre d'auteurs dont on trouve l'indication dans un mé- moire publié sur ce sujet, en 1834, par M. Ehrenberg (c). En 1707, un de nos missionnaires, le père de Bourges, publia une bonne description de cette phosphorescence, et remarqua qu'elle était liée à la pré- sence de matières étrangères d'une consistance gélatineuse (d) ; mais il n'examina pas ces substances au mi- croscope, et par conséquent il ne put en reconnaître la véritable nature. Les premières bonnes observations sur les Animalcules qui d'ordinaire produisent cette phosphorescence sur nos côtes datent du milieu du siècle dernier, et sont dues à Yianelli. On donna d'abord le nom de Xoctiluques à la plupart de ces petits êtres, et c'est de nos jours seulement qu'il a été réservé au génie particulier de Zoophyies dont je parle ici. Vers la même époque, Rigault et Diquemare les firent con- naître (c), et Slabber, qui les désigna sous le nom de Nier-h'icul , c'est- à-dire Méduse réniforme, en donna une meilleure figure (/"). Plus récem- ment , Suriray, médecin au Havre, étudia à son tour ces Animalcules lumineux, mais il se forma des idées très fausses touchant leur structure intérieure (g), et ce fut d'après ses vins que Lamarck et Blainville pla- cèrent le genre Nocliluque à côté des Béroés, dans la grande division des hadiaires mollasses (h), ou auprès (a) Dunal, Xote sur la phosphorescence de la Dur dans les environs de Montpellier {Comptes rendus de l'Acad. des sciences, 1838, t. VI, p. 83). (b) Robert, Phosphorescence de la mer dans les climats froids (Comptes rendus de l'Acad. des sciences, 1838, t. VI, p. 518). (c) Ehrenberg, Das Leuchten des Mceres. Xeue Beobachtungen nebst L'ebersirhl der Haupl mo- ment e der geschichtlichen Entwicklung dièses merkwûrdigen Phclnomens (Alhandlungen der Akad. der Wissenschaften au Berlin, ans 1834, p. 411). (d) Voyez Choix des Lettres édifiantes (édit. de 1826), t. VIII, p. 174 et suiv. (e) Diquemare, Observ. sur la lumière dont la mer brille souvent pendant la nuit [Journal de physique, 171 5, t. VI, p. 519, pi. 2, tig. 8). ({) Slabber, Xaturkundige Yerlustiijungen, 1778, p. IÎ7, pi. 8, fig. 4 et 5. (g) Los observations de ce naturaliste furent présentées à l'Institut en 1810, et ne furent publiées que beaucoup plus tard. — Voyez Suriray, Recherches sur la cause ordinaire de la phosphorescence de la mer, et description de la Noctiluca miliaris (Magazin de z-oologie, 1830, cl. X, pi, 1 et 2). (h) Lamarck, Histoire des Animaux sans vertèbres, t. Il, p. 470. Mil NUTRITION. intérieur ni intestin, ni muscles, ni nerfs, ni aucun autre organe particulier, et la lumière jaillit sous la forme detin- celles de tous les points de leur surface. Elle est provoquée par l'agitation, ainsi que par toutes espèces d'excitants, soit physiques, soit chimiques, et elle ressemble beaucoup aux éclairs qui résulteraient d'une série de petites décharges élec- triques. Mi de Quatrclages, qui a fait sur ce sujet beaucoup des Diphyes, parmi les Actinozoaires de la famille des Physogrades (a). M. Ehrenberg donna à ces Animal- cules un nom nouveau, celui de Mam- maria, mais il n'ajouta rien d'impor- tant à leur histoire (6). Enfin, en 18Zi3, AI. Ycrhaeghe constata que leur orga- nisation ne ressemble en rien à celle des Acalèphes ou des Polypes, parmi les- quels quelques naturalistes les avaient rangés, mais se rapproche davantage de celle des lîhizopodes (c), fait qui ressort également des recherches plus récentes de M. Doyère (d) et de M. de (Hialrei'ages. Ce dernier auteur en a donné de bonnes ligures , et les caractérise de la manière suivante : Animalcules arrondis, de \ à \ de mil- limètre de diamètre, et de forme très \ ariable, tantôt sphérique , d'autres fois échancrés sur un point de leur surface, ou même cordiformes ; com- plètement transparents; revêtus d'une double tunique membraniforme ex- trêmement mince, et pourvus d'une sorte de tentacule grêle et conique ; intérieur occupé par une substance sarcodique qui se creuse de vacuoles, et constitue une sorte de trame dont les mailles sont occupées par un li- quide et sont formées par des expan- sions rhizopodiques. L'émission de lu- mièrea lieu quelquefois simultanément dans toute l'étendue de la surface du corps, mais en général des étincelles se succèdent sur divers points (c). Le mode d'organisation de ces sin- guliers Animalcules a été étudié plus récemment par MM. Busch, Krolm, Huxley et Webb (/"). (a) Blainville, Manuel d'actinolonic, p. 140. (il Elirenberg, Das Leucliten des Meeres (Mém. de l'Acad. de Berlin, 1834, p. 411). (c) Voyez Van Bcneden, Rapport sur tin Mémoire de M. Yerbaegbe, ayant pour titre : Recherches sur la cause de la phosphorescence de la mer dans les parages d'Osleiide{Bulletiii de l'Académie de Bruxelles, 1840, 1. Mil, ±' partie, p. 3). [d) Doyère, Sur la Noctiluque miliaire {l'Institut, 1840, t. XIV, p. 428). " (e) i Qualrefages, Observations sur les i\octiluques (Anu. des sciences nat., 3* série, 1850, t. XIV, p. -220, pi. 5, fig. 1-5). — Mémoire sur la phosphorescence de quelques Animaux inver- tébrés marins (lue. cit., p. 203). (H Buscb, Bcobaclitunnm itber Anat. und Entwickelung einiqer wirbellosen Seethiere, 1851, p. 103. — Krolin, Notix itber die Nocliluca miliaris (Wiegmann's Archiv fur 1852, p. 70, pi. 3, fi-j. 2). — Huxley, On the Structure of Nocliluca miliaris (Quai'teiitj Journal of Microscopical Science, 1855, t IU, p. 49). — Webb, On the Nocliluca miliaris (Q larterhj Journal of Microscopical Science, 1855, t. III, p. 102). PRODUCTION DE LUMIÈRE. 115 d'observations intéressantes, pense que ces lueurs ne sont pas dues à des phénomènes de combustion (l), et il les considère comme étant liées à l'action mécanique des tissus contractiles qui occupent l'intérieur du corps des Noctiluques (2). Beaucoup d'Annélides sont aussi très phosphorescents, et en étudiant au microscope quelques-uns de ces Vers, le natu- raliste que je viens de citer constata que la lumière émane de leurs muscles et se développe au moment de la contraction de ces organes. En raison de ces faits et des diverses considéra- tions qu'il serait trop long d'exposer ici, M. de Qualrelages et M. Ehrenberg sont disposés à croire (pic chez ces Animaux la phosphorescence résulte d'un développement d'électricité, et cette opinion est partagée par quelques physiciens; mais elle (1) M. de Quatrcfagcs a bien con- staté, ainsiquel'avaitdéjàfait M. l'ring, que les Noctiluques peuvent conti- nuer à briller pendant un certain temps, lorsqu'il ne leur est pas pos- sible de venir à la surface de l'eau se mettre eu rapport avec l'atmosphère, ou bien encore lorsque l'eau dans laquelle elles nagent est en contact avec des gaz Impropres à l'entretien de La combustion, tels que de l'hydro- gène ou de l'acide carbonique [a'. .Mais, à mon avis, ces faits ne prouvent pas que la production de lumière n'est pas due à un phénomène de combus- tion; car l'eau dans laquelle ces Ani- malcules vivent contient toujours en dissolution une certaine quantité d'oxy- gène libre ; c'est cet oxygène qui en- tretient la combustion respiratoire, et, lorsqu'il est épuisé, la mort arrive, ré- sultat qui est accompagné de l'cxlinc- lion de la lumière développée dans l'intérieur de l'organisme de ces petits Zoophytes. (2) M. de Quatrefages a remarqué que l'expansion filiforme de substances sarcodiques qui occupent l'Intérieur du corps des Noctiluques se rompt sou- vent spontanément, et que c'est dans tes points où ce phénomène est le plus fréquent que les étincelles sont les plus nombreuses. 11 a constaté aussi que si l'on presse entre deux lames de verre le corps d'un de ces Animalcules, ees brides se rompent ('gaiement, et il a vu (pie cet écrasement déterminait toujours une forte émission de lu- mière [b . (a) Pring, Observ. and Experiments on ine Nocliluca miliaris, tlie animalciilar Source 0/ the Phosphorescence of the Dritish Seas ; together with a few gênerai R' marks on Ihc Pheno- mena of Vital l'hosphorescence [Phitotophical Magazine, '•'•" série, 18-19, 1. XXXIV, |>. 401). — Quatrefages, Uén. suc la phosphorescence de quelques livertébt'és marins (Ann. des sciences nul., 3* série, 1850, t. XIV, p. 268}. {!>) Qualrefages, Op. cit. (loc. ci!., p. 270). H G NUTRITION. ne nie semble pas suffisamment fondée, et j'incline à penser que chez les Vers et les Zoopliytes, de même que chez les Insectes, ce phénomène doit dépendre de l'oxydation de quelque sub- stance combustible. En effet, M. Ehrenberga constaté que chez la Syllis, que ce naturaliste désigne sous le nom de Photo- charis cirrigera (1), la lumière se montre d'abord par étincelles dans les appendices tentaculiformes situés à la base de la rame dorsale des pieds, et gagne ensuite toute la surface du dos, mais ne se développe pas seulement dans l'intérieur de l'or- ganisme, et émane aussi du mucus qui suinte à la surface de la peau. Or, ce mucus continue à briller après qu'on l'a détaché du corps de l'Animal, et communique sa phospho- rescence aux objets sur lesquels on l'applique (2), circon- stance qui est incompatible avec l'hypothèse suivant laquelle la production de cette lumière dépendrait de l'électricité déve- loppée dans l'économie animale (3). (1) Il me paraît probable que la (3) J'ajouterai qu'à la suite de quel- Photocharis de M. Ebreuberg n'est ques observations faites par Forbes sur autre ebose que la Syllis monillaris la direction constante des traînées dont Savigny a donné une très belle pbospborescentes qui se manifestent figure (à). cbez les Pennatulides, M. Wilson (d'É- (2) M. Ebrcnberg s'exprime for- dimbourg) a fait des expériences éte- rnellement au sujet de la pbosphores- troscopiques en vue de constater le cence de cette Syllis (b); mais je dois développement d'électricité lors de l'é- ajouler que Dugès, en observant un mission de lumière par ces Animaux ; autre Annélide du môme genre, qu'il mais il n'est arrivé qu'à des résultats a appelé Syllis fuhjurans, n'a pu négatifs, et ce savant conclut de ses constater aucune excrétion de matière recberebes que probablement le phé- pbospborescente, bien que la lumière nomène est dû à la sécrétion de quel- développée dans l'intérieur du corps que matière spontanément inflam- fùt très intense (c). niable (d). (a) Savigny, Système des Annclides {Description de l'Egypte, Histoire naturelle, Annéudes, pi. 4, fig. 3). (b) Ehrenberg, Das Leuchten des Meeres (Mêm. de l'Acad. de Berlin pour 1831, p. 548). (c) Voyez Audouin et Milne Edwards, Classification des Annélides et description de celles qui habitent les côtes de France (Ann. des sciences nat., 4 833, t. XXIX, p. H'J). (d) Voyez Johnslon, Hist. of Drilish, Zoopiiytes, 4847, I. I, p. 154 el sufv. PRODUCTION DE LUMIÈRE. 117 On doit ranger aussi, parmi les Animaux marins qui pos- sèdent au plus haut degré la faculté photogénique, divers Tunicicrs, les Pyrosomes et les Biphores, par exemple (1 ), beaucoup de Coralliaires, tels que les Pcnnatules. et la plupart des Acalèphes (2). Chez ces Zoophytes, de même que chez les autres Animaux marins, dont je viens de parler, l'émission de lumière est provoquée par le choc et par toutes les causes qui déterminent la production de mouvements dans l'intérieur de l'organisme (3). Souvent ce phénomène ne se manifeste que dans, les parties du corps où des fibres musculaires se con- tractent, par exemple le long des côtes ciliées des Béroés (û); mais ces parties sont aussi celles où l'irrigation physiologique est la plus active, et, d'après quelques observations que j'ai eu l'occasion de faire sur des Béroés, ce serait dans l'intérieur des (1) L'émission de lumière par ces Tuniciers a été observée par plusieurs naturalistes, et contribue parfois beau- coup à la phosphorescence de la nier (a). (2) Voyez ci-dessus page 109. (3) Tour provoquer les décharges lumineuses chez ces Béroés, il suflit en général d'irriter mécaniquement l'A- mmal ; niais lorsque les éclairs se suc- cèdent rapidement, leur intensité s'af- faiblit beaucoup, comme si la provi- sion de matière phosphorescente accu- mulée dans l'organisme par un travail sécrétoire plus ou moins lent s'épui- sait [b). L'immersion dans de l'eau douce active beaucoup la production de lumière pendant quelques instants cbez la plupart des Acalèphes phos- phorescents; souvent elle peut même la déterminer quand celle-ci a cessé d'avoir lieu (c). Il paraîtrait, d'après les observations récentes de M. Allman, que l'action préalable de la lumière est défavorable à la phosphorescence des Béroés; il n'a pu constater ce phénomène que cbez des individus qui étaient restés quelque temps dans l'obscurité (d). (!\) Voyez l'atlas du Réyne animal de Cuvicr, Zoophytks, pi. 56, iig. 1 et 2. (o) Voyez ci -dessus, page 109. (ft)Marray, On Vie Luminosity of the Sea (item, of Vie Wernerian Nat. Ihst. Soc, 1821, 1. 111, p. 466). — Forbes, A Monograph of Vie British nakcd-cyed Medusœ, p. 13. — Bennet, Observ. on Vie Phosphorescence of the Oc.an (Proceedings of Vie Royal Society, 1837, p. 1). (c) Milnc Edwards Observations sur la structure et les fonctions de quelques Zoophytes, etc. (Ann. des sciences nat., 2* série, I. XVI, p. 210). (d) Allman, Sole on the Phosphorescence of Beroe {Proceedings of the Royal Society of Edin- burgh, 1862, p. 518). 118 NUTRITION. canaux sanguifères quête développement de la lumière parai- trait avoir son siège. Je suis donc porté à croire que le renou- vellement du fluide nourricier qui baigne le tissu sécréteur de la matière phosphorescente pourrait bien être une des causes de l'apparition des éclairs qui de temps en temps sillonnent tout le voisinage de ces conduits. Il est aussi à noter que chez d'autres Acalèphes le foyer lumineux est situé dans l'appareil reproducteur, qui reçoit beaucoup de lluidc nourricier, mais qui n'est que peu contractile (l). Enfin on sait depuis longtemps, par les expériences de Spaîlanzani, que chez d'autres Animaux marins qui appartiennent à la même classe, la phosphorescence persiste après la mort, et peut être transmise à des liquides dans lesquels on délaye la substance des parties lumineuses de l'or- ganisme (2). Quelques observations laites sur la phosphorescence des (1) Ainsi, Al. Ehrenberg a remar- qué que chez YOceania pilcata la phosphorescence réside dans la por- tion centrale de la face inférieure de l'ombrelle, où les ovaires se trouvent suspendus [a); et Forbes a vu .que la lumière émane aussi de l'appareil re- producteur chez la Diamma appendi- culata (b). (2) Spaîlanzani a constaté que chez l'Acalèphe qu'il appelle Médusa phos- phorea, et que l'on désigne aujour- d'hui sous le nom de Pelpgia nocti- luca (c), l'émission de lumière a lieu par la portion marginale de l'ombrelle, où se trouvent les principaux muscles locomoteurs. 11 trouva aussi que le mucus qui lubrifie la surface de la peau de cette partie est lumineux, et com- munique la phosphorescence aux doigts de l'observateur ainsi qu'aux autres corps auxquels il adhère. Spaîlanzani vit aussi que des fragments peu lumi- neux de cette portion du disque devien- nent très brillants quand on les plonge dans de l'eau douce et qu'en faisant la même expérience avec du lait ce liquide jetait un éclat encore plus vif. Le liquide phosphorescent obtenu de la sorte formait des traînées lumineuses quand on le répandait à terre, et une de ces Méduses plongée dans un verre de lait éclaira si fortement les objets adjacents, qu'à une distance d'un mètre on pouvait s'en servir pour lire une lettre (cl). (a) Ehi'fnberg, Bas Leuehten des Mccves [Mena, de VAcad. de Berlin pour 1834). {b) Korbesi .1 Monograph of the Bri'ish haked-cyed Sfeiiusœ, p. 14. (f ) Voyez VAllas du lUijne animal de Cnvier, ZoÔPUYîES, p|. 45. {dj Spaîlanzani j Yiaggi aile Due Sicilte, 171)3, (. IV, p. 210 et sniv. PRODUCTION DE LUMIÈRE. 119 petits Crustacés qui dans certains parages illuminent la sur- face de la mer, tendent également à établir que l'émission de la lumière est due à un liquide sécrété par ces Animaux. Ainsi, pendant un voyage dans le grand Océan , Eydoux et Souleyet ont vu ces Animaux lancer des jets d'une matière lumi- neuse qui, en se mêlant à l'eau, rendait ce liquide phospho- rescent (1). 11 est aussi des Poissons chez lesquels des phénomènes de phosphorescence ont été observés, mais il ne me parait pas bien démontré que la lumière dont brillaient ces Animaux leur appartint réellement, et ne fût pas développée par des Ani- malcules photogènes ou par d'autres corps étrangère dont la surface de leur peau pouvait être enduite Je dois ajouter qu'il parait y avoir de grandes différences dans la période de la vie à laquelle se manifeste la faculté pho- togénique chez les divers Animaux. Dans les uns elle existe avant la naissance et dure toujours (2), tandis que chez d'autres elle ne parait se développer (pie temporairement. § h- — En résumé, nous voyons que la faculté de produire de la lumière est beaucoup plus répandue dans le règne animal qu'on ne serait porté à le croire au premier abord; car, si elle n'existe que chez un petit nombre d'Animaux terrestres, qui (1) La matière phosphorescente lancée par ces Crustacés était assez visqueuse pour se coller aux. parois du vase dans lequel les Animaux étaient placés, et son émission produisait d'a- bord l'effet d'une fusée brillante, puis formait autour du petit être une sorte d'atmosphère lumineuse. Malbeureuse- ment Eydoux et Souleyet ne nous ap- prennent pas sur quelles espèces de Crustacés pélagiques ces observations furent faites (a). (2) M. Allman a constaté récemment que l'embryon des Béroïdiens dont on a forai : le genre Idya, est phospho- rescent avant l'éclosioo (6), et j'ai déjà eu l'occasion de dire que les œufs des Lampyricns sont lumineux. (a) Voyez Blainville, llipport sur les résultats scientifiques du voyaje d: la Conilc autour du monde [Comptes rendus de V Académie d:s sciences, is:;s\ t. VI, p. 158). (b) Allraan, Note on Ihs Phosphorescence of Ocroz [Procedinjs ofihz llxjal Sic. of Edindurgh, 1802, p. 518). 120 NUTRITION. pour la plupart Appartiennent à la classe des Insectes, elle est très commune chez les Invertébrés marins, principalement chez les espèces dont les tissus sont transparents, et cette circon- stance me porte à soupçonner que des phénomènes du même ordre pourraient bien se développer parfois dans la profondeur de l'organisme chez d'autres Animaux où ils restent inaperçus à cause de l'opacité des téguments. Dans l'état actuel de nos connaissances, il me paraîtrait inutile d'insister davantage sur l'histoire de ces phénomènes remarquables, et je me bornerai à engager les naturalistes qui naviguent ou qui habitent les bords de la mer à faire de nouvelles recherches sur son mode de production. Je terminerai donc là cette digression, et dans la prochaine Leçon je m'occuperai de questions qui touchent plus directe- ment à l'histoire du travail nutritif. SOIXANTE - NEUVIÈME LEÇON. Suite de l'étude des phénomènes de nutrition. — Mutation de la matière organique dans l'organisme. — ■ Pertes subies par le corps d'un Animal privé d'aliments. — Rôle des matières alimentaires. — Modes d'évaluation du degré d'activité de la combustion nutritive. — Circonstances qui influent sur l'activité de ce travail ; influence du volume de l'organisme, des différences spécifiques, de l'âge; des sexes , de l'exercice musculaire ; application de ces faits aux procédés employés pour l'engraissement des Animaux de ferme ; influence du régime. — Ration alimentaire de l'Homme et de quelques Animaux. § 1 . — La combustion physiologique, dont l'étude nous a Effet* de occupés dans les Leçons précédentes, s'effectue dans l'intérieur u combustion du corps des Animaux, et se lie de la manière la plus intime à presque toutes les manifestations de leur puissance vitale. Son degré d'intensité est même en rapport avec la grandeur de l'activité physiologique de ces êtres, et bien que dans certaines circonstances elle puisse continuer après la mort, on voit tou- jours la force vitale s'éteindre ou devenir latente, dès qu'elle s'arrête. Pour l'entretenir, il faut nécessairement que l'organisme puisse disposer de deux choses : d'une quantité suffisante de l'agent comburant, c'est-à-dire d'oxygène libre ou suscep- tible d'être enlevé à des corps dans la composition desquels il entre, et de matières combustibles aptes à brûler dans les con- ditions où l'Animal doit en faire usage. La respiration, comme nous l'avons déjà vu, fournit à ces foyers de combustion l'élément comburant que l'Animal trouve à l'état de liberté dans l'atmosphère, ou faiblement associé à l'eau qui est exposée au contact de l'air. Dans quelques cas extrêmement rares, l'être animé peut vivre aux dépens de l'oxygène qui se trouve à l'état de combinaison dans certains vin. 9 122 NUTRITION. corps auxquels il en enlève une portion, et il est probable que souvent des phénomènes du même ordre ont lieu dans l'inté- rieur de l'économie animale par l'action de certaines parties vivantes sur des matières préalablement oxydées par suite du travail respiratoire ordinaire; mais dans l'immense majorité des cas, c'est l'atmosphère qui fournit directement à l'orga- nisme l'oxygène nécessaire à l'entretien de la combustion phy- siologique : par l'acte de la respiration, le fluide nourricier de l'Animal s'en charge, et sert de véhicule pour le porter sur les combustibles avec lesquels il doit se combiner (1). L'oxygène qui est en dissolution dans l'eau, est libre chimi- quement; les Animaux aquatiques sont donc placés, sous ce rapport, dans des conditions analogues à celles où se trouvent les Animaux terrestres, dont le corps est baigné directement par le fluide atmosphérique. Et jusque dans ces derniers temps on devait penser que l'action de l'oxygène libre sur l'organisme était indispensable à l'entretien de la vie chez tous les êtres ani- més ; mais il existe quelques Animaux inférieurs chez lesquels le travail respiratoire peut être remplacé par un phénomène plus complexe, et l'introduction de l'oxygène dans l'économie peut être obtenue au moyen de la décomposition de certains composés oxygénés avec lesquels le corps vivant est en contact. Cela a été constaté par M. Pasteur, dans ses belles expériences sur certains Infusoires qui déterminent la fermentation buty- rique dans les dissolutions de sucre ou d'acide lactique (2), et (1) Voyez tome I, page /i30 et suiv. L'espèce de fermentation ainsi pro- (2) Il résulte des recherches de duite est accompagnée d'un dégage- ai. Pasteur que certains Vibrions peu- ment d'acide carbonique et d'hydro- vent vivre sans oxygène libre et en gène. Il est aussi à noter que ces décomposant des matières organiques, Animalcules périssent très-prompte- telles que le sucre et l'acide lactique, ment quand ils subissent l'action de qu'ils transforment en acide butyrique. l'oxygène libre (et). (a) Pasteur, Animalcules infusoires vivaitt sans gaz oxygène libre et déterminant des fer' mentations (Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1861, t. LU, p. 344). SOURCE 1>ES MATIÈRES BRÛLÉES. 123 il me paraît probable que les Helminthes qui vivent dans l'in- térieur du corps des Animaux sont doués du même pouvoir désoxydant. Mais, quoi qu'il en soit à cet égard, la règle ordi- naire pour les êtres animés est d'entretenir la combustion physiologique au moyen de l'oxygène libre puisé directement ou indirectement dans l'air atmosphérique; aussi avons-nous vu que chez tous les Animaux, sauf les espèces intérieures dont il vient d'être question, la privation de cet élément com- burant est plus ou moins promptement une cause de mort appa- rente, suivie de la mort réelle. Je rappellerai aussi que nous avons constaté précédemment que l'activité respiratoire des Animaux, ou, en d'autres termes, la consommation d'oxygène faite par ces êtres est en rapport avec le degré de leur activité vitale et la grandeur de leur puissance physiologique. Bientôt nous verrons que les mêmes rapports existent entre ces phénomènes et la destruction des matières combustibles dont l'organisme est pourvu, de telle sorte que la mesure de l'action vitale peut être fournie également bien par la considération de ces deux ordres de faits. Mais, avant d'a- border l'étude de ces questions, il faut que nous cherchions à bien fixer nos idées au sujet de la source qui fournit à la combus- tion physiologique les matières combustibles destinées à fixer l'oxygène introduit sans cesse dans l'organisme par le travail respiratoire. § 2. — Il est évident que les matières brûlées delà sorte source dans l'intérieur de l'économie animale ne peuvent être que les combustible brûlés dans substances organiques qui y sont introduites sous la forme d'ali- ïorganisme. Au moment de mettre celte feuille tion exercée par certains Vibrions sur sous presse, j'apprends que cet expe- le tartratc de chaux. Ces Animalcules rimentateur habile a constaté d'autres vivent sans air, en décomposant l'acide faits du même ordre en étudiant Tac- tartiique (a). (a) Pasteur, Nouvel exemple de fermentation déterminée par des Animalcules infusoires pouvant vivre sans gaz oxygène libre et en dehors de tout contact avec l'air de l'atmosphère (Comptes rendus de l'Acad. des sciences, 9 mars 1803, t. LVI, p. 416). 124 NUTRITION. ments, et qui sont versées par l'appareil digestif dans le torrent de la circulation, ou bien celles qui constituent, soit des dépots ou réserves de matières nutritives, comme la graisse, soit le tissu même des organes. Mais les physiologistes sont partagés d'opinions au sujet du rôle accompli par ces deux sortes de corps combustibles. Jadis on pensait que tout ce qui se détruit dans l'économie provenait de la substance des organes, que cette substance se renouvelait tout entière avec une grande rapidité, et que la matière organique fournie par les aliments, et absorbée par l'appareil digestif, était exclusivement destinée, soit à la reconstitution des tissus soumis à cette loi de renou- vellement, soit à la formation des humeurs non excrémenti- tielles; enfin que toutes les matières excrétées étaient les pro- duits de cette destruction de la substance vivante. Travail Cette hypothèse reposait sur une multitude de faits fournis désassimiiation tant par l'observation journalière que par l'expérimentation des organique, pjjygiologistes. Ainsi, chacun saitque, lorsqu'un Animal est privé d'aliments, le poids de son corps diminue plus ou moins rapi- dement-, qu'il perd de ses forces en même temps qu'il perd de sa substance, et que la mort est toujours la conséquence de ces pertes, lorsqu'elles dépassent certaines limites. Quand il s'ap- proprie une quantité suffisante de matières nutritives, son poids reste stationnaire ou augmente, et cependant il continue à éprouver des pertes non moins considérables que s'il était privé d'aliments. Guvier, dont le style était souvent remarquable par le brillant des images aussi bien que par l'élévation des pensées et la netteté de l'expression, a parfaitement résumé l'opinion des physiologistes de son époque sur la nature du travail nutritif, lorsqu'il a dit : « La vie consiste essentiellement dans la «faculté qu'ont certaines combinaisons corporelles de durer » pendant un temps et sous une forme déterminée, en attirant » sans cesse dans leur composition une partie des substances SOURCE DES MATIÈRES BRÛLÉES. 125 » environnantes, et en rendant aux éléments des portions de » leur propre substance. La vie est donc un tourbillon plus ou «moins rapide, plus ou moins compliqué, dont la direction » est constante, et qui entraîne toujours des molécules de mêmes » sortes, mais où les molécules individuelles entrent et d'où » elles sortent continuellement, de manière que la forme du «corps vivant lui est plus essentielle que la matière (1). » Il est indubitable que l'organisme, considéré dans son en- semble, présente toujours des phénomènes de cet ordre, et que sans cesse certaines de ses parties se détruisent et disparaissent pendant que d'autres se forment pour leur succéder et en tenir lieu. Ainsi chacun sait que nos ongles, de même que nos che- veux ou les poils de notre barbe, croissent par leur base et s'usent par leur extrémité opposée, en sorte qu'au bout d'un certain temps la substance constitutive de chacun de ces appendices cornés se trouve renouvelée complètement, bien que leur forme générale n'ait pas changé. Nous avons déjà vu qu'il en est de même pour la couche de tissu utriculaire qui revêt les membranes muqueuses du tube digestif, des voies respiratoires et des cavités glandulaires; dans une autre partie de ce cours je montrerai que l'épidcrmc croit de la même manière par sa face interne, pendant que du côté opposé elle se détruit ou se détache de la peau. Enfin les belles expériences de M. Flourens sur les os des Mammifères et des Oiseaux établissent que [tendant le jeune âge ces organes s'accroissent et s'usent en même temps d'une manière analogue, mais en sens inverse, c'est-à-dire grandis- sent par la naissance de couches nouvelles à leur surface, tandis que vers le centre ils se creusent des cavités produites par la résorption progressive des couches primitives de leur tissu con- stitutif. Ce genre de changement a été mis bien en évidence par l'emploi alimentaire de la garance, qui, répandue dans le fluide (1) /«e Règne animal distribué d'après son organisation, 1817, t. I, p. 13. \2Q NUTRITION. nourricier, teint en rouge les parties superficielles des os, phé- nomène qui nous permet de reconnaître les portions de la sub- stance osseuse existante au moment de l'expérience, et de les distinguer de celles développées après que l'Animal a été remis à son régime ordinaire (1). Dans tous ces cas il y a remplace- ment d'une portion de l'ancienne substance constitutive du corps vivant par de la substance nouvelle ; et comme l'a très-bien fait remarquer M. Flourcns, la théorie de la rénovation matérielle de l'organisme, conçue delà sorte, est certainement l'expression (1) Le fait de la coloration des os en ronge chez des Cochons qui mangent une certaine quantité de garance, avait été signalé dès le milieu du xvi e siècle par un certain Mizaud, dit Mizaldi (a), mais n'avait pas fixé l'attention des physiologistes, et était généralement ignoré lorsqu'on 1736, un chirurgien anglais, J. Belchier, l'observa par hasard en dînant chez un teinturier qui utilisait pour la nourriture de ses Porcs le son imprégné de garance pro- venant de ses ateliers. Belchier fit aus- sitôt des expériences sur la cause de ce phénomène (b), et il fût suivi dans celte voie par Duhamel et par plusieurs autres physiologistes, qui profilèrent de la coloration du tissu osseux obte- nue de' la sorte pour étudier le mode de croissance des os. Dans une autre partie de ce cours je rendrai compte des résultats obtenus ainsi par M. Flou- rcns ou par ses prédécesseurs (c), et ici je me bornerai à considérer ce sujet au point de vue de l'étude des phé- nomènes de nutrition. On a cru d'abord que le tissu osseux rougi par le principe colorant de la garance avait dû se former pendant que l'Animal recevait dans son orga- nisme celte substance tinctoriale mê- lée à ses aliments. Ainsi lîulherford, qui fut le premier à reconnaître que le phénomène en question est dû à la production d'une sorte de laque résultant de l'union chimique de l'alizarine, ou principe colorant de la garance, avec les sels calcaires de l'or- (a) Mizaldi, Memorabilium utilium et jucundorum centuriœ novem in aphorismos digestœ. Lutelise, 1584, p. 101, cenl. vu, aph. 91. (6) Belchier, An Account of Ihe Boues of Animais being Clianged to a lied Colour bij aliment only (Philos. Trans., 4830, t. XXXIX, p. 287). — Further Account, etc. (loc. cit., p. 299). (fi) Duhamel, Sur une racine qui a la faculté de teindre en rouge les os des Animaux vivants (Mém. de l'Acad. des sciences pour 1739, p. 1). — Si»' le développement et la crue des os des Animaux (Mém. de l'Acad. des sciences, 1742, p. 354). — Bazani, De coloratis animalmmquorumdam vivorum ossibus (Comment. Insl. Bononiensis, 1745, t. II, part. 1, p. 129). — De ossium colorandorum artificio per radieem rubiic (Op. cit., 1740, t. H, pars 2, p. 124). — Bcehmer, De radicis Rubiœ tinctorum effectibus in corpore animali (dissert, inaug.). Lipsia?, 1 752. — Nouvelles expériences sur les effets que produit la garance dans le corps des Animaux (Mélanges d'histoire naturelle, par A. Dulac, 1705, t. 111, p. 227). — J. Hunter, Expériences et observations sur le développement des os (Œuvres, t. IV» p. 409). SOURCE DES MATIÈRES RRULÉES. 127 de la vérité pour beaucoup de parties de l'économie animale, sinon pour toutes. Mais ce n'est pas ainsi que l'on se repré- sente généralement la mutation de la matière vivante dans l'in- térieur de l'organisme. On suppose que la substance constitu- tive de chaque fibre, de chaque lamelle de tout tissu vivant se renouvelle, molécule à molécule; que ebacune des molécules dont ces tissus se composent est usée et détruite sur place, pen- dant qu'une ou plusieurs molécules nouvelles de même espèce viennent en tenir lieu ; en un mot, que les matériaux constitutifs de ces fibres et de ces lamelles sont renouvelés à peu près comme les pierres d'un vieil édifice sont parfois remplacées successi- vement par la substitution de blocs nouveaux à ceux que le temps a détériorés. On se trouve ainsi conduit à admettre que la matière ganisme (a), pensait que cette combi- naison devait B'effectuer dans le sang et précéder le dépôt des matières ter- reuses dans le tissu de l'os. .Mais on sait aujourd'hui par les expériences de Gibson, ainsi que par celles faites plus récemment par MM. Doyère et Serres, que les choses ne se passent pas ainsi : que le tissu osseux préexis- tant se teint en rouge, pourvu que le fluide nourricier chargé, d'alizarine \ pénètre en assez grande abondance. Ainsi, un fragment d'os enfoncé sous la peau d'un Animal soumis au ré- gime de garance, se colore comme le l'ont les os vivants du même individu; et si la coloration du squelette a lieu promplement chez les jeunes Ani- maux, tandis qu'elle ne s'effectue que très-lentement ou très-incomplétement chez ceux qui sont avancés en âge, cela dépend seulement des différences dans le degré de perméabilité du tissu osseux et dans l'activité de la circula- lion des fluides nourriciers dans sa sub- stance aux dernières périodes de la vie. Dans tous les cas, la fixation de la garance sur les sels calcaires du tissu osseux est un phénomène analogue a celui dû à l'action des mordants dans la teinture d'une étoffe, et n'est aucu- nement liée au travail nutritif. (a) Rutheiford, cilé d'après Gibson. — Gibson, Obs. on the Effect of Madder root on the Bones of Animais (Mem. of the Lit. and Philos. Soc. of Manchester, 2* série, 1805, t. I, p. 146). — Flourens, Recherches sur le développement des os et des dents {Archives du Muséum, 1841, t. II, p. 315). — Serves et Doyère, Exposé de quelques faits relatifs à la coloration des os chez les Animaux soumis au régime de la garance [Ann. des sciences nat., 2* série, 1812, t. XVII, p. 153). — Brullé et Hugueny, Expériences sur le développement des os dans les Mammifères et les Oiseaux, faites au moyen de l'alimentation par la garance (Ann. des sciences nat,, 3* série, 1845, t. IV, p. 283). 128 NUTRITION. dont se compose chaque partie de l'organisme est toujours en mouvement, et que dans un espace de temps plus ou moins court la substance du corps tout entier se trouve renouvelée. Quelques auteurs ont môme cru pouvoir assigner une période détermi- née pour l'accomplissement de cette rénovation de substance dans le corps humain. Enfin, beaucoup de physiologistes admet - tent, conformément à ces vues de l'esprit, que la combustion physiologique dont l'économie animale est le siège, estalimentée uniquement par la substance des tissus; que la totalité de l'acide carbonique, de l'urée et des autres produits excrémentitiels for- més dans l'organisme, provient de cette source, et que par conséquent aussi toute matière nutritive absorbée par l'Animal n'est utilisée qu'à la condition d'être fixée dans ces mêmes tis- sus et d'en devenir partie intégrante (1). Mais beaucoup de faits paraissaient être peu favorables à cette hypothèse de la mutation générale et continue de la matière constitutive de l'organisme. Ainsi Duhamel a vu que les parties du système osseux qui ont été colorées par l'action de la garance chez un Animal vivant ne se décolorent pas, comme on le sup- posait d'abord, mais sont cachées sous les nouvelles couches développées ultérieurement; M. Flourens a montré que les parties teintes de la sorte conservent leur coloration anormale jusqu'à ce qu'elles soient elles-mêmes détruites ; que rien n'y décèle un renouvellement de substance, et que chez l'individu parvenu au terme de sa croissance , leur existence paraît être en général permanente (2). Les rapports qui ont été constatés par Chossat et plusieurs autres expérimentateurs (1) Celte hypothèse a été adoptée mutation de la matière dans l'éconn- récemment par MM. Bischoff et Voit, mie animale (a). dans leur intéressant travail sur la (2) Duhamel avait d'abord pensé (a) Th. BiscliolT und C. Voit, Die Gesetz-e der Ernàhrung des Fleischfressers durch neue Untersuchungen festgestellt., 1SG0. SOURCE DES MATIÈRES BRÛLÉES. 129 entre le mode d'alimentation et la nature ou la quantité des produits de la sécrétion urinaire, ont même conduit quelques physiologistes à penser que dans les circonstances ordinaires toutes les matières excrétées de l'organisme proviennent direc- tement des matières étrangères qui y ont été introduites ; de sorte que la combustion physiologique dont résultent l'acide carbonique, l'urée, etc., serait entretenue uniquement par les aliments (1). Mais cette hypothèse n'est pas admissible, et la qu'après la cessation du régime de la garance, les os rougis par cette sub- stance reprenaient toujours leur cou- leur primitive (a) ; mais, par la suite de ses expériences, il reconnut que chez les jeunes Animaux les parties rougies de la sorte se retrouvent au- dessous des couches du tissu osseux développées ultérieurement (/>). M. Flourens confirma ce résultat, et mon- tra que dans les cas où la teinte rouge vient à disparaître, cela ne dépend pas d'un renouvellement moléculaire de la portion du tissu qui a été garancée, mais de sa résorption complète pat- suite du travail d'accroissement (c), phénomène sur lequel je reviendrai lorsque je traiterai du mode de déve- loppement des os. Je citerai également ici une des ex- périences de MM. Doyère et Serres. Un jeune pigeon fut soumis au régime de la garance du 10 mars 1840 au 15 avril; le 15 mai on lui amputa une aile, puis le 30 janvier 1841 on lui amputa l'autre aile : l'Animal mourut des suites de cette seconde opération. Entre les moments où les deux ailes avaient été amputées, il n'avait reçu aucun aliment coloré ; cependant les os correspondants dans ces deux mem- bres étaient également colorés (d). 11 est du reste à noter que par le seul fait du lavage des os colorés opéré avec du sérum qui ne contient pas d'alizarine, l'espèce de laque formée par la combinaison de ce principe avec le phosphate calcaire des os peut à la longue abandonner une certaine quantité d'alizarine et pâlir plus ou moins (e) ; mais ce phénomène pure- ment chimique ne ressemble en rien à la mutation continue de la matière organique dont les physiologistes par- lent d'ordinaire sous le nom de mou- vement nutritif. (1) Chossat (de Genève) a fait une longue série d'expériences intéressantes sur les circonstances qui influent sur la sécrétion urinaire chez l'Homme. Malheureusement il n'a pas dosé di- rectement les matières azotées ef sa- in) Duhamel, Sur une racine qui a la faculté de teindre en rouge les os des Animaux vivants {Mém. de l'Acad. des sciences, 1739, p. 4). (b) Idem, Sur le développement des os (Mém. de l'Acad. des sciences, 1742, p. 365). (c) Flourens, Op. cit. (Mém. du Muséum, t. II, p. 407). (d) Doyère et Serres, Exposé de quelques faits relatifs à la coloration des os chez les Animaux soumis au régime de la garance {Ann. des sciences nat., 2* série, 1842, t. XVII, p. 172) (e) Brullé et Hngueny, Op. nt. (Ann. des sciences nat., 3* série, 1845, t. IV, p. 294). 130 NUTRITION. vérité se trouve entre les deux opinions extrêmes que je viens d'exposer. En effet, d'une part il est évident que des phénomènes de combustion ont lieu dans les liquides nourriciers de l'économie, que des matières organiques en dissolution ou en suspension dans ces fluides peuvent s'y oxyder, et que de ces réactions chimiques il peut résulter de l'acide carbonique ou. d'autres matières brûlées qui sont ensuite excrétées. La transformation des sels végétaux en carbonates, que nous avons déjà vue s'opérer dans le torrent circulatoire, nous en fournit une preuve irré- cusable (1). Mais, d'autre part, les faits fournis par l'étude des changements qui ont lieu dans le corps d'un Animal privé de tout aliment ou nourri d'une manière insuffisante, me semblent prouver non moins clairement qu'il y a consommation de la substance des organes par suite de l'action comburante de Unes qui se trouvent excrétées de la sorte, et il s'est contenté d'en appré- cier approximativement la quantité en déterminant d'une part le volume des liquides évacués, et d'autre part leur densité; puis en multipliant par un facteur constant, 3,32, le produit du- dit volume multiplié par l'excès de la pesanteur spécifique observée sur celle de l'eau distillée. La quantité de ma- tières solides contenues dans les urines a pu être évaluée de la sorte d'une manière satisfaisante ; mais comme la composition du mélange formé par ces substances n'était pas constante, des erreurs assez grandes pouvaient être commises quand on venait à appliquer les résultats ainsi obtenus à l'étude des mutations de la matière organique dans l'intérieur de l'organisme. Quoi qu'il en soit, Cbossat a trouvé que la quantité de matières solides sécrétées par les reins en vingt- quatre beures varie beaucoup suivant le régime ; que cette sécrétion augmente toujours peu de temps après qu'à la suite des repas, les produits de digestion arrivent dans le torrent de la circulation, et qu'il existe des relations intimes entre l'abondance de cette excrétion et la quantité d'aliments albuminoïdes in- troduits dans l'organisme peu de temps auparavant. Il en conclut que c'est l'al- bumine du cbyle qui, en traversant les poumons, se dépouille d'une certaine quantité d'eau et de carbone pour don- ner naissance à de l'acide carbonique et à de l'urée, etc. (a). (1) Voyez ci -dessus, tome VII, page 531. {a) Chossat, Mémoire sur l'analyse des fonctions urinaires {Journal de physiologie deMagenrlie, 1825, t. V, p. 65). SOURCE DES MATIÈRES BRÛLÉES. 431 l'oxygène dont le sang est chargé, que cette substance orga- nisée concourt à l'entretien de la combustion vitale, et qu'une portion des produits excrétés est le résultat des transforma- tions qu'elle éprouve. Examinons ce qui se passe dans l'économie des Animaux Entretien qui, étant privés d'aliments, ne reçoivent du dehors que l'un ia combustion 1,1 ' ' physiologique des facteurs des produits excrémentitiels, et tirent l'autre de leur p^ant r l'abstinence. propre fonds, c'est-à-dire de la substance constitutive de leurs organes ou de la réserve alimentaire représentée tant par la graisse emmagasinée dans leur corps que par les principes albuminoïdes et autres matières combustibles contenues dans leur sang ou dans les autres (luidcs de leur organisme. Ce sujet a été l'objet de plusieurs séries de recherches inté- ressantes laites, les unes par Chossat (de Genève) , les autres parM.Boussingaultetson élève Letellier, puis par MM. liidder et Schmidt, à Dorpat, MM. Bischoff et Voit, à Munich, ainsi que par quelques autres physiologistes; mais il esta regretter que dans la plupart des cas les résultats'constatés par cq<^ expé- rimentations n'aient pas été aussi complets qu'on aurait pu le désirer. Chossat, par exemple, n'a fait usage que de la balance et a négligé l'analyse chimique des matières excrétées, et aucun de ses successeurs n'a déterminé directement la quantité d'oxy- gène fixée dans l'économie animale. Cependant tous sont arrivés à des résultats intéressants, et leurs travaux jettent beaucoup de lumière sur ce que j'appellerai la résorption ou consomma- tion organique, c'est-à-dire la destruction ou l'abandon des matières qui entrent dans la composition du corps vivant, et qui ont été enlevées à l'économie animale, ou, en d'autres termes, la désorgan isa don phys iolog iq ne . § 3. — Nous voyons par les expériences de Chossat que chez Pi ' euves les Animaux privés d'aliments, le poids du corps diminue plus ou désorganisation 11 physiologique. moins rapidement, suivant les espèces, ainsi que suivant plusieurs autres circonstances; que dans la première journée de jeune, la 132 NUTRITION. perte diurne, c'est-à-dire la perte subie pendant vingt-quatre heures, est plus considérable que pendant un certain nombre des jours suivants; qu'elle diminue en général progressivement sans présenter cependant de grandes différences, et que pendant la dernière période de l'abstinence mortelle, elle s' élève de nouveau de manière à devenir très-considérable. La mort est toujours la conséquence de cette déperdition quand la diminution du poids total du corps a atteint certaines limites, savoir environ 40 ou 50 pour 100 du poids initial (1). Pendant cette abstinence pro- longée, la combustion respiratoire a continué, l'excrétion de ses produits a contribué pour beaucoup à la production des perles de substance éprouvées par l'Animal ; et l'examen du cadavre a fait voir que les matières enlevées de la sorte avaient été fournies non-seulement par la graisse préexistant dans l'or- ganisme et par le sang, c'est-à-dire par les matières constituant ce quej 'appelle la réserve nutritive, mais aussi parles muscles et même par toutes les autres parties vivantes de l'organisme. La part attribuable au tissu musculaire était d'environ la moitié de la (1) Dans les expériences de Chossat la limite de déperdition compatible avec la vie a paru être de liO centièmes du poids initial pour les Mammifères, et de hh centièmes chez les Oiseaux. 11 en fut à peu près de même dans les expé- riences que ce physiologiste fit sur di- vers Vertébrés à sang froid («). Mais il est évident que cette limite doit varier beaucoup, suivant l'état d'engraisse- ment de l'Animal au commencement de l'expérience. Aussi ne devons-nous pas nous étonner en voyant des résul- tats un peu différents être obtenus dans d'autres circonstances, et je ci- terai à ce sujet les expériences de MM. Bidder et Scbmidt sur un Chat. L'Animal ne mourut qu'après avoir perdu 51,7 pour 100 de son poids initial (b), ce qui dépendait probable- ment de ce qu'il était très-gras. Chossat a trouvé que la mort arri- vait quand le poids du corps était ré- duit de la sorte, soit d'une manière rapide par la privation complète d'a- liments (ou l'inanition), soit d'une ma- nière lente, par suite d'une alimenta- tion insuffisante (c). (a) C. Chossat, Recherches expérimentales sur l'inanition (Mém. de l'Acad. des sciences, Savants étrangers, 1843, t. VIII, p. 447 et suiv.). (b) Bidder et Scbmidt, Die Verdauungssdfte uni der Stoffwechsel, 1852. (f) Chossat, Op. cit. SOURCE DES MATIÈRES BRÛLÉES. 133 perte totale, et celle afférente à la réserve nutritive ne s'élevait pas au tiers de cette perte intégrale (1). Je ne présente pas ces nombres comme l'expression de la consommation réelle de la substance constitutive des fibres musculaires ou des autres tis- sus de l'économie; car Chossatn'a pas tenu compte des matières organiques en dissolution ou en suspension dans les liquides dont ces parties sont imprégnées, matières que nous devons considérer comme appartenant à la réserve nutritive, de même que le sang et les dépôts de graisse; mais les résultats que je viens de rapporter n'en sont pas moins d'une grande impor- • tance pour la connaissance des phénomènes dont l'étude nous occupe ici. Dans des recberches analogues faites sur des Tourterelles par (1) Pour constater la part que les diverses parties de l'organisme peuvent avoir à supporter dans la perte, totale déterminée par l'abstinence, Chossat a divisé en deux lots les Animaux em- ployés à ses recherches : ceux du pre- mier lot furent asphyxiés au commen- cement de l'expérience, et le poids total de leur corps, puis le poids de leur sang, de leur graisse, de leur peau et de chacun de. leurs organes fut déterminé avec autant de précision que possible. Les mêmes observations fu- rent répétées sur les cadavres des Ani- maux morts de faim, et la perte subie par chaque partie de leur corps fut calculée d'après les termes de compa- raison fournis par les Animaux as- phyxiés. D'après ces données, Chossat a évalué de la manière suivante la perte intégrale de chaque partie comparée à son poids initial : Graisse* 0,933 Sang 0,750 Raie 0,71 t Pancréas 0,641 Foie 0,5-20 Cœur O.iiS Intestins 0,421 Muscles locomoteurs. . 0,423 Peau 0,333 Système osseux. ... 0,107 Système nerveux. . . 0,019 Ainsi la presque totalité de la graisse avait disparu de l'organisme ; le sang était réduit des trois quarts de son poids initial ; les muscles avaient perdu près de la moitié de leur poids, tandis que la perte de substance subie par le sys- tème nerveux avait été au-dessous de 1/50. Une perte intégrale abso- lue de 142' r , 17 se composait de 38=' r ,ft7 atuïbuablesàlagraisse;de7' r ,86 four- nis par le sang; de 7/iS',63 par le sys- tème musculaire, de 15s r ,87 pour les glandes, la peau, etc., et de 5 gr ,3Zt pour le système osseux (a). (a) Chossat, 0p. cit. (Mèm. de l'Acad. des sciences, Savants étrangers, t. VIII, p. 530 et 531). 134 NUTRITION. Letellier, le dosage de la graisse existant dans l'organisme, soit chez les individus pris comme terme de comparaison au commencement de l'expérience, soit chez ceux qui avaient été privés d'aliments pendant plusieurs jours, a été fait d'une ma- nière plus exacte, et les résultats obtenus de la sorte indiquent que la graisse fournit une part un peu plus grande à la consom- mation physiologique des substances constitutives de l'économie animale ; mais au moins les deux tiers des pertes éprouvées pendant l'abstinence devaient encore être attribués aux tissus et aux autres parties de l'organisme (1). M. Boussingault a avancé davantage la question. 11 a déter- miné comparativement les diverses pertes intégrales de l'orga- nisme subies par une Tourterelle privée d'aliments : la quantité de carbone exhalée par les voies respiratoires chez le même Animal, et la quantité d'azote, de carbone et d'hydrogène contenue dans les matières urinaires ou les autres produits exerémeutitiels évacués sous la forme de fèces. Par conséquent il a pu mieux apprécier la marche de la combustion vitale dans ces conditions biologiques. Or, il a trouvé que la quantité de graisse brûlée dans les vingt-quatre heures pouvait être évaluée à 2 gr ,58, tandis que les pertes diverses atfribuablcs à la com- bustion des principes albuminoïdes de l'organisme s'élevait à 4 e ',58 (2). (1) Effectivement , en discutant les résultats obtenus par Letellier, on voit que les Tourterelles privées d'aliments pesaient en moyenne l/il grammes, et par conséquent ne pouvaient contenir au début de l'expérience, d'après la moyenne générale servant de terme de comparaison, qu'environ 21 gram- mes de graisse. Or, la perle totale du poids qu'elles ont éprouvée pendant la durée de l'abstinence était en moyenne de 62 grammes. Ces Oiseaux avaient donc perdu au moins /il grammes de substance en sus des pertes dues à la consommation de la graisse (a). (2) Dans cette expérience, de même que dans celles de Chossat, la perle in- tégrale diurne s'est notablement abais- (o) Letellier, Observations sur l'action du sucre dans l'alimentation des Granivores (Ann. de chimie et de physique, 3' série, 1844. t. XI, \>. 159). SOURCE DES MATIÈRES BRULEES. 135 Enfin je signalerai comme une étude plus complète du même sujet les recherches de MM. Bidder et Schmidt sur les effets de la privation d'aliments chez le Chat. J'aurai souvent à les citer, et en ce moment je me bornerai à dire qu'elles confirment pleinement les résultats fournis précédemment par les expé- riences de Chossat, relativement à la consommation rapide et considérable de tissu musculaire, aussi bien qu'à l'emploi de la réserve nutritive pour l'entretien de la combustion phy- siologique pendant l'abstinence. Ainsi un Animal pesant 2572 grammes fut privé d'aliments; il vécut de la sorte pen- dant dix-huit jours, et il perdit pendant ce temps 30 gr ,807 d'a- zote, 205 sr ,96 de carbone, et 927 gr ,6 w 2 d'eau. Or, pour fournir à cette dépense, le sang avait perdu 93 centigrammes de son séc le second jour de l'abstinence; mais elle est restée ensuite à peu près la même pendant les sept jours qui' dura le jeûne. La quantité de carbone brûlé par l'Animal en vingt-quatre heures n'atteignait pas la moitié de celle consommée par le même indi- vidu dans l'étal normal, et a varié (!<> 0s r ,21 à 06' ,07 par heure, sans que ces différences aient paru avoir aucun rap- port constant avec la durée de l'inani- tion (a). Voici les quantités de carbone exhalées par heure , sous la forme d'acide carbonique , par un de ces Oiseaux : (ir.tm. 1" Après avoir mange .... 0,213 2° Après avoir été privé d'ali- ments pondant vingt- quatre heuros 0,114 3° Le quatrième jour d'inani- tion 0,1 i i Gram. 4* Le sixième jour d'inanition. 0,113 5" Le septième jour d'inani- tion 0,072 Hans une autre expérience faite sur une Tourterelle du poids de 176 grammes , la quantité d'acide carbonique produite en une heure a été de : lïi .im. 0,11 4 après deux jours d'inanition. 0,121 après quatre jours d'inanition. 0,095 après onze heures seulement d'inanition. 0,073 après trente-six heures d'inani- tion. 0,0G5 après deux jours et demi d'ina- nition. 0,077 aprè9 trois jours et demi d'ina- nition. 0,077 après quatre jours et demi d'ina- nition. (a) Boussingault, Analyses comparées de l'aliment consommé et des excréments rendus par une Tourterelle {Ann. de chimie et de physique, 3" série, 1844, t. XI, p. 448). 136 NUTRITION. poids initial, la graisse 80 centigrammes, l'appareil muscu- laire 66 centigrammes, et l'axe cérébro-spinal 37 centigrammes. Enfin la quantité d'azote exhalée correspond à la désorganisa- tion de plus de 200 grammes de tissu musculaire supposé sec et dépouillé de graisse (1). (1) Les principaux résultats de cette Bidder et Schmidt dans le tableau ci- expérience ont été résumés par MM. joint (a) : DESIGNATION des ORGANES. REPARTITION DES MATIERES CONSTITUTIVES DE L'ORGANISME. AVANT L'INANITION, POIDS TOTAL 2572 GR. Muscles et ten- dons Os Graisse Œsophage, esto- mac el entrailles Axe cérébro-spi- nal Foie Poumons . . . . Reins Raie Pancréas Glandcssalivaires Cœur Aorte et veine cave Mésentère et épi- ploon Veux avec leurs muscles .... Larynx et trachée Utérus Vessie Ovaires Peau Poids à l'état frais. Sang- Bile. 1158,32 379,26 310,87 166,95 49,88 122 2t 2l'72 23,14 8,12 7,71 2,90 10,85 3,43 98,15 37,82 5,86 2,50 1,06 155,25 Totaux. Eau. 881,47 172,56 164,14 129,39 38,86 89,34 21,95 18,37 6,38 6,00 2,30 8,44 2,64 42,60 26,25 3,93 » 1,92 0,82 130,57 Sub- stance sèche. 276,85 206,70 146,73 37,56 11,02 32,87 5,77 4,77 1,74 1,71 0,60 2,41 0,79 55,55 11,57 1,93 » 0,58 « 0,24 24,08 APRES L INANITION, POIDS TOTAL 1241 GR. PERTES EPROUVEES PENDANT L'INANITION. 2572,00jl747,93 824,07 Poids à l'état frais. G uni. 380,98 325,00 215,40 115,40 31,12 49,33 20,55 21,70 2 27 T,h 1,01 12,33 2,13 19,00 12,02 4,33 10,91 5,36 0,39 9,88 0,96 Eau. 1241,02 281,98 118,30 77,11 88,28 23,71 37,74 15,39 16,58 1,75 0,87 0,61 9,40 1,02 14,17 9,14 2,87 8,61 4,14 0,29 7,52 0,79 Sub- stance sèche. 723,87 96,00 206,70 138,29 27,12 7,41 11,59 5,16 5,12 0,52 0,26 0,40 2,93 0,51 4,83 2 1,46 2,30 1 22 o|ïo )> 2,36 0,17 POIDS ABSOLU. Eau. 596,49 54,26 87,03 - 41,11 15,15 51,60 6,50 1,79 4,63 5,13 1,69 0,90 Sub- stance sèche. + 517,33 — 1,02 — 28,43 — 17,11 — 1,06 » + 2,22 » — 123,05 + -1021,06 GlMT", -180,85 0,0 - 8,44 - 10,44 - 3,61 - 21,28 - 0,61 0,35 \ 22 — i'.h — 0,20 + 0,52 — 0,28 — 50,72 — 8,69 — 0,47 + 0,64 » oo oo POIDS RELATIF correspondant A 100 GR. ■9« = • - -306,49 58,4 Gr.im 66,9 14,3 3u,7 30,9 37,6 59,6 25,9 6,2 72,0 85,4 65,2 37,8 80,7 08,2 26,2 93,7 65,0 0,0 5,7 27,8 32,9 64,7 lu, 5 •> 70^2 84,5 58,2 •) 35,6 91,3 75,1 24,3 » » 90,4 37,2 (a) Bidder und Schmidt, Die Verdauungssaefte und der Sto/fwcchsel, 1852, p. 331. SOURCE DES MATIÈRES BRÛLÉES. 137 § h. — D'après tous ces faits, il me paraît bien démontré que conséquence , , de ces faits. la combustion physiologique peut être entretenue aux dépens de la substance constitutive des organes ; mais cette oxydation de matières albuminoïdes est-elle un phénomène nécessaire ou n'a-t-ellc lieu dans les circonstances dont je viens de parler que parce que le principe comburant porté dans l'intérieur de l'économie parla respiration n'y trouve pas une quantité suffi- sante d'autres combustibles organiques ? En d'autres termes, la combustion vitale peut-elle être entretenue indifféremment par toute espèce de matières oxydables, ou doit-elle nécessairement être alimentée en partie par la substance des tissus animaux ou d'autres combustibles azotés du même ordre? Si l'entretien de cette combustion était l'unique condition de l'activité physiologique des Animaux, ceux-ci devraient pouvoir se nourrir d'aliments hvdrocarbonés sans mélange de matières azotées, à moins que ce ne fût pendant la période de croissance, lorsque leurs tissus, en voie de développement, nécessitent l'assimilation de matériaux semblables à ceux dont ces parties se composent. On devrait même s'attendre à voiries aliments remplir d'autant mieux leur rôle d'agents nutritifs, qu'ils seraient plus combustibles, ou du moins plus riches en carbone, en hy- drogène, et par conséquent les substances carbo-hydrogénées, telles que le sucre ou les graisses, seraient les aliments par excellence, ou tout au moins des aliments suffisants. Mais il n'en est pas ainsi : nous savons, par les expériences de Magendie et de plusieurs autres physiologistes, que ces aliments ne répon- dent pas à tous les besoins de l'organisme, et que les Animaux adultes, aussi bien que les Animaux en voie de développement, meurent toujours plus ou moins promplement quand ils ne trouvent pas dans leur nourriture des principes organiques azotés (1). (1) A l'époque où Magendie entre- légistes n'avaient que des idées très- prit ces recherches (1816), les physio- vagues ci fort incomplètes, ou même vin. 10 1o8 NUTRITION. Il est aussi à noter qu'un Animal nourri avec de la graisse, du sucre ou tout autre élément non azoté, continue à excréter des produits azotés par les voies urinaires. Or, dans ce cas, l'azote qu'il élimine ne peut provenir que de sa propre sub- stance, c'est-à-dire des matières azotées qui constituent les tissus de ses organes, ou qui se trouvent soit en dissolution, soit en suspension dans son sang et dans les autres fluides de l'organisme. La destruction d'une certaine quantité de matières de cet ordre, et leur transformation en urée ou en quelque pro - duit analogue, ont lieu constamment, quel que soit le régime de l'animal. j'ajouterai qu'un Chien qui ne mange que de la viande dépouillée de graisse peut, sans diminuer de poids, satisfaire à toutes les causes de déperdition inhérentes à son mode d'exis- tence (1). Il n'en continue pas moins à exhaler de l'acide Car- erronées, sur le rôle des aliments dans la nutrition, et assez généralement on supposait que les Animaux avaient la faculté de transformer en matière histo- génique toute substance nutritive; que la gomme ou le sucre, par exemple, se changeaient ainsi en chair, aussi bien que l'albumine ou la fibrine. Magendie chercha à déterminer si la vie d'un Animal pouvait être entre- tenue de la sorte à l'aide de matières réputées nutritives, qui ne contien- nent pas d'azote, et dans celte vue il soumit des Chiens à l'usage exclusif de sucre et d'eau distillée. Les Ani- maux soumis à ce régime dépérirent rapidement , la cornée transparente s'altéra, la faiblesse générale devint extrême, et la mort arriva au bout d'environ cinq semaines. En employant comme aliment unique, tantôt de la gomme , d'autres fois du beurre ou de l'huile, Magendie obtint le même résultat (a). Ainsi , dans les expériences de MM. Bischoff et Voit, relatives à l'in- fluence de l'alimentation sur les pro- duits de la sécrétion urinaire, nous voyons que chez un Chien dont la ration se composait uniquement de graisse, la quantité d'urée sécrétée en vingt-quatre heures était d'environ Ih grammes, et renfermait une quan- tité d'azote correspondant à 17 centi- grammes pour 1 kilogramme du poids total du corps (b). (I) La possibilité d'entretenir de la sorte un Chien a été constatée par M. Bischoff. (a) Magendie, Mémoire sur les propriétés nutritives des substances qui ne contiennent pas d'aio'e. 1816 {Journal de médecine de Leroux, 1817, t. XXXVIII). (b) Bischoff et G. Voit, Die Gesrlie der Ernflhrung des Fleischfressers, 18G0, p, 150 et suiv. SOURCE DES MATIÈRES BRÛLÉES. 1 .39 bonique, ainsi qu'à excréter de l'urée, et cela s'explique faci- lement, même sans l'intervention des matières grasses emma- gasinées dans son corps : car, dans ce cas, il brûle beaucoup de matières proléiques, comme on peut en juger par l'abon- dance des produits azotés que ses reins excrètent, et les prin- cipes albuminoïdes, en s'oxydarit pour donner naissance à de l'urée, doivent nécessairement perdre beaucoup de carbone et d'hydrogène. § ."). — L 'étude du mode d'alimentation des Animaux et celle Elliploi d i recl des produits ordinaires du travail nutritif dont ils sont le siège, p d u e r s Së«en nous conduisent également à reconnaître que, dans l'état normal, ^^Hem la combustion vitale est entretenue en partie par la substance p ,, y slol °s"i uc - des organes et en partie par les substances combustibles non azotées qui se trouvent dans le sang, OU qui sont emmagasinées autrement dans l'intérieur du corps, et qui ne sont pas aptes à servir de matériaux pour la constitution des tissus vivants. C'est donc avec raison que M. Dumas, dans ses savantes leçons sur la chimie physiologique, laites il y a une vingtaine d'années à noire école de médecine, et M. Liebig, dans une série de pu- blications d'un haut intérêt sur le même sujet, ont divisé les aliments en deux classes principales : ceux qui ne sont destinés qu'à l'entretien de la combustion vitale, et ceux qui sont assi- milables aux parties vivantes de l'organisme. Les premiers sont appelés communément les aliments respiratoires, et consistent en substances organiques carbo-hydrogénées, qui ne renferment pas d'azote, telles que le sucre et les graisses; les seconds ont reçu le nom autres fluides de l'économie. En effet, le poids de son corps diminue alors progressivement, et, ainsi que je l'ai déjà dit, celte perte est déterminée en partie par l'excrétion d'une cer- taine quantité d'urée; mais si le même Animal reçoit journelle- ment une ration do graisse sans addition d'aucun aliment azoté, non-seulement le dépérissement est moindre, mais la quantité absolue d'urée est diminuée. Ainsi, dans une scrio d'expériences fort instructives faites sur ce sujet par MM. Bischoff et Voit, le môme Animal a perdu par les.voies urinaires, en vingt-quatre heures, terme moyen, entre 30 et "22 centigrammes d'azote pour chaque kilogramme du poids de l'organisme, quand il était privé d'aliments, et seulement 17 centigrammes d'azote quand il recevait une ration de graisse. § 8. — Mais si les aliments doivent préserver les tissus vi- conséquences vants des causes de destruction ((('pendant d'une oxydation des "aliments superflue, en même temps qu'ils son! appelés à fournir aux organes les matières voulues pour leur croissance et pour la réparation des pertes auxquelles leur substance est nécessaire- ment assujettie, on conçoit que ces corps, pour bien remplir leur rôle, doivent être de deux sortes : les uns doivent être essentiel- lement réparateurs el organisâmes ; les autres doivent être doués d'une affinité plus grande pour l'oxygène que ne le sont les matériaux constitutifs des tissus vivants, c'est-à-dire doivent être plus combustibles. Or, ces caractères sont réunis, d'une part dans les aliments azotés, que nous avons appelés plastiques, d'autre part dans les aliments carbo-hydrogénés, que nous avons dési- gnés sous le nom d'aliments respiratoires. Nous pouvons donc prévoir que le régime le plus favorable à l'accomplissement du travail nutritif doit être \m régime mixte dans lequel il entre à la fois, suivant certaines proportions, des aliments azotés, tels que la fibrine, l'albumine ou la caséine, et des aliments dépour- vus d'azote, mais riches en carbone et très-oxydables, tels que les fécules, les sucres et les graisses. \I\ll NUTRITION. uiiiiit' § 9. — L'expérience est pleinement d'accord avec ces vues a iimematk>n théorî* jucs, et l'étude chimique des substances que la nature mixte. . . r, , . . _ destine uniquement a 1 alimentation des jeunes Animaux, dont la nutrition doit cire à la fois facile et forte, suffirait même pour nous apprendre qu'un pareil mélange convient mieux que tout autre régime. En effet, il est deux produits animaux, qui sont pour ainsi dire les types les plus parfaits de l'aliment, savoir : le lait, qui est la nourriture préparée par la Nature pour répondre aux besoins de l'Homme et des autres Mammifères pendant les premiers temps de leur vie ; et le jaune d'œuf, qui est une pro- vision de matière nutritive destinée à être employée d'une ma- nière analogue par l'embryon des Animaux ovipares, en atten- dant que ces êtres puissent cbercher dans le monde extérieur les aliments qui leur conviendront. Or, le lait et le jaune d'œuf, comme nous le verrons par la suite, sont l'un et l'autre des corps riches en principes albuminoïdes et en principes gras, c'est-à-dire en aliments plastiques et respiratoires. Ainsi, par son exemple, la Nature nous enseigne à donner aux Animaux que nous voulons nourrir le mieux possible, des aliments mixtes. Il est également à remarquer que la plupart des aliments dont les Animaux font usage instinctivement, sont en réalité des mélanges de ce genre. En effet, les Carnassiers trouvent dans leur proie des matières grasses aussi bien que des matières albuminoïdes, et presque toujours les substances végétales que les phytophages mangent contiennent du gluten ou quel- que autre principe azoté du même ordre, associé à de la fécule, du sucre ou des corps gras. Seulement, dans les aliments d'o- rigine animale, ce sont les matières plastiques qui prédominent, tandis que dans les aliments végétaux, ce sont d'ordinaire les principes immédiats earbo-bydrogénés qui abondent. § 10. — Avant d'aller plus avant dans l'étude des phéno- mènes de combustion dont l'économie animale est le siège, RÔLE DES ALIMENTS. 1^5 et d'examiner plus en détail les conséquences de cette action influence 1 * do l'irrigation chimique, je dois rappeler que la destruction des combus- physiologique tibles organiques effectuée ainsi n'est pas la seule cause de ia résorption, déperdition de substance agissant dans l'organisme, et que, par conséquent, ce n'est pas uniquement pour répondre aux besoins créés de la sorte, que l'Homme et les Animaux sont soumis à la nécessité de s'assimiler sans cesse de nouvelles quantités de matières étrangères. En effet, nous avons vu que de l'eau en quantité plus ou moins considérable circule toujours dans l'intérieur de leur corps, et qu'une partie de ce liquide s'échappe constamment au dehors sous la forme d'urine et d'au- tres humeurs excrémentiticlles. Or, cette eau lave, pour ainsi dire, les tissus qu'elle baigne, et doit entraîner avec elle une portion des matières solubles qui entrent dans leur composition ou qui s'y trouvent déposées. Par conséquent, pour empêcher cette soustraction de matière, ou pour en contre-balancer les effets, il faut que l'eau introduite dans l'organisme soit accom- pagnée d'une certaine proportion de ces mêmes substances solubles dont la présence l'empêche de se charger de celles préexistantes dans les tissus, ou permette à ceux-ci d'y puiser pour réparer les pertes qu'ils peuvent avoir subies. Pour mettre bien en évidence ce genre d'échanges qui s'éta- blit entre les solides et les liquides de l'économie animale, sui- vant que les uns ou les autres sont plus ou moins chargés des matières pour lesquelles ils ont une certaine affinité, il me paraît utile de prendre en considération certains phénomènes que l'on n'observe pas dans les circonstances ordinaires, et qui sont faciles à constater d'une manière nette. L'étude du mode d'action des poisons sur l'économie ani- male a permis aux physiologistes de reconnaître que beaucoup de substances minérales, qui ne sont pas des matériaux nor- maux de l'organisme et qui sont portées dans le torrent de la circulation par absorption ou autrement, se déposent dans le \(\Q NUTRITION. (issu de certains organes, et s'y combinent de manière à y être retenues avec plus ou moins de force. Ces tissus enlèvent donc au sang une portion de ces matières minérales dont la présence dans l'économie est accidentelle ; mais lorsque, par suite de la cessation de l'arrivée de ces matières étrangères et du renouvellement normal de l'eau dans le fluide nourricier, celui-ci cesse d'en être chargé, il redissout peu à peu les sub- stances qu'd avait abandonnées lorsqu'il en était saturé, et les expulse ensuite au dehors avec la portion de liquide qu'il cède aux organes excréteurs. Ainsi, dans les cas d'empoisonnement par les préparations arsenicales , la substance toxique est absorbée et introduite dans le sang ; puis elle circule avec ce fluide dans toutes les parties du corps, mais elle s'arrête dans certaines parties, et se fixe plus particulièrement dans le tissu du foie et de quelques autres organes, où elle s'accumule de façon à être facile à découvrir par les procédés d'analyse dont la chimie moderne dispose (1). Mais lorsque les désordres (1) Ce dépôt de l'acide arsénieux dans la substance des divers tissus de l'organisme, lorsque cette matière mi- nérale se trouve dans le torrent de la circulation, a été très- bien établi par Orfila. Ce toxicologiste a constaté aussi que le poison ainsi emmagasiné est en- suite résorbé et expulsé de l'organisme parla sécrétion ui inaire; circonstance qui explique L'utilité des diurétiques dans les cas où de petites quantités d'arsenic ont été absorbées (o). Des faits du même ordre ont été fournis par l'étude de l'action lente des préparations antimoniales sur l'économie animale. Ainsi, en expéri- mentant sur des Chiens, M. Millon a vu qu'à la suite de l'administration quotidienne d'une certaine quantité de tartre émélique, pendant plusieurs jours, l'antimoine se retrouve en pro- portions à peu près égales dans toutes les parties de l'organisme ; mais lors- que les Animaux qui ont été empoi- sonnés de la sorte ne périssent pas et sont remis à leur régime ordinaire, ce métal disparait assez promptement du tissu musculaire et de quelques autres parties du corps, tandis qu'il séjourne fort longtemps dans le foie, dans le tissu adipeux et dans les os. Chez un Chien qui fut tué quatre mois après la résorption de l'émétique, on trouva des quantités considérables d'anti- (a) Orfila, Mémoires sntr l'empoisonnement (Mém. de l'Acad. demédecine, 1*40, t. VIII, p. 418). - Traité de toxicologie, 1852, t. 1, p. 453). ROLE DES ALIMENTS. lkl produits ainsi ne sont pas mortels, et que l'introduction de l'arsenic dans le sang ne continue pus, le métal déposé de la sorte est peu à peu repris par les fluides en circulation et éliminé de l'organisme par la sécrétion uriuaire. 11 en est de même pour le mercure et pour le plomb ; suivant qu'il en existe davantage dans le sang ou dans les tissus qui sont aptes à s'en emparer, le torrent irrigatoire en dépose ou en enlève à mesure qu'il traverse ceux-ci, et, lorsque les solides vivants ont été chargés d'une de ces substances toxiques, on peut en accélérer la résorption et l'expulsion au dehors en introduisant dans le sang certains médicaments qui rendent ce liquide plus apte à attaquer et à dissoudre les composés insolubles que ce métal avait formés dans la profondeur des organes : par exemple, en administrant de l'iodure de potassium 1). Il en résulte que par l'effet de la combustion physiologique d'une part, et du lavage irrigatoire d'autre part, toutes les sub- stances combustibles ou solublcs qui entrent dans la compo- moine dans le foie ei dans les os, niais les autres parties du corps n'en contenaient que # fort peu (a). M. A. F. Orfila a constaté qu'à la suilede l'introduction lente des sels so- lubles de plomb et de cuivre dans l'éco- nomie animale, ces métaux pouvaient séjourner dans le foie, les os, etc., pendant huit mois ou même davan- tage , mais que peu à peu ils sont résorbés et excrétés avec les urines, la sueur, etc. {b). (1) On doit à Al. Melsens des re- cherches intéressantes sur ce sujet. Les composés mercuriels insolubles , tels (pie ceux résultant de l'action du sublimé corrosif sur les matières albu- niinoïdes, se dissolvent dans l'iodure de potassium, et cette substance, in- troduite dans le torrent de la circula- tion, les déplace, puis les entraîne .m dehors par les voies urinaires. Cela ex- plique l'utilité de l'emploi de ce médi- cament dans les cas d'intoxication lente par le mercure. Des etïels analogues sont produits par l'iodure de potas- sium, lorsque l'organisme est chargé de matières contenant du plomb (c). (a) Hilton, Sur lu permanence de l'antimoine dans les organes vivants {Revue scientifique et industrielle, 1847, t. XXVI, p. 3(3). (b) A. F. Orfila, De l'élimination des poisons, thèse. Paris, 1852. (r) Melsens, Mémoire sur l'emploi de l'iodure de potassium pour combattre les affections saturnines et mercurielles \Ann. de chimie et de physique, 3' série, 1849, t. XXVI, p. 215). — Parkes, On the Elimination of Lead by lodide of potassium [British and Foreion tted Heview, 1853, p. 522). Diversité iks éléments chimiques dont l'introduction est nécessaire. M\& NUTRITION. sition du corps animal sont susceptibles d'être détruites ou enlevées, et que pour empocher ces pertes ou pour les réparer, l'être vivant a besoin d'introduire continuellement dans son organisme de nouvelles provisions de chacune de ces sub- stances, lors même que sa croissance est terminée, et que son poids doit rester stationnaire. Pour se nourrir, il lui faut donc non-seulement des matières organisées propres à la formation de ses tissus, et des aliments de la respiration, mais aussi toutes les substances inorganiques qui sont nécessaires à la constitution, soit de ses organes, soit de ses humeurs, et qui sont sans cesse entraînées au dehors avec l'eau dont les reins ou les autres glandes opèrent l'excrétion. Ainsi l'Animal adulte, de même que l'Animal en voie de développement, a besoin de trouver dans ses aliments, en cer- taines proportions, tous les éléments constitutifs des corps composés qui sont à leur tour les matériaux dont ses organes sont formés, et il faut que ces éléments lui soient fournis dans un état tel, qu'il puisse les utiliser, c'est-à-dire déjà combinés de façon à fournir les matériaux dont je viens de parler, ou des substances à l'aide desquelles il pourra les produire. Pour connaître les besoins nutritifs d'un Animal, il suffit donc de connaître ce qui compose son organisme et la quantité de chacun de ses matériaux constitutifs qu'il perd en un temps donné, soit par les voies respiratoires, soit par la sécrétion urinaire ou toute autre excrétion. § i\ . — Ainsi que chacun le sait, les corps que les chimistes appellent simples ou élémentaires, parce qu'on n'en peut ob- tenir que des molécules d'une même sorte, ne peuvent être ni détruits, ni créés, ni transformés par les forces dont l'Homme dispose, et, à cet égard, la puissance vitale n'est pas plus grande. Aucun élément chimique ne peut donc naître dans l'économie animale, et tous les corps simples qui s'y trouvent ont dû v arriver du dehors. Jadis quelques physiologistes pen- ROLE DES ALIMENTS. 1/|9 saient qu'il n'en était pas ainsi, et que certains éléments étaient créés dans l'intérieur de l'organisme; mais c'est là une erreur dont la réfutation serait aujourd'hui superflue, et il suffit de la signaler en termes précis pour en faire justice. 1! est vrai que dans quelques cas certains éléments n'arrivent dans le corps de quelques Animaux qu'en si petites quantités à la fois, que nos moyens d'analyse ne nous permettent pas d'en constater toujours la présence dans les aliments ou les boissons dont ces êtres font usage ; mais toutes les fois (pie l'origine des matières constitutives de l'organisation a été attentivement examinée, on a pu se convaincre de la généralité de la loi que je viens de rappeler. Pour dresser la liste complète des éléments qui entrent dans Analogie 1 .Je composition la composition de la substance constitutive de l'organisme, il des principaux 1 aliments. faut analyser le corps tout entier de l'Animal dont on s'oeeupe. Mais l'étude que nous avons déjà faite de la composition du sang peut nous suffire en ce moment, car ce liquide est en quelque sorte le fonds commun dont toutes les parties de l'économie tirent leur substance, et par conséquent il doit contenir tout ce (pie ces parties renferment. Je me bornerai donc à rappeler ici tpie ce fluide nourricier est formé par de l'eau tenant en disso- lution ou en suspension des matières minérales fort diverses, aussi bien que des matières organiques, parmi lesquelles il en est qui sont composées non-seulement d'azote, de carbone, d'hydrogène et d'oxygène, mais aussi de soufre et de phos- phore. Au nombre des substances inorganiques se trouvaient le chlorure de sodium, des sulfates et des phosphates de soude, de potasse, de chaux et de magnésie ; enfin des composés de silice, de fer, etc. Par conséquent, il faut que l'Homme et les Animaux trouvent dans leurs aliments non-seulement du car- bone, de l'azote, de l'hydrogène et de l'oxygène, mais aussi du soufre, du phosphore, du chlore, du sodium, du calcium, et tous les autres éléments que je viens d'énumérer. 150 NUTRITION. Du reste, sauf les proportions qui varient, les mêmes élé- ments essentiels se trouvent réunis dans le corps de tous les êtres vivants, que ceux-ci soient des Animaux ou des plantes; et par conséquent la substance des uns et des autres peut tou- jours être un aliment complet pour l'Animal qui a le pouvoir d'en absorber une quantité suffisante. Ainsi, le régime du Carnassier et celui de l'Herbivore diffèrent entre eux beaucoup moins qu'on ne serait porté à le croire au premier abord. La proie dont le premier se nourrit contient beaucoup de matières grasses associées à des matières azotées, et par conséquent fournit à celui-ci un mélange d'aliments respiratoires et plas- tiques, en môme temps que des phosphates terreux et les autres sels minéraux dont l'organisme a besoin (i). Dans le régime de l'Herbivore, la proportion des matières carbo-hvdrogénées est plus considérable ; mais dans presque tous les aliments végé- taux, tels que la Nature les fournit, il y a aussi des substances azotées, et si l'Animal est capable de digérer une quantité considérable de ces matières végétales, il y trouve en définitive tout l'azote dont il a besoin. Il est aussi à noter qu'en général les Animaux boivent en quantité plus ou inoins considérable de l'eau, qui tient en disso- (1) On doit à MM. Gilbert et Lawes des Animaux de boucherie, les pre- nne longue ^érie de recherches très- mières sont beaucoup plus abondantes, intéressantes sur la composition chi- Quand ces Animaux ont été engraissés mique de l'ensemble de l'organisme pour le marché, on trouve chez le des divers Animaux de boucherie Bœuf deux ou trois fois autant de employés en Angleterre, et sur celle graisse cpie de matières azolées sèches, des différentes parties de leur corps. Chez les Moulons, cette proportion Ils ont trouvé que la viande , telle s'élève ordinairement à h pour 1, et qu'on la mange ordinairement, con- atteint quelquefois 6 pour 1 (a). En tient plus de matières grasses que France, les Animaux de boucherie ne de substance azotée sèche, et que sont pas chargés d'autant de graisse dans le corps entier de la plupart qu'en Angleterre. (a) Lawcs and Gilbert, On the Composition of sorne of the Animais fed and sVanijhtered as humun food(Philos. Tram., 1850, y. 024). ÉVALUATION DES BESOINS. 151 lulion des sels calcaires et autres. Or, ces matières minérales concourent aussi à ["entretien du travail nutritif dont leur orga- nisme est le siège, et il est probable que si beaucoup d'Ani- maux marins périssent plus ou moins promptement dans l'eau douce, cela dépend souvent de ce qu'ils ne trouvent pas dans celle-ci, comme dans l'eau de la mer, toutes les substances minérales dont ils ont besoin pour la constitution de leur orga- nisme (1). Ainsi, en résumé, nous voyons que, pour l'alimentation normale des Animaux, il faut la réunion de trois sortes de sub- stances : des matières organiques plastiques (2), des matières organiques essentiellement combustibles, et des matières miné- rales, lesquelles se trouvent effectivement associées dans pres- 1) U me parait également très-pro- bable que l'inaptitude de certains ani- maux marins à vivre clans Peau douce, ou de certains Animaux d'eau douce à vivre dans l'eau salée, dépend des phénomènes osmotiques qui se pro- duisent lorsqu'ils changeai de milieu. Ainsi l'Animal qui habite les eaux de la mer doit, par un effet d'endosmose, se charger d'une quantité inaccoutu- mée d'eau, lorsqu'il vient à être plongé dans de l'eau qui n'est pas chargée de sel, et l'Animal d'eau douce qui subit le contact de l'eau de la mer doit au contraire céder à ce liquide une cer- taine quantité de l'eau dont les tissus situés près de la surface de son corps sont chargés. Il serait intéressant d'étudier à ce point de vue l'action des bains. L'insalubrité des eaux qui provien- nent de la fonte des neiges et qui n'ont pas coulé longtemps sur un sol chargé de sels calcaires, dépend en partie de leur trop grande pureté et de l'absence d'une proportion convenable de ma- dères calcaires en dissolution. (2) bien ne nous autorise à penser que les substances azotées non orga- niques puissent servir à la nutrition de la plupart des animaux , et se substituer aux matières albuminoïdcs dans les phénomènes bistogéniques. Je dois ajouter, cependant, que quel- ques chimistes pensent que les compo - ses ammoniacaux peuvent être utilisés dans l'intérieur de l'organisme. Ainsi, M. Kublmann, ayant remarqué que les Mollusques d'eau douce se multipliaient beaucoup dans les fossés d'une usine où arrivaient des eaux chargées de bicarbonate d'ammoniaque, entreprit quelques expériences sur l'emploi des sels ammoniacaux dans l'alimentation des Cochons. Il constata que ces Ani- maux peuvent en prendre sans incon- vénient des doses considérables mêlées à leurs aliments, et que, sous l'in- fluence de ce régime, leur urine devient plus alcaline et paraît plus chargée 15*2 NUTRITION. que toutes les substances alimentaires, (elles que la Nature les fournit. Modes d'apprécintio» § 12. — Il résulte également de l'ensemble des faits dont des besoins . . . , nuiritffe. je viens de rendre compte, que 1 utilisation des matières ali- mentaires dans la profondeur de l'organisme est corrélative de l'oxydation de ces mêmes matières ou de celles qu'elles rem- placent, et que, par conséquent, tout ce travail intérieur, que je désignerai d'une manière générale sous le nom de mutation nutritive, est subordonné à l'absorption et à la fixation de l'oxygène introduit dans l'économie animale par l'acte de la respiration. Il doit donc y avoir une relation directe entre la grandeur de la puissance respiratoire et l'intensité du mouve- ment nutritif. Par conséquent encore, nous pourrons juger de la valeur fonctionnelle de ce mouvement par la quantité d'air que l'Animal consomme (I). Les connaissances que nous avons acquises au commence- ment de ce Cours, touchant l'activité respiratoire des divers Animaux et du même Animal, quand il est placé dans des con- ditions différentes, peuvent ainsi nous aider dans l'appréciation des mutations nutritives. Mais les rceberebes relatives aux d'urée que dans les circonstances Lartrate d'ammoniaque est un aliment ordinaires (a), tout comme le serait de l'albumine ou Pour les Animalcules qui jouent le de la caséine (6). rôle de ferments, et qui vivent à la (l) Tout ce que je dis ici s'ap- manière des Végétaux, en réduisant plique aux Animaux ordinaires ; mais des matières oxydées, la faculté d'uti- les recherches récentes de M. Pasteur liser les composés ammoniacaux dans m'obligent à faire des réserves au le travail nutritif a été mise hors de sujet des êtres animés microscopiques doute par les expériences de AI. Pas- qui appartiennent à la catégorie des leur. Effectivement, ce savant a cou- ferments, et qui ne respirent pas de la staté que pour ces êtres singuliers, le même manière que les précédents (c). • (a) Kuhlmann, De l'influence des alcalis dans divers phénomènes naturels, el en particulier du, rôle que joue Y ammoniaque dans la nutrition des Animaux [Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1847, t. XXIV, p. 2i33). (b) Pasteur, Mémoire sur les corpuscules organisés qui existent d:,ns l'atmosphère (Afin, des sciences nul., 4" série, t8ôl , t. XVI, p. 05). (f) Voyez ci-dessus, pa^e 122. ÉVALUATION DES BESOINS. 153 quantités d'oxygène employées par les êtres animés sont peu nombreuses, et elles présentent des difficultés considérables. Ce sera donc principalement par l'examen de faits d'un autre ordre que nous chercherons à nous éclairer sur la marche des phénomènes de combustion ou de rénovation organique dont l'étude nous occupe en ce moment. En effet, pour évaluer les résultats de ces actions molécu- laires, il n'est pas indispensable de tenir compte de l'élément comburant ; il suffit de prendre en considération les combus- tibles physiologiques, et de connaître, soit la quantité de ces corps qui arrivent dans l'organisme, sans en augmenter le poids, soit la quantité des divers produits excrémentitiels qui s'échappent de l'économie animale, genre de détermination qui est en général facile. On appelle ration d'entretien, la quantité d'aliments qu'un Animal doit consommer pour subvenir d'une manière complète aux besoins de la mutation nutritive dont son organisme est le siège. Ce travail s'effectue alors sans perte ni gain apparent, et le poids du corps reste stalionnaire ou n'oscille qu'entre des limites très-étroites. Si l'alimentation est insuffisante, la com- bustion vitale est entretenue en partie au moins à l'aide de la substance propre de l'Animal, et alors le poids de son corps diminue proporlionnément aux pertes qu'il subit. Si , au contraire, sous l'influence d'un régime déterminé, le poids de son corps augmente, il en faut conclure que la quantité des matières étrangères introduites dans son organisme dépasse celle dont il peut opérer la destruction et l'élimination. Quand l'Ani- mal est encore jeune et en voie de développement, cet excédant est employé en totalité ou en partie à la formation de tissus nouveaux; mais lorsque l'Animal est adulte, les matières com- bustibles surabondantes s'accumulent dans diverses parties , principalement sous la forme de graisse, et constituent des réserves de substance nutritive. 11 en résulte qu'en tenant vin. il 154 NUTRITION. compte de la quantité d'aliments consommés par un Animal et du poids de son corps, on peut évaluer avec une précision suf- fisante le degré d'activité de la mutation nutritive qui s'opère dans son organisme , sans avoir égard, ni à l'oxygène qu'il absorbe, ni aux matières qu'il excrète. La même question peut être résolue par l'évaluation des diverses excrétions qui, étant les produits de la mutation nutri- tive, donnent aussi la mesure de ce phénomène. Enfin, on peut juger aussi de l'activité plus ou moins grande du travail nutritif par la déperdition totale (pie l'animal subit quand il ne reçoit du dehors aucun aliment et vit aux dépens de sa propre substance. circonstances § 13. — Du reste, quelle que soit la méthode d'investigation sTr'ie de S ré employée, on reconnaît facilement qu'il existe de grandes diffé- d U aC travaii renées dans l'activité avec laquelle les mutations nutritives s'effectuent non-seulement chez les divers Animaux, mais aussi chez les individus d'une même espèce, suivant l'âge, le sexe et une multitude d'autres circonstances. influence II est d'observation que, lorsque toutes choses sont égales poids du corps, d'ailleurs, le volume du corps influe beaucoup sur la quantité de matière organique consommée par un Animal. Chacun sait qu'un Homme grand a besoin de plus d'aliments qu'un individu de petite taille, et que la ration d'entretien d'un petit Cheval serait insuffisante pour un Cheval dont la taille serait élevée. Il est vrai que chez deux Animaux de même espèce ou d'espèces voisines, cette consommation n'est pas tout à fait proportion- nelle au poids de l'organisme, et que, comparativement à ce poids, elle est plus forte chez les petits individus que chez les grands ; mais il y a toujours, chez les Animaux dont l'activité vitale est à peu près la même, un rapport intime entre la quan- tité de matière vivante dont l'organisme se compose et la quan- tité de matière alimentaire ou organisée qui est employée à l'entretien du mouvement nutritif. 11 en résulte que chez les QUANTITÉ DES PRODUITS DE CE TRAVAIL. 155 individus de grande taille, la quantité de matières urinaires excré- tées journellement est aussi plus considérable que chez les indivi- dus de même espèce dont le poids du corps est moins élevé. Cela ressort nettement des observations faites sur l'Homme par plu- sieurs physiologistes. Ainsi, dans les recherches de M. Scherer, la quantité d'urée sécrétée en vingt-quatre heures s'est élevée à environ 13, 18, 27 et 30 grammes chez quatre individus dont le poids du corps était de 16, 22, 62 et 70 kilogrammes (1). (1) Voici les principaux laits con- quantité proportionnelle d'urée, cal- statés par M. Scherer sur les quatre culée pour une même unité du poids individus mentionnés ci-dessus. Dans du corps, savoir, 1 kilogramme : la dernière colonne, on a indiqué la AGE. POIDS. CHINE. IT.KE. MATIÈRES exlracliYW, etc. MATIÈRE inorganique. PROPOIIT. D'L'i Et pour 1 Km du poids du corps.* N» 1 (fille). . . N* 2 (garçon). N s 3 (homme). N* 4 (homme). Ans. 31/2 7 22 38 Kllofi . 10 22 62 70 Gnm. 755 1077 Si 56 1701 C,i MB. 12,98 18,29 27,008 29,824 Gram. 2,17 3,88 24,33 20,484 (jrjm. 10,98 10,23 23,627 20,919 Gram. 0,81 0,82 0,43 0,42 Des recherches analogues faites par M. [tomme! et par M. Bischoff ont donné des résultats semblables, sauf en ce qui concerne un vieillard, comme on peut le voir par le tableau suivant : EXPÉRIENCES DE M. ROMMEL. EXPERIENCES DE M. BISCHOI T. Age. Poids. Urée. Age. Poids .V N" V N* N- N' Ans. 1. 3 2. 4 3. 5 4. 18 5. 31 6. 65 Kilogr. 13,0 14,5 10,7 58 71 57 Urée. (iram. 13,57 15,59 18,22 30,52 39,28 19.17 Proportion d'urée pour 1 kilogr. Gram. 1,03 1,08 1,08 0.G2 0,51 0,33 N* .v N" .V N» An* 1. 3 2. 16 3. 18 4. 43 5. 45 Kl L'I 15 48 00 99 104 Gi -"ii. 11,27 19,80 20,19 25,32 37,70 Proportion d'urée pour 1 kilogr. Gi ani. 0,53 0,41 0,30 0,28 0,35 Je dois ajouter que les individus désignés ici sous le n" 3 dans les expé- riences de M. lUimniel, et sous les n 09 3 et h dans celles de M. Bischoff, étaient du sexe féminin (a). (a) Scherer, Vergleichcnde dtersuchungen der in 24 Stunden durch den Harn austretenden Stoffe [Verlumdlungm der Phys. Med. Gesellschaft m W&ntburg, 1852, t. III, p. 180). — Rummel, lieitrdge tu den vergl. Vntersuch. der in 2i Stunden durch den Harn ausge- ichicdenen Stoffe [Verhandl. der Phys. Med. Gesellsch. au Wûrxburg, 1854, t. V, p. 110). — Bischoff, Der Harnstoff als Maass des Stoffwechsels, 1853, p. 25 et suiv. 156 NUTRITION. Effectivement, toutes les particules do substance organisée dont l'économie animale se compose, semblent participer à ce travail métamorphique et concourir à la production des matières excrémentitielles, dont la quantité nous donne la mesure de la somme des actions partielles accomplies de la sorte ; mais de même que la mutation de la matière n'est pas également rapide dans tous les organes d'un même individu, le degré de puis- sance mutatoire dont les parties correspondantes sont douées chez les divers Animaux peut varier. Par conséquent, il peut y avoir, à poids égaux, de grandes différences dans la consom- mation physiologique. Ainsi nous avons vu, au commencement de cette Leçon, que tous les Animaux meurent lorsqu'ils ne reçoivent pas du dehors de nouvelles provisions de matières nutritives, et vivent aux dépens de leur propre substance jusqu'à ce qu'ils aient atteint un certain degré de dépérissement. La quantité de matière qu'ils peuvent perdre ainsi sans que la mort en résulte, parait être à peu près la même pour tous; mais il existe des différences énormes dans la durée du temps pendant lequel ils peuvent vivre ainsi sur eux-mêmes, et par conséquent dans la rapidité avec laquelle ils dépensent la matière qu'il leur est possible d'abandonner (1). Nous voyons, par exemple, dans les expé- riences de Chossat, que les Mammifères et les Oiseaux privés (1) Chossat conclut de ses expé- riences, que dans l'inanition, c'est-à- dire l'abstinence complète de tout ali- ment organique, la durée de la vie est égale à la perte intégrale proportion- nelle divisée par la perte diurne proportionnellement moyenne (a) ; mais il est évident que pour que la perte intégrale proportionnelle ait toujours la même valeur physiologique, il fau- drait que l'état initial de l'organisme fût toujours le même, quant à la ré- serve nutritive contenue dans le corps de l'Animal. Or, il existe à cet égard des différences très-considérables, et par conséquent la question est moins simple qu'on ne serait porté à le sup- poser au premier abord. (a) Chossat, Op. cit. (Mém. de l'Acad. des sciences , Sav. clrang., t. VIII, \\ 472). QUANTITÉ DES PRODUITS DE CE TRAVAIL. 157 d'aliments organiques, et ne recevant que de l'eau, n'ont résisté à l'inanition qu'environ dix jours, terme moyen, et ont perdu en moyenne &2 millièmes de leur poids chaque jour; tandis que les Grenouilles placées dans des conditions analogues ont vécu aux dépens de leur propre substance pendant neuf mois ; en moyenne, et quelquefois jusqu'à quatorze ou quinze mois, mais que la perte de poids subie par ces Animaux n'était en moyenne que d'environ 0,0015 de leur poids initial, c'est-à- dire environ un trentième de celle constatée chez les Verté- brés à sang chaud. Chossat a obtenu des résultats analogues en opérant sur des Reptiles et des Poissons ; en sorte qu'on peut poser en règle que la consommation de matière organique nécessaire à l'entretien de la vie est beaucoup plus considérable chez les Mammifères et les Oiseaux que chez les Vertébrés à sang froid. Je pourrais citer ici beaucoup d'autres fails propres à mon- trer l'inégalité qui existe entre les Animaux supérieurs et ceux dont l'activité vitale est moindre, quant à la grandeur des besoins nutritifs et à la faculté de vivre avec peu, inégalité qui implique des différences correspondantes dans le travail de mutation de la matière organique dont l'économie est le siège ; mais je me bornerai à faire remarquer que les résultats aux- quels nous arrivons de la sorte sont parfaitement conformes à ceux que nous a déjà fournis l'étude des phénomènes de la res- piration. En effet, nous avons vu que la quantité d'oxygène absorbée en un temps donné par les divers Animaux est loin d'être proportionnelle au poids de la matière vivante dont leur corps se compose, et varie beaucoup suivant le degré de puis- sance physiologique dont ils sont doués. Ainsi, nous avons vu qu'un Poisson, lors même qu'il est beaucoup plus gros qu'un Oiseau, peut vivre pendant plus d'une heure avec une quantité d'air qui serait insuffisante pour l'entretien de la respiration de 158 NUTRITION. l'Oiseau pendant une minute (1). Or, la quantité de l'élément comburant, dont les Animaux font usage, est nécessairement en rapport avec la quantité de matières combustibles qu'ils consument, et par conséquent les Animaux dont la respiration est la plus active sont aussi ceux qui effectuent avec le plus de rapidité la mutation nutritive dont tout corps vivant est le siège. En étudiant la respiration, nous avons vu aussi qu'il existe des rapports étroits entre l'activité de cette fonction et les diverses manifestations de la puissance vitale ; que plus les actions phy- siologiques sont grandes, plus la consommation d'oxygène est considérable, et que tout déploiement de force est accompagné de phénomènes de combustion organique. Nous pouvons donc prévoir qu'il doit en être de môme pour l'emploi des matières combustibles dont la transformation accompagne ou constitue le mouvement nutritif, et que par conséquent l'abondance des produits excrémentitiels fournis par l'organisme, ainsi que la quantité de matière alimentaire nécessaire pour contre-balancer ces pertes, sont subordonnées au degré de puissance physiolo- gique déployée par l'Animal. Voyons si l'expérience confirmera ce raisonnement. influence § 14- — On sait depuis l'antiquité que l'âge influe beaucoup de râge " sur la faculté de supporter l'abstinence ; que chez les jeunes Animaux le besoin de nourriture se fait sentir à de courts inter- valles, tandis que dans l'âge mûr, et surtout dans la vieillesse, le jeûne peut être soutenu pendant plus longtemps sans aucun inconvénient grave. Le tableau tragique que le Dante trace des souffrances d'Ugolin et de ses enfants est l'expression de ce qui doit arriver quand des personnes dont l'âge diffère beaucoup périssent d'inanition : c'est le plus jeune qui meurt d'abord, et le plus vieux qui résiste le plus. Or, cela ne dépend pas de ce (1) Voyez tome II, page 516 et suivantes. QUANTITÉ DES PRODUITS DE CE TRAVAIL. 159 que celui-ci peut supporter des pertes plus grandes que le pre- mier, mais de ce qu'en un temps donné il perd moins : les expériences de Chossat nous le démontrent. En évaluant com- parativement ces pertes par la diminution du poids du corps chez des Tourterelles dont les unes étaient jeunes, d'au 1res adultes, et d'autres encore plus avancées en âge, ce physiolo- giste trouva que la perle diurne proportionnelle était : de 81 millièmes chez les premières, de 59 millièmes chez les secondes, et de 35 millièmes seulement chez les dernières. Or les premières, c'est-à-dire les plus jeunes, sont mortes de faim au bout de trois jours ; les secondes ont vécu sans aliments pendant six jours, et les plus âgées ont résisté aux effets mortels de l'inanition pendant treize jours. 11 est vrai que dans ce cas la perle intégrale a été beaucoup plus forte chez les individus les plus âgés, mais cette cause de différence, dépendant peut- être de la proportion de graisse accumulée préalablement dans leur corps, ne suffirait pas pour rendre compte des différences observées; el l'inégalité dans la durée de la vie alimentée uni- quement par la substance de l'Animal dépendait évidemment en majeure partie de la grande inégalité que la balance a révélée dans la dépense physiologique (1). Nous savons, d'ailleurs, (1) Il est à regretter que l'âge des Tourterelles employées par Chossal n'ait pas pu être constaté directement et n'ait été évalué que par les diffé- rences dans leurs poids (a). Des faits du même ordre ont été constatés sur des Chiens par Magen- die. Ce physiologiste, en expérimen- tant sur des Animaux âgés de quatre jours, vit la mort arriver après qua- rante-huit heures d'abstinence, tandis que des individus âgés de plus de six ans résistèrent encore après plus de trente jours de diète absolue ; d'autres Chiens déjà grands, mais plus jeunes que ces derniers, ont vécu sept, dix, onze, quinze et vingt jours sans ali- ments {b). Des expériences analogues (a) Chossat, Op. cit., p. 4C0. (b) Magendie, Itapport fait à V Académie des sciences au nom de la Commission dite de la gélatine {Comptes rendus de l'Acad. des sciences, 1841, t. Mil, p. 255). 160 NUTRITION. que la combustion respiratoire est beaucoup plus active cbez l'enfant que chez l'adulte, et s'affaiblit considérablement chez le vieillard. Ainsi, nous avons vu que dans des conditions ana- logues un enfant a consommé par jour une quantité de carbone correspondant à 6 grammes pour chaque kilogramme du poids intégral de son corps, tandis que chez un adulte cette consom- mation diurne n'était, proportionnellement au poids total de l'organisme, que de 3 grammes (1). La grande diminution dans le travail de mutation nutritive qui nous est démontrée par ces faits ressort également de l'étude des produits de la sécrétion urinaire. Ainsi, M. Leeanu a trouvé que la quantité moyenne d'urée excrétée en vingt- quatre heures était d'environ 28 grammes pour les Hommes adultes de vingt à quarante ans, et d'environ 13 grammes pour des garçons de huit ans ; or le poids du corps augmente beau- coup plus que dans le rapport de 1 à 2 a dater de ce dernier âge. Enfin, le même chimiste a vu que la sécrétion diurne de l'urée n'était plus que d'environ 8 grammes chez des vieillards ; elle était par conséquent de beaucoup inférieure à ce qu'il avait constaté chez les enfants de huit ans, malgré la différence en sens inverse qui devait exister dans le poids total du corps ('2). ont été constatées par Collard de Mar- tigny dans ses expériences sur les effets de l'abstinence chez les Lapins adultes et jeunes (a). (1) Voyez tome II, page 56/j. (2) 11 est à regretter que dans ses recherches sur la sécrétion journa- lière de l'urine, M. Leçanu n'ait tenu un compte exact ni du poids des indi- vidus soumis à ses expériences, ni de la quantité d'aliments qu'ils rece- vaient. Je dois ajouter que le dosage de l'urée contenue dans l'urine d'en- fants de trois ou quatre ans n'a pas donné des résultats en accord avec la marche générale des phénomènes in- diqués ci-dessus ; car la quantité abso- lue de ce produit excrémenlitiel n'était pas égale au tiers de celle fournie par les urines d'enfants de huit ans, et la différence dans le poids du corps est loin d'être dans la même proportion (b) . (a) Collard de Marligny, Recherches expérimentales sur les effets de l'abstinence complète (Journal de physiologie de Magendie, 1828, t. VIII, p. 103). (b) Leeanu, Nouvelles recherches sur l'urine humaine (Ann. des sciences nat., 2" série, 1830, t. XII, p. 10G). QUANTITÉ DES PRODUITS DE CE TRAVAIL. 161 Ces vues sont pleinement confirmées par les résultais obtenus plus récemment à l'aide d'expériences dans lesquelles les pro- portions entre le poids total de l'organisme et le rendement journalier de l'appareil urinaire ont été déterminées directe- ment. Ainsi, dans les recherches de M. Scherer, la quantité d'urée excrétée en vingt-quatre heures élait de sr ,81 par kilogramme chez un jeune garçon de sept ans, et de 8r ,ft2 chez un adulte de trente-huit ans. Dans une série d'expériences analogues faites par M. Rummel, la décroissance des produits urinaires à mesure que l'Homme avance en âge était encore plus marquée. Ainsi, il y avait par kilogramme : Grara. 1,08 chez un garçon de huit ans; 0,62 chez un jeune homme de dix-huit ans; 0,51 chez un homme de trente et un ans; 0,33 chez un vieillard de soixante-cinq ans. Des différences du même ordre ont été constatées par M. Bischoff (1). §15. — La consommation dos matières organiques dépen- dant du mouvement nutritif diffère aussi suivant les sexes, et elle llL1 sexe est beaucoup plus grande chez l'Homme que chez la Femme. Nous avons déjà vu qu'à poids égal, le corps fournit beaucoup plus d'acide carbonique chez les petites filles que chez les gar- çons, et qu'à l'âge adulte, l'inégalité est encore très-grande, quoique modifiée par diverses circonstances dépendantes des fonctions de reproduction (2). La quantité des produits de la combustion physiologique qui s'échappent de l'organisme par les voies urinaires est également beaucoup moins considérable chez la Femme que chez l'Homme (3). (1) Voy. ci-dessus page 155, note. M. Lecanu, la quantité d'urée excré- (2) Voyez tome II. page 565. tée en vingt-quatre heures était, en (3) Ainsi , dans les expériences de moyenne, de 28 grammes pour les Influence Influence du volume du corps. Influence de l'activité musculaire. 162 NUTRITION. § 16. — Cependant, ainsi que je l'ai déjà dit, quand toutes choses sont égales d'ailleurs, l'activité vitale est en général plus grande chez les petits Animaux que chez ceux dont le corps est plus volumineux, et, pour un môme poids de matière vivante, les premiers consomment plus d'oxygène et brûlent plus de carbone que les seconds. Cette inégalité entraîne avec elle des différences correspondantes dans la proportion des produits excrémentitiels éliminés de l'organisme, et dans celle des matières alimentaires nécessaires pour constituer la ration d'entretien. En étudiant les phénomènes de la respiration, nous en avons déjà eu des preuves (1), et lorsque nous nous occu- perons de l'engraissement de nos Animaux de boucherie, j'aurai à signaler d'autres faits du même ordre qui sont non moins significatifs (2). § 17. — Dans une précédente Leçon, nous avons vu que le développement de la force musculaire est accompagné d'une Hommes adultes , et seulement de 19 grammes pour les Femmes (a). Nous avons vu ci-dessus que les re- cherches de M. Bischoff mettent encore mieux celte différence en lumière. Ainsi, dans le tableau qui représente les résultats obtenus par ce physiologiste, on trouve que pour 1 kilogramme du poids total du corps il y avait journel- lement : G r.iin. 0,35 d'urce chez un homme de quaranle- cinq ans ; 0,28 d'urée chez une femme de quarante- trois ans (6). M. Beigel a trouvé, pour 1 kilo- gramme du poids total, entre 0&',Z|/i et 0^,51 chez l'Homme, et seulement de 0& r ,39 à 0s r ,_'i7 chez la Femme. La moyenne était pour l'Homme 0*',Z|6, et pour la Femme 0' r ,ft2 (c). (1) Voyez tome II, page 515. (2) En général, les Animaux de petite taille supportent l'abstinence moins bien que les grands. Ainsi Redi, qui lit beaucoup d'expériences sur les effets de la faim, estima que les Rats ne peuvent vivre plus de trois jours sans aliments, tandis que les Chiens qu'il soumettait à une diète absolue, ne mouraient de faim que vers le trente-quatrième ou même le trente- sixième jour (cl). (a) Lecanu, Op. cit. (Ann. des sciences nat., 2 e série, t. XII, p. 106). (b) Bischoff, Der Harnstoff als Maass des Stofl'wechsels, p. 25. (c) Beigel, Op. cit. (Nova ActaAcad. nat. curios., 4 855, t. XVII, p. 500 et 501). (d) Redi, De Animalculis vins quœ in corporibus Animalium vivorum reperiuntur observa- liones (Opvsevlorum pars lertia, p. 1838, édit. de Coste, 1729). QUANTITÉ DES PRODUITS DE CE TRAVAIL. 163 augmentation de la combustion respiratoire. En effet , nous avons trouvé que chez les Insectes la quantité d'acide carbo- nique exhalé, quand l'Animal fait des mouvements violents, est dans certains cas vingt-sept fois plus considérable que dans l'état de repos ; et que chez l'Homme, la différence, quoique beaucoup moins grande, est encore très-notable : car, dans les expériences de Séguin, un Homme au repos n'a con- sommé que 300 pouces cubes d'oxygène, tandis que dans le même espace de temps il en employait 800 pouces cubes, lorsqu'il faisait des efforts musculaires intenses (i). Tout récemment, de nouvelles recherches ont été faites sur ce sujet par M. Smith, et elles mettent encore mieux en évidence l'influence de l'action musculaire sur la combustion respira- toire. En effet, ce physiologiste estime qu'en vingt -quatre heures la quantité d'acide carbonique qu'il exhalait par les pou- mons était, en movenne : 28,8 onces (ou environ 815 grammes) pendant un repos complet; 33,43 (ou 948 grammes) quand il marchait et agissait de la manière ordinaire ; 45,7 (ou 1293 grammes) quand il effectuait un travail musculaire considé- rable (2). Le rendement de la sécrétion urinaire est également aug- (1) Voyez tome H, page 531. carbonique exhalée par minute riait (2) Les recherches de \1. E. Smitli de 18,1 grains (ou 1«MG) quand il furent faites à l'aide d'un appareil marchait à raison de 2 milles par qui, sans gêner la respiration, per- heure , et s'élevait à 25,83 grains mettait de recueillir et de doser la quand a accélérait le pas de façon quantité totale de vapeur d'eau et à faire 3 milles (ou près de 3 kilo- d'acide carbonique, qui s'échappaient mètres) par heure; puis, quand il des poumons, ainsi que d'évaluer le était assis, la quantité du même gaz volume de l'air qui passait dans ces était d'environ 10 grains (0^,65); organes. enfin, lorsque étant couché, il était Dans une de ses expériences faites S(ni s l'influence du sommeil, la quan- sur un Homme qui pesait 86 k ,8, et tité correspondante tombait au-des- qui portait un appareil spirométrique sous de 5 grains ou gr )32 (a) . pesant 3\400 , la quantité d'acide (a) E. Smith, Expérimental Inquiries into Ihe Chemical and other Phenomena of Respiration (Philos. Trans., 1859, p. 693). iGli NUTRITION. monté par l'exercice musculaire. Ainsi, dans des expériences faites par M. Beigel, un Homme bien nourri, qui, en vingt- quatre heures n'excrétait que /i6 grammes d'urée quand il était au repos, en fournissait 52 sr ,32 lorsqu'il faisait beaucoup d'exercice (1). 11 paraîtrait aussi que ce genre d'activité phy- siologique tend à augmenter la puissance comburante de l'or- ganisme, et à rendre plus complète l'oxydation des matières brûlées dans le travail nutritif; car M. Hammond a trouvé que, sous l'influence de l'exercice musculaire, la proportion d'acide urique diminue dans l'urine, tandis que celle de l'urée aug- mente (2). (1) Lorsque la nourriture était in- suffisante, la différence déterminée par l'état de repos on d'activité muscu- laire n'était que dans le rapport de 31 à 33 (a). Dans des expériences comparatives faites sur des Chiens qui recevaient la même ration, mais qui étaient tantôt au repos, d'autres fois astreints à un travail musculaire fatigant, M. Voit a vu la quantité d'urée différer dans la proportion de 109* r ,8 à l\l\« r ,i, et même 117^,2 (6). (2) Voici les résultats obtenus par ce physiologiste en expérimentant sur le même individu : POIDS DE L'URÉE. POIDS DE L'ACIDE UniQUE. 487 grains. 082 804,9 24,8 13,7 8,2 Se livrant à un travail musculaire modéré. . Le même auteur a vu apparaître de l'urée dans l'urine d'un Boa qui était dans un état d'excitation, tandis que dans les circonstances ordinaires ce produit n'en contenait pas (c). M. Bergholz a constaté que l'acti- vité musculaire des membres infé- rieurs est accompagnée d'une augmen- tation plus grande dans la production des matières urinaires que ne le sont les mouvements exécutés par les mem- bres thoraciques (d) ; et cette différence (a) Beigel, Op. cit. (Nova Acta Acad. nat. curios., 1855, t. XVII). {b) Voit, Untcrsuchungen iiber den Einfluss des Kochsahcs, des Koffees und der Muskelbeive- gunyen au f den Stofwechsel. Munich, 18G0. (c) Hammond, On the lielations existing betiueen Urea and Uric Acid (The American Journal of Médical Science, 1855, t. XXIX, p. 119). (d) Bergholz, Ueber die Harnmenge bei Keivegung der unteren und oberen Extremitàten (Archiv fur Anat. und Physiol., 1801, p. 131). QUANTITÉ DES PRODUITS DE CE TRAVAIL. 165 D'après les faits que nous venons de passer en revue, nous conséquences , . ' • i î relatives pouvons prévoir que lorsqu ou veut appliquer spécialement la ;. l'engraisse- , , . vii ment. matière alimentaire au développement des tissus et a I accumu- lation de la graisse, il faut éviter tout déploiement de force mus- culaire, et, autant que cela est compatible avec l'entretien de la santé, maintenir l'organisme dans un état de repos profond, car la matière combustible qui serait détruite pour produire le mouvement serait perdue pour l'objet que l'on se pro- pose. La pratique a depuis longtemps conduit les agronomes à reconnaître cette règle de zootechnie , et lorsqu'ils veulent déterminer une obésité rapide, ils condamnent à une inaction aussi complète que possible les sujets sur lesquels ils opèrent. § 18. — Le régime exerce une influence plus grande sur la influence quantité des matières excrementitielles expulsées de 1 organisme par les voies urinaires. Chossat publia en 1825 une longue série d'expériences intéressantes sur ce sujet, mais il ne détermina pas directement le poids des divers produits de la sécrétion rénale, et c'est dans ces dernières années seulement que des recherches à ce sujet ont été faites avec toute la précision dési- rable. Néanmoins les expériences de Chossat montrent claire- ment que la quantité de ces substances urinaires croit avec la quantité des aliments, quand ceux-ci restent les mêmes, et qu'à poids égaux d'aliments, elle augmente à mesure que le régime devient plus riche en matières azotées (1). Plus récemment pourrait bien dépendre d'une certaine gène que la contraction des muscles moteurs du bras détermine dans le jeu de l'appareil respiratoire. (I) Dans une première série d'expé- riences qui dura dix jours, la nourri- ture consista principalement en pain, et le poids total des aliments était en moyenne de 39 onces par jour. La moyenne diurne des matières urinaires était représentée par 390 grains. Dans une seconde série d'expé- riences les aliments étaient les mêmes, mais leur poids était de 60 onces par jour, et la moyenne diurne de l'excré- tion urinairc s'éleva à 500 grains. Sous l'influence d'un régime végéto- albumineux, la sécrétion urinairc était représentée par 339 grains quand la quantité des aliments était de '25 ou 23 onces par jour, et par 513 à 563 quand la même ration pesait 30 onces. 166 NUTRITION. M. Lehmann, chimiste distingué de l'Allemagne, dont j'ai sou- vent à citer les travaux, lit sur lui-même une série d'expériences dont les résultats sont encore plus significatifs, comme on peut s'en convaincre en jetant les yeux sur le tableau suivant, où se trouvent réunies les moyennes obtenues par l'analyse des urines évacuées en vingt-quatre heures, sous l'influence de divers régimes (1) : RÉGIME. TOTAL des MATIÈRES FIXES. URÉE. ACIDE URIQUE. MATIÈRES EXTRACTIVES ET SELS. Aliments végétaux. . Aliments mixtes. . . Régime animal . . . Gram. 41,63 59,2/i 67,82 87,/iZi Gram. 15,408 22,481 32,496 53,198 Gram. 0,735 1,021 J,183 1,478 Gram. 17,139 19,312 12,746 7,314 M. Beigel a profité d'un mode de traitement adopté dans Enfin, lorsque le régime était essen- aliments, Chossat trouva que pour un tiellement animal , les produits uri- même poids d'aliments secs, la sécré- naires s'élevèrent dans la proportion tion urinaire était représentée par : de 339 à 534, quand le poids des ali- r . . • 1 n-} - on ™„«o ™->.. 16 à 19 crains avec le régime panaire, ments lut porte de 23 a 30 onces par , , . „ "à grains avec le régime albumincux. jour. Pour un même poids de matières La différence était donc à peu près alimentaires (1 once), la quantité de ma- ( i ans ] e rapport de 1 à 4- tière urinaire, évaluée comme dans les j c dois ajouter que le facteur va- expériences précédentes, varia dans riable dont Chossat se sert pour éva- les proportions suivantes : hier la sécrétion urinaire est le produit Gr.m. d e l a multiplication du volume de Régime panaire 9,9 l'urine par la pesanteur spécifique de Régime -végéto-albumineux. . . 10,7 ce liquide , et que, pour arriver à la Régime albumineux 13,6 connaissance de la quantité de ma- Régimevégéio-fibiineux. . . . 14,2 ^.^ ^.^ excrétée&j g admet que Régime fibrine» H,3 ^ ^^ ^ ^ ^^ par un Enfin, en tenant compte de la quan- facteur constant 3 (a), tité d'eau contenue dans ces divers (1) Les aliments non azotés compo- (a) Chossat, Uém. sur l'analyse des fonctions nrinaires {Journal de physiologie de Magendie, 1 825, t. V, p. 65). QUANTITÉ DES PRODUITS DE CE TRAVAIL. 167 quelques hôpitaux de l'Allemagne, et appelé hungerkur, pour faire des observations sur la quantité de matières urinaires sécrétées journellement par l'Homme, sous l'influence d'un régime extrêmement sévère ; et en comparant les résultats ainsi obtenus avec ceux fournis par un individu dont l'alimentation était abondante et très riche en matières animales, il a vu que la quantité d'urée était en moyenne de 18 à 23 grammes dans le premier cas, et qu'elle s'élevait de /i6 à 52 grammes dans le second cas (1). sant la ration dans la première série d'expériences étaient de la graisse, de l'amidon et du sucre. Les aliments vé- gétaux composaient la seconde espèce de ration. M. Ilaugbton (de Dublin) a fait éga- lement un certain nombre d'expé- riences relatives à l'influence du ré- gime sur la quantité d'urée excrétée en vingt-quatre beurcs. Les principaux résultats qu'il a obtenus sont résumés dans les tableaux suivants (a) : POIDS QUANTITÉ QUANTITÉ ACIDE ACIUC ACE DES INDIVIDUS. des corps. d'urine. d urée. liriqne. phospborique. Régime anin al. Ans. Livres. Onces. Grains. Grains. G r.ï [i - . N» 4. . . ... 37 120 34 465,00 1,02 47,14 N« 2. . . . . . 35 120 69 677,25 11,88 43,28 V 3. . . . . . 18 120 52 644,69 1,04 40,78 V 4. . . ... 30 174 50 554,10 7,40 38,10 N' 5. . . ... 40 189 45 030,00 5,20 23,7 2 V 6 ... 40 145 41 484,30 0,71 29,43 Régime végétal. N* 1. . . ... 03 173 70 307,50 0,50 30,00 03 132 81 578,81 0,71 32,47 N' 3. . . . . . 31 140 45 315,00 1,60 (b) 22,78 00 14'! 56 366,12 2,48 27,54 N* 5. . . , 31 14G 43 342,55 2,03 (b) 20,70 (1) Le hungerkur, ou traitement par la faim, est quelquefois employé dans les cas d'affections syphilitiques ; le malade ne reçoit qu'un quart de ration, composé de soupe, de pain et de tisane sudorifique (c). (a) S. Haui,'hton, On the Natural Contents of the Healthy Urine of Man (The Dublin quar- terhj Journal of Médical Science, 1850, t. XXVIII, p. 5 et 6). (b) Dans ces deux cas l'acide urique élait mêlé à de l'acide hippurique. (c) Beigel, Op. cit. (Nova Acta Acad. mt> curios., 1855, t. XVII, p. 527). 168 NUTRITION. Je pourrais citer également ici des recherches semblables à celles de M. Lehmann, qui ont été faites par plusieurs physiolo- gistes, et qui ont fourni des résultats analogues ; mais je préfère passer tout de suite à l'examen des faits obtenus par l'expéri- mentation sur les Animaux, car, dans ce cas, on peut intro- duire des différences plus grandes dans le régime et le mieux réglementer. On doit à MM. Bidder et Sehmidt un travail très- remarquable sur ce sujet. Ces physiologistes ont opéré sur un Chat (1), et ils ont évalué de la manière suivante, pour vingt* quatre heures, les principaux produits dont l'excrétion peut être considérée comme donnant la mesure des transmutations, de matière dont l'organisme est le siège dans diverses condi- tions de régime. PRIVATION d'iilimenls solides ; eau à discrétion. nourriture ordinaire sans eau. NOURRITURE ordinaire avec eau. ALIMENTATION la plus abondante possible, et eau à discrétion. Excrétion pulmonaire. Acide carbonique . Eau 16,30 15,00 21,32 17,08 Excrétion urinaire et fécale. Eau Urée Substances inorganiques. Soufre Acide pliospborique . . . 55,47 1,237 0,225 0,041 0,071 23,49 3,050 0,461 0,090 0,178 20,32 15,36 50,59 2,958 0,441 0.086 34,88 14,70 67,72 5,152 0,760 0,140 •? L'accroissement de la combustion physiologique dépendante (1) Dans ces expériences, l'Animal de régime, qui furent maintenues pen- fut placé, autant que possible, dans les dant plusieurs semaines consécu- mèmes conditions, sauf les différences tives (a). (a) Bidder et Sehmidt, Die Ycrdauungssaflc und der SI offwechsel, 1852, n. 345, RATION D'ENTRETIEN DE L'HOMME. 169 de l'introduction d'aliments dans l'économie animale est éga- lement indiquée par les différences que l'on observe dans les quantités d'acide carbonique exhalées en un temps donné. Je ne reviendrai pas ici sur les preuves que j'en ai déjà fournies dans une des premières Leçons de ce cours (l), et je me bornerai à ajouter que dans les expériences récentes sur la respiration de l'homme, par M. Smith, des faits du même ordre ont été constatés (2). § 19. — En résumé, nous voyons que les matières exeré- Résumé. mentilielles provenant, soit de la décomposition des matériaux constitutifs de l'organisme, soit des substances alimentaires ou des composés auxquels celles-ci donnent naissance par leur association à l'oxygène que la respiration introduit dans le fluide nourricier, s'échappent de l'économie animale, sous diverses formes, par trois voies principales : la surface respiratoire, l'appareil urinaire et l'intestin; que les pertes effectuées de la sorte varient suivant les espèces, les individus et les condi- tions biologiques dans lesquelles ceux-ci se trouvent, mais qu'on peut établir en principe général que toujours elles sont dans un certain rapport avec le degré d'activité vitale déployé par l'Animal. Enfin, que tout être vivant, pour rester dans son état normal, doit s'approprier chacun des éléments chimiques dont son corps se compose en quantités égales à celles de ces mêmes matières qu'il expulse de son organisme. Pour connaître quels sont les besoins nutritifs de l'Homme Évaluation i -, t • 1 , . i ''es l'esoins ou aun Animal quelconque dont la croissance est terminée et de rHomme. (1) Voyez lome IF, page 539. ['!) M. Smith, en expérimentant sur lui-même, fut conduit à évaluer en moyenne à 33,97 onces la quantité d'acide carbonique exhalée sous l'in- fluence d'un régime ordinaire, et à 21,7/i cette même quantité pendant une abstinence presque complète pro- longée pendant plus de vingt-quatre heures (a). (a) Smith, Un Uic Chemical and other l'henomena of Respiration (Philos. Traus , 185a. p. 003 ut U'JUj. VI11. 12 Dépense nutritive. 170 NUTRITION. dont le poids resle stationnaire, il surfit donc de connaître sa dépense physiologique, c'est-à-dire la quantité de chacun de ses cléments constitutifs qu'il perd en vingt-quatre heures, et de connaître la forme sous laquelle ces mêmes éléments doivent se trouver associés dans sa ration quotidienne pour qu'il puisse les utiliser. Or, nous avons vu dans les précédentes Leçons que celte dépense physiologique consiste principalement en carbone et en azote. Nous avons constaté aussi qu'en général, chez un Homme de taille ordinaire, l'exhalation pulmonaire verse journellement dans l'atmosphère environ 700 grammes d'acide carbonique, quantité qui contient 207 grammes de carbone (1). D'autre part, on sait qu'en France la taille de l'Homme est en général peu élevée, et que le poids moyen de son corps peut être estimé à environ 6^ kilogrammes. Par conséquent, il perd de la sorte, en vingt-quatre heures, à peu près ■—— de son poids, ou, en d'autres mots, pour chaque kilogramme de son poids physiologique, il emploie environ 3 6 %25 de carbone pour alimenter le travail excrétoire dont ses poumons sont le siège. Mais pour un Homme de grande taille, celte consom- mation de carbone serait plus considérable, et elle s'élèverait aussi si l'individu faisait un grand déploiement de force mus- culaire (2). (i) Voyez iome II, page 506 et sui- vantes. (2) Celte évaluation, qu'on ne doit considérer que comme une approxi- mation, concorde très-bien avec les résultats fournis par les recherches récentes de M. Smith. Ce physiolo- giste a trouvé que les quatre Hommes sur lesquels i! expérimenta devaient exhaler par les pouvons, en vingt- quatre heures, terme moyen, 7,1/ii onces, ou 203 grammes de carbone, à l'état de repos, et 8,63 onces, c'est-à- dire 245 grammes, quand ils se li- vraient à un exercice modéré ; enfin 11,7 onces, ou 331 grammes, quand le travail musculaire était très-considé- rable. On peut donc considérer l'exha- lation de 2/j5 grammes de carbone par jour, comme représentant l'état nor- mal de ces individus ; et si l'on tient compte du poids du corps de ces per- sonnes, on voit que, pour une même quantité de matière vivante, la combus- RATION DENTUETIEN DE l'hOMME. 171 En établissant ce compte des dépenses de l'organisme, nous ne devons pas oublier que l'appareil respiratoire n'est pas la seule voie par laquelle le carbone est expulsé de l'économie, et qu'il s'en trouve aussi dans les urines, ainsi que dans les pro- duits sécrétés par l'appareil digestif, et évacués avec le résidu fécal laissé par les aliments. Or, nous savons que, terme moyen, l'Homme excrète, en vingt-quatre heures, environ 28 grammes d'urée (1), et que l'urée, dont la composition est représentée par la formule C*H*Az 3 2 , contient l/5 e de son poids de carbone. L'organisme dépense donc journellement, sous la forme d'urée, environ 5 gr ,6 de ce dernier élément, et si l'on tient compte du carbone contenu dans les autres produits organiques sécrétés par les reins, matière dont le poids s'élève à environ 2 grammes par jour, et dont la composition ne s'éloigne que peu de celle de l'urée, on arrivera à un total d'environ G grammes, comme représentant les pertes en carbone attribuantes à l'excrétion urina ire. La quantité de matières organiques provenant de la bile, des sucs intestinaux, et des autres produits que l'organisme verse dans le tube digestif et évacue sous la forme de fèces, est peu considérable ; clic ne s'élève pas à plus de 25 ou 30 gram- mes (2), et ne renferme qu'environ 15 grammes de carbone. Par conséquent, en faisant la somme de la dépense physiolo- gique, on trouve que la quantité de carbone excrétée journel- lement est en moyenne d'environ 230 grammes (3). lion physiologique ne devait être que giques ordinaires, ces individus exha- la différente de ce qui a été admis ci- laienl donc par kilogramme du poids dessus. En clTet, les Hommes en ques- du corps 3s r ,i de carbone (a). lion étaient de grande taille, et le poids (1) Voyez tome VII, page 514. moyen de leur corps s'élevait à 72 ki- (2) Voyez tome VII, page 158, note. logrammes; dans les conditions biolo- (o) Ces évaluations se rapprochent {a) Smiil), On the Chemical and other Phenomena of Respiration {Philos. Trans., lBô'3, p. 003). 172 NUTRITION. La déperdition d'azote, comme je l'ai déjà dit, n lieu princi- palement par les voies urinaires. Pour 1 gramme de carbone, l'urée contient 2 sr ,33 de cet élément, et par conséquent les 28 grammes d'urée excrétés journellement emportent de l'organisme environ 17 sr ,S d'azote, quantité qu'il faut élever à environ 19 grammes, si l'on veut y comprendre l'azote des autres matières urinaires. Les évacuations alvines entraînent au dehors environ 2 grammes d'azote par jour (1), et par conséquent la dépense totale de l'organisme peut être évaluée à environ 21 grammes d'azote en vingt-quatre heures. D'après ces données, nous pouvons prévoir que, dans les circonstances ordinaires, l'Homme doit trouver dans sa ration quotidienne au moins 230 grammes de carbone et 21 grammes d'azote assimilables-, que si ses aliments ne lui fournissent pas sous une forme utilisable ce poids d'azote et de carbone, il vivra en partie aux dépens de sa propre substance, et le poids de son corps diminuera proportionnément au déficit nutritif. Si, au contraire, sa ration contient une quantité plus grande de ces mêmes éléments, le surplus sera exerétç sous la forme de fèces, ou bien sera consommé physiologiquement, et détermi- nera, soit un accroissement dans l'activité de la combustion nutritive et une augmentation proportionnelle dans les produits excrétés par les voies respiratoires et urinaires, soit une accu- mulation de graisse ou d'autres matières organiques dans l'in- beaucoup des résultats obtenus par Dans une seconde série d'expé- M. Barrai dans une série d'expériences riences faites pendant l'été, le poids faites sur lui-même pendant l'hiver. des fèces, au lieu d'être en moyenne L'analyse des fèces donna par jour : de 29 grammes par jour, s'est trouvé Carbone 15,3 réduit à 17 grammes, et par consé- ~ or- quent ces matières m renfermaient Hydrogène ~,o ' A * ote ... 28 qu'environ 9 grammes de carbone (a). Oxygène 8,8 (1) Voyez tome Vil, page 586. (a) Darrul, Statique chimique des Animaux, p. 218 et suiv. RATION D'ENTRETIEN DE L'HOMME. 173 térieur de l'économie, et une augmentation correspondante du poids du corps. <* 20. — Les résultats fournis par la pratique et par l'expé- J( Ration rience sont en parfait accord avec les déductions théoriques que de l'Homme, je viens de présenter; mais, pour en bien apprécier la portée, il faut tenir compte des circonstances biologiques qui influent le plus sur l'activité du travail nutritif, et par conséquent aussi sur retendue des besoins. Or, parmi ces circonstances, il faut ranger en première ligne la quantité de travail musculaire effectuée par les Hommes dont on étudie le mode d'alimenta- tion, leur taille et leur âge. Des recherches expérimentales très-intéressantes ont été faites, il y a quelques années, par M. Barrai, sur la composi- tion chimique de la ration alimentaire d'un Homme adulte dont le genre de vie n'entraînait aucune dépense considérable de force musculaire. Dans une série d'observations, les aliments consommés chaque jour contenaient en moyenne environ : 121 grammes d'azote, 2G^' r ,8 de carbone. Dans une seconde série d'observations, M. Barrai trouva : 27G r ,9 d'azote, 3GG grammes de carbone. La moyenne générale donna pour la consommation ordi- naire : 2^,1 d'azote, 31 h grammes de carbone. Enfin, la comparaison de ces quantités avec le poids du corps montra que pour chaque kilogramme de ce poids l'orga- nisme avait reçu journellement, sous la forme d'aliments : hh centigrammes d'azote et 5 gr ,9 de carbone. 17/l NUTRITION. Ces résultats, comme on le voit, ne s'éloignent que très-peu des évaluations que la théorie nous avait conduit à adopter, savoir , pour la ration d'entretien d'un Homme , terme moyen : 21 grammes d'azote et 230 grammes de carbone (1). Un accord non moins remarquable existe entre ces évalua- tions et les données statistiques fournies par une enquête admi- nistrative faite, il y a dix ans, en Ecosse, sur le régime des prisonniers. 11 s'agissait de constater si la ration des détenus, dans des conditions de la plus stricte économie, était ou non suffisante pour subvenir aux besoins physiologiques ; et afin de (1) Dans ses recherches sur la sta- tique chimique du corps humain , M. Barrai détermina le poids et la com- position élémentaire des diverses ma- tières alimentaires dont les personnes soumises à ses investigations firent usage ; chaque série d'expériences dura cinq jours, et les résultats obte- nus servirent de terme de comparaison pour l'étude des matières excrétées de l'organisme. La première série d'expé- riences, portant sur un homme âgé de vingt-neuf ans et pesant Zi7 k ,7, fut faite en hiver ; la seconde, faite sur la même personne, eut lieu en été ; la troisième porta sur un Homme âgé de cinquante-neuf ans et pesant 58 k ,7 ; enfin la quatrième fut pratiquée sur une femme âgée de trente-deux ans et pesant 62 kilogr. Pour le moment, je laisse de côté une autre série d'ex- périences faites sur un enfant. Le tableau suivant résume les prin- cipaux faits constatés relatifs à la composition des aliments consommés chaque jour, terme moyen : MATIÈRE ORGANIQUE SÈCHE. MATIÈRES MINÉRALES fixes. EAU. CARBONE. AZOTE. ( !ram. 31,2 20, t 31,2 23,5 1998,0 1842,4 200,2 1737,4 300,2 204,9 331,8 292,7 27,9 21 2 27,3 22,4 N« 2 520 N« 3 073 N« 4 573 Moyenne générale. . 621 20,5 1894,0 313,8 24,7 (fl) m) Barrai, Statique chimique des Animaux, p. 240 cl suiv. ration d'otretikn di: l'homme. 175 résoudre celle question, on tint compte du poids de chaque indi- vidu à son entrée dans la prison et à sa sortie, ainsi que de la quantité des divers aliments qui lui étaient alloués chaque jour. Les documents recueillis de la sorte par un des professeurs les plus distingués de l'école médicale d'Edimbourg, M. Christison, ne nous permettent pas de calculer avec précision la quantité de matières combustibles et assimilables dont se composaient ces rations; mais on en peut juger d'une manière approxima- tive, et je ne m'éloignerai certainement que peu de la vérité en estimant à 37 grammes d'azote et 212 grammes de carbone le poids de ces deux principes essentiels fournis chaque jour, sous la forme d'aliments, à chacun des détenus dans la princi- pale prison de l'Ecosse 1). Ces quantités sont un peu inférieures ( 1 ) Cette enquête eut lieu, par ordre du conseil général des prisons, dans toutes les principales villes de l'Ecosse ; mais malheureusement les aliments ne furent pesés qu'à l'état humide, et c'est seulement par une approximation in- directe que .M. Christison a pu évaluer la quantité des matières nutritives, soit azotées, soit non azotées, dont chaque ration réglementaire m' com- posait. C'est donc seulement d'une manière encore moins rigoureuse que l'on peut estimer les quantités de car- bone et d'azote contenues dans ces rations. Voici, du reste, les principaux laits signalés par ce physiologiste. NOMS des VILLES. Edimbourg Glasgow. , Aberdeen . Sterling. . Ayr. . . . Dundee . . Pcrtli . . . RATION évaluée en onces. Aliments azotés. 4, or. 4,00 3,98 4,27 4,47 2,73 2,G8 Aliments non azotés. 12,8? 12,58 13,03 13,40 13,20 14,00 14,H PROPORTION dos individus sur 100 dont le jiuicis fut maintenu ou augmente. 82,0 07,0 C8,0 29,0 40,0 diminué. 18,0 32,0 32,0 71,0 50,0 54,0 PERTE HOYKNKE des individus dont la ration était insuffisante. 1.5 4,0 4,2 5,0 5,2 5 3,2 La ration des détenus à Edimbourg Glasgow, où le régime était à peu de suffisait, comme on le voit, à 7 2 indi- chose près le même , l'alimentation vidus sur 100 ; mais dans la prison de était insuffisante pour environ le tiers 17G NUTRITION. à celles que je viens de présenter comme devant, en général, entrer dans la ration d'entretien d'un Homme. Or, elles étaient insuffisantes pour répondre aux besoins physiologiques d'un nombre considérable de détenus. Le séjour des prisonniers dans cette maison de détention n'était pas long, et cependant chez 18 individus sur 100 le poids du corps diminua notable- ment sous l'influence de ce régime. Il est aussi à noter que, d'après les calculs de M. Liebig, la ration alimentaire fournie aux détenus de la maison d'arrêt de Giessen contiendrait environ 265 grammes de carbone, quantité qui ne dépasse que de très-peu nos évaluations théo- riques (1). La nourriture fournie à nos soldats suffit à presque tous ces Hommes, et doit même être considérée comme surabondante pour un grand nombre d'entre eux, car on sait que souvent ils vendent ou donnent aux indigents une portion de leur pain de munition. Or, nous voyons par les calculs de M. Dumas que de la population ; et cependant, dans l'un et l'autre de ces établissements, le déficit, calculé d'après les vues théoriques exposées ci-dessus, n'avait été en moyenne que d'environ h gram. d'azote et de 18 grammes de carbone. Dans les prisons où la ration était plus faible, elle devenait insuffisante pour l'entretien du poids initial de l'orga- nisme pour la moitié ou même poul- ies trois quarts des individus (a). (1) M. Liebig nous apprend que dans cette prison les détenus ne sont astreints à aucun travail fatigant, et reçoivent, terme moyen, par jour : \ -r livre de pain, contenant 14,5 lotlis (b) de carbone. 1 livre de soupe, contenant 15 lotlis de car- bone. 1 livre de pommes de terre, contenant 2 lotlis. de carbone. Total : 17 lollis, ou 205 grammes de carbone. Le môme chimiste évalue à 297 grammes par individu la quantité de carbone contenue dans les aliments consommés journellement par chaque individu dans une famille particulière, qui se composait de cinq adultes et de trois enfants (c). la) Christison, An Account ofsome Expérimenta on the Diet of Pri&oners [The Monthhj Journal of Médical Science, 1852, l. XIV, p. 415). {bi Le lot li correspond à 15e',0. (C) l.iebiu", Cldmù organique appliquée ù la physiologie animale, trad. par Gcrturdt, 1842, p. 39 cl 303. RATION D'ENTRETIEN DK L'HOMME. 1-7 dans l'armée française les cavaliers, c'est-à-dire des Hommes qui ont loris une taille bien au-dessus de la moyenne, trouvent dans leur ration journalière entre 22 et 23 grammes d'azote associés à 330 grammes de carbone (1). Chacun sait que l'état de repos ou d'activité musculaire influe beaucoup sur la quantité d'aliments qui est nécessaire pour satisfaire à nos besoins ou pour soutenir les forces de nos i«J— £• Animaux de travail. Le dicton populaire : « Qui dort dîne », est sans doute une grande exagération, mais montre que depuis longtemps on a généralement reconnu l'existence de rapports étroits entre la dépense nutritive et le déploiement de la force Influence de l'activité musculaire sur la (1) M. Dumas nous apprend que la ration de ces soldats se compose, de : 125 grammes île viande fraîche, contenant 70 grammes de matières azotées supposées sèches. 1 000 grammes de pain, dont 750 grammes de pain de munition et 510 grammes de pain hlanc, le tout contenant 64 gram- mes de matières azotées sècbes el 590 grammes de matières non azo- tées sèches. 200 grammes de légumineux, contenant 90 grammes de matières azotées sèches et 150 grammes de matières non azotées. 125 grammes de carottes, choux, navets, etc., qui ne contiennent que des quantités insignifianli s de matières nutritives. Total : 151 grammes de matières azotées sèches , contenant environ 22s',5 d'azote. 740 grammes de matières alimentaires non azotées, contenant environ 328 gram- mes de carbone (a). Gasparin, agronome très-distingué, qui a réuni beaucoup de documents intéressants relatifs à L'alimentation de L'Homme et des Animaux, donne une évaluation un peu plus élevée de la ration des soldais français. Suivant cet auteur, chaque Homme reçoit jour- nellement : 750 grammes de pain de munition, contenant Os 1 ,15 d'azote et 282 grammes de car- bone et d'hjdrogène. 510 grammes de pain hlanc, contenant 6,45 d'azote et 193 grammes de carbone et d'hydrogène. 125 grammes de viande, contenant 3,02 d'a- zote et 18 grammes de carbone et d'hy- drogène. 150 grammes de haricots, contenant 5,70 d'a- zote et 80 grammes de carbone et d'hydrogène. 500 grammes de pommes de terre, contenant 1 ,80 d'azote et 77 grammes de carbone et d'hydrogène. Total : 2041 grammes d'aliments, contenant 49?', 8 de matières grasses, et fournis sant 2Gs r ,12 d'azole el G50 grammes de carbone et d'hydrogène. Le même auteur donne, d'après des (a) Dum 's, Traité Je cliimie appliquée aux arts, 1840, I. VIII p. 4G0. 178 NUTRITION. physique. 11 est d'observation journalière que la ration dont un Cheval peut se contenter, lorsqu'il reste à l'écurie, ne saurait lui suffire quand il agit, et que la quantité d'aliments dont il a besoin augmente avec la quantité de travail mécanique qu'il effectue. Ainsi, les agronomes estiment que, pour consti- tuer la ration d'entretien d'un de ces Animaux lorsqu'il est au repos, il suffit d'une quantité d'aliments contenant, pour 100 kilogrammes du poids du corps, '20 grammes d'azote et A 12 grammes de carbone; mais que, pour le Cheval qui tra- vaille, il faut augmenter celle ration dans la proportion d'envi- ron Six milligrammes d'azote par tonneau mètre, c'est-à-dire 1000 kilogrammes de force déployée (1). documents officiels, ie tableau suivant de la ration des ouvriers de la marine de l'État : 750 grammes do pain île munition, contenant 9s r ,l 5 d'azote et 282 grammes de car- bone et d'hydrogène. 250 grammes de viande, contenant 6,04 d'a- zote et 30 grammes de carbone et d'hydrogène. 00 grammes de fromage, contenant 3,71 d'a- zote et 48 grammes de carbone et d'hydrogène. 120 grammes de haricots secs, contenant 4, 5G d'azote et 04 grammes de carbone et d'hydrogène. C0 grammes de riz, contenant 0,72 d'azote et 34 grammes de caibone et d'hydro- gène. Total : 24s 1 ', 18 d'azote et 404 grammes do carbone et d'hydrogène (a). En Angleterre, les soldais reçoivent journellement 1530 grammes d'ali- ments contenant environ 285 grammes de carbone, dont le quart à peu près provient de substances azotées (b). Enfin , d'après les évaluations de ]\i. Liebig, les soldats hessois reçoivent journellement nue ration contenant 27,8 loths, c'est-à-dire environ li'65 grammes de carbone (c). (1) D'après Gasparin, la ration d'un Cheval du poids de /il G kilogrammes doit êire équivalente, pour l'entretien organique, à 7 k ,'-î3 de foin, contenant 83- rr ,2() d'azote, et de plus, pour le travail que nécessite le labour ordi- naire du sol pendant douze heures, à 9\09 de foin, contenant llie\/i7 d'azote : total, 16 k ,92 de foin renfer- mant une quantité d,ï matières albu- minoïdes correspondant à 19is r ,75 d'azote. D'une manière générale, cet auteur estime que, pour 100 kilogr. du poids du corps, la ration alimen- taire du Cheval qui travaille doit ren- fermer M grammes d'azote à l'état de (a) Gasparin, Cottrs d'agriculture, t. V, p 395. {b) Playfair, On the Food of Man (Edinburgh new Philos. Journal, 1854, t. LVI, p. 2GG). (c) Liebig, Op. ci!., p. 295. RATION D'ENTRETIEN DE l'hOMME. 179 La consommation de l'Homme est subordonnée aux mômes causes de variations, et lorsque le travail forcé a été introduit dans le régime de divers établissements pénitenciers, on n'a pas tardé à reconnaître que la ration alimentaire qui avait suffi aux détenus inactifs était insuffisante pour ceux dont les occu- pations nécessitent un certain déploiement de force méca- nique (1). Ainsi, dans une des prisons de l'Allemagne, dont M. Liebig nous a fait connaître le régime, les détenus sont astreints à un travail fatigant, et pour les nourrir on a trouvé nécessaire de leur fournil 1 journellement une ration contenant 03 grammes de carbone de plus que n'en renferment les aliments consommés par les prisonniers de la maison d'arrêt de Giessen où le travail n'est pas obligatoire (*2). Divers documents sta- tistiques réunis et discutés parGasparin ont même conduit ce savant agronome à penser que la différence entre la ration d'entretien d'un Homme condamné au repos et la ration com- plète d'un ouvrier effectuant un travail mécanique pénible, celui du terrassier ou du batteur de blé par exemple, était plus considérable quant aux aliments plastiques. En effet, il regarde la ration d'entretien comme pouvant être réduite, dans le pre- mier cas, à environ l*2 sr ,5 d'azote et 265 de carbone, tandis que dans le second cas il l'estime à 25 grammes d'azote et 300 grammes de carbone (3). principes albuminoîdes et une quan- tité correspondante de carbone (a). (1) Dans la prison de Carliste, où les détenus qui ne travaillent pas reçoi- vent 13,6 onces d'aliments par jour, on a trouvé qu'il fallait donner au moins 15 onces à ceux qui étaient em- ployés à des travaux de force (6). ('2) M. Liebig a constaté que les pri- sonniers de la maison pénitentiaire de Marienschloss, où le travail est forcé, consomment par jour environ 323 grammes de carbone, tandis que pour ceux de la maison d'arrêt de Giessen, qui sont privés de tout exercice, la ration alimentaire ne renferme que 26b grammes de carbone (c\ (3) Gasparin n'a pas donné les bases {a) Gasparin, Cours d'agriculture, t. V, p. 401. (6) Christison, Op. cit. (Tac Uonthly Journal ofMed. S i :nce, 1S52. t. XIV, p. 420). (r) Liehii;, Chimie organique appliquée à la physiologie tau nalc, p. 39. Influence de lV'gû sur la consommation alimentaire. 180 NUTRITION. §21. — Nous avons vu précédemment que dans la vieillesse la combustion physiologique se ralentit. Par conséquent, la quantité de combustibles organiques nécessaire pour alimenter le travail nutritif doit être moins considérable que dans la force de l'âge. Celte différence se manifeste dans les recherches faites en Ecosse sur le régime des prisonniers (1), ainsi que dans les expériences de M. Barrai. Ce chimiste trouva que la consom- do ses calculs relatifs ù rétablissement de la ration d'entretien de l'Homme au repos, et il se borne à dire que ses résultats sont déduits de beaucoup d'observations recueillies dans des couvents et des prisons (a). Pour l'évaluation de la ration de travail, il rapporte les comptes annuels de l'ali- mentation des laboureurs dans divers établissements agricoles, et de quel- ques autres ouvriers. On peut résumer de la manière suivante les principaux résultats ainsi obtenus, relatifs à la consommation journalière de ces ou- vriers, dans différentes parties de la France : Fermes du département de la Corrèze. , . . AZOTE. CARBONE ET HYDROGÈNE. Grnm . 24,3 24,7 27,4 20,2 Gr.im. 723 591 971 945 24,1 805 La quantité d'azote contenue dans ces rations ne s'éloigne que peu , terme moyen, de ce que nous avons considéré comme strictement suffisant; mais les aliments hydrocarbonés sont beaucoup plus abondants que dans nos évaluations théoriques. (1) En comparant les effets d'une alimentation uniforme cbez des per- sonnes dont les unes étaient âgées de seize à vingt ans, et les autres de plus de vingt ans, M. Cbristison a trouvé qu'à Edimbourg la même ration était insuffisante pour 31 sur 100 dans le premier groupe , et seulement pour 2_'t individus sur 100 dans le second. A Glasgow, la différence fut encore plus considérable : soumis au même régime, les Hommes âgés de plus de vingt ans diminuèrent de poids dans la proportion de 36 individus sur 3 00, tandis que. cbez ceux âgés de seize à vingt ans, cette proportion s'éleva à 53 pour 3C0 (b). tu) Casparin, Cours d'agriculture, t. V, p. 395. ,//; Cliiïsiison, O/i «'. [The Monthly Journal of Med'icû Science, 1852, I. XIV, p. 422). RATION 1 D'ENTRETIEN DE L'HOMME. 181 mation des aliments, évaluée d'après la quantité de carbone Contenue dans ces substances, était en moyenne, pour chaque kilogramme du poids du corps, 6 gr ,6 chez un Homme de vingt- neuf ans, et seulement de 5= r ,6 chez un Homme de près de soixante ans. Chez un enfant de six ans, elle était dans la pro- portion de plus de 10 grammes de carbone pour le même poids physiologique (1). D'après ce que nous savons relativement aux produits du travail nutritif chez l'Homme et la Femme, nous devons nous attendre à trouver que leur ration d'entretien n'est pas la même ; et effectivement chacun sait, par l'observation journalière, qu'en général une différence assez notable existe dans la quan- tité d'aliments qu'ils consomment (*2). § 22. — L'élude des variations qui se manifestenl dans la production de la chaleur animait 1 nous conduit à reconnaître ia aussi que, sous l'influence d'un froid modéré, les phénomènes d'oxydation augmentent d'intensité 3), et par conséquent la théorie aurait pu suffire encore pour nous faire penser qu'en hiver la consommation alimentaire doit être plus grande qu'en été. L'observation journalière prouve qu'effectivement il eu est Influence ilu sexe. Influence de température. (1) Le petit garçon sur lequel M. narrai fit des observations pesait 15 kilogrammes, et consommai) par jour en moyenne 315 gr ,8 de matière organique sèche, contenant lôk sr ,o de carbone et 7 sr ,92 d'azote. La consommation d'eau était de 1,069, et les matières minérales fixes contenues dans les aliments pesaient environ 9*' r ,ù (a). (2) La différence dans les besoins alimentaires, suivant les sexes, ressort nettement il. 's observations de VLChris- tisou sur le régim ! des prisonniers. A Edimbourg, où la ration était la même pour tous les détenus, elle fut trouvée suffisante pour 90 Femmes sur 100 ; tandis que pour les Hommes elle n'é- tait suffisante que pour environ 73 in- dividus sur 100. Dans la prison de Glasgow la ration alimentaire était in- suffisante pour 121,7 Femmes ei pour /il Hommes sur 100 (6). (3) Voyez ci-dessus, page 87. (a) Barrai, Statique chimique des Animaux, p. 25G. (6; Glnisiiion, Op. cit. {T.iettjutlilij Jjiu'.ixl of Jleiial Ssienit, 1832, t. XIV, p. i-ll;. 482 NUTRITION. ainsi, et nous voyons, par les expériences de statique chimique dues à M. Barrai, que les différences déterminées de la sorte peuvent être fort considérables ; car ce chimiste trouva qu'en hiver il lui fallait journellement, pour se nourrir convenablement, 717 grammes de matière alimentaire organique sèche, tandis qu'en été il n'en prenait que 520 grammes (1 ) . Les climats influent non moins sur la grandeur des besoins nutritifs de l'Homme, et chacun sait que les peuples des pays chauds sont en général d'une sobriété remarquable, tandis que ceux des régions froides sont renommés pour leur voracité. Cette différence se révèle déjà lorsque l'on compare le régime alimentaire de nos labou- reurs dans le département du Nord et dans le midi de la France. En effet , d'après les documents "statistiques rapportés par M. de Gasparin, chaque ouvrier agricole consommerait par jour 2/i grammes d'azote et f)9l grammes de carbone et d'hy- drogène dans cotte région méridionale, tandis que dans la partie la plus septentrionale de la France cette consommation s'élève- rait à "lT\k d'azote et à 971 grammes de carbone et d'hydro- gène. Au premier abord, on pourrait supposer que cela dépend uniquement de fa distribution inégale des richesses dans ces deux parties de notre pays; mais si l'on établit la môme com- paraison entre les agriculteurs du midi de la France et ceux du canton de Yaud en Suisse , où l'aisance est moins grande qu'aux environs de Lille cl où le climat est aussi froid pendant une grande partie de l'année, on obtient des résultats ana- logues (2). On sait que rien n'est épargné pour assurer le bien- Ci) La quantité de carbone contenu riences faites sur la môme personne en dans la ration alimentaire était, terme été (o)« moyen, d'environ 366 grammes dans (2) Cet auteur a donné les détails la série d'expériences faites en hiver, de la consommation ordinaire des ou- et de 26/t grammes dans les expé- vriers de l'agriculture à Valleynes-sous- (a) Barrai, Statique chimique des Animaux, p. 247 ei siiir. ration d'entretien de l'homme. 183 être des soldats anglais qui tiennent garnison dans l'Inde, mais la ration qui leur est fournie est cependant notablement infé- rieure à celle que ces mômes Hommes reçoivent quand ils sont en Angleterre (1). S'il nuit en croire les récits de beaucoup de voyageurs, les habitants des régions circompolaires seraient d'une voracité inconcevable et sembleraient ne pouvoir jamais se rassasier. Mais il y a eu, suivant toute probabilité, beaucoup d'exagération dans l'évaluation de la quantité d'aliments qu'ils sont susceptibles de digérer (2); et s'ils se chargent énor- mément l'estomac lorsque l'occasion s'en présente, ils sont souvent exposés aux effets de la disette, en sorte que la des- Lanic, dans le canlou de V'aud, el il a calculé que la ration journalière de chacun de ces Hommes renferme 27=Y- d'azote associés à 642 grammes de carbone et d'hydrogène (a). (1) D'après les documents recueillis par M. Playfair, on voit que la con- sommation journalière du soldat an- glais correspond à environ 287 gram- mes de carbone, lorsque celui-ci lienl garnison en Angleterre, el à environ 267 grammes lorsqu'il habite l'Inde. Dans le premier cas, il reçoit aussi un peu plus d'aliments azotés que dans le second (6). (2) Ainsi , il me semble dillicile d'ajouter foi aux assertions de beau- coup de voyageurs relativement à la voracité des habitants de la partie septentrionale de la Sibérie et des autres régions circompolaires. Co- chrane, par exemple, assure que sou- vent il a vu unTonguie ou un Yakoiit dévorer 20 kilogrammes de viande par jour, et un amiral russe, Sarilchefl", rapporte avoir vu un Homme de cette dernière nation manger, à un seul repas , l 'i kilogrammes de riz cuit avec du beurre (c). Le capitaine Parry, pendant son séjour parmi les Esquimaux, a con- staté qu'à la suite d'une pêche abon- dante, ces Hommes se gorgent parfois d'aliments au point de ne pouvoir plus se mouvoir et d'être obligés de rester couchés dans leurs huttes. Vou- lant apprécier la capacité: digestive d'un jeune Esquimau, ce navigateur pesa les aliments dont on lui permit de manger à discrétion, et il fut con- staté ainsi qu'en un seul repas, cet individu consomma plus de 5 kilo- grammes de viande et de pain, ac- compagnés d'environ un demi-litre de sauce épaiss? et de beaucoup de bois- son alcoolique (d). (a) Gasparin, Cours d'agriculture, t. V, p. 396. {!>) Playfair, On the Food of Mail in différent Oondilims of Age and Bmploymsnt [Edinburgh new rhilosophical Journal, 1851, t. LVI, p. 206 . (c) J. D. Cochrane, Narrative of a Pedestrious ïoumzy tkrough Russia and Siberian TaHary to ihe Froicn Sea, 1824, t. I, p. 255. (d) Parry, Journal of a second Voyagé for the Discovery of a RjrtUwjsl P.issajc from the Atlanticto the Pacific, perfortnéd in the years 18-21, il, i'â, p. 413. Ration alimentaire de divers Animaux. 184 NUTRITION. cription de leurs festins ne nous éclaire que peu sur leur con- sommation moyenne : et pour ne pas donner d'idées fausses à ce sujet, je me bornerai à dire, d'une manière générale, que dans les elimats très-froids, l'Homme a réellement besoin de beaucoup plus de nourriture que dans les pays chauds (1). §23. — Nous ne savons que peu de eboses relatives à la quantité de matières nutritives qui est nécessaire pour l'entre- tien de l'organisme de la plupart des Animaux, mais un grand nombre d'observations ont été enregistrées touchant l'alimen- tation des espèees domestiques dont la production est un objet d'industrie rurale, et même on a fait sur ce sujet quelques recherches expérimentales dont les physiologistes doivent tenir grand compte. Ainsi, M. Boussingault, dans ses études sur l'ali- mentation des Tourterelles, chercha à déterminer le minimum d'aliments plastiques qui, associé à des aliments respiratoires en abondance, pouvait suffire au maintien du poids initial d'un de ces Animaux qui pesait 130 grammes, et il trouva que sa ration devait contenir au moins 31 centigrammes de matières albumi- (1) M. Scharling, après avoir criti- qué avec raison les assertions exagérées de beaucoup de voyageurs louchant la consommation des habitants des pays froids, me semble être tombé dans un excès contraire, en soutenant que dans les régions circumpolaires l'Homme n'a pas besoin d'une ration alimentaire plus forte que dans la zone torride. Il s'appuie principalement sur des docu- ments qui lui ont été fournis par l'administration de la marine danoise, relatifs à la consommation faite par l'équipage d'un navire qui a navigué successivement pendant plusieurs mois dans les mers du Nord et des Antilles, pièces d'où il résulterait que la ration journalière des Hommes était notable- ment plus élevée dans les régions tro- picales que dans les régions froides du globe (a). Mais il me paraît probable qu'il y avait là quelque cause d'erreur inaperçue par l'auteur de ce travail ; et je ferai remarquer à ce sujet que le capitaine Itoss, qui a vécu beaucoup parmi les Esquimaux, dit positivement que la ration de viande qu'il leur four- nissait d'ordinaire était six fois plus considérable que celle dont un Anglais se contenterait (o). (a) Scharling, Forlsalte Forsotj for al bestemme den moingde Kulsyre ci Mcnncskc uJaander l 24 limer [Det Vïde.nskabemes Sclskables Aftiandlinuer, 18*5, l. M, p. 381). [b) Itôss, Narrative ofa second Voyage in Scarch ofa N. \V. Passage, p. U'J. RATION D'ENTRETIEN DES ANIMAUX. 185 noïdes ; ce qui suppose l'azote alimentaire dans la proportion d'environ 31 milligrammes pour chaque kilogramme de l'être vivant (1). Des observations analogues, mais moins précises, ont conduit ce savant à considérer la nourriture des Bœufs et des Chevaux comme insuffisante, quand elle ne renferme pas des principes albuminoïdcs dans les proportions de 200 ou même 225 grammes pour 100 kilogrammes du poids du corps, tandis que pour les Porcs cette quantité relative descendrait à environ l/iO grammes (2). Du reste, je ne cite ici ces résultais (pie pour montrer que, suivant toute apparence, la ration d'ali- ments plastiques requise pour l'entretien d'un même poids de l'organisme varie considérablement suivant les espèces et les individus, aussi bien que suivant les conditions biologiques (3). (1) M. Boussingault a constaté d'a- bord que la Tourterelle mise en expé- rience était parfaitement rationnée avec ih grammes de millet ; puis il diminua progressivement la quantité de ce grain, dans lequel il existe une proportion considérable de principes albuminoïdcs, et il remplaça largement le déficit par des aliments non azotés, tels que de l'amidon, du sucre et du beurre. Or, il a trouvé que, sous l'in- (Uiencc de ce régime mixte, le poids initia] de l'Animal ne se soutenait plus lorsque la ration de millet lût ré- duite à ls r ,5 par jour, bien que dans cette circonstance la quantité d'amidon et de beurre consommés suffisait am- plement pour satisfaire à la dépense totale de carbone occasionnée par la respiration et les autres évacuations. Or, ie r ,5 de millet renferme 0,31 de principes albuminoïdes, et par consé- quent M. Boussingault en conclut que ce poids d'aliments azotés était insuf- fisant pour l'entretien de l'organisme de cet Animal, dont le poids était de lo0 grammes, quelle que fiU l'abon- dance des aliments carbo-bydrogénés, mais non azotés (a). ('2) M. Boussingault, sans s'expli- quer formellement sur la quantité d'aliments plastiques dont ces Ani- maux ont besoin pour maintenir leur corps au même poids, dit que la ration quotidienne lui parait être insuffisante quand l'albumine ou la léguniine qui s'y trouve tombe au-dessous de : 1 ,20 pour une Vaclic laitière pesant 000 kilo- grammes. 1,00 pour un Cheval de travail pesant 500 ki- logrammes. 0,00 pour un Cheval pesant 400 kilogrammes. 0,1:2 pour un Porc pesant 85 kilogrammes (6). (3) J'ajouterai cependant, à titre de renseignement, que, suivant M. de (o) Boussingault, Économie rurale, 2< edit., 1851, I. 11, p. 2"5. (6) Idem, Op. cil , t. II, p, 270. MU. 13 186 NUTRITION. Ces différences peuvent dépendre jusqu'à un certain point de la part que le tissu graisseux forme dans le poids total de l'Animal (1), mais elles tiennent probablement aussi au degré d'activité du travail nutritif effectué dans les organes; et à ce sujet je rappellerai que nous avons déjà constaté que, toutes choses égales d'ailleurs, les produits de la combustion phy- siologique correspondant à un poids donné de substance vivante sont plus abondants chez les petits Animaux que chez les Gasparin, la ration d'entretien d'un Cheval qui ne travaille pas doit conte- nir de l'azote dans la proportion de 20 grammes d'azote et du carbone dans la proportion de A 12 grammes pour 100 kilogrammes du poids de l'Animal ; mais que pour le Cheval qui travaille à la charrue, celte ration doit être augmentée dans la proportion de 130 pour 100. Ainsi, il estime qu'an Cheval du poids de /|1(3 kilogrammes doit consommer une ration correspon- dant à 836 r ,2 d'azote pour les jours de repos, et à 19/t« r ,75 pour les jours de travail (a). M. Baudement, qui a étudie avec beaucoup de soin les variations de poids du corps des Chevaux de cava- lerie qui étaient nourris avec la ra- tion réglementaire, a constaté qu'elle est suffisante, même pour ceux dont le poids s'élève à plus de C00 kilogr. Or, cette ration pour les Chevaux de réserve consistant en 5 kilogrammes de foin, 5 kilogrammes de paille et à k ,2 d'avoine, et pour les Chevaux de ligne en h kilogrammes de foin, 5 kilo- grammes de paille et 5 k ,/t d'avoine, fournit aux premiers 909s',/ii d'ali- ments plastiques et 3 k ,128,46 d'ali- ments respiratoires ; aux seconds , 757S'",8Sde matières azotées et 2 u ,G9Zi d'aliments non azotés (h). M. Alliberl, qui a réuni et discuté beaucoup d'observations relatives au régime alimentaire des divers Ani- maux domestiques, évalue à environ 2 grammes par kilogramme du poids du corps la quantité de matières albumi- noïdes consommées parles Chevaux de l'artillerie de la garde impériale, cl à 2s r ,5 la quantité des mêmes principes azotés existant dans la portion de la ration correspondant au même poids du corps pour les Chevaux de travail ordinaire. Cet auteur évalue aussi à 2 grammes par kilogramme du poids de l'organisme la quantité d'aliments plastiques nécessaires pour l'entretien des Bœufs et des Vaches, en ajoutant toutefois à la ration de ces dernières un supplément correspondant à la pro- duction du lait. (1) Le tissu graisseux ne jouit que de très-peu d'activité physiologique, et par conséquent la ration d'entretien nécessaire pour réparer les pertes quotidiennes de l'organisme ne doit pas être la même pour les individus de même poids qui seraient sembla - (a) Gasparin, Cours d'agriculture, l. V, p. 40t. (6i Baudement, Études expérimentales sur l'alimentation du bétail {Annales de l'Institut agro- nomique de Versailles, 1852) t. I, p. 121). RATION D'ENTRETI£N DES ANIMAUX. 187 grands (1), et que par conséquent nous devons penser que pro- portionnément à leur poids, ces derniers consomment moins d'aliments que les premiers. L'observation confirme cette opi- nion, et ce lait nous explique pourquoi les agriculteurs qui élèvent des Animaux de boucherie trouvent en général plus de profit à opérer sur des races de grande taille (2). blés enlrc eux sous lous les rapports, saut la proporlion de graisse dont leur corps serait chargé, et ceux dont le poids est dû principalement au déve- loppement du système musculaire con- sommeront plus d'aliments que ceux dont le corps est chargé de graisse. Aussi, dans les expériences sur l'en- graissement des Animaux domesti- ques, voit-on que proportionnellement au poids vif, la quantité d'aliments em- ployés diminue à mesure que l'em- bonpoint augmente. Cela a été mis lits bien en évidence par les recher- ches di' mm. Lawes cl Gilbert sur le régime des porcs («). (1) Voyez ci-dessus, page 51. (2) M. Baudement amis ce fait très- bien en évidence par ses expériences sur l'alimentation des Chevaux et des Bœufs. Il a conclu de ces recherches que, pour 100 kilogr. de poids vif, les Che\aux exigent journellement : £07 grammes d'alimenls azolés cl 670 grammes d'alimenls respiratoires, quand ils pèsent de 100 « 450 kilogrammes. 193 grammes d'alimenls azotes et 070 grammes d'à' iments respiratoires, quand ils posent de 500 à 550 kilogrammes. D'après le même auteur, les Bœufs du poids de : 000 à 050 kilogrammes exigent 164 grammes de malières azolées el 626 grammes d'ali- menls respiratoires pour 100 kilogrammes tic poids vif. 700 à 750 kilogrammes exigent pour le même poids vif seulement 110 grammes d'alimenls asolés associés à G20 grammes d'alimenls non azolcs. 750 à 800 kilogrammes exigent pour le même poids \if 135 grammes d'aliments azok ; s ci 6S0 r i immes d'alimenls respiratoires ((<). .l'ajouterai que, d'après M. Allibert, les Poneys, dont le poids n'est que d'environ '200 kilogrammes, doivent trouver dans leur ration journalière des principes albnminoïdes dans la proportion de 3 grammes par kilo- gramme, tandis que pour les grands Chevaux d'artillerie , il estime cette quantité relative à x 2 grammes seule- ment. Le même auteur a fait une série d'expériences sur l'alimentation des Lopins et des Souris, cl il estime que pour le même poids de substance vi- vante, les premiers ont besoin de trou- ver dans leur nourriture journalière (a) Lawes, Pig feeding {.Journal oflhc Royal Agricultural Society of England, 1853, l. XIV, p. 105. — Lawes and Gilbert, On the Equivalency of Starek and Sugar ii Food [Report of the - i' 1 ' meelmq of the Brilish Ass dation, 1854, p. 428;. (6) Baudement, Expériences sur la valeur alimentaire de plusieurs espèces de betteraves introduites dans la ration des Bœufs de travail [Mém de la Société centrale d'agriculture, 185;), 2« partie, p. 313). 188 NUTRITION. influence § 2/i. — Il est aussi à noter que certaines substances qui ne de certaines 4 A f matières sont pas susceptibles d'être brûlées dans l'intérieur de l'éco- rainérales. . , . , norme animale, ni d être utilisées pour la constitution des tissus vivants, paraissent pouvoir exercer une intluence considérable sur la marche du travail nutritif, et ralentir ou accélérer les métamorphoses chimiques qui ont pour résultat final la forma- tion des produits excrémentitiels. Ainsi l'arsenic, administré à petites doses, paraît ralentir la combustion respiratoire et favo- riser l'accumulation de la graisse dans le corps de l'Homme et des Animaux (1) ; tandis que l'iode, porté dans le torrent de la 8 grammes de matières albuminoïdes. Enfin, pour les Souris dont le poids moyen est seulement de 16 grammes, il évalue à Z|6 grammes la proportion de ces aliments plastiques calculée toujours par 1 kilogramme du poids du corps [a). Proportionnément à leurs poids, ces petits Animaux consomme- raient donc 2/j fois plus d'aliments azotés que ne le font les Chevaux. (1) MAI. Schmidt et Stùrawage (de Dorpal) ont fait une série d'expériences intéressantes, relatives à L'influence que l'introduction de petites doses d'acide arsénieux exerce sur le travail nutritif chez les Chats. Ils ont trouvé que cette médication détermine une grande di- minution dans l'exhalation de l'acide carbonique et dans l'excrétion de l'urée. La différence s'est élevée de 20 à /|0 pour 100 de la production ordi- naire ; et lorsque les fonctions diges- tives ne sont pas troublées, le poids du corps peut être notablement aug- menté par suite des effets ainsi pro * duits (6). L'arsenic (ou acide arsénieux) est, comme on le sait, un poison violent lorsqu'il est introduit en quantité un peu considérable dans l'économie ; et si quelques Animaux semblent résister mieux que l'Homme à son action toxique, cela dépend seulement de ce qu'il ne séjourne que peu dans leur tube digestif, et n'est absorbé qu'en très-petite quantité avant d'être expulsé au dehors avec les déjections. C'est de la sorte que l'acide arsénieux solide a pu être employé à hautes doses dans le traitement de la pleurésie chronique chez les Moutons (c), et administré de la même manière à des Bœufs et à des Chevaux (d) ; mais, employé en disso- lution, il est absorbé assez rapidement pour que son action toxique ordinaire se manifeste (e). (a) Allibert, Alimentation des Animaux domestiques, 18G2, p. 32. (b) C. Schmidt und L. Stùrawage, Ucber den Einftuss der arsenigen Sauve auf den Sloffwechsel (Molescholt's Untersuchungen xur Nalurlehre, 1850, t. VI, p. 283). (c) Cambessèdes, voyez Gasparin, Note sur l'emploi de l'arsenic à hautes doses dans le traite- ment de la. pleurésie chronique, des Moutons (Comptes rendus de l'Acad. des sciences, 1843 LXVI.p. 23). (d) Danger et Flandin, Xote sur l'emploi de l'arsenic (Comptes rendus de l'Acad. des sciences, 1843, I. XVI, p. 53 et 136). (e) Rognetla, Hôte sur l'arsenic considéré comme remide chez les Animaux domestiques [Comptes rendus de l'Acad. des sciences, t. XVI, p. 57). Rôle des matières minérales dans RATION D'ENTRETIEN. MATIÈRES MINÉRALES. 189 circulation, lend à activer divers phénomènes de résorption, et à déterminer l'amaigrissement. Mais ce sont là des sujets dont l'élude appartient à la médecine plus qu'à la physiologie, et par conséquent je ne m'y arrêterai pas davantage ici. § 25. — Dans les considérations que je viens de présenter, il n'a été guère question que des matières alimentaires de nature organique; mais nous avons déjà vu qu'il existe des '«"«'".ion matières minérales en proportion plus ou moins considérable dans toutes les parties solides et liquides de l'économie animale ; que ces matières y jouent des rôles importants, et que les humeurs excrémentitielles en entraînent sans cesse au dehors. Il faut donc que la ration d'entretien de l'Homme et des Ani- maux renferme une quantité de chacune de ces substances correspondante à celle nécessaire pour contre-balancer ces pertes, ainsi que pour fournir à l'accroissement du corps lorsque celui-ci est dans sa période de développement. Dans la plupart des circonstances, ces substances minérales existent en quan- tité suffisante clans les aliments naturels que fournissent les deux règnes organiques ou dans les eaux employées comme boisson ; mais il n'en est pas toujours ainsi, et alors la ration d'entretien doit nécessairement contenir des sels minéraux aussi bien que de l'eau et des aliments azotés et carbo-hydro- génés. Ainsi, dans l'accomplissement des actes physiologiques normaux, certains Animaux font une très-forte dépense de chaux carbonalée, et, pour compléter leur recette quotidienne, ils ont besoin de manger des matières minérales aussi bien que des aliments ordinaires. La Poule est dans ce cas : les œufs qu'elle pond en grand nombre emportent journellement une quantité très-considérable de chaux qui est le principal élément constitutif de la coquille, et c'est en partie pour fournir à la sécrétion dont son oviduetc est le siège, que la Nature lui a donne l'instinct de picoter dans le sol et d'avaler de petits fragments de terre. Si elle est privée de celte ressource, elle Rôle du sel commun. 190 NUTRITION. ('puise bientôt la réserve de carbonate calcaire emmagasiné dans son organisme, et ne pond plus (1). Un phénomène analogue, mais dont l'importance est plus grande, a été constaté expérimentalement par Chossat sur des Tourterelles. En empêchant ces Oiseaux d'avaler des fragments de pierre et en les nourrissant de grains seulement, ce physio- logiste a vu que leurs os cessaient d'avoir la consistance ordi- naire et devenaient friables. Pour eux, les petites pierres cal- caires sont des aliments nécessaires, dont la privation est en général très-promptenient suivie de la mort (2). § 26. — L'importance physiologique du chlorure de sodium est rendue manifeste par ce que nous avons déjà vu relativement à la présence de ce corps dans le sang et à son influence sur la conservation des globules hématiques dans le sérum (3). Nous avons vu également que la sécrétion du suc gastrique nécessaire pour l'accomplissement du travail digestif est accompagnée d'une élimination d'acide chlorhydrique en quantité considérable (Z|); enfin, nous avons constaté aussi l'excrétion de beaucoup de chlorure de sodium par les voies (1) Vauqaelin a observé cette par- ticularité en nourrissant avec de l'avoine seulement une Poule qui , sous l'influence de son régime or- dinaire, pondait, un œuf tous les jours (a). (2) Dans ces expériences de Chossat, le tissu osseux a été en partie résorbé, et le squelette est devenu très-fra- gile (b) ; mais on voit, par les recher- ches plus récentes de mon fils, que lors de l'insuffisance des matières cal- caires dans la ration des Pigeons, la friabilité des os ne résulte pas d'un changement dans la composition chi- mique de la substance osseuse et d'une diminution dans la proportion des éléments minéraux de ce tissu, mais d'un ralentissement dans le tra- vail nutritif producteur ou réparateur, de façon que la quantité de tissu os- seux devient insuffisante (c). (3) Voyez tome f , page 196. (U) Voyez tome VU, page 26. (a) Vauquelin, Expériences sur les excréments des Poules comparés à la nourriture qu'elles prennent [Afin, de chimie, 1790, t. XXIX, p. 20). (b) Chossat, Note sur le système osscu.r (Comptes rendus de l'Acad. des sciences, 18 42, t. XIV, p. 451). (c) Alplioi^c Milno Edwards, Expériences sur la nutrition des os (Ann. des sciences nat., I. XV, p. 254). RATION D'ENTRETIEN. EAU. 191 urinaires (1). 11 en résulte que la ralio-n d'entretien de l'Homme et des Animaux qui se rapprochent de lui par leur mode de constitution, doit contenir une certaine quantité de cette sub- stance minérale. Pour l'Homme, la proportion de chlorure de sodium qui existe dans les aliments tels que la Nature nous les fournit, est en général insuffisante, et il est très-utile d'y ajouter une petite quantité de cette matière saline. Dans certaines circonstances, il en est de même pour les Moutons et pour quelques autres de nos Animaux domestiques; mais dans ces derniers temps les agriculteurs et les économistes ont singu- lièrement exagéré les avantages de cette pratique, et ils ont évalué avec non moins d'exagération la consommation utile du sel pour l'alimentation de l'Homme (2). C'est à tort que l'on considère la quantité de chlorure de sodium contenu d'ordi- naire dans les urines comme donnant la mesure de la quantité que la ration d'entretien doit contenir, car une grande partie du sel excrété de la sorte a traversé rapidement l'organisme sans y avoir joué aucun rôle utile, et l'excrétion de cette substance peu! diminuer beaucoup sans qu'il en résulte aucun inconvénient grave (3); mais, d'un autre côté, l'addition d'une certaine proportion de ce condiment aux aliments dont nous faisons usage est bonne non-seulement pour stimuler notre (1) Voyez tome Vif, page 517. (2) Beaucoup de ces exagérations ont été inspirées par le désir de faire abolir l'impôt dont le sel a élé pen- dant longtemps l'objet. Cette question a fait naître de nombreuses publica- tions il y a une quinzaine d'années, et parmi les plaidoyers en faveur de celle mesure financière, je citerai sou- vent un livre de M. Barrai, parce qu'on y trouve des renseignements utiles aux physiologistes (a). Pour l'appréciation des arguments invoqués par M. Demes- may et autres, je renverrai à un rap- port que j'ai adressé au ministre de l'agriculture en 1850 (6). (3) M. Wund a trouvé qu'en s'abs- tenant complètement de l'usage du (a) Barrai, Statique chimique des Animaux appliquée spécialement à la question de l'emploi agricole du sel, 1850. (6) Milnc Edwards, Rapport sur la production et l'emploi du sel en Angleterre, 1850. 102 NUTRITION. appétit, mais aussi pour entretenir les forées digestives, et pour modifier l'action exercée par l'eau qui peut se trouver intro- duite en quantité considérable dans le torrent de la circulation par l'absorption gastrique, et qui s'échappe ensuite de l'éco- nomie par les reins. 11 me paraît bien démontré que l'emploi de ce condiment tend à augmenter le travail de mutation de la matière organique dont résultent les produits excrémenli- tiels urinaires; mais il ne me semble pas aussi bien prouvé que ce résultat soit une conséquence directe de l'action du chlorure de sodium sur les substances en voie de transforma- tion (1), et ne dépende pas seulement de ce qu'un régime salé sel de cuisine pendant cinq jours, la par les voies urinaires a diminué de la quantité de cette substance excrétée manière suivante : l"jour. . . 2» jour. . . 3* jour. . . 4* jour. . . 5" jour. . . QUANTITÉ D'URINE ÉVACUÉE. QUANTITÉ DE CHLORURE DE SODIUM EXCRÉTÉE. Centimètres rubes. 2022 1428 1210 1341 1045 Grammes. 7,207 3,623 2,437 1,359 1,091 (a). (1) M. Bischofï a trouvé qu'un Chien qui mangeait journellement 500 grammes de bœuf, excrétait 22° r ,50 d'urée lorsqu'il ne recevait pas de sel, et 28s',34 lorsqu'on avait ajouté du sel à sa boisson. Cela suppose une augmentation journalière de 5 gr ,8Zi dans la consommation nutritive des matières azotées sous l'influence du sel (b). Quelques auteurs ont considéré le chlorure de sodium comme exerçant une influence très-considérable sur l'engraissement des Animaux, et l'on a été jusqu'à dire sérieusement qu'une livre de sel fait 10 livres de graisse (c) ; mais dans la plupart des expériences bien faites par les agro- nomes, on n'a pu constater aucun effet de ce genre (d). La discussion des (a) \V. Wund, Ucbcr den Kochsahgehalt des Harns {Journal fur praklische Chemie, 1853, t. L1X, p. 207). (b) Bischoff, Einfluss des Kochsalzes auf die Harnstoffentleerung (Annalen der Chemie und Pharm., 1853, l. LXXXVI.I, p. 109). (c) Uemesmay, voyez le Moniteur universel du 20 mai 1847. (). M. Boussingault a remarqué que les hèles bovines qui, dans ses élablcs, recevaient une ra- tion de sel, avaient le poil plus lisse et plus beau que les autres (c). (1) Il est cependant à noter que, d'après les expériences faites par M. Barrai sur des Moutons, le sel pa- raît avoir augmenté la sécrétion uri- naire, non-seulement d'une manière absolue, mais aussi proportionnémenl à la quantité d'eau employée comme boisson. Sous l'influence du régime salé, cet auteur a trouvé aussi que la proportion d'azote excrétée par les voies urinaires était beaucoup plus considérable que sous L'influence du régime ordinaire (d). ('2) Pour étudier L'influence que l'eau exerce sur le travail nutritif, chez L'Homme, M. Bôker fit sur lui- même une série d'expériences dans lesquelles, après avoir constaté quelle était la quantité d'aliments néces- saire pour maintenir sans variations le poids de son corps dans lis circon- stances ordinaires, il continua ce ré- gime, mais en variant la quantité d'eau employée comme boisson. Pen- dant une semaine il ne prit journelle- ment que l'2(j0 grammes de ce liquide, et pendant une autre période de même durée il en prit oOfiO grammes par jour. Sous l'influence de cette ingur- gitation considérable de liquide le besoin d'aliments se fit sentir davan- (a) Milnc Edwards, Rapport sur la production et l'emploi du sel, p. 73. (0\ Delafond, Sur l'emploi du sel marin dans l'économie des Animaux domestiques (Mém. de la Société centrale d'agriculture, 1849, 1" partie, p. 385). (c) Boussingault, Recherches entreprises pour déterminer l'influence que le sel ajouté à la ration exerce sur le développement du bétail (Ann. de chimie, 1847, t. XIX, p. 117 ; t. XX, p. 113, et t. XXII, p. 110). (.V> kilo- grammes, celte même consommation était de 58 kilogrammes. Enfin, chez un troisième individu qui pesait 555 kilogrammes, elle n'était que de 50 ki- logrammes, ce qui donne pour chacun de ces Animaux 90 grammes par kilo- gramme du poids total du corps. Chez des Vaches, cette consommation d'eau (tait dans la proportion de 120 gram- mes par kilogramme du poids de ra- nimai (c). Le même auteur évalue à 150 gram- mes pour chaque kilogramme du poids de l'Animal la quantité d'eau qui entre dans la ration d'un Porc, tandis que cette proportion ne s'élèverait, d'après ses calculs, qu'à 6S ou même à 63 seulement chez les Moutons. (3) Quelques auteurs ont évalué la quantité des boissons par rapport à celle des aliments. Ainsi Sanctorius a cru pouvoir établir que, normalement', {a) Boussingault, Analyses comparées des aliments consommés cl des produits rendus par vu Clu val soumis à In ration d'entretien (An»', de chimie et de. physique, 1839, i. LXXF, p. 131;. (M Allibert, Alimentation des Animaux domestiques, 1S0-J, p. 101. !) M, m, 0\ . er., p. -10j. 196 NUTRITION. Ainsi que chacun le sait, la privation des boissons occa- sionne à l'Homme des souffrances très-vives ; il en est de même pour la plupart des autres Animaux. Mais les effets de ce genre d'abstinence ne sont pas aussi graves qu'on pour- rait le croire au premier abord , et lorsque les aliments organiques nécessaires pour constituer la ration d'entretien manquent, la mort est souvent accélérée plutôt que retardée par le libre usage de l'eau ; ce qui s'explique facilement par l'augmentation des pertes par excrétion que détermine le pas- sage d'une quantité considérable de ce liquide par les voies urin aires (1). § 27. — Nous venons de passer en revue les principales circonstances qui influent sur la consommation nutritive de l'Homme adulte ; nous avons cherché aussi à déterminer la quantité de chacun des principaux éléments chimiques que le corps humain a besoin de s'approprier. Mais les no- tions acquises de la sorte ne peuvent nous suffire, et pour compléter nos études relatives à la nutrition de l'Homme pour un partie d'aliments solides , mais les Lapins qui, en étant soumis l'Homme buvait normalement plus de à l'inanition , se trouvaient privés trois parties (en poids) d'eau ; suivant d'eau, ont vécu notablement moins Cornaro, cette proportion serait comme longtemps que ceux qui buvaient à 1 : 1,16, et suivant Robinson, comme discrétion. Par l'ingestion forcée d'une 1 : 2,5 (a). certaine quantité d'eau dans l'esto- (1) Ainsi, dans des expériences sur mac des Animaux privés d'aliments, ce sujet, faites par Cbossat sur des Chossat a vu la vie être abrégée Tourterelles, la mort est arrivée plus d'une manière très-remarquable. Ceux promptement cbez les individus qui qui étaient soumis à cette ingestion buvaient de l'eau à volonté que cbez n'ont vécu , terme moyen, que sept ceux qui en étaient privés. Pour les jours, tandis que ceux qui étaient Pigeons, la durée de la vie a été à privés d'eau ne sont morts qu'au bout peu près la même dans les deux cas; de onze jours d'abstinence (6). (a) Voyez Bimlach, Traité de physiologie, t. IX, p. 287. (6) Chossat, Recherches expérimentales sur l'inanition (Mêm. de l'Acad. des sciences, Savants étrangers, 1843, t. VIII, p. 501). RATION D'ENTRETIEN DE LHOMMH. 197 et des Animaux, il nous faut encore chercher sous quelle forme ces matières doivent être fournies à l'organisme, et approfondir davantage l'histoire physiologique des substances alimentaires : c'est ce que nous ferons dans la prochaine- Leçon . SOIXANTE -DIXIÈME LEÇON. Suite de l'étude des phénomènes de nulrition. — De la voleur nutritive des divers aliments. valeur § \ . — 11 a suffi de l'observation journalière pour faire rc- nulrilivc A , .. , ai/ des aliments, connaître que tous les aliments ne possèdent pas au même degré la puissance nutritive, et, lorsque les agronomes ont voulu donner à la zootechnie des bases scientifiques, ils ont compris que pour l'économie rurale il importait de connaître avec au- tant de précision que possible les différences qui peuvent exister à cet égard entre les diverses substances dont ils com- posent la ration de leurs Animaux domestiques. Les physiolo- gistes ont attaché aussi beaucoup d'intérêt à la solution des questions de cet. ordre, et les personnes qui s'occupent d'éco- nomie sociale et d'administration publique n'ont pu y rester indifférentes. Aussi, depuis une vingtaine d'années, des recher- ches expérimentales fort nombreuses ont été faites sur ce sujet, et l'on a cherché à déterminer avec précision, d'une part, quels sont les besoins nutritifs de l'Homme et des Animaux que nous élevons pour notre service; d'autre part, quelle est la valeur physiologique relative des différents aliments. M. Boussin- gault fut un des premiers à tenter la construction d'une table d'équivalents nutritifs, et d'importants travaux relatifs à l'ali- mentation de l'Homme ont été faits plus récemment par plu- sieurs chimistes, au nombre desquels je placerai en première ligne M. Liebig. Propoi-iion L'eau se trouve en si grande abondance dans la nature, qu'en contenue général la valeur vénale de la quantité de ce liquide dont un tes divers Homme ou un Animal a besoin pour sa boisson est pour ainsi aliments. ,. ,, , , .. . 1 1 ' i dire nulle, et qu on n en tient aucun compte dans les évalua- VALEUR NUTRITIVE DES DIVERS ALIMENTS. 199 tions dont il est ici question. Lorsqu'on veut comparer entre eux la puissance nutritive des divers aliments, il faut donc dé- terminer tout d'abord la proportion d'eau que ces corps peu- vent contenir, et les considérer que comme s'ils étaient à l'état sec, bien que cène soit jamais ainsi qu'on en lasso usage. Dans les premiers essais faits par les chimistes pour apprécier la va- leur physiologique des substances alimentaires, on se contenta des données obtenues de la sorte : et effectivement, quand il s'agit seulement de matières qui, par leur nature, se ressemblent beaucoup entre elles, on "peut arriver ainsi à des approxima- tions satisfaisantes dans beaucoup do cas [1 : mais lorsqu'on veut approfondir l'élude théorique de ces questions, il faut né- cessairement tenir grand compte de la composition el des pro- priétés de la portion solide des aliments, aussi bien que de leur quantité. (1) En 1818, le minisire de L'inté- rieur voulant s'éclairer sur la valeur nutritive des diverses substances cm- ployécs pour l'alimentation des déte- nus, a tressa à la Faculté de médecine de P uis une série de questions à ce sujet, et, pour \ répondre, Vauquclin »i Percj dosèrenl la quantité d'eau etla proportion de matières extractives con- tenues dans un certain nombre de c< s corps. Ils trouvèrent que la quantité de matière sèche contenue dans l kilo- gramme d'aliment était de : 750 pour le pain ordinaire de Parle. 310 pour la viande maigre ). J'ajouterai que M. Lawes et Gilbert ont déterminé la proportion d'eau contenue dans les différentes pal- lies du corps des animaux de bou- cherie (c). la) Percj et Vauquelin, Rapport fait à la l'acuité de médecine le 9 avril 1815 (Bulletin Foi u:t< : el de la Société de médecine, i. VI, p. 75). (&) Voyez ci-après, page 808. (c) 1 awes and Gilbert, Expérimental Inquiry inlo the Composition o[ som: of the Animais fed and siumhtcrcd as llunan Fool (Philos. Trans., 1 sô'J, t. CXLIX, p. 580 cl suiv.). 200 NUTRITION. ïriiif"'" Dans ^ P rat iq u é) on peut suivre nue autre marche , et arriver par des tâtonnements à connaître la quantité de tel ou tel aliment particulier qui peut être substitué à une quantité dét